Mère disparue, Joyce Carol Oates (2007)

"31 ans, célibataire, journaliste, très indépendante et un peu à la marge, Nikki Eaton n’a jamais prétendu ni voulu se vivre en fille modèle. Sa mère l’agacerait plutôt, avec sa vie trop lisse, son caractère trop confiant, et sa réprobation de la liaison qu’entretient Nikki avec un homme marié. Wallace Szalla, dit Wally, riche, (localement) célèbre et follement amoureux, a pourtant promis de se rendre libre au plus vite.... N’empêche, Gwen souhaiterait que Nikki ressemble davantage à sa sœur Clare, l’incarnation apparente, avec son époux Rob, du couple idéal (même si le comportement de leurs enfants suscite un doute à ce propos). Un couple consterné lui aussi par l’attitude volontiers hors normes de Nikki à l’égard de l’existence et les défis qu’elle ne cesse de lui lancer.
Or, deux jours après la célébration d’une Fête des mères particulièrement conventionnelle et (pour Nikki) singulièrement irritante, Gwen Eaton est assassinée. Ce drame atterrant non seulement amène un bouleversement des rapports entre les deux sœurs, mais surtout marque le début d’un virage à 180 degrés chez Nikki. Tandis que Clare, toujours pratique, s’attaque avec plus ou moins de bonheur aux problèmes matériels engendrés par cette disparition brutale, Nikki, submergée par un chagrin dont elle ne se croyait pas capable, va s’attacher à faire revivre sa mère à travers les souvenirs des amis de Gwen et les siens propres. Au cours d’une tumultueuse première année de deuil, la jeune femme va, peu à peu, en redécouvrant qui était en vérité sa mère et les étonnants secrets qu’elle portait, se retrouver elle-même. Et rencontrer enfin, là encore d’une manière inattendue, un amour véritable
."

J'avais déjà lu, un peu par hasard, un livre de Joyce Carol Oates et j'avais bien aimée son écriture, donc ça m'avait donné envie de lire d'autres textes de cette auteur, d'où la lecture de Mère disparue.

Celui-ci commence peu avant le décès de la mère de Nikki, la narratrice, lors d'un repas réunissant des invités disparates, des "canards boiteux" comme Nikki et sa soeur, Clare, appellent les gens que recueille leur mère, naïve mais pleine de bonnes intentions. Puis, le récit démarre vraiment lors du décès de cette dernière. Et cela bouleverse évidement la manière de vivre et les choix des deux soeurs, cela les interroge sur leur vie, savoir si elles sont vraiment heureuses et épanouies.

Le livre parle de femmes, des choix qu'elles font par conformisme, de leurs espoirs et de leurs désillusions, de résignation, de déception. Le livre aussi parle d'histoires de famille, celles qui sont sans cesse répétées et celles qui sont cachées. On voit aussi qu'une mère n’est pas qu’une mère mais aussi une personne à part entière, avec ses habitudes, ses rêves d'adolescentes, des émotions, etc. Rien de trépidant : le livre s'attache aux émotions, aux sentiments, aux détails.

Le ton et les thèmes m'ont fait penser aux livres de Laura Kasischke, Margaret Atwood et Rachel Cusk : des femmes en prise avec la vie, qui s'aperçoivent qu'elles sont un peu perdues, qui s'interrogent sur leur choix, etc. Mais il y a toujours une distance avec les personnages, le récit ne fait que décrire, sans prendre parti, sans donner de morale ou dire ce qui est bien ou pas : on connait les faits et on voit si les personnages en sont heureux ou pas. Rien n'est catégorique, comme dans la vie : on ne sait jamais vraiment si on fait un bon choix. En tout cas, j'ai globalement bien aimé ce livre, encore que la fin soit trop mièvre à mon goût -je ne suis pas fan des happy ends- mais tout le reste m'a plu, que ce soit l'histoire ou l'écriture.

Les grandes espérances, Charles Dickens (1860)

Pour mes 7 ans, en 1994, on m'avait offert Matilda, de Roald Dahl, un livre que j'ai lu de très nombreuses fois tant il m'avait plus. Or, dans ce livre, la petite Matilda dévore lit Les grandes espérances, sur les conseils de sa bibliothécaire. Probablement par identification avec Matilda, j'ai moi aussi voulu lire ce livre, mais ce n'est que maintenant, 16 ans après, que c'est arrivé (mieux vaut tard que jamais !). En tout cas, vu que c'est par un livre que j'adore (Matilda, donc) que j'avais entendu parler de ce livre de Dickens, j'avais de grandes espérances à son encontre ! (Ahahah ! ... Hum.)

Donc, de quoi parle Les Grandes espérances ? Il s'agit de "l'histoire dramatique de Pip, un enfant qui découvre le « monde réel » [ndm* : rien à voir avec Matrix !], de la naissance à la mort de ses illusions." Dit comme ça, cela semble être un vaste programme, mais je trouve que ce quatrième de couverture définit très mal l'histoire.

Le récit suit Pip, un jeune garçon au début du livre. Ses parents sont morts et c'est sa soeur -épouse du forgeron- qui l'a élevé. Il est donc de condition modeste et quasi-illétré destiné à devenir forgeron. Mais un jour, il va un jour avoir la surprise de se voir offrir les moyens de devenir un gentleman, de la part d'une personne anonyme. Il va accepter, quitter son village pour Londres, fréquenter les clubs, lire, se faire des amis, etc, jusqu'à ce que les choses se compliquent (problèmes d'argent, identité du bienfaiteur, etc).

Je dirais qu'il s'agit d'un roman typique du XIXe siècle dans ce qu'il a de réaliste et naturaliste, puisque l'on suit le parcours d'un personnage au sein de la société, mais il y a aussi un petit suspense avec le bienfaiteur anonyme, et de l'humour aussi, dans certaines descriptions. Il y a beaucoup de péripéties et d'intrigues différentes, donc c'est assez riche, il faut dire que ce roman a d'abord été publié sous forme de feuilletons dans la presse, ce qui nécessite des rebondissements et du suspense afin de gagner et de ne pas perdre l'attention des lecteurs. Et puis il y a évidemment un petit côté conte avec cet apprenti forgeron qui se voit proposer l'opportunité de vivre une vie de rentier.

En tout cas, j'ai bien aimé -il faut dire qu'en général j'aime bien les romans du XIXe siècle- et puis c'est facile et agréable à lire, bien qu'assez classique. Je craignais en tout cas la déception parce que cela fait très longtemps que j'ai envie de lire ce livre et qu'en plus c'est suite à la lecture d'un livre que j'adore, donc ça m'aurais un peu attristée que ça ne me plaise pas, mais finalement, bien que ce ne soit pas exceptionnel et innovant, j'ai bien aimé, donc je n'ai pas attendu 16 ans pour rien !

*Note De Moi

Daddy est mort... retour à Sarcelles, Insa Sané (2010)

"1995, Sarcelles. Tandis que Djiraël s’envole pour Dakar, son pote Daddy a du pain sur le bitume : à 20 ans, il va être père. La vie n’a pas toujours été tendre avec lui, entre une mère toxico et un père inconnu, mais cette fois il a le plan parfait. Oui, Daddy a un plan… et aussi un mystère à percer : l’identité de son père. Un mystère qui va lui coûter la vie – on retrouve son corps brûlé dans une poubelle.
Sa mort plonge les rues du 19e arrondissement de Paris dans une impitoyable guerre de quartiers, où Djiraël, tout juste rentré de Dakar, est entraîné, ainsi que son pote Youba et tous les jeunes Sarcellois. 1995 : Paris (19) vs Sarcelles (95).
La police est sur le coup. Et c’est Tonton Black Jacket, alors nouvel agent de la brigade des stupéfiants, qui va s’apercevoir qu’une affaire qui roule a souvent des rouages pourris…
"

Après avoir lu -et aimé- Sarcelles-Dakar (article ici), j'étais impatiente de commencer Daddy est mort... retour à Sarcelles, d'Insa Sané toujours. En effet, le premier livre nommé se termine sur l'annonce de la mort de Daddy, et c'est là que commence le second (enfin, un petit peu avant). Et cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un conte initiatique, mais d'un roman à suspense avec plusieurs points de vue : Daddy, Youba, Eleonor, Tonton Black Jacket, le Pasteur, Tierno, Zulu..., qui sont tous plus ou moins liés à Daddy ou sa mort.

On suit donc à la fois l'enquête menée par la police suite à la mort de Daddy, mais aussi les questions que se posent ses amis, les intrigues et, secondairement, des histoires d'amour et d'amitié, de haine et de rivalité. On voit aussi comment la mort de Daddy devient prétexte à des émeutes entre secteurs rivaux et catalyse des intérêts n'ayant rien à voir directement avec l'affaire mais qui se greffent malgré tout dessus : les sentiments et émotions peuvent aveugler et détourner de l'objectivité. Le propos n'est pas de se plaindre, mais de constater, et de subir aussi, parce que tous les personnages sont comme englués dans le bitume.

Quant à l'écriture, elle est riche. Langage parlé, slammé, petites phrases en leitmotiv, référence à des chansons (les stange fruits de Billie Holliday), des séries (Le Prisonnier), des styles de musique (rap et blues), etc. Il y a aussi des références à d'autres titres de la collection Exprim' dans tout un passage de quelques pages où ces titres sont insérés dans le récit. Et particularité de ce livre : outre la bande-son qu'on retrouve au début de chaque livre de cette collection, on trouve ici une chanson associée à chaque chapitre, ce qui renforce l'aspect contemporain en rapprochant encore musique et écriture (en plus des passages à l'écriture rythmée, slammée).

Le livre est un puzzle dont chaque chapitre est une pièce posée par un des personnages. Au fil de la lecture, les morceaux se placent, des motifs émergent et finissent par se relier les uns aux autres de manière à montrer le tableau final. Mais même une fois les morceaux assemblés, tout n'est pas résolue, l'affaire est close et cohérente, mais il n'en reste pas moins des points d'interrogations et de mensonges, les combines sont partout, même chez ceux qui sont censés lutter contre. L'idéalisme ne résiste jamais longtemps, où qu'on soit.

Encore une fois, j'ai aimé. Surtout que comme ce livre est lié à d'autres, donc cela fait référence à ceux que l'on a déjà lus et donne envie de lire les autres afin de découvrir d'autres intrigues reliées (j'ai déjà sur mon bureau Gueule de bois qui m'attend dans la pile des prochains livres que je vais lire).

Sarcelles-Dakar, Insa Sané (2006)

Récemment, j'ai été contactée par les éditions Sarbacane qui me proposaient de m'envoyer le livre Daddy est mort... retour à Sarcelles d'Insa Sané de la collection Exprim' (dont j'ai déjà parlé ). J'ai accepté, parce 1/ je ne refuse jamais de lire un livre et d'en parler (je vous ai dit que j'aimais la lecture et les livres ?^^) et 2/ je suis complètement d'accord avec la ligne éditoriale (pertinente) de cette collection, à savoir proposer des romans avec des thèmes ancrés dans le quotidien, avec une écriture créative et destinée à un public large, varié et jeune, que ce soit par l'âge ou par l'esprit.

Donc, j'ai eu à lire Daddy est mort... retour à Sarcelles, mais il faut savoir que ce livre fait partie d'une "comédie urbaine" comprenant à ce jour quatre ouvrages. Pas besoin d'avoir lu tous les précédents pour comprendre le dernier : chacun a une intrigue qui lui est propre, même si on retrouve des personnages et des références aux autres ouvrages. Malgré cela, j'ai tenu à livre un autre livre de cette "comédie urbaine" : Sarcelles-Dakar, parce que Daddy est mort comment là où Sarcelles-Dakar se termine, même s'ils ne sont pas à suivre ! Donc avant de consacrer un article à Daddy est mort... retour à Sarcelles, je vais parler de Sarcelles-Dakar, d'Insa Sané toujours, et paru en 2006.

"Djiraël a dix-neuf ans, peu de rêves et beaucoup d’emmerdes, partageant son quotidien entre le trajet Sarcelles-Gare du Nord, les filles qu’il séduit à tour de bras et les petites arnaques foireuses avec son cousin Youba. Or voilà que sa mère a décidé de l’emmener au Sénégal, pays de son enfance, pour des funérailles en forme de retrouvailles… avec son père."

Le héros de Sarcelles-Dakar est Djiraël, un ado de Sarcelles. Le récit débute justement là, alors que sa famille s'apprête à partir au Sénégal afin de rendre visite à son père. Djiraël n'est pas sûr de vouloir y aller ou en tout cas l'affirme, parce qu'il n'est pas proche de son père, il n'y a pas de réelle affection entre eux. On le suit un peu dans ses pérégrinations, avec ses amis, leur quotidien, les préjugés, leurs préoccupations diverses, etc, puis finalement, Djiraël part au Sénégal. Commence alors ce que je qualifierais de conte initiatique, il est question d'identité, de préjugés, de légende et de réalité.

Le voyage au Sénagal est pour Djiraël est un retour aux sources qui va le confronter à ce qu'il est : en France, on le voit comme sénégalais, au Sénégal, il est un "francenabé" ("Un petit Sénégalais de France qui vient ici [au Sénégal] avec plein de billets" p. 76), il se retouve entre deux pays emplis de préjugés à son encontre. Lui se sent pourtant français, avec des racines sénégalaises, même s'il ne croit pas aux traditions de son pays d'origine. Mais pour rencontrer son père, il va devoir justement se tourner vers ces coutumes qu'il trouve un peu ridicules. Cela va le changer profondément, lorsqu'il revient en France, le Djiraël qui revient en France n'est pas le même que celui qui était parti. Malheureusement, le contexte en France à aussi changé, et le roman se termine par l'annonce de la mort de son cousin, Daddy.

L'écriture du roman est très fluide et rythmée, mais aussi mélodieuse et poétique dans les parties qui s'éloignent de la réalité pour s'approcher du songe. L'ensemble du livre est dynamique : le narrateur est certes Djiraël, mais des interludes sont insérés dans le récit et le point de vue d'autres personnages, de plus, chaque partie s'ouvre sur le monologue d'une vieille femme. Cela reflète un peu les différentes influences de Djireël qui se définit comme "un Sénégalais du XXe siècle", c'est-à-dire ancré dans le monde contemporain et moderne, mais influencé par des traditions animistes et folkloriques.

Au final, j'ai été agréablement surprise par ce livre, donc je ne connaissais ni le titre ni l'auteur, mais en même temps, je n'ai été qu'à demi-surprise dans la mesure où le livre est dans une collection en laquelle j'ai confiance ! (Ça se dit "j'ai été agréablement demi-surprise" ?^^)

CosmoZ, Claro (2010)

"Réclamés à parts égales par la fiction et le réel, échappés de l'univers mythique du Magicien d'Oz , quelques orphelins du siècle traversent, des tranchées de 14-18 au champignon atomique d'Hiroshima, un demi-siècle de barbarie. Mise à mal par les diverses tornades de l'Histoire, la petite tribu des "Oziens" se confronte aux politiques monstrueuses qui transformèrent l'Europe en une galaxie de camps de concentration et le reste du monde en parcs d'attraction ou en camps retranchés.
CosmoZ, une anti-féérie pour revisiter, à l'aune d'un merveilleux qui se rêve résistance, la mortelle illusion des utopies qui, sous mille visages, nous gouvernent.
"

Ce livre, je l'ai lu par hasard. Je l'ai croisé à la médiathèque et je savais qu'il faisait partie de la rentrée littéraire 2010 -j'avais dû voir le titre dans un article ou liste-, mais je ne savais rien de ce livre, ni de l'auteur (qui est français, et pas états-unien comme la lecture du livre le laisse penser). Mais bon, comme c'était une nouveauté et que c'était disponible, je l'ai emprunté, sans vraiment savoir à quoi m'attendre, sans savoir ce que contenait le livre (surtout que ce n'est qu'une fois chez moi que j'ai lu la quatrième de couverture). Et au final, ce livre s'avère être une bonne surprise.

Il s'agit d'un conte désenchanté où Claro reprend les personnages du conte coloré du Magicien d'Oz de L. Frank Baum pour les transposer dans un XXe siècle qui n'a rien de merveilleux. On retrouve donc Dorothy, le bûcheron en métal, l'épouvantail, Toto, le lion, les sorcières, la tornade, etc, avec leurs quêtes et leurs espoirs. Ils sont pleins d'illusions et d'espérance, mais la réalité se charge de les leur enlever à coup de bombardements, de tranchées, de radium, de guerre, de ségrégation, de camps de concentrations, de bombe atomique, etc.

On dirait une sorte de conte mais sombre, rempli de leurres et de déceptions, comme une fable qui se serait brisée sur la rudesse de la réalité. Mais ce n'est pas triste, non, il y a parfois de l'humour (ironique ou blasé) et de la poésie et puis les personnages croient en quelque chose de meilleur ou plutôt espèrent quelque chose de mieux, ils ne sont pas complètement optimistes, mais pas pessimistes non plus. Et puis on est emporté par le récit qui mêle réalisme et fiction d'une manière magistrale.

Quant à l'écriture, je l'ai trouvée un peu difficile au début, je devais parfois relire des phrases pour parvenir à suivre, mais j'ai rapidement adopté le rythme et j'ai finalement été captivée par un style très riche en comparaisons et métaphores ; ce livre est vraiment bien écrit, les images foisonnent et les analogies et descriptions qui peuvent paraître étranges ou inadaptées sont en fait très pertinentes, voire drôle (mais avec un petit quelque chose de désabusé). Le récit contient également beaucoup de recoupement et de parallèles, ce qui le densifie.

On trouve aussi un petit quelque chose de Beckett vers la fin, quand Avram et Eizik parlent de camps de concentration, leurs paroles sont brèves et s'enchaîne, se confirmant et se contredisant, comme si ces dialogues absurdes étaient le seul moyen de décrire leur expérience saugrenue.

En tout cas, ce livre a été une bonne surprise. Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, surtout que le début du livre est un peu déstabilisant, il est difficile de voir où le récit va mener, mais une fois les repères posés et les personnages présentés, l'histoire se déroule de manière fluide et captivante.

Pinocchio, Winshluss (2008)

C'est il y a quelques mois lors d'un exposé sur les éditions des Requins Marteaux que j'ai entendu parler de ce livre. L'une des étudiantes faisant l'exposé l'avait lu et l'avait beaucoup aimé et comme la couverture du livre me plaisait bien, j'ai ajouté ce titre à ma liste de livre à lire.

Comme le titre l'indique l'histoire concerne le conte Pinocchio, mais il ne s'agit pas -loin de là !- d'une fidèle adaptation. On retrouve certes Pinocchio, Gepetto, Jiminy Cricket et les entrailles d'un poisson, mais tout le reste diffère fortement. Pour commencer, Pinocchio n'est pas un pantin, mais un robot qui n'a rien d'humain, en fait, l'histoire s'attache plus à suivre ce qu'il se passe autour de Pinocchio qu'à Pinocchio lui-même.

L'histoire est cinglée et nous fait croiser un poisson radioactif, une Blanche-Neige lesbienne et les sept nains pervers, un clochard SDF aveugle qui retrouve un oeil et se prend pour le messie, un inspecteur de police dépressif, un Jiminy Cricket en chômeur paresseux, des ateliers qui exploitent des enfants, un clown roi, un parc d'attraction en ruine, etc. Bref, c'est très dense et riche, on ne s'ennuie jamais.

L'histoire n'est pas linéaire, on ne suit pas tout le temps le même personnage, mais on en change régulièrement, mais comme ceux-ci se croisent et recroisent, le récit reste claire. Et de même que le personnage suivi change régulièrement, le dessin change aussi : on a du noir & blanc, de la couleur, de l'aquarelle, etc, ce qui renforce le côté insensé du livre.

En tout cas, j'ai beaucoup aimé, mais je ne suis pas sûre que cela puisse plaire à tout le monde. Par contre, évitez de mettre le livre entre les mains d'enfants, parce que même si cela s'inspire d'un conte pour les plus jeune, cette adaptation n'est pas un livre pour enfant !

Le jeu de l'ange, Carlos Ruiz Zafon (2008)

"Dans la turbulente Barcelone des années 1920, David, un jeune écrivain hanté par un amour impossible, reçoit l'offre inespérée d'un mystérieux éditeur : écrire un livre comme il n'en a jamais existé, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d'être tués », en échange d'une fortune et, peut-être, de beaucoup plus.
Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu'il aime le plus au monde. En monnayant son talent d'écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable ?
"

Encore un livre de Carlos Ruiz Zafon dont j'avais adoré L'ombre du vent (article ici). Avec Le jeu de l'ange, l'auteur reprend les mêmes ingrédients : un livre qui parle de livres, Barcelone, etc, et on retrouve des lieux et des personnages : la librairie Sempere & fils, le cimetière des livres oubliés et son gardien Isaac, etc. Sauf que le mélange ne fonctionne pas.

Autant j'ai eu du mal à faire des pauses pendant la lecture de L'ombre du vent, autant je n'ai pas eu ce "problème" pour Le jeu de l'ange que je trouve nettement moins réussi, pas réussi du tout même. Il y a trop de fantastique et trop de mièvrerie, beaucoup de choses prévisibles aussi. On retrouve un couple de personnage classique quasiment caricaturés ici : le vieux grincheux et la jeune rebelle, qui se détestent, sont obligés de cohabiter, puis deviennent amis (ah, je ne m'y attendais pas !). Autre stratagème peu subtil, le coup de la pièce secrète dévoilée à la toute fin du livre, mais dont on se doute depuis le début lorsque l'électricien dit qu'à l'endroit où le plan indique une pièce de 40m² s'en trouve une d'à peine 20m².

Bref, de grosses ficelles, une vague histoire d'âme vendue au Diable et de malédiction, un orphelin, du tragique, de la vengeance et un récit pas très bien ficelé ; j'ai été très déçue, surtout comparé à L'ombre du vent, ici, on a juste un (gros) roman de gare remplie de clichés qui frise le ridicule, voire pire, à éviter donc. (D'un autre côté, Le jeu de l'ange est un titre à la Marc Lévy, ce qui ne laissait rien présager de bon, mais sait-on jamais...)

La carte et le territoire, Michel Houellebecq (2010)

"Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman, devait vous en raconter l'histoire, il commencerait peut-être par vous parler d'une panne de chauffe-eau, un certain 15 décembre. Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passa seul de nombreux réveillons de Noël. Il évoquerait certainement Olga, une très jolie Russe rencontrée au début de sa carrière, lors d'une première exposition de son travail photographique à partir de cartes routières Michelin. C'était avant que le succès mondial n'arrive avec la série des « métiers », ces portraits de personnalités de tous milieux (dont l'écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l'exercice de leur profession. Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scène marqua durablement les équipes de police. Sur la fin de sa vie il accédera à une certaine sérénité, et n'émettra plus que des murmures. L'art, l'argent, l'amour, le rapport au père, la mort, le travail, la France devenue un paradis touristique sont quelques-uns des thèmes de ce roman, résolument classique et ouvertement moderne."

Le fameux livre de l'année, de la rentrée littéraire, du prix Goncourt... ! Avant même qu'il y ait toute cette agitation autour du livre, j'avais déjà prévu de le lire parce que Houellebecq est un auteur que j'apprécie, pour les quelques livres que j'ai pu lire de lui. Et quand l'effervescence autour de Michel Houellebecq et de La carte et le territoire a vraiment commencé, je n'ai eu que plus envie de jeter un coup d'oeil au livre afin de me faire ma propre opinion et voir s'il valait vraiment tout ce ramdam.

Alors oui, le livre est plutô bon (en tout cas, je le juge comme tel), mais non, il ne valait pas tout ce remue-ménage. A mon avis, sur ce point, les critiques n'ont cherché qu'à raviver des scandales passés -que ce soit pour décrédibiliser le livre et l'auteur ou pour leur donner une image sulfureuse- qui n'ont aucune place ici.

Par contre, oui, le style de La carte est le territoire est différent de celui des livres précédents. Je ne parlerais pas de rupture ou de virage radical, non, je dirais plutôt qu'il s'agit d'une évolution qui reste en cohérence avec ce que Houellebecq a pu écrire antérieurement. Pour résumer, c'est pareil et différent (c'est clair, non ?^^). On retrouve les thèmes habituels chez cet auteur : la société occidentale, la modernité, l'absurdité de la vie, l'ennui, la solitude, l'humour, etc, mais il y a un équilibre qui me fait dire que ce livre a quelque chose d'abouti, une certaine maturité, quelque chose qu'il n'y a pas dans les autres livres de lui que j'ai déjà lus (bien que j'ai eu parfois l'impression que certaines passages auraient pu être complétés, justifiés).

Bref, le livre m'a plu, l'histoire est intéressante et se lit très bien. Je ne sais pas s'il méritait le prix Goncourt qui lui a été décerné sachant que je n'ai pas lus les autres ouvrages qui étaient en lice, mais je ne vois cependant pas de raisons rendant injustifiée cette récompense. En tout cas, après un livre qui me semble aussi abouti au vu de ce qui a précédé, et plutôt bon en lui-même, je suis curieuse de voir ce que Houellebecq pourra écrire après.

L'Art Nouveau sur Europeana



Il ne s'agit pas ici de livres, mais d'une exposition virtuelle qui est actuellement proposée en ligne sur Europeana, la bibliothèque numérique européenne.

Le thème en est l'Art Nouveau, un mouvement que j'affectionne tout particulièrement et qui s'est développé en Europe de la fin du XIXe au début du XXe siècle, touchant de nombreux domaines : la peinture (notamment avec Gustav Klimt), l'ameublement, la publicité, l'illustration, l'architecture (avec Victor Horta),...

L'exposition, qui est claire, riche et bien organisée, est accessible à cet endroit.

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami (2002)

"Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. Nakata, vieil homme simple d'esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse. Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus et un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et bien d'autres choses encore. Avant de voir leur destin converger inexorablement et de découvrir leur propre vérité."

Cela faisait quelques années que je voulais lire ce livre, donc quand l'occasion de lui mettre la main dessus, je les ai saisis (le livre et l'occasion).

Ce qui m'a attirée en premier lieu, c'est la mention de Kafka dans le titre, puisque celui-ci est l'un de mes auteurs favoris, donc j'avais envie de savoir ce qu'il venait faire là. Ensuite, au fil des mois et au gré du hasard, j'ai lus et entendus de nombreux avis (très) positifs, voire élégiaques, que ce livre et globalement sur les textes de cet auteur, ce qui n'a fait que renforcer mon envie de le lire. En effet, ici, tous les avis se montraient très enthousiastes, en disant que c'était un livre marquant, excellent, troublant, etc.

Je partais donc avec un bon à-priori et... j'ai été très déçue. Je ne sais pas si c'est parce que j'en attendais/espérais trop, parce que je suis passé à-côté de quelque chose, parce que je n'étais pas dans état d'esprit adapté ou parce que le livre ne correspond tout simplement pas à mes goûts, mais mon impression n'a pas confirmée les échos positifs que j'avais eus.

En fait, l'histoire se lit bien, c'est très agréable, mais je trouve qu'il manque quelque chose. Pendant tout le livre, on voit des éléments et des coïncidences qui se mettent en place, et au final, aucune réponse n'est énoncée ou suggérée, j'ai eu l'impression que ça n'aboutissait à rien, que c'était en quelque sorte un pétard mouillé. Beaucoup de pistes sont présentées, mais je ne les trouve pas assez explorées, elles n'aboutissent pas.

Par exemple, je trouve qu'il manque quelque chose à la fin, les choses ne sont pas claires. C'est vrai que dans la vie on n'a pas non plus toujours de réponse, mais ici, la lecture m'avais préparée à quelque chose de marquant à la fin, comme un puzzle dont on a des morceaux mais pas tous. Il y a des livres qui nous laissent sur une fin ouverte sans que cela ne soit gênant, parce que tout le reste est cohérent, mais là, ce n'est pas ouvert, c'est plutôt incomplet. Une fois le livre refermé, ce n'est pas de la frustration, de la jubilation ou de la satisfaction que j'ai ressenti, mais de l'incompréhension et de la déception.

L'écriture est fluide, aérienne même, très sensible, mais manque peut-être d'épaisseur. L'histoire a un bon potentiel, mais à mes yeux il manque le petit quelque chose qui fait que c'est bien traité, qu'on ne décroche pas du livre une fois qu'on l'a commencé. Le livre n'en demeure pas moins agréable à lire, mais sans plus, sans enthousiasme. Les thèmes et question de ce roman d'initiation ne trouve pas d'aboutissement en moi, cela ne m'amène pas de réflexion. Il faudrait que je lise autre chose de cet auteur afin de me faire un avis plus complet.

Globalement,  c'est un peu trop fade et insipide pour moi, cela manque de caractère, d'identité. Si j'étais extrême, je dirais même que c'est du Marc Lévy mondialisé : simple, accessible, avec un personnage qui a perdu quelqu'un, une pincée de surnaturel/fanstique, très consensuel, etc ; ce qui fait que cela plaît à un public -aujourd'hui majoritaire- qui ne lit que très peu, et qui ne veut rien de bien compliqué mais plutôt quelque chose pour s'aérer les idées (et là, ça fait de l'air, hein !).

Bref, très grosse déception, je ne suis pas sûre de vouloir un jour relire un texte de Haruki Murakami.

L'ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon (2001)

"Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, "ville des prodiges " marquée par la défaite, la vie difficile, les haines qui rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y "adopter" un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets "enterrés dans l'âme de la ville" : L'Ombre du vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafon mêle inextricablement la littérature et la vie."

Pendant le DUT que j'ai fait, nous avons eu un cours de littérature hispanique et le peu d'heures que nous avons eu a été passionnant. Et c'est au détour d'un de ces cours que la professeur nous a présenté Carlos Ruiz Zafon, en parlant de ses livres de manière très entousiaste et en nous conseillant de les lire. C'est d'ailleurs l'ardeur de l'enseignant à nous suggérer ce livre qui m'a poussée à l'ajouter à ma liste des livres à lire. Donc, comme je suis tombé dessus au détour d'un rayonnage de la bibliothèque, je l'ai emprunté.

Et après avoir lu le dernier mot, j'ai compris l'exaltation de la professeur qui nous avait parlé de cet auteur. J'ai littéralement été happée dans ce livre ; au bout de quelques pages, j'avais la main dans un engrenage dont je ne me suis sorti qu'une fois le livre terminé. Le texte s'étend sur 635 pages dans sa version poche, mais cela ne m'a pas empêchée de le lire en une seule journée tellement j'étais captivée. Ce la faisait un moment que je n'avais pas été aussi absorbée dans un livre.

L'histoire est très bien construite et le suspense très bien ficelé, avec beaucoup de rebondissement. C'est un livre qui parle de livres, un roman d'aventures, d'Histoire et d'amour, un conte d'enquêtes et d'énigmes, mais c'est aussi un roman initiation puisque nous suivons le narrateur sur plusieurs années et nous le voyons passer de l'enfance à l'âge adulte. La fin est certes un peu convenue, peu surprenante, mais pas décevante pour autant. En tout cas, dans l'ensemble, c'est un livre accessible et ensorcelant.

En tout cas, j'ai été convertie par cette histoire captivante et j'ai déjà emprunté un autre livre de cet auteur : Le jeu de l'ange.

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