La rose pourpre et le lys, Michel Faber (2002)

"Londres, 1875. Quelque part dans Church Lane, à l'écart du tumulte de ce quartier sordide, une jeune fille attend. Elle s'appelle Sugar, elle a dix-huit ans. C'est une prostituée d'un genre particulier : sa beauté, sa vivacité, son intelligence - elle sait lire, écrire et pratique l'art de la conversation - semblent la promettre à un destin différent. Elle est remarquée par un riche parfumeur, William Rackham, qui fait d'elle sa maîtresse. William Rackham est ambitieux. Pour maintenir son train de vie et échapper aux humiliations financières que lui inflige son père, il doit encore gravir quelques échelons. Et puis il y a sa femme, Agnes, une grande bourgeoise neurasthénique qui ignore tout du mal qui la ronge. Ensemble, Sugar et William décident de braver les interdits et de vivre une vie plus conforme à leurs grandes espérances, loin du bordel et de la médiocrité petite-bourgeoise. Y parviendront-ils ? Utilisant toutes les ressources du roman victorien, Michel Faber a fait de cette histoire un livre extraordinairement moderne. La misère des classes populaires, l'arrogance de la bourgeoisie, la crise des mœurs soumises à une morale sexuelle répressive forment un tableau grouillant de vie, de conflits et de passions à l'arrière-plan des destins croisés de Sugar et William."

J'avais repéré ce roman dans une librairie il y a bien 4 ou 5 ans, mais je m'étais alors contentée d'ajouter le titre à ma liste de livres à lire. Et puis la semaine dernière, au travail, je l'ai vu sur le chariot des livres venant d'être rendu donc je me suis dit que c'était l'occasion de me lancer dans sa lecture.

Les deux protagonistes de ce roman qui se déroule à la fin du XIXe siècle sont Sugar et William Rackham. La première est une prostituée de 19 ans qui exerce ce métier depuis qu'elle a 13 ans, après que sa mère ait vendu sa virginité pour de l'argent. Elle est reconnue pour son intelligence, sa vivacité d'esprit et le fait qu'elle accepte tout des hommes. Le second, bien que cadet de sa fratrie, est l'héritier d'une entreprise de parfumerie fondée par son père, écrivain raté qui peine à s'intéresser à l'entreprise qui lui revient, entouré d'un frère aîné qui s'est tourné vers la religion mais qui doute, d'une épouse folle, d'une fille qu'il ne connaît qu'à peine, d'une flopée de domestiques et de deux amis extravertis et fêtards. Les deux personnages se rencontrent alors que William cherche une prostituée qui puisse satisfaire ses désirs, on lui conseille Sugar, et il s'entiche d'elle au point de la racheter pour qu'elle ne travaille plus que pour lui. Mais même si au début chacun y gagne, le quotidien et l'habitude finissent par éroder leur relation.

J'ai tout simplement adoré ce long roman que j'ai lu rapidement malgré ses plus de 1100 pages tant l'histoire est prenante et le style fluide. Les personnages sont très bien construits, l'atmosphère des différents lieux que nous fréquentons au cours de l'histoire est très bien rendue et le ton un peu ironique qui n'hésite pas à s'adresser au lecteur est captivant et rend le livre vivant. En plus de cela, le texte n'est pas fade, ni rempli de bons sentiments : au contraire, il est réaliste, parfois cru même et cela le renforce. Certes, la fin est un peu brutale, on aimerait savoir ce qu'il arrive aux personnages, mais d'un autre côté, c'est ouvert et cela laisse place à l'imagination. Bref, c'est un livre dont le volume peu à première vue repousser, mais la qualité du récit font que l'on ne voit pas passer ce millier de pages !

No et moi, Delphine de Vigan (2007)

"Lou Bertignac a 13 ans, un QI de 160 et des questions plein la tête. Les yeux grand ouverts, elle observe les gens, collectionne les mots, se livre à des expériences domestiques et dévore les encyclopédies.
Enfant unique d’une famille en déséquilibre, entre une mère brisée et un père champion de la bonne humeur feinte, dans l’obscurité d’un appartement dont les rideaux restent tirés, Lou invente des théories pour apprivoiser le monde.
A la gare d’Austerlitz, elle rencontre No, une jeune fille SDF à peine plus âgée qu’elle.
No, son visage fatigué, ses vêtements sales, son silence.
No, privée d’amour, rebelle, sauvage.
No dont l’errance et la solitude questionnent le monde.
Des hommes et des femmes dorment dans la rue, font la queue pour un repas chaud, marchent pour ne pas mourir de froid. « Les choses sont ce qu’elles sont ». Voilà ce dont il faudrait se contenter pour expliquer la violence qui nous entoure. Ce qu’il faudrait admettre. Mais Lou voudrait que les choses soient autrement. Que la terre change de sens, que la réalité ressemble aux affiches du métro, que chacun trouve sa place. Alors elle décide de sauver No, de lui donner un toit, une famille, se lance dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Envers et contre tous.
"

Lou a 13 ans et vient d'entrer au lycée puisqu'elle est surdouée. En classe de Sciences Économique et Sociale, elle doit faire un exposé, et elle décide de le faire sur les jeunes femmes SDF, et cela après en avoir rencontrée une, No, dans une gare. Lou et No s'apprivoisent et se lient autant que le leur permet la disparité de leur situation et leur âge, et Lou va tenter d'aider No, aidée par le rebelle de sa classe, Lucas.

J'ai plutôt apprécié ce roman, mais je l'ai trouvé un peu simple (attention, je n'écris pas simpliste), trop facile et assez prévisible. C'est certes bien écrit, le sujet est intéressant, mais la relation Lou et No me paraît improbable, sûrement parce que Lou me paraît bien trop jeune par rapport au rôle qu'elle joue. De même que le personnage de Lucas est bien fade et n'a l'air d'être là que pour son appartement et le rôle de rebelle qu'admire secrètement Lou. Le sujet des SDF me semble donc porteur, mais c'est la manière dont il est exploité qui me semble bancal, notamment à cause des personnages. Donc c'est bien, ça se lit facilement, mais ce n'est pas exceptionnel ou inoubliable non plus.

Faisons des maths !

Source
Cet article ne parle pas de livre, mais ne vous inquiétez pas, il ne traite pas de sport non plus : le sujet est l'argent. Vous en avez peut-être entendu parler, et autrement la capture d'écran ci-dessus l'annonce : David Beckham va intégrer le PSG pour 800 000€ brut par mois.

Nous allons donc poser un petit problème : sachant que le traitement de base mensuel de l'auteur du présent blog qui travaille dans une bibliothèque est de 1365,93€ (et cela n'augmentera que peu avec l'évolution de carrière), combien de temps faudra-t-il à cette personne pour gagner ce que monsieur Beckham va toucher en un mois ?

Solution (à surligner avec votre curseur pour la voir) : 48 ans 9 mois et 20 jours. Donc, en un mois, David Beckham va toucher plus que tout ce que je vais toucher tout au long de ma carrière, même si je passe des concours et progresse.

Les vaches de Staline, Sofia Oksanen (2003)

"Les « vaches de Staline », c’est ainsi que les Estoniens déportés désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent sur les terres de Sibérie, dans une sorte de pied de nez adressé à la propagande soviétique qui affirmait que ce régime produisait des vaches exceptionnelles. C’est aussi le titre du premier roman de Sofi Oksanen, dont l’héroïne, Anna, est une jeune Finlandaise née dans les années 1970, qui souffre de troubles alimentaires profonds. La mère de celle-ci est estonienne, et afin d’être acceptée, cette femme a tenté d’effacer toute trace de ses origines, et de taire les peurs et les souffrances vécues sous l’ère soviétique. Ne serait-ce pas ce passé qui hante encore le corps de sa fille ?"

J'avais lu Purge l'année dernière, peu de temps avant la création de ce blog (d'où l'absence d'article concernant ce livre), et j'avais bien aimé. Donc quand cet été j'ai vu que le premier roman de Sofi Oksanen, Les vaches de Staline, antérieur à Purge donc, allait être publié à l'automne, je me suis empressée de l'ajouter à ma liste de livres à lire.

Dans ce roman alternent deux voix : en focalisation interne, nous avons Anna, jeune femme anorexique et boulimique, incapable de coucher avec l'homme qu'elle aime et incapable d'aimer ceux avec qui elle couche, fille dont le père est une Finlandais qui couche avec les filles de l'Est et dont la mère est une fille de l'Est honteuse, cachant ses origines. La seconde voix, en focalisation externe, c'est justement cette mère, Katariina, Estonienne qui a épousé un Finlandais, a pu fuir le régime communiste, et par qui nous découvrons une famille sous le joug de ce pouvoir. Et le lien entre ces deux femmes, c'est la honte : la mère honteuse de son origine qui impose à sa fille le secret de ses racines estoniennes, et la fille qui transforme le poids du secret en poids du corps, en honte du corps.

J'ai beaucoup aimé ce livre, presque adoré à vrai dire ! Tout comme dans Purge, j'ai beaucoup aimé découvrir le quotidien sous l'autorité communiste et l'histoire de l'Estonie, pays que je ne connais pas du tout (et qui pour moi fait partie des "pays de l'Est", c'est-à-dire tout ce qu'il y a entre l'Europe et la Russie). J'ai beaucoup aimé aussi le lien entre les générations, le poids du secret de la mère qui se manifeste chez la fille. Mais si je dis que j'ai presque adoré, c'est parce que l'écriture n'est pas toujours facile à lire, et aussi parce que les chapitres de la mère ne sont pas dans l'ordre chronologique, ce qui m'a un peu perdue, surtout qu'ils sont entrecoupés par les chapitres de la fille. On pourrait aussi dire que ce livre ne fait que ressasser le contenu de Purge, mais bien que publié en second en France, Les vaches de Staline est antérieur à Purge, donc on peut plutôt parler de brouillon, de préambule à ce dernier. Et il a été reproché aux Vaches de Staline de ne pas être assez dégrossi, assez abouti, ce qui est vrai mais je trouve que cela a un côté brut qui correspond très bien au style de l'auteur et au récit-même. Bref, malgré cela, voici une auteure dont je vais suivre les publications vu que j'apprécie ses texte, et je vais aussi relire Purge dès que possible !

Décidemment...


Il semblerait que le sapin de Noël fait de livres inspire les gens (cf. cet article)...

XXL, Julia Bell (2005)

"« Si j'étais aussi grosse qu'elle, je me tuerais », dit Maman en montrant du doigt une photo de Marilyn Monroe dans son magazine. Je suis dans la cuisine, en train de faire griller du pain. Maman n'achète que du pain danois à faible teneur en sel, le genre qui contient plus d'air que de farine. Son nouveau régime l'autorise à en manger deux tranches au petit déjeuner. "Tu me préviendrais, hein, si j'étais grosse comme ça?" Je me tourne vers elle, je vois ses os à travers ses vêtements. Je mens : "Evidemment." Le poids a toujours été un sujet épineux pour Carmen. Rien de surprenant : sa propre mère lui répète comme une litanie qu'être mince, c'est être belle ; c'est réussir dans la vie ; c'est obtenir tout ce que l'on veut... Alors c'est simple: Carmen sera mince. Quel qu'en soit le prix."

Carmen est une préadolescente qui vit avec sa mère et son beau-père. Elle a une vit tout à fait normale, sauf sur un point : sa mère, Maria, est une obsédée des régimes atteinte d'anorexie. Elle s'impose donc un régime draconien, est obsédé par la nourriture, est persuadée d'être énorme, s'épuise à faire de la gym, etc, mais ne cesse également de faire des remarques à sa fille à propos du poids de celle-ci et de ce qu'elle mange, de lui dire que l'apparence n'est pas tout, mais que c'est quand même là-dessus qu'on est jugé, etc. Un jour, Maria décide de quitter son compagnon et d'aller s'installer dans sa ville d'origine avec Carmen. Carmen va alors se retrouver seule avec sa mère et la folie de celle-ci, mais aussi toutes les histoires qui gangrènent les relations familiales.

Ce livre est pas mal, aussi bien sur le fond que la forme, mais ce que j'ai le plus apprécié, c'est sa justesse : sous prétexte qu'il s'agit là d'un roman destinés aux adolescents, les problématiques de trouble du comportement alimentaire, de familles recomposées, de conflits familiaux, etc, ne sont pas simplifiés ou atténués.

La vie secrète de E. Robert Pedleton, Michael Collins (2006)

"Après le suicide bâclé du professeur Pendleton, écrivain raté sur le point de perdre sa chaire de Creative Writing, Adi, l’une de ses étudiantes rongée par la culpabilité, s’installe chez lui pour jouer les gardes-malades. Elle découvre dans la cave un livre écrit par Pendleton des années auparavant. Immédiatement elle perçoit dans Le Cri un chef d’œuvre où « Nietzsche rencontre Charles Manson ». Adi s’associe avec l’ennemi intime de Pendleton pour le faire republier. Le succès est immédiat. Un seul détail la trouble : l’effroyable meurtre d’une adolescente relaté dans Le Cri ressemble étrangement à un crime jamais élucidé, qui eut lieu dans la région quelques années plus tôt… Simple coïncidence ? Ou bien Pendleton aurait-il quelque lien trouble avec ce macabre fait divers ?"

Voici un livre que j'avais déjà lu en 2007 et dont j'avais gardé un souvenir bon, mais flou. C'est pour cela que lorsqu'il m'est passé sous les yeux il y a quelques temps, j'ai décidé de le relire.

E. Robert Pendleton est professeur dans une université états-unienne de seconde zone, le genre de lieu où se retrouvent les enfants de parents fortunés qui leurs paient leur diplôme plus que leurs études. Pendleton lui-même n'a pas un parcours glorieux et peine à se maintenir en poste faute d'un travail assidu et de publications régulières. Et un jour, un auteur, Horowitz, vient faire une conférence à l'université, or celui-ci est l'ennemi de Pendleton car ils étaient ensemble à l'université, sauf que le premier connaît la gloire alors que le second sombre dans une médiocrité étriqué. En tout cas, la venue d'Horowitz est la goutte de trop pour Pendleton, il tente alors de se suicider, mais une étudiante, Adi, découvre son corps encore en vie et Pendlenton est sauvé, encore qu'il est amorphe et a oublié beaucoup de choses. Avant de se tenter de mettre fin à ses jours, le professeur avait légué tous ses travaux à Adi, qui va alors s'en servir pour travailler sa thèse. Sauf qu'elle découvre dans la cave de Pendleton un carton de livres, un livre signé de Pendleton mais font personne n'a jamais eu connaissance. Cet ouvrage est un roman dans lequel un professeur du même type que Pendleton assassine une jeune fille de 13 ans. Or un meurtre similaire et resté non élucidé avait eu lieu quelques années auparavant, ce qui pose la question de savoir si ce livre est un roman ou un aveu.

Ce texte m'a beaucoup plus, déjà parce que ça se passe dans une université américaine et il est question de livres, donc forcément, mon côté snob littéraire est attiré. Outre cela, le livre a des qualités intrinsèques : c'est un roman policier, un roman sur la vie universitaire, un livre sur les problèmes personnels de chacun et les rapports humains et c'est aussi un livre drôle, ironique. Les personnages ont tous une sorte de double jeu : rien de grandiose, mais plutôt à base des compromis et des petits mensonges du quotidien, ce qu'on ne veut pas voir, ce qu'on accepte de faire pas dépit. Bref, même si le genre dominant est policier, il y a bien d'autres choses que l'enquête, et cela m'a beaucoup plus.

Ça, c'est du sapin de Noël ! :D


Et pour Noël, offrez des livres ! Si vous ne savez pas lequel choisir pour vos proches, demandez conseil à un libraire, c'est leur métier. Mais il faut aller dans une vraie librairie, hein, n'allez pas acheter vos livres sur Amaz*n (même, et surtout, s'ils vous envoient des mails publicitaires tous les jours, résistez) !

Suite suisse, Hélène Bessette (1965)

"Suite suisse, comme l'écrit son auteur, est "le livre de la porte", celle qui est constamment claquée au nez de l'écrivain tentant vainement de gagner sa vie et ne rencontrant que mauvaise fortune. Parfaite représentante de ce destin tragique, Hélène Bessette réalise ici une manière d'auto fiction, évoquant son exil en Suisse à la recherche d'un pays moins hostile à ce qui est considéré comme une activité marginale, l'écriture. Elle évoque avec humour l'échec répété de ses demandes d'emploi, sa vie dans les hôtels miteux et les pensions de famille bruyantes - contrastant avec la Suisse luxueuse -, son amour immodéré des tea-rooms, la rencontre toujours conflictuelle entre sa sensibilité exacerbée et le visage lisse que lui offrent les autres, ceux qui s'agitent dans une vie dont elle se sent exclue. Hélène Bessette raconte son errance avec une ironie irrésistible qui n'épargne rien. Suite suisse est une étape importante dans la constitution de son "roman poétique", à la fois puissamment ancré dans la narration et outrepassant les limites mêmes du genre pour offrir à l'imaginaire du lecteur des sentiers poétiques bifurquants."

C'est totalement par hasard que j'ai découvert ce livre : il était parmi d'autres, dans une pile d'ouvrage que je devais estampiller. La couverture m'a interpellée, j'ai lu la quatrième de couverture, ça avait l'air pas mal et j'ai noté le titre dans un coin de ma tête afin de penser à récupérer ce livre une fois qu'il aura été mis à disposition pour l'emprunt.

L'histoire est celle de Fi Bess -projection de l'auteure, Hélène Bessette- qui se retrouve en Suisse puisqu'elle ne parvient pas à faire publier ses textes à Paris. Elle y raconte avec humour ses conditions de vie, ses difficultés pour obtenir les papiers nécessaire, un travail, un logement, etc, la vie chic, élégante, snob et chère de ce pays, son amour pour les tea-rooms où elle commande des Ovo et des pâtisseries, le tout entrecoupé par les allumettes qu'elle craque sans cesse.

J'ai d'abord été déroutée par ce texte, à cause du style : c'est très haché, elliptique. Il ne s'agit pas de longues phrases descriptives et fluides racontant une histoire de manière linéaire, mais de brèves phrases de quelques mots qui son plus comme des touches, des instantanés, des détails, une émotion, une impression. C'est comme si c'était scandé. Ce qui fait qu'il y a quelque chose d'incomplet, un peu comme si elle prenait des notes, mais d'un autre côté cela donne un rythme et rend finalement l'essentiel. Et au final, j'ai bien aimé ce texte et j'ai été très étonnée de sa modernité. Le texte date des années 1960, mais le style et la personnalité de la narratrice ne dépareraient pas de nos jours, et je pense que cela rend le texte d'autant plus accessible. En tout cas, j'ai vu que la bibliothèque avec acquis d'autres ouvrages de cette auteure, donc il est probable que j'en lise au moins un autre.

Le liseur, Bernhard Schlink (1995)

"À l'âge de quinze ans, Michaël – le narrateur – découvre l'amour dans les bras d'Hanna, une voisine de vingt ans son aînée ; pendant six mois, il la rejoint tous les jours et partage avec elle plaisirs de la chair et moments de lecture. Mais sa maîtresse, personnage secret, disparaît un jour mystérieusement. Sept ans plus tard, Michaël la retrouve par hasard, alors qu'il assiste à un procès pour crime de guerre, où elle figure au banc des accusés ; il découvre à cette occasion un fait qui pourrait atténuer sa condamnation, mais choisit de n'en rien dire, par respect pour celle qui a marqué si profondément sa vie. Il renouera leur relation au cours des dix-huit années d'incarcération de celle qu'il comprend enfin un peu mieux."

Voici un livre que j'avais failli lire il y a six ans, mais pour des raisons X ou Y j'étais finalement passé à autre chose (il y a toujours tellement de livres à lire !). Malgré tout, son titre était resté dans un recoin de ma mémoire, donc quand un lecteur a rendu un exemplaire de ce livre à la bibliothèque, je me le suis mis de côté pour enfin accomplir cette lecture.

Le narrateur de l'histoire, Michaël, est un jeune garçon au début de l'histoire. Un jour il est malade, vomit dans la rue, et une femme, Hanna, habitant dans les parages l'emmène chez elle pour le nettoyer, puis elle le ramène chez lui. Michaël retourne ensuite chez elle pour la remercier, et c'est ainsi que naît leur relation : basée sur la chair, mais aussi la lecture. Puis un jour, elle disparaît. Plus tard, alors que Michaël suit ses études supérieures, il se retrouve avec ses camarades à suivre un procès contre des gardiennes d'un camp de concentration et c'est là qu'il va revoir Hanna, parmi ces accusées.

J'ai beaucoup aimé ce roman malgré quelques longueurs. Mais le style est fluide et les deux personnages principaux, Hanna et Michael très bien construits. On comprend tout à fait le raisonnement et les hésitations de Michaël, et aussi la honte d'Hanna face à son secret. Ce n'est pas un livre très long, mais tout y est de manière claire : le passé et le présent, les faits et les pensées. En plus, le contexte historique le rattache à la Seconde Guerre mondiale qui est, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici, une période qui m'intéresse. Je ne regrette donc pas d'avoir lu ce livre, aussi tard que cela soit puisque ce n'est finalement pas une déception, loin de là.

Fille noire, fille blanche, Joyce Carol Oates (2006)

"Elles se rencontrent au coeur des années soixante-dix, camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entament leur cursus universitaire. Genna Meade, descendante du fondateur du collège, est la fille d'un couple très " radical chic ", riche, vaguement hippie, opposant à la guerre du Vietnam et résolument à la marge. Minette Swift, fille de pasteur, est une boursière afro-américaine venue d'une école communale de Washington. Nourrie de platitudes libérales, refusant l'idée même du privilège et rongée de culpabilité, Genna essaye sans relâche de se faire pardonner son éducation élitiste et se donne pour devoir de protéger Minette du harassement sournois des autres étudiantes. En sa compagne elle voit moins la personne que la figure symbolique d'une fille noire issue d'un milieu modeste et affrontant l'oppression. Et ce, malgré l'attitude singulièrement déplaisante d'une Minette impérieuse, sarcastique et animée d'un certain fanatisme religieux. La seule religion de Genna, c'est la piété bien intentionnée et, au bout du compte inefficace, des radicaux de l'époque. Ce qui la rend aveugle à la réalité jusqu'à la tragédie finale. Une tragédie que quinze ans - et des vies détruites - plus tard, elle tente de s'expliquer, offrant ainsi une peinture intime et douloureuse des tensions raciales de l'Amérique."

Comme j'ai déjà lu et apprécié plusieurs textes de Joyce Carol Oates, je n'ai pas hésité à lire Fille noire, fille blanche quand celui-ci m'est passé entre les mains à la bibliothèque.

L'histoire nous est racontée par Genna, alors qu'elle est adulte. Les évènements dont elle nous fait part se sont déroulés alors qu'elle était à l'université, pendant les années 1970. Elle s'était retrouvée à partager une chambre avec une autre étudiante, une jeune fille noire. Genna ayant des parents très ouverts d'esprit n'est pas gênée par cela et fait tout pour le montrer. Mais sa camarade, Minette, n'a rien à faire de ce que l'on peut penser d'elle. Et puis des incidents se produisent, incidents mis sur le compte du racisme, alors qu'ils pourraient tout aussi bien être lié au caractère de Minette, indépendamment de sa couleur de peau. Le fait est que l'atmosphère devient délétère et que cela finit par dégénérer.

Comme dans la plupart des romans de Joyce Carol Oates que j'ai lu, on retrouve une ambiance malsaine et d'étranges rapports entre les personnages, avec ici un contexte socio-politique fort. Ce roman m'a bien plus, il correspond bien à ce que je m'attendais. Par contre, c'est vrai que l'insalubrité de l'atmosphère dégagée par le livre est susceptible de déplaire, mais j'avoue que c'est le genre de chose qui me plaît dans un livre, donc ce n'est pas un défaut à mes yeux. En tout cas, cela me motive à continuer la lecture des textes de cette auteure.

Coraline, Neil Gaiman (2002)

"Coraline vient de déménager et découvre son environnement, une étrange maison qu'elle et ses parents partagent avec des voisins peu communs : deux anciennes actrices et un vieux toqué éleveur de souris savantes. "Je suis une exploratrice !", clame Coraline. Gare pourtant : derrière la porte condamnée, un monde magique et effrayant l'attend."

Voici un livre que je voulais lire depuis un petit moment, mais je n'en avais jamais l'idée, le temps ou l'occasion, mais comme l'autre jour je me suis trouvée à court de lecture et que ce livre était à proximité, j'en ai profité pour le lire.

L'héroïne est Coraline, une fillette qui vit avec ses parents dans une maison divisée en appartement. A cause de cette division, il y a dans leur appartement une porte qui ouvre sur un mur puisque derrière il y a un autre appartement. Un jour, Coraline découvre un monde derrière cette porte, une sorte de miroir déformant de la réalité où ses parents sont toujours disponibles pour elle, où elle a tout ce qu'elle veut et où les yeux des gens sont remplacés par des boutons. Elle n'y reste que peu de temps puis revient dans la réalité et réalise que ses parents ont disparu : ils sont fait prisonniers dans l'autre monde par l'autre mère. Pour rétablir les choses, Coraline va donc devoir les libérer, de même que trouver les âmes de trois enfants faits prisonniers longtemps auparavant.

J'ai beaucoup aimé ce texte ! Il a beau être destiné aux enfants, il est malgré tout angoissant et élaboré, pas du tout simplistes comme peuvent parfois l'être les textes destinés aux plus jeunes. Une fois de plus, mes lectures me confirment l'imagination et la qualité de l'écriture de Neil Gaiman ! A noter que ce texte à été adapté à l'écran : j'avais voulu le voir il y a quelques temps, puis l'idée m'est passée, surtout que mon significant other m'a dit que l'animation n'était pas à la hauteur du livre...

Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Romain Gary (1975)

"Jacques Rainier, cinquante-neuf ans, industriel, est aux prises avec des difficultés en affaires au moment où sa liaison avec une jeune Brésilienne le rend très heureux. À la suite des confidences angoissées d'un ami obsédé par le mythe de la virilité, la peur du déclin sexuel s'insinue en lui, l'envahit, le détruit, ne le quitte plus."

J'ai lu ce livre par choix et par hasard. Par choix d'abord, parce que je souhaitais découvrir Romain Gary, un auteur que je ne connais pas mais qui a été abordé lors du cours de littérature que j'ai suivi pendant mon DUT. Et par hasard, parce que je n'ai pas vraiment choisi ce livre en particulier, j'ai vu qu'il était signé Romain Gary, donc j'ai décidé de le lire. Et ce non-choix du titre m'a déstabilisée puisque je n'avais finalement aucune idée quant au contenu de ce texte !

En effet, le narrateur de ce texte, Jacques Rainier, arrive à 60 ans et devient obsédé par sa... virilité, dirons-nous. Il nous livre donc ses consultations, ses dénis, ses espoirs, ses déceptions et ses difficultés face à l'andropause, et on réalise que cela le ravage. On constate aussi qu'il n'y a pas que lui que cela préoccupe : les hommes de son entourage du même âge lui font des confessions ou se vantent, prouvant qu'ils ne sont pas indifférents à ce changement. Ici, pour Jacques Rainier, son impuissance sexuel fait écho à sa situation économique puisqu'il se retrouve à vendre son entreprise, à son manque de compétitivité.

Bref, voici un texte déroutant ! Après avoir lues les 20 premières pages et ainsi découvert le sujet, je me suis demandé si la lecture de ce texte était une bonne idée, surtout que certains passages sont crus (l'allusion au sang dans la vessie par exemple). Mais d'un autre côté, c'est bien écrit, il y a quelque chose de drôle aussi à voir les personnages masculins aussi troublés par le changement qui s'opère en eux et qui s'échinent à le nier. Donc j'ai certes était surprise par le sujet du livre, mais finalement j'ai bien aimé ce livre, et beaucoup l'écriture, ce qui me motive à lire un autre texte de Romain Gary.

Un désordre américain, Ken Kalfus (2006)

"11 septembre 2001: le divorce de Joyce et Marshall Harriman ressemble à une interminable guerre de tranchées où les protagonistes s'affrontent à coups d'avocats et d'injures bien senties. Ce matin-là, Marshall est en route pour son bureau situé au World Trade Center et Joyce doit prendre un avion à Newark. Face aux tours qui s'écroulent, chacun espère secrètement la mort de l'autre et s'en réjouit déjà. Il n'en est rien. Commence alors une guerre conjugale d'une violence inouïe mise en abyme avec une Amérique en plein conflit avec l'Irak, d'où personne ne sortira indemne."

A l'occasion de la commémoration des dix ans des attentats du 11 septembre 2001, j'ai lu je ne sais plus où un article sur les livres qui en ont découlé, et il y avait entre autres les romans dans lesquels cet évènement est intégré. Un désordre américain en faisait partie et comme la bibliothèque où je travaille l'a dans son fonds je l'ai emprunté dès que j'ai pu.

Bien que le récit commence avec les attentats, il ne s'agit pas d'un drame. On s'en rend compte dès le début : lorsque les Twin Towers sont percutées, Joyce jubile parce que c'est là que travaille son époux et celui-ci exulte car l'un des avions est censé contenir Joyce. Mais leur bonheur ne dure pas car finalement aucun des deux n'était à l'endroit où l'autre le croyait et les deux moitiés de ce couple déchiré sont donc vivante et toujours en pleine procédure de divorce. Et le divorce en question ne risque pas d'être réglé à l'amiable car chacun met toute la mauvaise volonté qu'il peut pour accabler l'autre.

Il s'agit en fait d'une satire du monde d'aujourd'hui, un texte ironique où un couple se déchire et est prêt à tout pour avoir le meilleur au détriment de l'autre. Ce n'est pas un texte sombre pour autant, c'est même plutôt drôle : les deux personnages tombent dans la mesquinerie et les comportements excessifs pour nuire à l'autre, et ce sont leur attitude puériles qui créent une distance avec le contexte de traumatisme et rendent certaines situations amusantes.

Un cadavre dans la bibliothèque, Agatha Christie (1942)

"Un cadavre dans la bibliothèque : voilà, de l'aveu même de la romancière, une situation très banale du roman policier. Mais si les propriétaires de la maison ignorent totalement de qui il s'agit ? Si la victime est une jeune femme un tantinet vulgaire, danseuse de son métier - le genre de personne qu'on ne peut en aucun cas rencontrer chez l'honorable colonel Bantry et son épouse ? Alors, c'est une énigme particulièrement coriace, telle que les aime Miss Marple, aussitôt alertée. Et qu'elle résoudra avec sa finesse et sa logique coutumières, au nez et à la barbe des policiers du comté..."

Ayant découvert au hasard de mes errances "webesque" ce texte ayant pour auteur Agatha Christie, une référence en littérature policière, et le mot bibliothèque dans le titre, je ne pouvais qu'ajouter ce titre à ma liste de livres à lire ! J'ai donc profité d'un week-end chez mes beaux-parents pour le lire puisque là-bas se trouve l'intégralité (ou presque) des ouvrages d'Agatha Christie.

Un matin, alors que Dolly Bantry est dans un demi-sommeil en train de rêvasser, la bonne vient lui annoncer qu'un cadavre a été découvert dans la bibliothèque. Après des doutes quant à savoir si elle a ou non rêvé cela, Mrs Bantry finit par envoyer son mari, Arthur, voir ce qu'il en est, et en effet, le corps d'une jeune femme en robe de soirée se trouve dans cette pièce. Ce qui va provoquer une enquête de la part de la police, mais également de Ms Marple, sollicitée par Dolly.

J'ai bien aimé lire ce livre, il faut dire qu'Agatha Christie est une valeur sûre et les intrigues de ses textes sont toujours rondement menées, le tout en finesse. Certes, ce livre n'est pas non plus inoubliable, Les dix petits nègres et Le crime de l'Orient-Express demeurant mes favoris de cette auteur, mais bon, un roman policier de qualité est toujours agréable à lire !

La métamorphose, Franz Kafka, Horne & Corbeyran (2009)

"Comme chaque matin, Gregor, employé modèle, s'apprête à aller au travail. Mais à son réveil, il aperçoit son corps doté d'une lugubre carapace de coléoptère. Gregor croit d'abord à un mauvais rêve. Pourtant la métamorphose est bien réelle. Il ne quittera plus cet aspect, vivotera sa vie d'insecte tout aussi inoffensif qu'innocent, pour finir écrasé comme de la vulgaire vermine."

Ce livre m'a tout de suite interpellé, cela pour deux raisons : la première est sa couverture que j'ai vue alors que je faisais du rangement dans le rayon BD adulte de la bibliothèque, et la seconde est le titre, qui associé au dessin de la couverture m'a fait comprendre qu'il s'agissait d'une adaptation du roman de Franz Kafka. Comme ce-dernier est l'un de mes auteurs favoris, je me suis évidemment précipitée à emprunter ce livre.

L'histoire est donc celle d'un homme, Gregor, qui un matin se réveille dans le corps d'un cafard géant sans savoir pourquoi ni comment cela est arrivé. Au début, il essaie de rester enfermé dans sa chambre le plus longtemps possible afin que ses parents et sa soeur ne s'aperçoivent pas de sa transformation. Mais cela ne peut pas durer longtemps car Gregor doit aller au travail, d'autant plus que la famille vit sur son revenu...

J'ai beaucoup aimé ce livre.  Déjà parce que j'aime les textes de Franz Kafka, mais là, je trouve les dessins très beaux, avec des aplats, un peu comme de l'aquarelle mais opaque, compacte. Certes, c'est sombre, il y a peu de couleurs, mais cela rend bien. En plus le cafard est très bien dessiné, trop même, ses antennes et ses pattes donnent parfois des frissons de dégoût ! En tout cas, cette bande-dessinée dont j'ignorais jusque là l'existence est une bonne surprise !

Les cookies chewy (Recettes des 3 soeurs)

Etant hier en repos grâce à une récupération, j'ai profité de ma journée pour -outre me reposer et lire- tester une autre recette du livres des Recettes des 3 soeurs, en l’occurrence, les cookies chewy.

Les cookies sont toujours simples à faire et difficiles à rater, ce qui en fait une de mes recettes favorites, et celle du livre ne déroge pas à la règle ! Je n'ai pas eu de difficultés et le résultats en vaut la peine, comprenez que c'est très bon !

Juste une petite chose qu'il faut prévoir, c'est que la pâte doit reposer une heure au réfrigérateur, donc il faut anticiper et ne pas être affamé. Sinon, il est précisé dans la recette que l'on peut mettre des M&M's à la place des pépites de chocolat, et à vrai dire, j'ai mis les deux, ce qui est bon, encore que moins de chocolat et plus de M&M's aurait été encore mieux. Et il faut aussi faire attention à bien les laisser refroidir, sinon, ils se cassent facilement puisqu'ils sont moelleux.

Bref, voici une recette testée et approuvée, non seulement par moi, mais aussi par Chaton et mes collègues ! Le goût est délicieux et la texture est belle est bien chewy, c'est-à-dire tendre, moelleuse. Bref, une recette que je suis sûre de refaire !

La pâte à cookies.
Les cookies sortant du four !

Infrarouge, Nancy Huston (2010)

"Artiste et reporter-photographe, Rena Greenblatt rejoint à Florence son père Simon et sa belle-mère Ingrid pour une semaine de promenades parmi les splendeurs de la Renaissance. Mais l'idylle n'est pas au rendez-vous. Naguère scientifique brillant, Simon est désormais un homme fatigué à l'élocution hésitante, et sa femme - solide nature batave - semble peu réceptive aux chefs-d'oeuvre toscans. Le couple parental traîne la patte. Et Rena, toute au regret de Paris et de son jeune amant Aziz, s'impatiente. Alors lui viennent quantité de souvenirs, fantasmes et pensées secrètes qu'elle ne petit partager qu'avec Subra, son "amie spéciale", son double, son invisible confidente. Seule Subra sait à quels infrarouges réagit Rena : désir et déchirements de la maternité, beauté et liberté du sexe, émotion devant les corps masculins débarrassés de leurs oripeaux machistes, et que Rena adore photographier dans l'abandon de la jouissance..."

J'avais voulu lire ce livre parce que l'auteur en est Nancy Huston, or c'est une auteur dont j'avais déjà apprécié les quelques livres que j'ai lu d'elle. Donc quand j'ai vu ce livre -son dernier- passer sous mes yeux, je l'ai emprunté.

La narratrice est Rena, une photographe dans la quarantaine qui vit en France avec son ami Aziz. Quand l'histoire commence, elle vient d'arriver à Florence où elle doit retrouver son père et sa belle-mère pour un séjour d'une semaine. Le livre est divisé en parties qui représentent, chacune, une journée avec les occupations touristiques du trio et les pensées et souvenirs de Rena. Et nous avons également en parallèle, par le biais d'Aziz notamment, la présence des émeutes de 2005 dans les banlieues, puisque c'est de là qu'il est originaire.

J'avoue que j'ai été déçue par ce texte, ce n'est pas ce à quoi je m'attendais et ce n'est pas ce que j'apprécie (mais je n'avais pas lu la quatrième de couverture non plus...). En fait, la partie sur le voyage, les souvenirs sur la famille, l'enfance, l'éducation m'ont assez intéressée, mais ce que je n'ai pas aimé, ce sont les aspects érotiques de ce roman, tout ce dont Rena se souvient. Ça ne m'intéresse pas, j'ai trouvé cela ennuyeux voire risible. J'aurais largement préféré que soient développés l'enfance de Rena et la personnalité de ses parents et de son frère. Je ne pense pas que ma déception présente m'empêchera de lire d'autres livres de Nancy Huston, mais je pense que je jetterai un coup d'oeil au résumé avant de me lancer...

Des éclairs, Jean Echenoz (2010)

"Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l'intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d'autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l'occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux."

Voici encore un ouvrage de Jean Echenoz, auteur dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises à l'occasion de lectures de ses ouvrages. Donc comme cet auteur me plaît bien, j'ai saisie l'occasion de lire un autre de ses livres quand elle s'est présentée, en l’occurrence avec Des éclairs.

L'histoire est inspirée de celle d'un inventeur serbe, Nikola Tesla, un génie de la mécanique et de la physique lié au développement du courant alternatif. Le personnage qui en est tiré est Gregor, une sorte de géant extrêmement doué dans son domaine, mais peu dans la vie courante. Cela fait qu'il n'a pas d'ami, pas de compagne et que bien que ses inventions lui fassent gagner de l'argent, elles lui en font perdre aussi parce qu'il ne sait pas faire ce qu'il faut pour les protéger correctement et en bénéficier pleinement.

Cette histoire est donc celle d'un génie inadapté, quelqu'un qui réussi, mais qui passe à côté de beaucoup de choses aussi par maladresse, incompréhension ou désintérêt. Un scientifique qui connaît la gloire et la richesse mais finit par vivre à crédit dans un hôtel miteux en s'occupant en douce de pigeons blessés. Il y a une sorte de décalage entre ce qu'est la vie de Gregor et ce qu'elle aurait pu être, beaucoup de "presque". Le héros est tellement centré sur ses inventions qu'il ne fait pas attention aux questions matérielles et quotidiennes, ce qui finit par lui nuire. Ce bref roman de Jean Echenoz m'a en tout cas encouragée dans la poursuite de la découverte de sa bibliographie parce que ses livres sont agréables à lire.

La tarte à la tomate de la flemme (Recettes des 3 soeurs)

Dans l'article à propos du livre Recettes des 3 soeurs (ici), j'avais écrit que lorsque je testerais les recettes, j'en parlerai ici. Chose promise, chose dûe avec la troisième recette salée de l'ouvrage : la tarte à la tomate de la flemme.

Un nom comme cela indique une recette à la hauteur de mes capacités culinaires, et en plus les ingrédients nécessaires sont le genre qu'il y a à peu près toujours à la maison. Ainsi, comme hier il y avait du monde à la maison et que le plat principal prévu n'était pas à mon goût, il m'a été proposé de me préparer une alternative, et j'en ai profité pour tester cette tarte aux tomates.

C'est vrai que la recette n'a rien d'original, mais c'est la présentation du livre, avec toutes les étapes de la préparation illustrées, qui donne envie de cuisiner !

En tout cas, voici le résultat :


Et mon bilan est très positif : non seulement il s'agit d'une recette dont j'ai en général les ingrédients sous la main, mais en plus sa réalisation est d'une simplicité enfantine et au final c'est très bon. En plus, cela m'a permis d'utiliser une pâte tout juste périmée et des tomates qui s'apprêtaient à être perdues, ce qui est plutôt judicieux. En tout cas, je pense -j'en suis même sûre- que cette recette va faire partie de mes incontournables !

Mysterious skin, Scott Heim (1996)

"Récit bouleversant de deux quêtes douloureuses, de deux destins meurtris que rien ne semble pouvoir apaiser. Mysterious skin explore, sans complaisance, sensationnalisme ni faux-semblants, la question de la pédophilie, la complexité de l'éveil sexuel et le passage à l'âge adulte. Tracé d'une plume sobre, empreint de poésie et de délicatesse, un pagnifique portrait de l'enfance, dans la violence de relations troubles et traumatisantes."

Alors que j'étais encore au lycée, j'avais vu le film Nowhere de Gregg Araki, film que j'avais apprécié. C'est pour cela que j'avais noté qu'un autre film de lui était sorti il y a quelques années (en 2004) : Mysterious skin. Je ne l'avais pas vu, je n'avais même pas cherché à savoir de quoi ça parlait. Mais l'autre jour, alors que j'étais à l'endroit de la bibliothèque où les gens rendent leurs documents, je vois le livre Mysterious skin arriver, avec en couverture l'affiche du film : donc ni une ni deux, j'emprunte le livre.

L'histoire a deux narrateurs et personnages principaux : Brian Lackey et Neil McCormick. Brian a une grande soeur, une mère gardienne de prison et un père qui est parti après une n-ième dispute. Il est également passionné par les OVNI, surtout qu'il en a vus une fois et qu'il y a deux moments de son enfance qui ont disparus de sa mémoire et qui, selon lui, s'expliquerait par des enlèvements extraterrestres. L'autre personnage principal, Neil, vit avec sa mère qui travaille dans un supermarché. Il est homosexuel et se prostitue pour se faire de l'argent et garde une certaine fascination pour l'entraîneur de baseball pédophile qu'il a eut un été quand il était enfant.

Comme je n'avais pas lu quoique ce soit sur le sujet de ce livre avant de le lire, j'ai été surprise quand j'ai découvert qu'il traitait de la pédophilie, et j'ai craint que cela ne vire au sordide. Mais ça n'a pas été le cas, malgré quelques passages qui peuvent être choquant parce que crus, violents et/ou dérangeants. Le livre raconte le parcours de ces deux personnages qui ont connus une expérience traumatisante similaire mais qui ne la gèrent pas du tout de la même façon : l'un assume, l'autre oublie. J'ai donc trouvé ce livre très bien écrit et le sujet -difficile à traiter- de la pédophilie bien intégré à l'histoire et les personnages bien construits. Mais attention, c'est un livre qui peut déranger ou choquer.

Les zinzins d'Olive Oued, Terry Pratchett (Les Annales du Disque-Monde, tome 10) (1990)

"La manivelle tourne...
Et les diablotins se décarcassent dans la boîte à images.
Car un alchimiste d’Ankh-Morpork a découvert la magie des images animées. Une activité fébrile s’empare d’une colline déserte au bord de l’océan : Olive-Oued.
« Du friçon ! De l’aventure !
Avec les étoiles
**Victor Marasquino** et **Delorès de Vyce**
Et avecque mille éléfants !
Une daibauche de passionne et de grands aiscaliers sur fond d’hystoire tumulte-tueuse : QUAND S’EMPORTE LE VENT D’AUTAN. »
« Après le pestacle, l’Antre à Côtes de Harga vous attend. Sa cuisine gaz trop gnomique. »
Mais les rêves d’Olive-Oued cachent un noir mystère qui menace le Disque-monde.
Il était une fois à Olive-Oued...
"

Voici le dixième ouvrage des Annales du Disque-Monde, ouvrage qui a pour thème le cinéma. En effet, l'histoire commence dans un désert, alors qu'un homme rencontre La Mort. Le désormais défunt était un gardien, il devait chanter trois fois par jour et cela afin d'empêcher des Choses d'entrer dans la réalité. Sauf qu'il n'a pas de successeurs et que le sens de ces rites s'est perdu avec le temps, ce qui fait que personne ne s'inquiète de son décès. Mais sans ce gardien, des grains de sables commencent à rouler des dunes, un trou se fait, des idées s'échappent et viennent se loger dans la tête d'habitants d'Ankh-Morpork.

Ce sont d'abord des alchimistes qui ont l'idée d'images animées, ils expérimentent, font leurs premières projections et cela fonctionne. Et en même temps, plein de gens migrent dans le désert, à Olive Oued, sans vraiment savoir pourquoi, comme s'ils étaient hypnotisés. Une véritable cité de l'image animée se développe, à tel point que tout cela dégénère.

J'ai bien aimé ce dixième tome, aussi bien le thème que son traitement, les dérives des personnages, les inventions, etc. Il m'a semblé qu'il y avait peut-être un peu moins de jeux de mots que dans les précédents ouvrages des Annales du Disque-Monde, mais ce texte n'en reste pas moins drôle et agréable à lire. Je vais donc continuer la lecture de cette série, en essayant d'être un peu plus assidue et de ne pas laisser s'écouler autant de temps entre chaque lecture !

Recettes des 3 soeurs pour jeunes fauchés gourmands, Evelyne, Delphine et Annie Mach (2011)

Un nouveau venu dans ma bibliothèque !
Je m'achète rarement de livres parce que bon, je travaille dans une bibliothèque, ce qui signifie des dizaines de milliers de livres à disposition, donc autant les emprunter. En plus, je lis tellement que cela reviendrait à très cher de tout acheter. Mais là, j'ai fait une exception pour Recettes des 3 soeurs pour jeunes fauchés gourmands. Déjà, il s'agit d'un livre de cuisine, c'est-à-dire le genre d'ouvrage qui -s'il est utilisé- est susceptible d'être éclaboussé de diverses substances alimentaires, et d'être annoté ou complété de fiches recettes, donc c'est quand même assez personnel. En plus de cela, je suis et adore le blog de l'une des auteures, Delphine Mach (le blog ici), ce qui est une raison de plus m'incitant à me procurer ce livre. Et puis un coup d'oeil au sommaire m'a indiqué que toutes les recettes me plaisent, ce qui rentabilise le livre (parce qu'un livre de recettes qui n'en contient qu'une seule qui nous intéresse, ce n'est pas super quand même).

Ce livre est donc un livre de recettes de cuisine, mais il a pour particularité d'avoir été réalisé par trois soeurs : l'une aux expérimentations culinaires, l'une aux illustrations et l'autre à la photographie. Et ces trois jeunes femmes nous proposent leurs recettes favorites, simples à réaliser et appétissantes, recettes qu'elles proposaient déjà sur un blog à six mains (par ici le blog). Elles nous donnent aussi de judicieux conseils sur la réalisation des recettes, les produits à utiliser, les aliments de bases à avoir chez soi et des variantes aux recettes afin de diversifier les résultats.

Bref, j'adore ce livre ! Aussi bien le principe (les trois soeurs qui nous proposent leurs recettes quotidiennes), que les recettes (pleins de choses que j'aime et simples à faire) et la présentation ! Je l'ai lu de bout en bout juste après l'avoir acheté pendant ma pause déjeuner et ça m'a donné faim (alors que je venais de manger) et envie de me lancer dans les recettes décrites (alors que la cuisine et moi...). Surtout que toutes les étapes des recettes sont expliquées et dessinées, ce qui simplifie les choses, ça a l'air tout à fait accessible (= tout à fait pour moi). Donc même si je n'en ai pas encore testé, j'ai bien l'intention de le faire ! (Et j'en parlerai ici !)

L'invention de la solitude, Paul Auster (1982)

"L'Invention de la solitude comporte deux parties. Dans la première ("L'homme invisible"), la mort soudaine du père conduit Paul Auster à fouiller la mémoire familiale en même temps qu'il explore ses propres sentiments et mobiles. Dans la seconde ("Le livre de la mémoire"), il s'efforce à une véritable reconstruction de la vie par ses particules les plus secrètes. Et de l'une à l'autre, avec une érudition éblouissante, il éclaire ce que, vers la fin, il résume d'un mot : "Le langage n'est pas la vérité, il est notre manière d'exister dans l'univers.""

Voici un livre dont j'ai découvert l'existence via un autre livre de cet auteur : L'art de la faim (dont j'ai parlé ici) qui contient des entretiens avec Paul Auster, entretiens dans lesquels il parle de sa vie, de ses textes précédents, de ses débuts dans l'écriture, etc.

Dans L'invention de la solitude, texte autobiographique, c'est du décès de son père que tout commence : il ressent le besoin d'écrire immédiatement, mais aussi de faire le portrait de son père avant qu'il ne soit trop tard. Cela l'amène donc, dans une première partie, à décrire la vie de son père et les démarches telles que vider la maison du défunt, jeter ses cravates, mais aussi, dans une seconde partie à revenir sur les liens père-fils.

J'ai bien apprécié ce livre bien qu'il soit difficile de se l'approprier complètement car il s'agit là de Paul Auster et de son père, c'est-à-dire un cas particulier et réel, non pas un roman qui aspirerait à la généralisation et dans lequel chacun pourrait se retrouver. Pourtant, on se retrouve forcément dans certains passages parce que même si chaque personne et chaque relation est particulière, il y a des modèles récurrents. Et puis on trouve dans ce livre des passages généraux, des réflexions de l'auteur telle que la suivante : 
"A l'homme la mort prend son corps. Vivant, l'individu est synonyme de son corps. Ensuite, il y a lui, et il y a sa dépouille. On dit : "Voici le corps de X.", comme si ce corps qui un jour a été l'homme lui-même, non sa représentation ni sa propriété, mais l'homme même connu sous le nom de X., soudain n'avais plus d'importance. Quand quelqu'un entre dans une pièce et que vous échangez une poignée de main, ce n'est pas avec sa main, ni avec son corps que vous avez l'impression de l'échanger, c'est avec lui. La mort modifie cela. Voici le corps de X., et non pas voici X. Toute la syntaxe est différente. On parle maintenant de deux choses au lieu d'une, ce qui implique que l'homme continue d'exister mais comme une idée, un essaim d'images et de souvenirs dans l'esprit des survivants. Quant au corps, il n'est pus que chair et ossements, une simple masse de matière."
Bref, c'est un livre que j'ai trouvé intéressant à lire mais dans lequel il est difficile de tout saisir car il s'agit quand même du cas intime et particulier de la relation d'un père et de son fils.

Jésus et les copains, Dimitri Planchon (2005)

"Revisite les Evangiles à la manière d'un roman-photo. Un Jésus moderne décide d'abandonner sa carrière prometteuse de charpentier pour devenir prophète, une situation précaire."

Je suis tombé par hasard sur cette bande-dessinée, en faisant du rangement dans les bacs à BD et dès que j'ai vue la couverture, j'ai reconnu le style de Dimitri Planchon, un auteur dont j'ai déjà parlé sur ce blog (l'article ici). Et comme j'aime bien ce que j'ai lu de lui, je me suis empressée de mettre Jésus et les copains de côté afin de pouvoir la lire pendant un moment creux.

Comme le dit très bien le résumé, il s'agit là des Évangiles en roman-photo et avec beaucoup d'humour. Cela commence alors que Marie est chez le gynécologue et qu'il lui annonce qu'elle est enceinte, sauf qu'elle pressent que l'enfant n'est pas de Joseph, son mari, mais de Dieu, son amant. L'enfant naît et s'appelle Jésus. Naît aussi Jean-Baptiste, son cousin, mais peut-être aussi son demi-frère. En grandissant, c'est Jean-Baptiste qui devient le plus influent, le mieux placé pour devenir le représentant de Dieu sur Terre alors que Jésus doute de lui. Mais Jean-Baptiste meurt (la scène où son décès est annoncé à Jésus est hilarante), et c'est donc Jésus qui devient le prophète numéro 1 de l'entreprise de Dieu.

J'ai beaucoup ri en lisant cette bande-dessinée, c'est vraiment bien fait et j'ai regretté qu'il n'y en ait pas plus tellement c'est bien. En tout cas, cela confirme que j'apprécie le travail de cet auteur-colleur, donc je le suivrais de près afin de ne pas passer à côté des prochains ouvrages qu'il pourra sortir.

Le prédicateur, Camilla Läckberg (Erica Falck et Patrik Hedström, tome 2) (2004)

"Dans les rochers proches de Fjàllbacka, le petit port touristique suédois dont il était question dans La Princesse des glaces, on découvre le cadavre d'une femme. L'affaire se complique quand apparaissent, plus profond au même endroit, deux squelettes de femmes... L'inspecteur Patrik Hedstrôm est chargé de l'enquête en cette période estivale où l'incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficiles les dernières semaines de grossesse d'Erica Falck, sa compagne. Lentement, le tableau se précise : les squelettes sont certainement ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche, Ephraïm, magnétisait les foules accompagné de ses deux petits garçons, Gabriel et Johannes, dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la famille est divisée en deux branches qui se haïssent. Alors que Patrik assemble les morceaux du puzzle, on apprend que Jenny, une adolescente en vacances dans un camping, a disparu."

Ayant déjà lu La princesses des glaces de Camilla Läckberg (l'article ici), et ayant apprécié, je me suis lancée dans la suite avec Le prédicateur.

On retrouve donc ici Erica Falck et Patrik Hedström, désormais en couple et attendant un enfant. Mais pas question pour les futurs parents de préparer l'arrivée de leur enfant puisque deux cadavres sont découverts, l'un tout récent et l'autre plus ancien, mais ayant chacun les mêmes traces de blessures. Erica se retrouve donc bloquée chez elle à devoir gérer la fin de sa grossesse, les "amis" qui arrivent à l'improviste pour profiter de sa maison située dans une station balnéaire et les problèmes avec sa soeur, pendant que Patrik et les autres policiers de Fjàllbacka enquêtent sur les meurtres puis les disparitions de jeunes filles qui convergent toujours vers la même famille.

J'ai bien aimé ce roman policier pour les mêmes raisons que le précédent que j'ai lu de cette auteure : l'intrigue principale tient bien la route et en même temps les personnages ne sont pas négligés puisque l'on suit également leur quotidien et leurs préoccupations. La seule petite chose qui m'a dérangée, c'est le nombre de personnages : dès qu'il y en a plus d'une poignée, je m'y perds et je ne sais plus qui est qui, mais j'ai quand même rapidement repris pied et je n'ai donc pas été gênée pendant ma lecture. Je lirais sûrement la suite, Le tailleur de pierre, quand j'en aurais l'occasion !

Freedom, Jonathan Franzen (2010)

"Patty a décidé une fois pour toutes d’être la femme idéale. Mère parfaite, épouse aimante et dévouée, cette ex-basketteuse ayant un faible pour les bad boys a fait, en l’épousant, le bonheur de Walter Berglund, de St. Paul (Minnesota). A eux deux, ils forment le couple « bobo » par excellence. En devenant madame Berglund, Patty a renoncé à bien des choses, et d’abord à son amour de jeunesse, Richard Katz, un rocker dylanien qui se trouve être aussi le meilleur ami de Walter. Freedom raconte l’histoire de ce trio, et capture le climat émotionnel, politique et moral des Etats-Unis de ces 30 dernières années, dans une tragi-comédie d’une incroyable virtuosité. Comment vivre ? Comment s’orienter dans une époque qui semble devenue folle ?"

J'ai énormément entendu parler de ce livre, avant même sa sortie en France, il faut dire que l'auteur, Jonathan Franzen, a fait la couverture de la revue Time en étant qualifié de plus grand romancier américain (la photo ici), le président des Etats-Unis, Barack Obama, a été vu avec ce livre à main, etc, etc, bref un livre encensé et qui a fait beaucoup de bruit. Inutile de dire qu'avec un tel passif, je ne pouvais que me jeter sur ce livre quand je l'ai croisé !

L'histoire est celle de la famille Berglund, mais aussi des États-Unis. On y suit en effet la vie de Patty et de Walter, mariés, deux enfants, avec leur éducation, leurs études, leurs préoccupations, leurs amis, leur rencontre, leur mariage bancal, leurs hésitations, leurs erreurs, etc. Patty était la sportive de famille, brillante mais ignorée au profit de ses soeurs aux compétences plus artistiques. Elle a eu une amie manipulatrice et menteuse pendant ses années de fac, une blessure lui a fait abandonner le basket où elle excellait, elle a finit par épouser Walter alors qu'elle était attirée par l'ami rocker de celui-ci, Richard. Walter est un étudiant intelligent et engagé mais qui vit dans l'ombre de Richard. Très préoccupé par l'écologie et la démographie, il s'engage dans la protection d'un oiseau et défend la dépopulation. Et les deux voient leur mariage se déliter, ont des problèmes avec leurs enfants, surtout leur fils Joey qui a 16 ans avait choisi d'aller vivre chez les parents de sa petite amie, qui étaient aussi les voisins de ses parents.

Bref, c'est un roman très dense : il s'agit de l'histoire d'un couple et à travers eux, de leur famille et plus largement de leur pays des années 1970 aux 2010 avec préoccupations des différentes époques : les guerres, les scandales, l'économie, l'écologie, le niveau de vie,... J'ai beaucoup aimé ce roman ; le rythme n'est pas particulièrement saisissant et dynamique, on peut même dire qu'il y a quelques longueurs, mais il est régulier et très bien écrit, c'est très fluide, tout en étant exact et nuancé. Les personnages sont très bien construits et leur existence se mêle subtilement aux contextes sociaux, politiques, historiques, sans que ceux-ci ne paraissent déplacés ou scolaires. Certes, ce n'est pas forcément très joyeux, mais c'est réaliste, c'est la vie avec ses promesses, ses mensonges, ses compromis, ses déceptions et ses bonnes surprises. C'est tout à fait le genre de livre qui peut occuper les dimanches après-midi d'automne et d'hiver !

Une femme sans histoire, Christopher Priest (1990)

"Alice Stockton est, a priori, une femme sans histoires. Pourtant, son dernier livre, Six femmes combatives, a été saisi par le ministère de l'Intérieur avant même sa publication. Alors qu'elle tente de comprendre les raisons de cette censure, elle rencontre l'inquiétant Gordon Sinclair, le fils d'Eleanor Traynor. Cette dernière, la seule amie qu'Alice s'était faite dans le petit village du sud de l'Angleterre où elle s'est retirée après son divorce, vient d'être assassinée. Une relation étrange s'instaure entre Gordon et Alice, tandis qu'un nouveau projet prend forme dans l'esprit de celle-ci : une enquête sur le passé obscur d'Eleanor, une autre femme apparemment sans histoires..."

Je ne sais plus où, mais j'avais lu quelque part une mention élogieuse de Christopher Priest, auteur qui m'était jusque là inconnu. Donc je m'étais dit qu'à l'occasion je lirais au moins un de ses livres pour voir, et comme quelques semaines plus tard je suis tombé sur un de ses ouvrages, je l'ai emprunté.

Le personnage principal de cette histoire est Alice Stockton, une auteur peu connue plutôt spécialisée dans les biographies. Elle vient de divorcer et a quitté Londres pour aller s'installer dans la campagne anglaise contaminée par une explosion nucléaire, et son dernier livre a été saisi avant publication et mis sous séquestre. Un jour, elle apprend qu'une de ses voisine, une femme âgée à laquelle elle s'était attachée, a été assassinée. Le fils de celle-ci, Gordon Sinclair, apparaît et rencontre Alice, mais on découvre dans les parties narrées par Gordon que celui-ci a l'air d'avoir des activités suspectes et sensibles dans le renseignement.

Je suis dubitative face à ce livre. Dès le début, j'ai apprécié cette lecture et cela n'a fait que s'accentuer au fil des pages. Il y a énormément de pistes : l'aspect policier avec le meurtre d'Eleanor Traynor, le corps trouvé pendant une soirée et les cinq meurtres évoqués vers le milieu du livre, la science-fiction avec les cylindres noirs qui apparaissent dans les champs, le roman d'anticipation avec l'explosion nucléaire et les cachotteries d'organisations (para-)gouvernementales et le roman avec l'auteur qui vient s'installer et refaire sa vie après son divorce. Bref, c'est très dense et plus j'avais d'élément, plus j'étais impatiente d'arriver à la fin pour voir comment cela allait s'agencer. Et là, déception : je n'ai pas compris. On beaucoup de pistes restent inachevées, on dirait qu'il y a plusieurs fins, ce qui avec le recul laisse penser qu'il y avait peut-être plusieurs intrigues mêlées mais que je ne m'en étais pas rendue compte à cause des différents noms utilisés par les personnages.

Donc j'ai apprécié ce roman, sauf la fin qui m'a déroutée et laissée sur ma faim, donc globalement, c'est quand même la déception qui reste, malgré tout le potentiel du récit. Apparemment, ce livre n'est pas le meilleur de cet auteur, donc je vais essayer d'en trouvé un ayant de bonnes critiques afin de ne pas rester sur une mauvaise opinion, surtout que le style et l'essentiel de l'histoire d'Une femme sans histoire m'ont plus.

Plus jamais d'invités !, Vita Sackville-West (1953)

"A l'instigation de Rose, sa femme, Walter Mortibois invite son frère, sa belle-soeur, son beau-frère et leur fils, ainsi qu'une excentrique lady, à passer le week-end dans leur splendide demeure d'Anstey. Toutefois, il leur préfère la compagnie de Svend, son berger allemand adoré... Rien d'étonnant chez cet esthète d'une froideur de glace, qui depuis des décennies ignore jusqu'à sa propre femme, malgré les efforts désespérés de Rose, obstinément amoureuse. Ce n'est pas l'irruption d'invités engoncés dans leurs petits égoïsmes qui risque d'y changer grand-chose ! Jusqu'à ce que, brusquement, un double drame ne vienne brouiller les cartes et (enfin) réchauffer les cœurs."

Après avoir lu par hasard et apprécié un texte de Vita Sackville-West (Toute passion abolie, l'article ici), j'ai saisi l'occasion qui s'est présentée d'en lire un second : en effet, un(e) lecteur(trice) de la bibliothèque venait de rendre cet ouvrage, ce qui m'a fait découvrir son existence, et tant qu'à ce qu'il soit sous mes yeux, autant l'emprunter et le lire.

L'histoire est celle d'un week-end organisé à l'occasion du repas de Pâques par Rose dans la résidence de campagne que son époux, Walter, possède à Anstey. Elle y invite sa soeur, son beau-frère, son neveu, le frère de son mari et un amie un célèbre à la réputation sulfureuse. Ce séjour à la campagne va être l'occasion de discuter et de mettre à jour non pas de lourd secrets, mais d'avouer à demi-mots les sentiments que chacun ressent sans forcément oser en parler à quiconque. 

J'ai bien aimé ce bref roman. Je m'attendais certes à plus d'humour et de cynisme, mais je n'ai pas été déçue pour autant. C'est bien écrit, les personnages bien dépeints : on sent leur amertume, leurs espoirs, leurs personnalités à travers leurs pensées et préoccupations. Il y a peut-être des choses que j'aurais aimées voir approfondies, mais cela aurait tout de suite considérablement augmenté le volume du texte, or sa forme de bref roman est suffisante. Bref, un bon petit roman agréable à lire, mais rien d'inoubliable.

Will & Will, John Green & David Levithan (2010)

"Adolescent de Chicago, Will Grayson a pour meilleur ami Tiny Cooper, un type immense, exubérant et homosexuel, qui accumule les chagrins d'amour. Soucieux du bonheur de son ami, Tiny fait tout pour que Will tombe dans les bras de Jane, leur complice pleine de charme qui n'attend que ça. Agacé par ces manigances, Will répète qu'il n'est pas amoureux jusqu'au jour où, refoulé à un concert, il se réfugie dans un sex shop en attendant Jane et Tiny. Il y fait la connaissance d'un garçon de son âge qui habite l'autre bout de la ville et porte le même nom que lui : Will Grayson. Ce Will Grayson 2 est un ado dépressif qui vit seul avec sa mère et n'assume pas encore son homosexualité. Sa rencontre avec Tiny le bouleverse. Il le présente à sa mère. Tiny est accaparé par la comédie musicale qu'il met en scène où il évoque sa propre vie. Will Grayson avoue enfin son amour à Jane et, fâché avec Tiny, se réconcilie avec lui juste avant la représentation où tous les amis de Tiny sont présents, y compris Will Grayson 2 qui lui fait la surprise d'être là."

Voici un livre que j'ai lu à cause... d'une photo ! En effet, en me baladant sur la toile à la recherche de photos d'étagères remplies de livres (oui, j'adore regarder des étagères remplies de livres !), je suis tombé sur cette photo :


Cette citation m'ayant interpellée, je me suis empressée d'en rechercher l'origine, et c'est ainsi que j'ai découvert que ce passage provenait d'un livre titre Will & Will, livre non seulement traduit en français, mais qui en plus se trouvait à la bibliothèque où je travaille. Inutile de dire que je me suis empressée d'aller l'emprunter !

Dans ce récit, nous avons deux narrateurs : l'un s'exprimant dans les chapitres impairs qui se nomme Will Grayson, fils de médecins, ami de l'exubérant et gay Tiny, un géant obèse qui souhaite monter sa comédie musicale, attiré et non-attiré par leur ami Jane ; et l'autre s'exprimant dans les chapitres pairs, qui se nomme... Will Grayson aussi, fils d'une mère seule, travaillant pour pouvoir s'acheter une voiture, pas vraiment d'ami, mais une fille -Maura- qui le colle de près. Ces deux adolescents de Chicago vont se rencontrer par hasard alors que le premier se retrouve refoulé à l'entré d'un concert et que l'autre vient retrouver un garçon rencontré sur le Net et dont il est tombé amoureux.

J'ai beaucoup aimé ce livre. Je n'en attendais pourtant pas beaucoup puisque c'est juste à cause d'une citation que j'avais eu envie de le lire et je m'attendais à ce que ce soit un peu mièvre, mais non c'est drôle ! Je n'ai d'ailleurs pas arrêté d'en lire des passages à mon significant other. Il y a certes un peu de caricatures, des choses prévisibles et un peu mièvres, mais il y a du recul et de l'humour alors au final ça passe. Il n'y a que la toute fin, la comédie musicale, que j'ai trouvé trop cucul à mon goût, un peu trop happy end avec des licornes à paillettes et tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, mais outre cela, ce livre est vraiment bien !

Le livre de l'air & des ombres, Michael Gruber (2007)

"Jake Mishkin, avocat new-yorkais spécialisé dans la propriété intellectuelle, attend, cloîtré, des tueurs qui veulent l'assassiner. Il se souvient des dernières semaines, de l'incroyable conspiration qui l'a mené là. Tout a commencé lorsqu'un distingué professeur lui a apporté des lettres anciennes miraculeusement retrouvées après avoir été dissimulées durant plus de quatre cents ans dans la reliure d'un livre ancien. Elles sont l'œuvre d'un maître espion anglais du XVe siècle, spécialiste en cryptologie. Ce qui semble au départ n'être qu'un puzzle intrigant, en attente d'être résolu par des universitaires et autres experts en manuscrits, devient un jeu mortel lorsque le professeur est retrouvé torturé et assassiné. Se met alors en place une véritable partie d'échecs entre les États-Unis et l'Europe, où, face à de mystérieux adversaires qui semblent toujours anticiper ses coups, Mishkin devra, le premier, identifier le message secret contenu dans les lettres."

Une fois de plus, voici un livre découvert par hasard après qu'un lecteur l'air rendu à la bibliothèque. Une telle couverture -avec un manuscrit dessus-, et la mention du mot "livre" dans le titre font que mon attention ne pouvait qu'être attirée. Après une lecture de la quatrième de couverture, afin de vérifier qu'il n'y avait pas tromperie sur la marchandise, je me suis laissée tenter par cette lecture.

L'histoire a plusieurs narrateurs qui s'expriment par alternance : Albert Crosetti et Jake Mishkin, l'un étant employé dans une librairie spécialisée dans les livres anciens et l'autre étant avocat spécialisé dans la propriété intellectuelle, les deux travaillent à New-York. Le premier découvre par hasard, avec sa collègue, des manuscrits dissimulés dans la reliure de livres anciens. Le second s'y trouve ensuite mêlé par l'intermédiaire d'un personnage qui finit torturé puis assassiné. Bref, il semblerait que le manuscrit intéresse beaucoup de monde, il faut dire qu'il fait allusion à une pièce de William Shakespeare qui serait cachée quelque part.

J'avoue que ce livre étant un thriller historique, je craignais quelque chose de mystique, peu crédible, bancal, etc, un récit réutilisant et réinterprétant des évènements existants pour en faire une lecture improbable à base de sciences occultes, mais non. Ce livre est bien écrit, tient tout à faire la route, en plus ça parle de livres et de littérature, donc évidemment, ça ne peut que l'attirer, ce qui fait qu'au final, ce livre m'a beaucoup plu.

L'art de la faim, Paul Auster (1992)

"On connaissait Paul Auster romancier et poète. On découvrira l’essayiste avec l’Art de la faim, un recueil qui nous donne, au fil de réflexions et d’essais sur l’œuvre des autres, les clefs pour mieux entrer dans son œuvre à lui. Car, quand il parle de Hamsun, de Kafka ou de Beckett, de Jabès ou de Perec, de Celan ou d’Ungaretti, de Dupin ou du Bouchet, Paul Auster ne nous fait pas seulement revisiter des domaines qui nous sont plus ou moins familiers, il nous fait d’abord entrevoir comment aller vers les choses par l’écriture, et du même coup nous éclaire sur sa sensibilité de créateur. La démarche vaut aussi pour des textes consacrés à des écrivains moins connus de ce côté de l’Atlantique. De telle sorte qu’au désir de découvrir ces œuvres nouvelles pour nous s’ajoute le plaisir d’une reconnaissance complémentaire dans l’univers austérien.
On notera encore que des interviews particulièrement étoffées, auxquelles s’est prêté Paul Auster, apportent un témoignage révélateur sur les démarches romanesques d’un écrivain aujourd’hui universellement reconnu. Et notamment sur la genèse de ses derniers romans,
Moon Palace et la Musique du hasard, qui ont soulevé, en France comme aux Etats-Unis, l’intérêt que l’on sait."

Voici un essai que j'ai voulu lire pour plusieurs raisons : non seulement l'auteur est Paul Auster, un auteur dont j'apprécie les romans, en plus de cela, les noms de Franz Kafka et de Knut Hamsum apparaissent sur la couverture or ce sont des auteurs que j'apprécie également (que j'adore pour le premier), il est aussi fait allusion à la poésie française du XXe siècle et de Dada, or ce sont des choses que j'ai étudiées en cours et sur lesquelles il peut être intéressant de revenir, et pour finir, le titre me laissait penser que cet ouvrage traiterait de la faim en tant que manque psychologique, d'aspiration à autre chose, donc cela m'attirait également.

Bref, nombreuses étaient les raisons de lire ce recueil d'articles et d'interviews (datés de 1970 à 1990). Et au final, j'avoue que j'ai été un déçue.

Certes, les passages à propos des auteurs et courant qui m'avaient originellement attirée m'ont plutôt plus, mais beaucoup d'autres articles m'ont terriblement ennuyée voire perdue : probablement parce qu'il s'agit de poésie américaine et que je n'ai aucune connaissance en la matière, sans compter mon manque d'intérêt pour la poésie. Mon impression est donc mitigée et varie en fonction du sujet.

Par contre, j'ai trouvé intéressants les entretiens avec Paul Auster. On y apprend notamment qu'avant d'écrire des romans, il a écrit et traduit de la poésie, ce qui explique la très forte présence du thème de la poésie dans ce recueil d'article. Et un lien qui m'a interpellée : dans un des entretiens, Paul Auster parle de Philippe Petit, un funambule français qui a notamment marché sur un fil tendu entre les Twin Towers, or j'ai récemment acheté un roman que je vais lire dans les semaines à venir, Et que le vaste monde poursuive sa course folle de Colum McCann, qui a pour point de départ cet évènement.

Travailler en bibliothèque c'est...


Image : une photo prise par moi-même sur mon lieu de travail.

Travailler en bibliothèque c'est la garantie de faire ensuite des rêves palpitants, comme rêver que l'on fait du catalogage (oh, joie... !), et ensuite se réveiller avec pour première pensée : "Argh, j'ai oublié de mettre Texte imprimé dans le champ 200$b des notices que j'ai faites hier !"

Travailler en bibliothèque, c'est aussi découvrir l'existence de livres aux sous-titres improbables, comme par exemple :
- Charles Messier : le furet des comètes* (Jean-Paul Philbert, Pierron, 2000),
- Réaumur : le savant qui osa croiser une poule avec un lapin (Gilles Bresson, d'Orbestier, 2001),
- Saab : les voitures du pays des trolls (Xavier Chauvin, ETAI, 2001).

Travailler en bibliothèque c'est également devoir faire face à des questions ou remarques étranges, déroutantes :
- "Vous voulez des bonbons ?" => C'est un retraité qui vient régulièrement et qui pose cette question, et avons-le, c'est un peu flippant,
- "Euh, madame, je crois qu'il y a quelqu'un qui dors dans la deuxième cabine des toilettes pour hommes" => -_-',
- "Est-ce que vous avez de l'eau ?" => La banque de prêt ressemble-t-elle a un bar ?,
- "Où sont les toilettes (s'il vous plaît) ?" => LA question classique par excellence !,
- "Est-ce que vous pouvez me dire de qui était le livre que j'ai emprunté il y a quelques mois ?" => Argh, non, nous n'avons pas accès à l'historique des emprunts, cela est interdit en France par la CNIL !,
- "Ah, vous avez de la chance, vous pouvez lire toute la journée !" => Oui, et c'est d'ailleurs à force de lire que j'ai pris 3kg de muscles depuis que j'ai commencé ce travail !

Mais travailler en bibliothèque c'est aussi découvrir au hasard des livres que rendent les gens ou qu'on se retrouve à ranger plein de choses intéressantes, cocasses, etc, et avoir à disposition une foultitude de livres tentants, et ça c'est génial ! (Ou pas, puisque c'est ainsi que je me retrouve avec plus de 25 livres sur ma carte et un temps limité pour les lire...)

Jours sans faim, Delphine de Vigan (2001)

"Laure a 19 ans, elle est anorexique. Hospitalisée au dernier stade de la maladie, elle comprend peu à peu pourquoi elle en est arrivée là. Jours sans faim raconte trois mois d'hôpital, trois mois pour rendre à la vie ce corps vidé, trois mois pour capituler, pour guérir. La guérison de Laure, c'est aussi l'histoire de sa rencontre avec le médecin qui la prend en charge, peut-être le seul qui soit capable d'entendre sa souffrance, cette part d'enfance à laquelle elle n'arrive pas à renoncer."

On parle beaucoup de Delphine de Vigan en ce moment, il faut dire que son dernier livre, Rien ne s'oppose à la nuit, est dans les meilleures ventes des librairies (numéro un d'après le classement DataLib du 26 septembre au 2 octobre). J'avais déjà entendu parler d'elle avec No et moi qui a bien marché il me semble, en tout cas d'après ce que j'ai pu en voir puisque plusieurs de mes collègues l'ont lu. Donc l'autre jour, alors que je traînais dans une librairie, j'ai vu ce livre, et comme l'illustration de la couverture m'a plue et que c'est le premier roman de Delphine de Vigan, je me suis laissé tenter.

L'histoire est celle de Laure, 19 ans, qui accepte de se faire hospitaliser parce qu'elle est anorexique et qu'elle en est rendu à un point où elle ne peut plus s'en sortir seule, où elle tombe dans la rue et où elle est glacée malgré trois pulls et la chaleur du radiateur contre lequel elle se recroqueville. Elle est donc hospitalisée pendant trois mois, accepte de faire un contrat avec les médecins, un contrat dans lequel elle s'engage à manger et dans lequel les médecins promettent de la laisser sortir lorsqu'elle aura un poids viable par rapport à sa taille. Ce texte est donc un journal de ces trois mois à l'hôpital, trois mois à parler des plateaux-repas qu'elle avale consciencieusement, des suppléments alimentaires, mais aussi de ce qui l'a mise dans cet état, la recherche du pourquoi, sa famille bancale, et également la vie à l'hôpital, les voisins de chambre, les ragots, les éclats de vie, le rythme inlassablement régulier et prévisible. Et le docteur Brunel qui la suit, l'écoute, la comprend, mais qui ne la prend pas dans ses bras même si c'est ce qu'elle aimerait.

Il faut savoir que lors de sa publication, c'est sous le nom de Lou Delvig que ce texte a été publié, ce qui induit une distance entre le texte et l'auteur, distance accentuée par le fait que l'héroïne porte le nom de Louise, pas de Delphine, même si apparemment ce roman est d'inspiration autobiographique. Cette distance doit avoir pour but de ne pas en faire un n-ième témoignage sur l'anorexie. Et c'est justement ce que j'ai apprécié dans ce bref roman : ce n'est pas racoleur, il ne s'agit pas de montrer l'horreur, les os saillants, la jeune fille comme bête de foire à blâmer, non, ici c'est la rémission, la lutte contre soi, la réouverture au monde après l'enfermement dans la maladie, le retour sur les causes possibles. C'est un regard lucide où les souvenirs, ressentis et vie quotidienne sont dits simplement, clairement et justement.

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...