Lanark, Alasdair Gray (1981)

"Lanark, un jeune peintre des années 60-70, est amnésique et erre dans un monde en pleine décomposition. Désespéré, il se suicide et reprend pied dans un univers de science-fiction où il devient thérapeute de dragons et découvre sa véritable identité."

C'est en cherchant des auteurs écossais que j'ai découvert Alasdair Gray et c'est par hasard que mon choix s'est porté sur Lanark : c'est l'un des deux seuls ouvrages qu'il y a de lui à la bibliothèque.

L'histoire commence alors qu'un personnage qui ne connait rien de son passé ni de lui s'installe dans une ville, Unthank, dont il ne sait même pas comment il est arrivé là. Dans un bar où il a l'habitude de s'installer pour écrire il rencontre un groupe de gens avec qui il noue des liens. Dans cette ville, des gens ont des maladies étrange et le narrateur lui-même commence à développer de la "peau de dragon" sur un bras. Alors que la maladie empire, il se retrouve un soir sur une colline, face à un trou dans lequel il doit plonger nu, ce qu'il fait, puis il se réveille dans un étrange hôpital.

Par où commencer ? J'ai trouvé ce livre extrêmement déroutant et je ne sais pas trop quoi en penser... Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, mais je ne peux pas non plus dire que c'était une agréable lecture... Le livre commence avec une impression d'être dans un texte de Franz Kakfa, puis, et là j'ai commencé à m'interroger, j'ai eu l'impression de glisser vers de la science-fiction, ce dont je ne m'attendais pas puisque ce livre est classé parmi les romans. Et pour ne rien arranger, ce livre se compose de 4 parties qui se déroulent dans l'ordre 3, 1, 2 et 4. Les parties 1 et 2 sont plus conventionnelles : nous y suivons l'histoire d'un garçon nommé Duncan pendant la Seconde Guerre mondiale et après. En grandissant, il veut devenir artiste peintre, mais il ne se soumet pas aux règles de son école d'art et se lance dans la réalisation d'une gigantesque fresque dans une église. Puis dans la partie 4 nous retrouvons le monde étrange de la partie 1, là où les couloirs n'ont qu'un sens et où il existe des zones sans temps. Bref, un très étrange roman.

An abundance of Katherine, John Green (2006)

"When it comes to relationships, Colin Singleton’s type is girls named Katherine. And when it comes to girls named Katherine, Colin is always getting dumped. Nineteen times, to be exact. On a road trip miles from home, this anagram-happy, washed-up child prodigy has ten thousand dollars in his pocket, a bloodthirsty feral hog on his trail, and an overweight, Judge Judy–loving best friend riding shotgun—but no Katherines. Colin is on a mission to prove The Theorem of Underlying Katherine Predictability, which he hopes will predict the future of any relationship, avenge Dumpees everywhere, and finally win him the girl. Love, friendship, and a dead Austro-Hungarian archduke add up to surprising and heart-changing conclusions in this ingeniously layered comic novel about reinventing oneself."

J'ai déjà lus plusieurs livres de John Green (articles ici) et j'apprécie globalement ce qu'il écrit. Du coup, forte de cette expérience et influencée par le succès qu'il a actuellement, j'ai voulu découvrir un nouveau texte de lui. Sauf que justement, comme ça marche bien en ce moment, tous les livres de lui sont empruntés à la bibliothèque et ont des listes d'attente derrière. Excepté les livres en VO. Donc comme il s'agit d'un auteur au style accessible, je me suis lancé dans cette lecture en anglais.

Colin est un prodige mais pas un surdoué, c'est-à-dire qu'il apprend vite, mais qu'il n'invente rien, ce qui fait de lui un enfant, puis un ado un peu à part et un peu seul puisqu'il n'a qu'un seul ami, Hassan. Néanmoins, cela ne l'empêche pas d'avoir des petites amis : il en a eu 19 et toutes s'appelaient Katherine et toutes l'ont largué, la 19ème venant juste de le faire. Du coup, en ce début d'été Colin déprime, jusqu'à ce que lui et Hassan décident de partir en voiture de Chicago où ils vivent. Le hasard les arrête dans une petite ville du Tennessee où ils rencontre Lindsey et la tombe de l'archiduc Franz-Ferdinand. Ils décident de rester là puisque la mère de Lindsey leur propose du travail et l'hébergement. Pendant cet été, Colin va tenter de créer une formule scientifique permettant de prévoir la durée d'une relation amoureuse, cela à partir de ses expériences.

J'ai été déçue par ce livre qui m'a ennuyée et par le personnage principal qui m'a agacée. L'histoire n'est pas palpitante, les relations entre les personnages m'ont paru artificielles voire prévisibles et il faut attendre la toute fin pour en savoir plus sur toutes les Katherine, et cela en quelques phrases chacune. Quant à Colin, c'est le côté prodige qui m'a agacé, sans que je puisse définir cela plus précisément... Je n'ai pas eu d'empathie pour lui, c'est tout. Par contre le fait de lire ce livre en anglais ne m'a pas gênée, comme je m'y attendais la lecture est plutôt fluide, je n'ai pas rencontré beaucoup de mots inconnus. Seuls quelques dialogues en argot peuvent éventuellement gêner, mais ça a été. (Par contre, comme Colin fait sans cesse des anagrammes, je serais curieuse de voir comment le traducteur s'en est sorti dans le livre en français.) Donc une lecture dont j'aurais pu me passer...

La mort dans les bois, Tana French (2007)

"Un soir d'été, alors que tous leurs camarades ont déjà regagné leurs maisons pour le dîner, trois enfants ne ressortent pas des bois sombres et silencieux où ils ont passé l'après-midi. La police finit par retrouver un seul garçon, indemne mais terrorisé, agrippé à un tronc d'arbre, les chaussures emplies de sang. Il ne se rappelle rien. On ne retrouvera jamais ses deux amis. Vingt ans plus tard, Rob, l'unique rescapé devenu inspecteur de police, se garde bien de dévoiler son passé, même à son entourage le plus proche. Mais une fillette est assassinée, comme offerte en sacrifice sur un autel celtique, dans ces bois de la banlieue de Dublin qu'il traversait après l'école. Tandis qu'il se précipite sur les lieux pour essayer de résoudre ce crime atroce, il est assailli par des lambeaux de souvenirs qui le hantent encore. Un thriller psychologique remarquablement abouti, qui explore la noirceur tapie sous les vies ordinaires."

C'est en flânant du côté des romans policier à la bibliothèque que je suis tombé sur ce livre. Au début, j'ai pensé que ça n'allait pas m'intéresser, mais j'avais en fait confondu l'auteur avec une autre dont le nom ressemble et dont je n'avais pas du tout aimé le livre que j'avais lu. Du coup, quand j'ai réalisé que non, je ne connaissais pas Tana French, et qu'en plus la quatrième de couverture donnait envie, le livre a fini dans mes mains.

Le narrateur est Rob Ryan, policier dans le coin d'Irlande dont il est originaire. Enfant, il a été au coeur d'une affaire non-résolue, sous le nom d'Adam Ryan : alors que lui et deux amis, Jamie et Peter, jouaient dans les bois près de leur lotissement, ils ont disparus et seul Rob a été retrouvé, mais il était incapable de se souvenir de quoi que ce soit. Quant à ses amis, le mystère demeure. Or cette histoire ressort vingt ans plus tard lorsque le cadavre d'une fillette est retrouvé près de ce même lotissement, sur un chantier de fouille archéologiques préventives en vu de la construction d'une autoroute. Mais comme Adam Ryan est devenu Rob Ryan, personne n'est au courant, à part sa coéquipière et amie, Cassie Maddox.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour tout un tas de raisons. Déjà, l'intrigue, qui est prenante et fait que je n'ai pas lâché le livre, je voulais en savoir plus, toujours plus. En plus de cela, les personnages sont bien construits, de même que leurs relations, c'est réaliste, il y a de la profondeur et les clichés sont évités (même si la relation entre Rob et Cassie peut être un peu caricatural, mais ça s'intègre dans le reste, qui est très bien). Dernier point qui m'a plu mais qui peu décevoir ou frustrer : c'est le côté inachevé. Disons-le tout de suite, tout n'est pas résolu à la fin du livre, tous les coupables ne sont pas arrêtés, ni même connus. Et même si c'est en effet insatisfaisant, c'est réaliste dans le sens où on ne trouve pas toujours les coupables, où tout ne s'agence pas parfaitement pour aboutir à une affaire résolue sans zone d'ombre. Donc j'ai passé un bon moment avec ce livre, mais le fait qu'il reste plein de points d'interrogation à la fin peut en frustrer plus d'un(e) !

Georges Clooney, t. 1 et 2, Philippe Valette (2014)

(Tome 1) "Griffonnée au feutre et truffée de fautes d orthographe volontaires, Georges Clooney, une histoire vrai, le phénomène
web tout droit sorti de l imaginaire de Philippe Valette, débarque chez votre libraire ! À ne pas manqué !
[sic]"

(Tome 2) "Georges Clooney et Michel, le flic transformé en saucisse apéro, reviennent des Enfers. Au programme de ce second tome : des combats à la Dragon Ball, des références délirantes, de la couleur, du rythme et surtout une improbable faille spatio-temporelle qui retourne l'univers et provoque un arrêt brutal des fautes dorthographe ! What else ?"

Hum, comment parler de ces BD... ? La première fois que je les ai vues, ma collègue chargée de l'achat des bandes-dessinées était en train de le mettre sur la table des nouveautés, et nous avons toutes les deux constaté que le dessin était d'un style très scolaire et pas très attractif. Puis, quelques jours plus tard, en rangeant les livres rendus la veille, je vois le tome 2 de Georges Clooney me passer entre les mains et j'ai lu le sous-titre : Mi-homme Michel. Et là c'était foutu, il fallait que je lise ces deux livres, tout ça à cause de ce jeu de mot pourri qui m'a fait rire pendant deux jours et qui me fait toujours rire quand j'y repense. Donc dès que j'ai pu mettre la main sur le tome 1, Une histoire vrai [sic], j'ai lu avec avidité la série sur ma pause déjeuner.

L'histoire c'est un super héros qui se fait appeler Georges Clooney et qui apparemment aide la police. Je dis apparemment puisqu'on ne l'y voit pas beaucoup, le tome 1 commence d'ailleurs avec le super-héros qui oublie d'aller aider la police parce qu'il est diverti par un étron dans son séjour... (ça donne une idée du genre d'humour...). Bref, comme il est trop tard, il se retrouve à aller manger chez "DoMac" avec les policiers, il tente de draguer l'hôtesse du MacDo, Christine, mais ça dégénère, surtout quand le petit ami de celle-ci arrive un peu plus tard. Au fil de leurs aventures il va y avoir un frère débile qui se balade toujours plus ou moins nu, un accident de voiture, des morts, des doigts d'honneur, l'Enfer où les gens sont transformé en saucisses cocktail, un combat pour ressusciter, Michel le policier qui revient sous forme de saucisse cocktail au lieu de retrouver sa forme humaine, des voyages dans le temps, des fautes d'orthographe, etc. Bref, un gros n'importe quoi avec un humour peu élevé, mais qui m'a fait rire malgré tout.

J'ai même honte de reconnaître que oui, ça m'a fait rire, parce que c'est un humour crade, vulgaire et scolaire. C'est d'ailleurs ce côté cours de récréation qui évite que ce ne soit trop trash. Globalement c'est assez foutraque et le niveau n'est pas très élevé, donc c'est parfait si le but est de lire un truc pour se vider le crâne et qu'on n'a pas un humour exigeant, mais il ne faut pas avoir peur du niveau. Je dirais donc que j'ai aimé, parce que dans son genre c'est bien, après, c'est le genre en question qu'on aime ou pas !

Et pour info, ces BD sont tirées d'un blog (que je n'ai pas lu), du coup, je n'avais aucune idée du contenu de ces livres (si ce n'est ce que laisse présager le titre du tome 2 qui m'a attiré) et quand j'ai commencé à les lire j'étais un peu en train de penser "Da f*ck am I reading?"... Mais ça m'a fait rire, c'est ce qui compte !

Mars, Fritz Zorn (1977)

"Fils d'une famille patricienne de Zurich, celui qui a écrit ce livre sous un pseudonyme fut ce qu'on appelle un enfant bien élevé. Dans la somptueuse villa, au bord du lac, régnait l'entente parfaite. Un certain ennui aussi, qui tient à la bienséance. Non sans humour, Zorn nous décrit les petits travers de ses parents. Humour ? Le mot est faible. Disons plutôt une noire ironie, celle du jeune homme qui, découvrant qu'il est atteint du cancer, pense aussitôt : naturellement. Jamais les contraintes et les tabous qui pèsent, aujourd'hui encore, sur les esprits soi-disant libres n'ont été analysés avec une telle pénétration ; jamais la fragilité de la personne, le rapport, toujours précaire et menacé, entre le corps et l'âme, qu'escamote souvent l'usage commode du terme " psychosomatique ", n'a été décrite avec une telle lucidité, dans une écriture volontairement neutre, par celui qui constate ici, très simplement, qu'il a été " éduqué à mort ". Il avait trente-deux ans."

C'est une collègue qui m'a parlé de ce livre au titre mystérieux et au sous-titre provoquant, à savoir "Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul...". Comme nous parlions d'auteurs pessimistes, nihilistes, cyniques, etc, je savais à quoi m'attendre en lisant ce livre, et du coup, vous aussi maintenant.

Cet ouvrage est un mémoire ? un pamphlet ? un journal ? difficile à dire, surtout que l'auteur se défend du premier terme, mais c'est un peu tout ça quand même. Mémoire parce que l'auteur fait le bilan de sa vie alors que la mort est proche, pamphlet à cause de la passion et de la colère qu'il met dans ses propos et journal parce que ce texte est écrit en trois parties qui se suivent chronologiquement. Sur le fond, l'auteur nous raconte son cancer qui est ici à la fois physiologique et psychologique. Un cancer lui a en effet été diagnostiqué et il écrit que ce cancer est la manifestation psychosomatique de son éducation et de la vie de frustration qu'il a eu.

En effet, Fritz Zorn est issu d'une famille bourgeoise riche vivant sur la Rive Dorée de Zurich. Toute sa vie on lui a appris et on lui a fait comprendre qu'il faut être "comme il faut". La bienséance et la politesse sont tellement poussés à l'extrême qu'il ne s'agit plus que de vacuité et que cela est ridicule (une partie du texte est consacrée à cette notion de ridicule). Il a vécu sans faire de vague et finalement réalise qu'il a dû aller à l'encontre de sa nature, refouler ce qu'il était, lisser sa vie pour être comme il faut, et qu'en fait pendant longtemps il n'a même pas pris de recul pour réfléchir à ce qu'il aimait et était vraiment. Il a vécu dans une vie d'apparence et de politesse parce qu'il a été élevé comme cela et au final, pour lui, tout ce qu'il a refoulé, abandonné, etc, est ressorti sous forme de cancer. Il écrit que le cancer représente les larmes qu'il a refoulées.

Ce texte est donc à charge contre son éducation, son milieu et, surtout, ses parents qui cristallisent toutes les caractéristiques de cet environnement idéal, bourgeois et sans vagues. J'ai apprécié le pessimisme et le cynisme de cet ouvrage, la critique d'un environnement trop lisse et trop protégé qui finalement "désindividualise" les gens, mais la colère et le ressentiment qu'il exprime peuvent mettre mal à l'aise. De plus la troisième partie de l'ouvrage m'a paru un peu plus "théorique" dans le sens où Fritz Zorn parle plutôt de concept de religion, d'histoire ou de sociologie ce qui non seulement est moins facile à suivre et qui est en plus moins personnel.

Il est donc difficile de dire que c'est un livre que j'ai beaucoup aimé compte-tenu du sujet traité et de la mort imminente de son auteur, et cela malgré quelques pointes d'humour. Il serait plus juste de dire que c'est un livre marquant, mais délicat à conseiller et à lire au vu de son contenu. A lire si on apprécie le nihilisme et le cynisme donc, ainsi que les textes à charge.

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