La tête dans le carton à chapeau, Mark Childress (1993)

« Elle a du caractère la tante Lucille! Et quand elle veut quelque chose, rien ne l'arrête. Ce qu'elle veut c'est devenir actrice. Malgré ses six enfants et Chester, son plouc de mari qui n'arrête pas de se moquer d'elle. Un beau jour elle plaque ses enfants, tue son mari et fonce vers Hollywood au volant de sa Ford, avec sur le siège arrière, la tête de Chester découpée au couteau électrique. »

Au début, je m'attendais à un livre dans le même genre que La vallée des poupées puisque la trame de l’histoire se résume à une femme va à Los Angeles pour se lancer dans le cinéma. Mais en réalité, c'est très différent, non seulement du livre que je viens de citer, mais aussi de ce à quoi je m'attendais, que ce soit sur l'histoire ou sur le ton aussi ; et je préfère ça d'ailleurs, sinon j'aurais eu une impression de déjà lu. Donc, certes c'est l'histoire d'une femme, Lucille, qui veut devenir une star du cinéma, mais ce qui rends l'histoire plus piquante, c'est qu'elle a empoisonné puis décapité son mari au couteau électrique et qu'elle traverse une partie des Etats-Unis, pour aller à Los Angeles, avec la tête de son époux dans une boîte Tupperware. Et ce qui est intéressant aussi, c'est que l'histoire a deux narrateurs : Lucille et Peejoe, son neveu.

Ce dernier est, comme toute sa famille au courant du meurtre, mais il est le seul à qui Lucille en ait raconté les circonstances. Par ailleurs, Peejoe, lui, reste dans son coin paumé d'Alabama où il est témoin des conflits raciaux des années 60. L'histoire est intéressante parce qu'elle a un côté sérieux vu par le regard d'enfant de Peejoe, et le côté déjanté et loufoque de sa tante Lucille. J'ai vraiment aimé ce livre qui se lit très bien et qui mêle différents registres sans que cela ne donne un effet disparate ; j'ai eu du mal à faire des pauses tellement l'étais curieuse de connaître le dénouement.

Le chameau sauvage, Philippe Jaenada (1997)

Ce livre, je l'ai lu par hasard, c’est avant tout le titre qui m’a intriguée et attirée. Cela peut faire croire que l’auteur cède à la mode des titres à animaux (le hérisson de Muriel Barbery, les tortues et les écureuils de Katherine Pancol), mais le livre est antérieur à tout ça puisqu'il date de 1997. En tout cas, après avoir lu le résumé, j'ai eu envie de le lire : "Un jour d'hiver je me suis mis en tête de réparer le radiateur de ma salle de bain, un appareil à résistances fixé au dessus de la porte. Je ne sais pas ce qui m'est passé sous le crâne ce jour-là, je me suis cru l'un de ces magiciens de la vie pour qui tout est facile. Il faut dire que jamais encore je n'avais été confronté à de réels obstacles, ni dettes faramineuses, ni chagrins d'amour, ni maladies graves, alors naturellement j'étais naïf."

Dans ce livre, le héros est un trentenaire qui a une vie banale et un peu ennuyeuse, mais cela va basculer lorsqu'il va vouloir réparer un chauffage : il va se retrouver mêlé à une bagarre, va être arrêté par la police, va rencontrer dans la rue une femme, Pollux, qui vient de recevoir une bassine d'eau sur la tête, il va tomber amoureux d'elle, va la perdre puis la rechercher parce qu'il pense qu'on a toujours une deuxième chance de revoir les gens qui nous ont marqué. C'est léger et improbable, mais pas futile ou insipide, c'est un mélange de quotidien et de folie douce, c'est surprenant, réaliste, agréable parfois absurde et loufoque, j'ai beaucoup aimé. En plus, l’écriture est très fluide, la lecture se fait facilement. D’ailleurs l’histoire plaisante et la fluidité de l’écriture sont les raisons qui m’ont poussée à offrir ce livre à un proche qui lit peu, parce que c’est un livre accessible sans être niais ou fade (et cet ami a beaucoup aimé). A noter que ce livre a été adapté au cinéma par Luc Pagès, sous le titre A+ Pollux.

Is Google Making Us Stupid ?, Nicholas Carr

En 2008 est paru un article de Nicholas Carr à propos des changements que les nouvelles technologies apportent à notre manière de lire, mais aussi penser. Cet article, très intéressant, est disponible sur cette page.

Pour synthétiser ses propos, l'auteur de l'article explique lorsqu'on lit un livre, on suit un texte qui forme une unité, il y a une linéarité que l'on suit. Or, avec Internet, les textes sont présentés différemment, nous subissons des sollicitations incessante des mails qui arrivent, des publicités, des outils et gadgets divers, et même si on ne les regarde pas, nous les voyons, elles sont dans notre champ de vision et nuisent à notre concentration. En plus de cela, les écrans fatiguent les yeux, ce qui nuit à la durée de la lecture.

En tout cas, à la longue, notre cerveau s'adapte et s'habitue à disperser son attention entre les multiples invitations présentes à l'écran : de plus en plus, notre regard survole les pages, on papillonne, on lit le début de quelque chose, puis on survole la fin, et on finit par cliquer sur un lien pour aller voir ailleurs. Ce qui fait que lorsqu'on ouvre à nouveau un livre, on peine de plus en plus à se concentrer, parce qu'on pense à autre chose, on s'interrompt, etc.

Est-ce que cela est bien ou mal, difficile à dire, mais il y a clairement une évolution, je la constate par exemple sur moi-même : par moments, je lis deux pages, puis vais voir mes mails, lis une dizaine de pages puis vais me préparer un thé, etc, la fatigue peut jouer sur ce comportement, mais il n'y a pas que cela, puisque cela m'arrive aussi même quand je suis en pleine forme. Etant passionnée par la lecture, cette difficulté de concentration n'a que peu d'impact, mais je me demande ce qu'il en est pour des gens peu attirés par la lecture et/ou qui passent beaucoup de temps devant les écrans.

Les nouvelles technologies nous habituent à toujours faire plusieurs choses à la fois : traîner sur Internet en surveillant ses mails et Facebook et en écoutant de la musique, répondre à des SMS en faisant ses courses et en discutant avec la personne qui nous accompagne, etc. C'est comme s'il fallait optimiser son temps au maximum, ne pas perdre une seule seconde. Cela est d'ailleurs aussi visible à la télévision et au cinéma : les plans sont de plus en plus court, les scènes sont hachées, saccadées, et pour des gens peu habitués, il est difficile de suivre le scénario (à un moment, des critiques à ce propos revenaient régulièrement dans le courrier des lecteurs de Télérama, la rapidité des séquences leur donnait des maux de tête et les semait).

Or, quand on souhaite lire un long texte (article ou livre), il faut s'isoler de toute afin de saisir au mieux le contenu du texte, on ne peut pas, ou difficilement, se concentrer sur un texte en faisant autre chose en même temps. Cela revient à ne faire qu'une seule chose à la fois, ce qui est difficile parce que nous y sommes de moins en moins coutumiers et parce que beaucoup auront l'impression de perdre leur temps. Pourquoi passer 5h à lire un livre quand on peut passer 1h30 à regarder son adaptation cinématographique (et faire autre chose en même temps : répondre aux SMS, se faire les ongles, discuter avec quelqu'un, etc) ? Pourquoi perdre son temps à lire un classique de la littérature quand il existe une adaptation en bande-dessinée ? Cela provoque donc une certaine paresse intellectuelle parce qu'on cherche à gagner du temps.

Cependant, ces changements ont aussi du positif : le foisonnement des liens sur Internet nous permet de trouver des informations que l’on n’aurait jamais trouvées autrement. Certes, suivre des liens ne nous amène pas toujours à des choses très pertinentes, mais cela arrive quand même. Au final, même si notre point d'arrivée n'a rien à voir avec le point de départ, cela ne signifie pas que nous avons perdu notre temps et que nous n'avons rien appris en chemin. C'est souvent grâce aux hasards des liens divers que j'ai fait de belles découvertes : un bon livre, un groupe de musique, un blog bien écrit, etc.

Bref, je trouve l'article de Nicholas Carr intéressant parce qu'il évoque un changement rapide et concret puisque, bien qu'immatériel, beaucoup peuvent constater sur eux-mêmes (moi y compris). Et cela interroge sur la manière dont nous traitons l'information et sur la manière dont, à long terme, ces évolutions peuvent influer sur la lecture de livre, si les comportements des lecteurs.

Vent d'est, vent d'ouest, Pearl Buck (1930)

« Kwei-Lan vient d'être mariée, sans le connaître, à un jeune homme de sa race mais qui revient d'Europe. Ce Chinois n'est plus un Chinois, il a oublié la loi des ancêtres, il ne reconnaît, ne respecte ni les coutumes ni les rites... Le frère de Kwei-Lan, qui vient de passer trois ans en Amérique, l'héritier mâle, dépositaire du nom et des vertus de la race, annonce son mariage avec une étrangère ; il revient avec elle... A travers les réactions des membres de cette famille de haute condition où l'attachement aux traditions, le culte des ancêtres, l'autorité du père et de la mère n'avaient encore subi aucune atteinte, la grande romancière Pearl Buck nous fait vivre intensément le conflit souvent dramatique entre la jeune et la vieille Chine. »

L'histoire est celle d'une jeune Chinoise qui va vivre avec le mari qu'on lui a choisi et avec qui elle avait été mariée. Pendant tout le temps qui a précédé son mariage, elle a été éduquée pour être une bonne épouse d’après la tradition chinoise, avec un rôle et des gestes précis, son mariage devrait donc être un aboutissement, la mise en pratique de tout ce qu’elle a appris. Or, son mari est certes un Chinois, mais il a été étudier aux Etats-Unis, ce qui a changé sa manière de penser, il a adopté les us et coutumes occidentaux.

Cela provoque un décalage entre lui et son épouse, ce sont deux mondes qui se heurtent à travers ces deux personnalités hétérogènes. L'héroïne se retrouve donc tiraillée entre deux cultures : celle dans laquelle elle a toujours vécu et où elle doit obéir à son mari, et celle de son époux qui est une culture occidentale où la femme a de l’autonomie. Le titre exprime la situation de l’héroïne, désemparée, ballotée entre deux vents contraires, celui de la tradition et celui de la modernité, celui du passé et celui du futur. Tout ce qu’on lui a appris ne lui sert à rien, voire va à l’encontre de ce que son mari attend d’elle.

J’ai beaucoup apprécié ce livre, l’écriture est fine et les mots exacts, on ressent bien le trouble de l’héroïne qui se retrouve perdue entre deux cultures, deux conceptions différentes du couple et de la vie. Le propos de ce livre ne consiste nullement en la critiquer d'une civilisation ou en la narration des désillusions d’une épouse, mais plutôt de dépeindre l’incompréhension entre une épouse et un mari, entre une femme et un homme, entre une culture traditionnelle orientale et une culture moderne occidentale.

La vallée des poupées, Jacqueline Susann (1966)

Au début, je pensais que ça serais un livre un peu niais, une sorte d'équivalent littéraire des soap-opéras américains parce que le synopsis annonce : « Une jeune femme devient la secrétaire d'un puissant agent théâtral à New York, et découvre le visage caché du milieu du showbiz... ». On imagine toute suite l’histoire classique de l’oie blanche qui voit ses illusions tomber une à une mais qui finit par s’en sortir ou par faire quelque chose de bien à la fin. Il faut dire que la couverture du livre n'aide pas à se faire une autre opinion (et je ne parle pas des images kitchissimes de l'adaptation cinématographique).

Certes, il y a bien un tel aspect dans ce livre, mais il y a autre chose aussi. Ce livre raconte l'histoire de trois femmes qui se lancent dans des carrières d'actrices, qui rêvent de gloire et de luxe, mais pour réussir, elles doivent faire des choix, saisir les occasions qui leurs sont proposée, etc, tout n’est pas servi sur un plateau et le hasard ne fait pas toujours bien les choses. Forcément, tout ne se passe pas bien et les héroïnes doivent subir les déceptions amoureuses, les addictions aux médicaments et à l'alcool, les mauvaises critiques,... Comme on s’y attend, la réalité n'est pas aussi rose et pailletée qu'elle en a l'air, mais ce livre va au-delà et approfondit les histoires des personnages.

Ce livre n’est pas pour autant exceptionnel, ce n'est pas du toute de la grande littérature, mais ça reste un divertissement qui se lit bien.

Moi, Charlotte Simmons, Tom Wolfe (2004)

Le choix de se livre s'est fait pour une raison qui peut paraître étrange, puisque c'est son volume qui m'a attirée en premier lieu. En effet, les livres épais m’attirent toujours, parce que je m’interroge sur l’histoire qui a pu inspirer autant de pages à un auteur, et dans le cas présent, le volume de cet ouvrage m'a fortement intriguée. Puis, le ton péremptoire et affirmatif du titre a aussi titillé ma curiosité : pas de poésie ou de métaphore, non, il s'impose clairement.

Donc intriguée que j’étais par ce livre, j’ai jeté un coup d’œil à la quatrième de couverture : « Dupont University, l'Olympe de la connaissance, abrite la crème de la jeunesse américaine derrière ses flèches gothiques aux reflets rosés et ses pelouses impeccables qui perpétuent la tradition depuis plus d'un siècle... Du moins est-ce ainsi qu'elle apparaît aux yeux de la très jolie Charlotte Simmons, une studieuse étudiante de première année au regard innocent, originaire d'une modeste famille des Montagnes Bleues, en Caroline du Nord, et admise dans le saint des saints sur la seule qualité de son brillant cursus de lycéenne. Mais, en faisant la connaissance des parangons de cette élite, Charlotte tombe de haut. Et découvre avec désarroi que le temple du savoir semble surtout celui du sexe, de la débauche et de l'alcool. Il y a Beverly, sa colocataire, écervelée prétentieuse et friquée qui poursuit de ses assiduités, et elle sait s'y prendre, les joueurs de crosse. Jojo Johanssen, le seul joueur blanc de l'équipe de basket vénérée de Dupont dont le poste de titulaire est menacé par un jeune prodige noir. Le si séduisant Hoyt Thorpe, trop beau pour être honnête, dont la soif de domination sociale vient d'être sérieusement écornée par une bagarre avec un garde du corps du gouverneur de Californie. Adam Gellin, rédacteur du journal «indépendant» de l'université et qui se considère en tant que tel comme le seul garant de l'esprit intellectuel sur ce campus en proie à la frénésie du sexe, de la dépravation et des bacchanales estudiantines arrosées de bière... Il y a entre eux des histoires de pouvoir, d'ambition, d'humiliation mais aussi de sentiments. Des joutes, des jeux : sociaux, intellectuels, sexuels, amicaux, amoureux... Candide et pleine d'illusions, la petite provinciale des Montagnes Bleues n'en maîtrise guère les règles. Mais le tourbillon de sa première année va se charger de la déniaiser. Charlotte Simmons apprend vite : elle n'est pas tout à fait la blanche colombe qu'elle croyait être... »

Ce résumé paraissait très accrocheur, donc j'ai eu envie de le lire ce livre. Comme l’indique le résumé, il s'agit d'une jeune fille mature, intelligente et pleine de bonnes intentions originaire d'un coin perdu des Etats Unis qui va entrer dans une grande et prestigieuse université, monde bien différent de celui dont elle vient, avec des règles et des usages auxquels elle n’est pas habituée et son apprentissage sociale, plus que scolaire, va bouleverser ses valeurs, sa personnalité,...

Le monde des études supérieures est très différent de ce à quoi elle a été confrontée et de ce à quoi elle s’attendait et les étudiants ne sont pas aussi studieux qu’elle, loin de là. Durant toute sa première année, la vie du campus va la surprendre, la choquer et lui fait perdre ses illusions sur les gens et sur le monde. L’université n’est pas présentée comme un lieu d’études, de travail, de rigueur, de solidarité, etc, mais plutôt comme un endroit caractérisé par la débauche, l’hypocrisie, les apparences, etc.

Malgré son volume, le livre se lit très bien, le style est limpide. J’ai beaucoup aimé, non seulement parce que le personnage de Charlotte est très bien construit, elle évolue au fil de l’histoire, les moqueries, l’incompréhension et la fausseté de ses camarades lui apprennent à être lucide. De plus, l’univers impitoyable dans lequel elle est immergée est très bien décrit, l’auteur ne tombe jamais dans l’exagération ou la caricature. Bref, j’estime que c’est un très bon livre, encore que la fin m’a parue un tout petit trop fade comparé au reste du texte, mais tellement peu que ça ne pèse pas sur mon avis favorable !

Présentation

Les livres et la lecture ont toujours été ma principale passion. J'ai lu des albums, des bandes-dessinées, des romans, des essais, par curiosité, par intérêt, pour m'occuper, pour apprendre, pour m'évader, pour découvrir, dans ma chambre, dans la cuisine, dans le séjour, dans un bain, dans les transports, seule, entourée, le jour, la nuit, etc.

J'aime les livres en tant qu'objet, pour le savoir-faire que leur conception nécessite, pour tous les formats, les matières, les mises en pages et les typographies qui peuvent être utilisés.

J'aime les livres en tant que symbole, pour tout ce qu'ils peuvent représenter : la connaissance, le partage, une initiation, un voyage, une découverte, un moment marquant, une étape dans notre vie ou quelques heures agréables.

J'aime les livres pour tout ce qu'ils contiennent : les idées, la poésie, le rire, la tristesse, la réflexion, les mots et les histoires, les gens, la chaleur, le réconfort, le soutien, etc, le pouvoir des mots est immense.

J'aime les livres et je ne me vois pas vivre sans, j'en serais bien incapable. Un lieu sans livre est un endroit sans vie ni chaleur. Les livres et la lecture sont mes passions, j'aimerais que ce soit aussi mon métier afin de transmettre et partager la richesse qu'ils représentent.

En attendant, je fais ce blog afin de présenter mes avis et remarques sur mes lectures et plus globalement, sur tout ce qui concerne le monde du livre.

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