Les bienveillantes, Jonathan Littell (2006)

"En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret  ; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien : j'ai fait mon travail, voilà tout  ; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi  ; et pour le reste, vers la fin, j'ai sans doute forcé la limite, mais là je n'étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif. »
Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait : l'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire
."

J'ai lu ce livre parce qu'à sa sortie, il y a de là quatre ans et demi, les médias en avaient énormément parlé et qu'il avait également été primé. En plus, ce livre se passe lors de la Seconde Guerre Mondiale, or c'est une période qui m'intéresse assez, et le narrateur est un SS, donc j'étais curieuse de lire un tel point de vue. Donc quand j'ai eu l'occasion d'emprunter ce livre, je n'ai pas hésité une seconde, bien que j'avais déjà beaucoup de choses à lire par ailleurs !

L'histoire est donc racontée par Maximilian Aue. Il a pu survivre et ne pas être attrapé ni jugé après la fin de la guerre et il revient sur sa vie, et notamment les années de la Seconde Guerre Mondiale. Il aborde le fonctionnement administratif, les batailles, les conditions de vie au quotidien, les grandes lignes du programme d'Hitler, la réalité sur le terrain, ses pensées, son passé, ses obsessions, etc. C'est un livre très dense, il y a l'histoire du personnage mais aussi l'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale. Et même sans avoir beaucoup de connaissance historique, le récit se suit sans problème (par contre, les noms de grade en allemand... gnééé >_<).

Bref, j'ai beaucoup aimé ce livre, bien qu'il soit choquant par certains aspects. J'ai mis beaucoup de temps à le lire parce que c'est un livre imposant et dense, et également parce que je n'ai pas été en super forme pendant deux semaine, mais je ne le regrette pas : c'est un très bon livre, très bien écrit, très documenté, très complet. Le personnage de Maximilian n'est pas un adepte aveugle du national-socialisme, non, il est très lucide, et sait nuancer son propos. Ce personnage ne cherche pas pour autant à se faire pardonner, il cherche à raconter, à expliquer.

C'est vraiment un livre dont je conseille la lecture, même s'il est vrai que son volume et son contenu peuvent paraître peu attrayant, mais c'est vraiment bien écrit, aussi bien la forme que le fond.

Sa femme, Emmanuèle Bernheim (1993)

"Quelle que soit l'heure à laquelle il arrivait, Thomas restait une heure et quart chez Claire. Jamais plus, rarement moins. Un jour, elle débrancha son magnétoscope et sa cafetière électrique et dissimula son réveil dans le tiroir de la table de nuit. Ainsi Thomas n'aurait plus aucun moyen de connaître l'heure et il resterait plus longtemps. Lorsqu'il sonna à la porte, avant d'aller lui ouvrir, Claire regarda l'heure à sa montre et la rangea dans son sac. Il était huit heures moins vingt-cinq."

Je ne me souviens plus de la raison qui m'a poussée à lire ce livre parce que je n'ai jamais rien lu d'autre de cette auteur, dont je n'ai à vrai dire jamais entendu parler non plus. Mais bon, le fait est que je l'ai lu.

L'histoire est celle de Claire, médecin généraliste avec sa vie plutôt calme : elle vit à côté de son cabinet, fait ses courses chez les commerçants du quartier le midi, etc. Et un jour, elle se fait voler son sac. Mais son sac lui est ensuite déposé dans sa salle d'attente. Et elle va revoir ensuite la personne qui le lui a rendu. Un lien se créé entre eux, et l'on s'aperçoit que Claire est un peu étrange: elle va en effet se mettre à collectionner le moindre petit objet en rapport avec cet homme, et elle ne cesse de penser et de s'identifier à la femme de cet homme.

J'ai été un peu déçue à la lecture de ce livre, parce que le synopsis m'avait laissé penser qu'il y aurait une sorte de huis-clos, un tension psychologique ou quelque chose de ce genre, mais en fait, ce n'est pas vraiment le cas. Outre cela, j'ai plutôt bien aimé ce livre, bien qu'il ne soit pas inoubliable non plus : je l'ai quand même trouvé trop court, pas assez approfondi, développé, j'ai trouvé que le récit manquait un peu d'épaisseur. Ce qui est dommage parce qu'il y avait, je pense, matière à faire quelque chose de plus consistant, et que l'écriture est très fluide et très juste.

Un endroit discret, Saicho Matsumoto (2010)

"Un homme ordinaire, fonctionnaire bien noté et sans histoire, découvre après le décès brutal de sa femme qu'elle était une belle de jour. Il mène l'enquête et se fait justicier, ouvrant sa vie à l'angoisse du remords et à celle d'être découvert. Matsumoto, considéré dans son pays comme le "Simenon japonais" prouve ici qu'il n'a pas volé son surnom."

L'histoire est donc celle de Tsuneo, un homme d'affaire, qui apprend le décès soudain de son épouse, alors qu'il est en déplacement professionnel. Une fois revenu chez lui, et le choc atténué, il va s'excuser auprès de la commerçante chez qui est décédée sa femme. Et il va commencer se dire qu'il ne devait pas tout savoir sur sa moitié car l'endroit où elle est morte est un quartier où elle n'aurait rien eu à faire. Tsuneo va donc mener son enquête et devoir composer avec les hasards.

Le texte se lit bien, encore que j'ai trouvé que l'intrigue n'était peut-être pas assez corsée et mettait du temps à démarrer, mais plus on avance dans la lecture et plus les choses se compliquent et plus la personnalité de Tsuneo devient consistante. En effet, au fil du récit, il est en proie aux doutes et à la peur, ce qui le rend nettement moins fade que ce qu'il est au début du récit, un simple fonctionnaire efficace.

Au final, je trouve que la fin du texte est bien, mais le reste est un peu juste : ce n'est don pas inoubliable, ni exceptionnel, mais bon, ça se lit bien.

Livres d'artistes par Veronica & Isaac Salazar


Au gré de mes pérégrinations sur le net, j'ai découvert ces livres d'artistes (=oeuvres artistiques dont le matériau de base est un livre) créés par Veronica & Isaac Salazar. Leur idée est de former des mots ou des symboles en relief, rien qu'en pliant les pages d'un livre. Pour ma part, je trouve le résultat impressionant !

Pour pouvoir observer d'autres exemples de ce travail de pliage, vous pouvez aller voir leur galerie photo.

Exercices de style, Raymond Queneau (1947)

"Le narrateur rencontre, dans un autobus, un jeune homme au long cou, coiffe d'un chapeau orné d'une tresse au lieu de ruban. Le jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s'asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus. Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes."

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce texte parce que, comme je l'ai déjà dit, j'aime la création, les mots et l'écriture, or Raymond Queneau est l'un des fondateurs de l'OuLiPo, un grand joueur de mots, donc. Donc ce titre traînait depuis longtemps sur ma liste de lecture, et puis j'ai eu l'occasion d'avoir le livre entre les mains, donc je l'ai lu.

J'ai bien aimé sur la forme, parce qu'il s'agit ici d'écrire sous contrainte : écrire une même histoire de 99 façons différentes, chaque version étant titrée d'après la contrainte qui la caractérise. Le résultat est très original, très riche. Cela permet de voir à quel point une même petite histoire peut-être racontée de manières très différentes et donner des impressions variables. On réalise à quel point les mots peuvent être différents, le style choisi a un impact particulier.

Quant au fond, l'épisode narré n'est pas particulièrement intéressant (une altercation entre deux hommes dans un bus, et l'un des deux recroisé plus tard devant la gare Saint-Lazare), mais c'est de toute façon la forme qui importe le plus ici.

Bref, j'ai beaucoup aimé, mais globablement, j'aime les textes qui jouent avec les mots, qui ont une écriture ludique et qui exploitent la richesse du langage et des styles. C'est un livre à lire, ne serait-ce que pour s'émerveiller de la richesse du langage.

Les noms, Don DeLillo (1982)

"D'Athènes à Jérusalem et Lahore, sur les traces d'une secte criminelle, l'étrange parcours du représentant d'une multinationale américaine qui, obsédé par les mots, abandonne progressivement la réalité des chiffres et des affaires pour se consacrer à son enquête."

J'ai déjà parlé ici d'un ouvrage de Don DeLillo, L'homme qui tombe (l'article en question), que j'avais plutôt bien apprécié. Donc cela m'avait donné envie de continuer à découvrir cet auteur. J'ai donc choisi Les noms, parce que cet ouvrage était disponible, mais aussi parce que j'aime bien les mots, l'éthymologie, etc, donc un titre pareil m'attirait et était prometteur.

Je me suis alors lancée pleine d'enthousiasme dans la lecture de cet ouvrage, et... j'ai rapidement été déçue, et cela n'a fait que se confirmer au fil de ma lecture. On y croise des hommes d'affaires américains qui travaillent autour de la mer Méditerranée (l'histoire commence en Grèce). Ces expatriés se croisent, discutent de politique, d'économie, de géostratégie, de moeurs, de leurs histoires de couple,... Et aussi d'un meurtre qui a eu lieu dans la région, quelqu'un qui a la tête fracassée, il y a des inscriptions sur des roches, un groupe de gens étranges qui se balade dans le coin, etc.

Mais ce n'est pas un roman policier, d'ailleurs, je n'ai pas vraiment compris de quoi il s'agissait. C'est dense, il y a beaucoup d'idées, d'informations, et malgré cela, j'ai trouvé qu'il y avait un flottement, que c'était incomplet, je n'ai pas vu quel était le but, où le texe nous menait. Bref, ce livre m'a dérouté, je n'ai pas compris la finalité et j'ai eu une impression d'inachevé.

Grand congrès des métiers du livre à Bordeaux (ou pas)

Ce week-end, je me suis rendue à Bordeaux pour un week-end avec des copines de promo des métiers du livre ! Avec en invités incrustés un mutant rhume-grippe (pour l'hôtesse du week-end) et une angine virale (pour moi-même) ! Malgré ces deux clandestins, nous avons bien profité du week-end. Et je remercie encore Alicette pour ce super séjour (mais pas la SNCF qui a eu la bonne idée de supprimer un train puis de me faire louper une correspondance à cause d'un retard de 28min au lieu des 15min annoncées).

Nous avons vus Bordeaux de jour (vous êtes invités à cliquer sur les miniatures des photos pour les voir en plus grand) :


ainsi que Bordeaux de nuit :


et nous avons été sur la dune du Pilat :


Nous avons aussi fait quelques boutiques (Mollat, la plus grande librairie indépendante française, et Lindt, miam) :



et nous avons cuisiné, bu et mangé de bonnes choses (attention : une bouteille de sirop pour la gorge dans son carton, une boîte de Doliprane et une autre de Paracétamol se sont cachées sur la deuxième photo, saurez-vous les retrouver ?) :


Et j'ai également pris en photos pleins de trucs très "intéressants" (ou pas, ou presque), avec dans l'ordre de l'art contemporain aléatoire, une crèche marrante dans une vitrine de déco, un canapé ours-arlequin dans une autre vitrine, un poussin pas très propre et des chaussettes moumoutes (merci Florinette !) et une monomanie illustrée (merci Florinette et Alicette !) :


Bref, c'était un très bon petit week-end ! Et comme j'ai voyagé en train et que ce mode de transport est propice à la lecture, j'avais amené avec moi Les bienveillantes de Jonathan Littell, que je n'ai toujours pas terminé (très loin de là), malgré les nombreuses heures de trajet -et de lecture- que j'ai eues.

La mise à nu des époux Ransome, Alan Bennett (2001)

"Un soir, en rentrant de l'opéra, M et Mme Ransome incarnation de la bourgeoisie britannique contemporaine pétrie de convenances et de snobisme retrouvent leur appartement cambriolé, ou plutôt absolument vidé. Tout a disparu, jusqu'aux plinthes et au papier toilette. Monsieur cherche les coupables, Madame, d'abord effondrée, se rêve finalement une nouvelle vie et, pendant que le couple tente de faire face avec flegme aux événements, le fragile voile des conventions se déchire et les masques tombent. Il va falloir manger, se laver, trouver du linge et affronter le monde extérieur, ce grand inconnu peuplé d'individus aux manières extravagantes - épicier pakistanais, grossier inspecteur de police, ménagère abrutie de télévision. A la clef, une révélation : le mode de vie des Ransome et ses fondements sont bien partis avec les meubles ! Un pastiche social très réussi qui au passage égratigne sans vergogne le couple et ses petits compromis."

J'ai lu ce livre parce qu'il m'est passé entre les mains et que j'avais entendu parler d'Alan Bennett en bien (à propos de La reine des lectrices, que je n'ai pas -encore- lu), donc n'ayant jamais rien lu de lui et ce texte paraissant prometteur, je me suis lancée.

La mise à nu des époux Ransome est un petit roman dans lequel le couple Ransome, petit bourgeois à la vie maniaquement organisée, se font cambrioler, et dans les grandes largeurs puisqu'il ne reste plus chez eux que les murs (et les WC). Ils commencent donc par prévenir la police, puis se lancent dans le rachat de mobilier.

Bref, leur existence si bien réglée est perturbée et ils doivent reprendre les choses au départ, ce qui remet en cause les arrangements de leur existence au passage. L'écriture pas mal, l'idée est bonne, mais je trouve son traitement un peu décevant, il y avait de quoi faire pas mal de chose et au final, il ne s'est pas passé grand chose.

Finalement, c'est pas mal, mais un peu en-dessous ce de à quoi je m'attendais, de ce que promettait le synopsis. Ce n'est pas de la grande littérature, mais ça se lit bien quand même et c'est bien si on n'a pas envie d'une lecture nécessitant trop de concentration et de réflexion. Et je ne mets pas cet auteur aux oubliettes, et un de ces jours, j’essaierais de lire La reine des lectrices.

Le petit Christian, tome 1, Blutch (1998)

"Petit Christian adore Rahan. Il est amoureux de Farah Fawcett, l'héroïne du feuilleton Drôles de dames. Mais la vie n'est pas toujours facile pour un petit garçon des années 70. Surtout quand sa maman lui interdit de lire Pif gadget et l'oblige à se faire couper les cheveux... Blutch parle avec un rare talent du monde de l'enfance. Cette période si compliquée où l'on se rêve en docteur Justice pour échapper aux ordres des adultes casse-pieds, mais où l'on craint aussi de se faire casser la figure par les grands de l'école... Et son dessin mi-naïf, mi-réaliste, traduit à merveille toute l'ambivalence de cet âge de la vie."

J'ai lue cette BD de Blutch après avoir lu un autre livre de lui, C'était le bonheur (j'en parle ici), parce que j'aime bien lire au moins deux textes d'un auteur pour mieux me faire une idée plus complète.

Le petit Christian est différent de C'était le bonheur, mais j'ai bien aimé quand même. Ici, c'est l'humour qui domine à travers un regard d'enfant sur le monde. On y croise ses héros : Rahan, les cow-boys, les Drôles de Dames, Steve Mac Queen, etc, et parfois, Christian s'imagine sous les traits de ses héros. On le voit qui joue avec ses amis (mais jamais avec les filles, parce qu'elles sont différentes et viennent sûrement d'une autre planète), qui veut regarder le film du soir, lit Pif Gadget, entend les conversations des adultes, etc.

Bref, ce sont plein de moments de l'enfance, avec le regard qu'un enfant peut porter sur le monde, mais comme je l'ai déjà écrit, c'est un texte drôle plutôt que porté sur la nostalgie. En tout cas, c'était une lecture agréable, donc comme il existe un tome 2, je vais essayer de mettre la main dessus.

Which Austen heroine are you ?

J'ai connais déjà un peu les textes de Jane Austen, mais je suis loin d'être une experte ou une fan, même si j'ai bien aimé le peu que j'en ai lu. Malgré cela, j'ai fait un test pour savoir de quel personnage austinien je me rapproche le plus, et le résultat est :


You are Elizabeth Bennet of Pride & Prejudice! You are intelligent, witty, and tremendously attractive. You have a good head on your shoulders, and oftentimes find yourself the lone beacon of reason in a sea of ridiculousness. You take great pleasure in many things. You are proficient in nearly all of them, though you will never own it. Lest you seem too perfect, you have a tendency toward prejudgement that serves you very ill indeed.

Je ne sais pas quoi penser de ce résultat parce que je ne connais pas assez bien les textes et personnages pour me faire une idée, et puis il y a plusieurs réponses que j'ai choisies par défaut, mais manifestement ça n'a pas l'air si mal, c'est même assez flatteur on dirait, donc on va dire que je suis d'accord !^^

La solitude des nombres premiers, Paolo Giodano (2008)

"Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes ; soupçonneux et solitaires, certains possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair. Mattia, jeune surdoué, passionné de mathématiques, en est persuadé : il compte parmi ces nombres, et Alice, dont il fait la connaissance au lycée, ne peut être que sa jumelle. Même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les isole des autres. De l’adolescence à l’âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s’effleurer et de s’éloigner dans l’effort d’effacer les obstacles qui les séparent."

J'ai lu ce livre parce que ma voisine de classe pendant l'année dernière en a parlé à plusieurs reprises en étant enthousiasmée, mais en étant également incapable de parler du contenu du livre. Donc comme cela m'intriguait, que le titre aussi m'interrogeait, j'ai fini par vouloir le lire, ce qui est désormais chose faite.

Les deux personnages principaux de ce récit sont Alice et Mattia, enfants au début du récit. Tous deux sont un peu à part : Alice n'a plus sa mère, à eu un accident de ski qui lui a laissé des séquelles à une jambe et refuse de manger, et Mattia a abandonnée sa jumelle dans un parc, est surdoué en mathématiques et s'automutile. Par le biais de leurs connaissances de collège, ils vont se lier, et devenir amis, tout en restant distants cependant, chacun étant trop dans son monde pour se livrer complètement. Puis ils grandissent, font des études, trouvent du travail, etc, et restent toujours liés avec les années ; nous les suivons dans leur vie, jusqu'à ce qu'ils deviennent adultes.

J'ai bien aimé ce livre, c'est bien écrit et l'histoire est intéressante, les personnages attachants, mais il manque un petit quelque chose pour que ce soit un très bon livre. Malgré cela, il n'en reste pas moins un bon roman, et je n'ai pas regretté d'avoir écoutés les conseils et l'enthousiasme de ma voisine de classe !

Dix-neuf secondes, Pierre Charras (2003)

"Et tout à coup, c'est lui. Sandrine est presque étonnée d'éprouver cette émotion, cette tendresse. Gabriel est assis, compact, comme s'il cherchait à esquiver un coup. Et en même temps, gracieux, innocent. Un chamois. Un chevreuil sur le qui-vive. Il a entendu un bruit inhabituel et sa vie va peut-être en dépendre. Pour lui, c'est le destin qui entre en gare. Il est seul au monde, fasciné par le train qui fonce sur lui, qui va quitter les rails, dévorer le quai, l'écraser contre le mur. Sandrine le regarde. Comme il est beau, tout de même. Comme on est beau quand l'essentiel a chassé les pesanteurs du jour. Ce Gabriel qu'elle aime, Sandrine veut le serrer contre elle. Elle va descendre de la rame, courir vers lui et lui dire à l'oreille « Tais-toi, tais-toi » de peur que ne se brise le cristal de la réconciliation."

Il y a un moment de cela, j'avais lu un avis favorable sur ce livre dans un blog, donc j'avais noté le titre, et je l'ai emprunté cette semaine, sans rien connaître de cet auteur, ni de ses autres textes. Mais au final, j'ai bien aimé.

L'histoire commence avec Gabriel et Sandrine dont le couple bat de l'aile. Alors Gabriel a décidé d'un jeu : ils se donnent rendez-vous à la station Nation du métro, lui sera sur le quai, elle dans le troisième wagon de la rame de cette heure-là. Si elle en descend, alors leur couple continue, si elle choisi de ne pas venir alors ils se séparent. Nous suivons donc leurs pensées, leur réflexion sur leur vie et leur couple. Puis nous suivons aussi les pensées de cinq autres personnes présentes dans la station à ce moment là : l'homme au manteau jaune, Sophie qui pense à son amoureux Ludo qu'elle va retrouver, Emmanuel, universitaire, homosexuel et engagé dans des actions clandestines, Gilbert qui déshabille mentalement les femmes brunes qu'il croise, Christelle enlisée dans une relation avec un artiste raté qui tend à devenir alcoolique.

Tout cela se passe sur dix-neuf secondes, chaque chapitre étant une étape du compte à rebours. Et une fois celui-ci terminé, une deuxième partie commence, avec comme narrateur l'homme au manteau jaune, suivie d'une troisième partie racontée par Gabriel.

J'ai plutôt bien aimé, j'aime bien le fait de voir comment se déroule le même instant à travers le regard et les pensées de différents personnages, les dix-neuf secondes de la première partie sont très riches, parce que ce sont celles de plusieurs personnes. Et j'ai bien aimé aussi le fait que tous ces personnages se retrouvent liés par hasard, alors qu'ils ne se connaissent pas, j'aime bien les histoires de hasard. Et puis on se demande aussi ce qu'il va se passer puisque le livre commence par un compte à rebours et un choix. Bref, j'ai apprécié ce récit, je vais sûrement aller jeter un coup d'oeil au reste de la bibliographie de Pierre Charras pour voir qu'il y aurait autre chose susceptible de m'intéresser.

Villa triste, Patrick Modiano (1975)



"Un été des années soixante. Une petite ville française au bord d'un lac, près de la Suisse. Victor Chmara a dix-huit ans et se cache parce qu'il a peur. D'étranges personnages hantent cette ville d'eau, comme ce docteur que l'on surnomme La Reine Astrid...
Mais il y a surtout Yvonne, avec son dogue allemand...
Une recherche du temps perdu
."

J'ai lu ce roman afin de continuer à découvrir les textes de Patrick Modiano, dans la continuité de la lecture de L'horizon, et j'en ai pensé la même chose : agréable à lire, sans que ce ne soit particulièrement original.

L'histoire se passe dans une station balnéaire au bord d'un lac de l'autre côté duquel se trouve la Suisse. Le narrateur est le comte Victor Chmara, mais il s'agit d'un faux nom, nous ne savons pas qui il est réellement. Une fois installé dans cette ville anonyme, il fait la rencontre d'Yvonne Jacquet, jeune fille originaire de la région, et de René Meinthe, homosexuel excentrique et docteur en on ne sait quoi. Ils vont au restaurant, aux soirées, participent à un concours d'élégance, etc, des occupations assez mondaines en fait.

En lisant ce livre, j'ai eu comme une impression de flottement et de quelque chose de suranné, c'est l'ambiance du livre : une station balnéaire hors-saison, les années 60, des personnages dont on ne sait finalement pas grand chose, pas le passé en tout cas, etc, tout semble lointain, détaché. C'est plutôt classique, pas très saisissant, un peu ennuyeux par moment mais au moins ça se lit bien.

C'était le bonheur, Blutch (2005)

"Un cabot sans allure, vraiment minable... une fille qui passe, vraiment inaccessible…
Une autre fille qui danse, qui danse et danse encore. Les délices d’un chagrin d’amour.
La traque du grand frisson. Elle et lui qui se déchirent, et l’enfant qui veut bien les écouter, mais quand même, ils sont pas obligés de lui piquer ses feutres à lui pour ça, et puis la cantine, lui, il aime pas, et puis il y a aussi...
Les après-midi au parc, pour prendre l’air, les mamans qui s’ennuient gentiment, les papas qui draguent un peu, les canards sur le lac, le bain, la télé et le dîner, le temps qui passe, les amours qui s’effilochent, l’enfant qui grandit, le papa qui vieillit, et les femmes, elles sont si belles, les femmes, si jolies...
Oui, bien sûr, les femmes...
"

Je me suis lancée dans la lecture de C'était le bonheur par hasard : le titre puis la couverture m'avaient bien plus, tout simplement. Mais en commençant ma lecture, je me suis dit que finalement, ça avait l’air moyen, voire moins. J'ai quand même continué et au final, j'ai bien aimé.

Ce livre ne raconte pas une histoire, mais plein de petites scènes de la vie quotidienne, ou de la vie tout court : des promenades au parc avec son enfant, l'amour, les disputes, la solitude, les peines de coeur, le temps qui passe, etc. Ce sont des instantanés de (res)sentiments, de sensations, d'impressions, d'émotions, de pensées le tout étant parfois triste, parfois doux-amer ou drôle aussi.

Quant au dessin, au début il m'a un peu rebutée, et puis je m'y suis faite, parce que c'est l'anecdote qui compte, pas le dessin, et sa simplicité, renforce le côté commun des moments capturé. D'ailleurs, le trait donne l'impression d'instants saisis sur le vif, on dirait des croquis, des esquisses, comme des brouillon sur un bloc de papier à dessin.

En tout cas, bien qu'au début j'ai été déstabilisée par le dessin et par ce qui est raconté, j'ai quand même fini par aimer, c'était juste une question de trouver la "bonne longueur" d'ondes pour lire ce livre.

Tendre est la nuit, Francis Scott Fitzgerald (1934)

"Tendre est la nuit est l'histoire, largement autobiographique, de la décomposition d'un être fait pour être aimé, trop romantique pour pouvoir résister à son époque, trop tendre, malgré son apparente désinvolture, pour savoir sagement vieillir.
C'est plus particulièrement l'histoire de l'amour de Dick et de Nicole, dont nous faisons connaissance à travers les yeux émerveillés d'une jeune actrice qui ne résiste pas au charme de Dick. Ce couple très uni cache un secret. Nicole a été soignée par Dick, médecin psychiatre. L'amour qu'elle a porté à Dick a fait de leur union une nécessité. Un jour viendra pourtant où ils devront se séparer...
Mais le lecteur aura vécu avec eux les plus belles années d'une vie de loisir rendue magique par la richesse, les voyages. C'est un extraordinaire témoignage sur la vie d'entre les deux guerres qui nous est offert, un témoignage qui ne va pas sans une douloureuse nostalgie, un livre ensorcelé.
Ce roman domine, avec
Gatsby le Magnifique, l'oeuvre de Francis Scott Fitzgerald, l'émouvant représentant de la fameuse « génération perdue »."

De Francis Scott Fitzgerald, j'avais déjà lu Gatsby le Magnifique et Un diamant gros comme le Ritz, un recueil de 27 nouvelles. J'avais aimé ces deux ouvrages, même si je trouve qu'il émane deux un certain... "ennui" (?). Ce n'est pas vraiment péjoratif, mais les textes de Fitzgerald se déroulent en général chez de riches Américains oisifs, pendant l'entre-deux-guerres, et le contentement des personnages, leurs fêtes, leurs mondanités, leurs voyages, etc, font apparaître une existence un peu vide de sens et donc légèrement ennuyeuse. C'est l'existence des personnages qui semble ennuyeuse, pas les textes, mais cela déteint tout de même un peu sur ces-dernier. Et c'est également le cas dans Tendre est la nuit.

Le livre est séparé en deux parties. La première se passe sur la Côte d'Azur (la Riviera) et le point de vue est celui de Rosemary, jeune actrice américaine. Elle vient d'arriver dans un hôtel avec sa mère et y fait connaissance avec de riches vacanciers, donc Dick et Nicole, un couple radieux qui est le noyau du groupe de vacanciers. Puis au fil des jours, Rosemary tombe amoureuse de Dick, et un des membres du groupe est mêlé à un malentendu.

La deuxième partie se passe avant et après le passage raconté dans la première partie. On y suit Dick et Nicole, leur rencontre, la formation de leur couple, leur vie, leurs occupations, puis il y a une ellipse qui correspond aux vacances sur la Côte d'Azur de la première partie, et l'histoire du couple continue, et nous suivons leurs problèmes et la dissolution de leur couple. Le tout en recroisant parfois des personnages de la première partie.

Donc au final, c'est l'histoire d'un couple, de la rencontre de ses deux membres jusqu'à leur séparation, avec un épisode précis mis en exergue dans la première partie. Ce n'est pas particulièrement original, mais le découpage des deux parties permet de donner un autre éclairage à l'histoire que si elle avait été écrite de manière linéaire. Les vacances sur la Côte d'Azur sont insouciantes et le lumineux couple "Dicole" (Dick & Nicole) attire les gens, donnant une image de sérénité, tandis que la deuxième partie est plus trouble, nous découvrons que le couple parfait présenté auparavant ne l'est pas tant que ça.

Donc Tendre est la nuit n'est certes pas un livre palpitant, mais il est bien écrit, l'époque en toile de fond  (les Années Folles) est intéressantes et le tout est agréable à lire, surtout la deuxième partie.

Groenland-Manhattan, Chloé Cruchaudet (2008)

"1897. L'explorateur Robert Peary regagne New York après une mission au Groenland et ramène dans ses bagages cinq Esquimaux, parmi lesquels Minik, un jeune garçon, et son père. Véritable objet de curiosité, le petit groupe est logé dans les sous-sols du Muséum d'histoire naturelle. Mais, en l'espace de quelques mois, la tuberculose a raison de ces grands hommes du Nord et seul Minik survit. Adopté par l'un des conservateurs du Muséum, il s'adapte peu à peu à sa nouvelle destinée. Mais sa vie bascule le jour où il découvre dans une vitrine du musée le squelette de son père..."

Groenland-Manhattan est une BD documentaire, qui s'appuie sur des documents, des témoignages, etc, le récit est donc celui d'une histoire vraie, celle de Minik, l'un des cinq Esquimaux ramené à New-York par l'explorateur Peary lors d'une mission de celui-ci. Peary est un États-Unien égoïste, ambitieux et méprisant dont le but est de découvrir le pôle nord. Au fil de ses voyages, il ramène des végétaux et des roches, mais cela intéresse peu, alors il décide de ramener des Esquimaux.

Cinq d'entre eux -quatre adultes et un enfant, Minik- sont donc emmenés à New-York, et exposé comme des bêtes curieuse, ils sont aussi examinés, mesurés, pesés, etc, et tout cela abouti à les définir d'hommes de la préhistoire qui se sont pas aussi évolués que les Américains. Mais les quatre adultes tombent malade, puis décèdent. Minik est alors envoyé dans une famille américaine et est élevé comme l'enfant de ce foyer. Mais lors d'une balade au Muséum d'Histoire naturelle, il se retrouve nez-à -nez avec le squelette de son père. Il va alors s'apercevoir qu'on lui a menti, et va vouloir s'enfuir.

J'ai bien aimée l'histoire, elle reflète l'état d'esprit de la fin XIXe-début XXe, cette volonté de découvrir, de conquérir, d'apprendre et d'enseigner. Les Américains (et c'est aussi le cas des Européens) se sentent alors supérieurs et veulent le montrer. Les autres civilisations sont, à leurs yeux, inférieures et comparés à des groupes d'animaux, alors qu'il s'agit de gens qui vivent et pensent différemment, tout simplement. Bref, c'est intéressant aussi bien sur le plan historique que narratif.

Quant au dessin, il est à fois doux et froid, deux mots que je n'aurais pas forcément associés, mais qui pourtant sont ceux qui correspondent le mieux ici. Doux parce qu'il y a beaucoup de courbes, de tons pastels, de traits fondus et estompés, et froid parce que les couleurs dominantes sont le blanc, le bleu, vert, marron et gris.

En tout cas, je ne savais pas à quoi m'attendre puisque je l'ai lue par hasard, et au final, j'ai bien aimé, aussi bien l'histoire que le dessin, c'est une bonne surprise !

Toxic, Charles Burns (2010)

"Un jeune homme dans son lit, un pansement sur la tempe. Doug se léve suit son chat noir, Inky - pourtant mort depuis des années - et se laisse entraîner de l'autre côté du miroir."

J'avais pas mal entendu parler -en bien- de cette BD ces dernier mois, donc je l'avais dans un coin de ma tête quand je me suis mise à chercher des idées de cadeaux pour Noël, et finalement, je l'ai offerte à mon père, et je l'ai lue hier.

Je dois dire que c'est... spécial, très déroutant, très étrange. Je ne suis pas sûre d'avoir tout compris -mon père non plus d'ailleurs- parce que la réalité, les souvenirs et le rêve, ou le cauchemar plutôt, se mêlent. Surtout que le personnage suit un traitement alors à tout cela s'ajoute d'éventuels délires médicamenteux... Et le tout avec des clins d'oeil à l'univers de Tintin.

Bref, difficile de dire clairement ce que raconte le récit : le personnage principal se réveille dans une pièce plutôt dépouillée dont un mur est troué, et son chat censé être mort entre dans ce passage. On se retrouve dans un mode souterrain assez étrange, puis dans une afrique du Nord avec des sortes d'extraterrestres. Et on a ensuite de souvenirs du personnage, de son adolescence, notamment d'une soirée avec des performances artistiques, il y a sa copine, un autre fille, etc.

Bref, c'est très compliqué, et lire la BD n'éclaire pas beaucoup plus, mais malgré cette impression de ne rien comprendre, j'ai bien aimé, justement parce que c'est déjanté et incompréhensible. La seule chose que je regrette, c'est que j'ai eu la sensation de rester sur ma faim, mais je ne sais pas si c'est parce que l'histoire n'a ni queue ni tête ou si c'est parce que le livre n'est pas assez long à mon goût. En tout cas, je vous conseille d'y jeter un coup d'oeil, au moins par curiosité !

Jacob le cafard, Will Eisner (1986)

"Jacob Shtarakah est un homme simple, luttant chaque jour pour mettre sa famille à l’abri du besoin. Rattrapé par la Grande Dépression, puis la Seconde Guerre mondiale, il fait la difficile expérience d’une vie d’émigré aux États-Unis. Entre crainte et espoir, Jacob assiste à l’émergence de l’antisémitisme et doit dès lors faire face à des événements qui le dépassent."

J'ai lue cette BD absolument par hasard, et sans d'autre objectif que de m'occuper : c'est simplement que Jacob le cafard était un des livres que j'avais à proximité et qu'en plus il avait le mérite d'être une BD, ce qui était parfaitement adapté aux conditions dans lesquelles je lisais (c'est-à-dire  en étant assez régulièrement interrompue).

Dans ce livre, nous suivons un personnage Jacob, père de famille juif, qui perd son travail dans les années 30 aux Etats-Unis. Le récit est à différentes échelles : nous suivons la vie quotidienne de Jacob, avec son épouse mère juive par excellence qui materne exagérément ses enfants, les fait culpabiliser, etc ; nous découvrons aussi un peu du passé de Jacob, avec les espoirs qu'il avait lorsqu'il était jeune et ce qu'il pense de sa vie actuelle ; nous découvrons aussi le fonctionnement des entreprises en temps de crise et les ententes et trafics mafieux qui ont lieu, il y a aussi l'aspect social de la crise avec le chômage, l'aide alimentaire, etc, les persécutions contre les Juifs en Europe, et également une réflexion sur le sens de notre existence. Bref, c'est très riche.

Quand au graphisme, c'est tout en noir et blanc avec un style assez classique je dirais, rien de très original, mais très lisible.

Globalement, j'ai moyennement apprécié ce livre. Il faut dire que je ne l'avais choisi que par défaut, mais bon, pour un livre lu simplement parce qu'il était là et qu'il fallait quelque chose pour s'occuper, c'est pas mal.

Blaise 1 & 2, Dimitri Planchon (2009 & 2010)

Tome 1 : "Dans une société où le pire semble être devenu l'ordinaire, où la guerre et la dictature rôdent, s'installant dans l'indifférence générale, ce héros tétanisé fait son apprentissage.
L'humour grinçant se grime de couleurs vives, le subversif est ici subtil, le dérangé, camouflé derrière le canapé du salon. Tout de suite, devant la passivité de Blaise, sa soumission impuissante à une existence visiblement si vaine, on rit.
Mais c'est de nous-mêmes – méfions-nous
."

Tome 2 : "L’adolescence, contrairement à ce que promeuvent certains clichés romanesques, n’est pas l’âge de la rébellion et de la liberté. Il est surtout celui de l’adhésion à la masse. Et quelle masse ! Blaise revient, et Blaise est toujours victime de la mauvaise foi et de la bêtise. La société et ses parents font de Blaise un type pas très recommandable, mais en attendant, il nous fait rire et c’est le principal."

Je ne sais plus comment j'ai découvert Blaise (le tome 1), je me souviens simplement que j'avais commandé ce livre en août 2009, mais j'ai oubliée la raison me poussait à vouloir le lire au point de le commander. Bref, le fait est que je l'ai lu un jour. Et il y a deux semaines, en faisant des recherches d'idées de BD à offrir à Noël, j'ai découvert qu'un tome 2 de Blaise était sorti, donc je me le suis offert, parce que le premier opus m'avait bien plu.

Les deux tomes ne se suivent pas vraiment puisque les livres ne racontent pas une histoire, continue il s'agit plutôt d'épisodes d'une planche qui fonctionnent indépendamment les unes des autres. Nous y voyons une famille de classe moyenne un peu bobo dans son quotidien : Blaise, préado plutôt solitaire et ordinaire, et ses parents, tous les deux employés de bureau. Bref, des gens standards dans une vie standard, une caricature de la classe moyenne mais qui fait pourtant étrangement écho à notre vie quotidienne. En effet, le monde de Blaise ressemble étonnamment au notre, mais en pire (quoique, à peine !).

Et le graphisme me plait bien aussi : il s'agit de collages très colorés, ça fait fortement penser au pop art. Surtout que les médias sont très présents dans les planches : les personnages regardent beaucoup la télévision, les publicités s'insinuent partout, etc, donc il y a un écho entre le fond et la forme.

En tout cas, j'aime beaucoup : c'est drôle, grinçant, sarcastique et terriblement familier aussi !

Au piano, Jean Echenoz (2003)

"La pratique professionnelle du piano suppose une discipline stricte. Elle exclut tout divertissement susceptible d'éloigner l'artiste de son clavier. Pourtant il aimerait, lui aussi, jouir de la lumière du monde, de la douceur de vivre, de la tiédeur de l'air et de l'amour des femmes. Eh bien non : mort ou vif, le pianiste se doit d'abord à son public."

J'avais envie de lire un texte de Jean Echenoz, auteur dont j'avais croisé le nom à plusieurs reprise, mais sur lequel je n'avais aucune idée, donc j'ai été à la médiathèque voir ce qu'il y avait de cet auteur en rayon, et j'ai opté pour Le piano, parce que c'est celui dont le titre m'inspirait le plus.

Après la lecture de la quatrième de couverture, j'étais un peu sceptique parce que ça avait l'air d'être assez sérieux, de traiter de la musique sur le plan théorique, du travail du musicien, etc, or ma seule expérience en la matière est d'avoir été obligée de jouer (faux, mais cela n'était pas obligé par contre) de la flûte en cours de musique au collège. Donc je me suis demandé si le texte était susceptible de plaire à la néophyte que je suis en matière musicale.

Et la réponse est oui, parce que le livre ne traite pas de la théorie de la musique, etc, non, au final c'est un roman, plutôt drôle même, avec pour personnage principal Max, un pianiste renommé et alcoolique. Le livre est divisé en trois parties : dans la première, nous suivons Max dans sa vie de pianiste qu'il faut occuper avant les concerts afin qu'il soit en état de jouer, nous le suivons chez lui, dans la rue, où il croise de temps à autre cette femme élégante qui détonne dans son quartier, etc, puis un jour, il est agressé. Nous arrivons alors à une deuxième partie qui est un lieu indéfini, neutre et intermédiaire où il a pour infirmière Doris Day et pour serviteur Dean Martin. Max reste dans cet endroit le temps qu'on décide pour lui s'il est envoyé dans le parc ou en section urbaine. Et la troisième partie se passe donc à l'endroit qui a été choisi pour lui.

Le livre m'a globalement bien plu, mais pour être plus précise, la deuxième partie m'a déstabilisée parce qu'elle se déroule dans un lieu imaginaire et non défini, c'et donc moins réaliste que fantastique, ce qui n'était pas ce à quoi je m'attendais, mais c'est bien quand même. Et sinon, j'ai adorée la fin que j'ai trouvée inattendue, aussi sadique que jubilatoire ! En tout cas, ce livre m'a donné envie de découvrir plus de textes de cet auteur.

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