Le petit livre des citations idiotes, volume 1, Phiip (2006)

"Ils auraient pu le dire. Ils l'ont peut-être dit. Ils l'ont pensé très fort. Découvrez les pensées les plus secrètes des personnages les plus célèbres de l'histoire, de la mythologie, ou de ce magma d'idioties que nous nommons notre culture collective... Un must, des citations très drôles, et en plus des dessins pour agrémenter la lecture."

Voici un livre que l'on m'a donné pour cause de doublon, donc que j'ai lu par hasard. Il ne s'agit pas pour autant de quelque chose de complètement inconnu puisque la personne qui m'a donné ce livre m'avait déjà parlé à plusieurs reprises de l'auteur, Phiip.

Donc, l'ouvrage dont il est question ici est un recueil de citations fictives, avec quelques dessins aussi. Rien de bien compliqué : il s'agit de phrases attribuées à des personnages de films, des rois, des papes, des hommes politiques, des artistes, des animaux, etc, toujours dans un style décalé. Pour être plus claire, voici quelques citations pour extraites de ce livre :
- "Non, pas Pipelette, Cosette." Cosette Ténardier,
- "Mon grand-père était un fennec, c'est pour ça..." Spock,
- "Arrête de faire des tranchées dans ta purée, papi, c'est énervant à force !" Un petit fils de poilu,
- "J'en ai marre de n'être diffusé que pendant les grèves !" Le jazz.
Bref, il y a de tout comme vous pouvez le constater !

C'est marrant à lire, mais c'est aussi très rapide. Je n'ai pas pour autant trouvé cela inoubliable : il y a de bonnes trouvailles, des choses drôles, mais aussi de moins marrantes. En tout cas, c'est toujours bien à lire, surtout quand on n'a pas envie de trop se concentrer sur quelque chose de compliqué !

Polina, Bastien Vivès (2011)

"Très douée pour la danse, la petite Polina Oulinov est sélectionnée pour suivre les cours de Nikita Bojinski, un maître d'une exigence absolue, à la fois redouté et admiré. Au fil de son enseignement, qu'elle suit des années durant, Polina devenue jeune fille développe avec son mentor une relation complexe, entre antagonisme et soumission et finit par le quitter pour explorer de nouvelles expériences artistiques, en toute indépendance. Plus tard, devenue vedette internationale dans sa discipline, la jeune femme prendra toute la mesure de sa dette à l'égard de ce maître aussi difficile que lumineux."

J'ai découvert ce livre lors de sa sortie parce que beaucoup d'articles -élogieux- lui étaient consacrés et que cela continue encore. Comme le style de dessin avait l'air de me plaire au vu de la couverture, et que le synopsis avait également l'air intéressant, je me suis laissée tenter.

L'histoire est celle de la vie de Polina, de ses 6 ans, jusqu'à l'âge adulte, vers la trentaine. Nous la suivons depuis son entrée dans une école de danse classique, jusqu'à la reconnaissance au sein d'une troupe allemande qui fait du théâtre et de la danse, des spectacles dansés, avec toutes les étapes qu'il y a entre ces deux moments : le travail physique de la danse, la fatigue, la passion, les amours, les blessures, les doutes, les choix, les amis, les interrogations, etc, et le professeur Bojinski. Celui-ci étant une sorte d'ours autoritaire : massif, renfermé, exigeant et étant réputé pour sa dureté auprès des élèves puisque la rumeur circule qu'à chacun de ses cours, au moins un élève sort en pleurant. Pour Polina aussi être l'élève de Bojinski est difficile, mais elle s'accroche, ne dit rien, puis s'en va, le laissant avec un projet exclusif en cours, puis elle le retrouve.

J'ai donc beaucoup aimée cette bande-dessinée : l'histoire est non seulement très bien, mais aussi bien racontée, les plus de vingt ans de la vie de Polina sont racontés de manière fluide sans entrer dans les détails, mais sans rien omettre d'essentiel non plus. Le dessin a un style un peu griffonné, dans des tons de gris mastic, noir et blanc, mais il reste souple et élégant : les gestes et expressions des personnages sont exacts, il n'y a pas de détails, mais des lignes, des contours, des mouvements. C'est vraiment agréable à regarder et à lire.

Bimbos VS chatons tueurs, Thomas Mathieu (2011)

"Sans se douter que son adorable petit félin Chouchou vient subitement d'être atteint de folie meurtrière, Anaïs se rend à la foire aux chatons de Bruxelles en compagnie de ses amies Ambre, Acacia et Arielle. Très vite, le maléfice contamine les autres chats, les attaques s’enchaînent et les morts tombent par centaines.
Prises au piège mais pleines de ressources, les bimbos décident de contre-attaquer : entre deux séances de maquillage, elles piétinent les cadavres de leurs talons et tentent de survivre coûte que coûte.
C'est malheureusement sans compter l’arrivée de Kitty C. ...
"

Voici un livre que j'ai découvert absolument par hasard : en errant sur des sites d'actualité littéraire, j'ai croisé un article sur cet ouvrage et j'ai immédiatement été interpellée pour deux raisons : le titre plutôt drôle et absurde, et le fait que cela fasse référence à une private joke. Donc ni une ni deux, je l'ai achetée pour l'offrir à celui avec qui je partage la private joke, et je me suis retrouvée à la lire une semaine après.

L'histoire est donc celle de trois jeunes amies superficielles qui adorent les chats. Elles décident alors de se rendez à un salon du chat où elles vont elles-mêmes présenter leurs animaux (habillés avec des robes...) lors d'un défilé. Sauf que les choses dégénèrent et que les félins se rebellent.

J'ai trouvé cette BD drôle et trash. Ce n'est pas de la grande littérature, le dessin n'est pas particulièrement beau ou original, mais le scénario est déjanté, gore, très série Z, comme le laisse d'ailleurs présager le titre. Je n'ai pas été déçue, mais pas enthousiasmée non plus : j'avoue que c'est à cause du titre que j'ai voulu acheter/offrir le livre, et au final, sans qu'il soit inoubliable il est assez marrant à lire si on est amateur du genre, il y a quand même des passages absurdement drôles !

Journal d'une disparition, Hideo Azuma (2005)

Je ne lis que très rarement des mangas : c'est un style auquel j'ai du mal à accrocher, mais il arrive que par un conseil ou par hasard, j'en lise. Pour Journal d'une disparition, c'est le hasard qui m'a guidée : j'ai vu ce livre dans un rayonnage, le titre m'a interpellée donc j'ai emprunté cet ouvrage.

L'auteur est Hideo Azuma, que je ne connais absolument pas. D'après ce que j'ai lu dans le livre dont il est question ici, il a travaillé pour de nombreuses revues plus ou moins spécialisées, dans des genres imposés ou avec une assez grande liberté de création. Mais dans Journal d'une disparition, c'est de moments de sa vie qu'il s'agit. En effet, en 1989, il plaque tout et par vivre dans une forêt.

Il nous raconte donc comment il s'est débrouillé pour dormir, se protéger de la pluie et du froid, la manière dont il occupait ses journées, les moyens de se procurer de la nourriture et de la préparer, les gens qu'il a pu croiser, les anecdotes qui lui sont arrivées, etc. Le ton est plutôt léger et détaché, Hideo Azuma ne s'apitoie pas sur son sort, ne se décrit pas en héros, n'insiste pas non plus sur la difficulté de son quotidien à cette époque-là : il (d)écrit les choses, sans rentrer dans les détails.

Dans d'autres chapitres, il nous raconte comment il est devenu employé du gaz, ce qu'il faisait pendant ses journées, les rapports qu'il entretenait avec ses collègues, etc. Il parle aussi de son addiction à l'alcool : son besoin d'alcool malgré son mauvais état de santé, son comportement, puis son hospitalisation et sa cure dans une hôpital psychiatrique, au milieu de malades alcooliques et/ou toxicomanes.

Bref, Hideo Azuma écrit à propos de moments difficiles de sa vie, des moments où il a décroché de son quotidien d'auteur de manga. Il aborde quand même puisqu'à un moment il démissionne de son emploi d'ouvrier pour retourner au manga, mais là encore, il n'est pas complètement investi dans son travail, il est fébrile et irrégulier. 

Au final, j'ai trouvé Journal d'une disparition intéressant bien que le manga ne soit pas une forme qui m'attire particulièrement, c'est plutôt les thèmes que j'ai appréciés ici. Après cet ouvrage autobiographique, Hideo Azuma a continué avec Journal d'une dépression que j'ai l'intention de lire prochainement puisque j'ai pu me le procurer, j'en parlerai donc dans un prochain article !

La ballade de Lila K, Blandine Le Callet (2010)

"La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue.
Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité.
Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore... Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour,
La ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société."

Voici un livre dont j'avais entendu parler en septembre dernier, lors de la rentrée littéraire. Je ne m'étais pas vraiment concentrée sur ce qui en était dit, mais depuis, et pendant des mois, je lisais par-ci par là des échos positifs de ce texte. Et puis il y a quelques semaines j'ai lu un article sur un blog que je suis, Le Rose et le Noir (l'article ici), et même si l'avis n'était pas enthousiaste, la description qui en était faite m'a donnée envie de lire ce livre. Donc comme récemment l'occasion de le faire s'est présentée, j'en ai profité.

Le personnage principal du récit est Lila, une fillette qui, au début du roman, est enlevée à sa mère par des hommes en noir, sans que l'on ne sache vraiment pourquoi, puis elle est emmenée dans un centre où elle est suivie médicalement et psychologiquement suite aux maltraitances qu'elle a subi enfant, et où elle est également éduquée, notamment par monsieur Kauffman, homme aux méthodes originales, peu apprécié de sa hiérarchie mais à qui Lila va s'attacher. L'obsession de Lila, l'héroïne surdouée et asociale, va être de retrouver sa mère, et ainsi, son passé, tout en s'habituant à mener une vie autonome en dehors du centre. L'histoire se déroule au XXIIe siècle, dans un monde où, outre dans la Zone, sorte de ghetto, tout est quantifié, contrôlé et surveillé : les menus sont préparé par des diététiciens, les urines sont contrôlées tous les matins, des implants contraceptifs sont implantés à l'adolescence et il faut obtenir des autorisations pour avoir des enfants, les rides sont comblées, etc.

Bref, ce livre relève de la science-fiction, mais pas seulement, c'est aussi un roman sur l'identité et le passé, une quête et une enquête racontés à la première personne dans un monde hygiéniste et normalisé. Il ne s'agit pas d'un trépidant roman d'aventure, mais d'un récit très réaliste, qui va à son rythme, étape par étape, sans jamais être ennuyeux, mais en étant au contraire captivant. C'est vraiment un livre que je recommande parce que j'ai adoré le lire ; d'ailleurs, dès que je pourrais, je lirais le précédent et premier roman de Blandine Le Callet, Une pièce montée.

A history of violence, John Wagner & Vince Locke (2005)

"Dans une petite bourgade paisible des Etats-Unis, deux braqueurs sont abattus par Tom McKenna, qui devient une célébrité bien malgré lui, attirant l'attention des médias mais aussi de maffiosi qui le pensaient disparu. Ils croient reconnaître, dans ce père de famille en apparence tranquille, le tueur qu'ils recherchent depuis 20 ans. Le lourd passé de Tom McKenna lui revient alors en pleine figure. Il doit faire face à un groupe de gangsters assoiffés de sang et de vengeance. Prêt à tout pour préserver sa famille, il réalise qu'on ne brise pas aussi aisément le cercle de la violence."

Quand cette bande-dessinée m'est passé entre les mains, j'ai tout de suite été interpellée par son titre qui est celui d'un film de David Cronenberg que j'avais bien apprécié lorsque je l'avais lu. Donc, quelle ne fût pas ma surprise de voir un livre avec le même titre ! Après avoir jeté un coup d'oeil au résumé et aux informations diverses que l'on trouve habituellement dans un livre, je me suis aperçue que oui, ce livre avait bien la même histoire que le film, mais que pour être exacte, c'est le film qui raconte la même chose que le livre puisque David Cronenberg a adapté le récit de John Wagner et de Vince Locke.

Le personnage principal est Tom McKenna, qui tient un café-restaurant dans une petite commune des Etats-Unis. Au début de l'histoire, il subit une tentative de braquage de la part de deux hommes, et Tom Mc Kenna parvient à les neutraliser. Les médias le présente alors comme un héros, l'honnête citoyen qui défend seul son commerce face à deux hommes malhonnêtes, etc. Mais cette mise en avant n'est pas sans conséquence : outre le harcèlement médiatique, Tom McKenna reçoit la visite de trois hommes dans son établissement, trois hommes pas très nets et que pourtant Tom semble connaître puisqu'il en fait tomber l'assiette qu'il s'apprêtait à servir à un client.

Le reste de l'histoire revient sur la vie de Tom McKenna, son passé à New York, le lien qui l'unit aux mafieux qui sont venus le voir dans son café, etc. Les manigances et les mensonges de chacun émergent, ce que Tom McKenna pensait avoir fuit refait surface. C'est un univers sombre dans lequel la rédemption ne semble pas possible : le passé ne s'enterre pas, on peut le fuir, mais il peut nous retrouver. De même qu'on ne change pas : même après s'être rangé et avoir fondé une famille et un commerce, Tom McKenna a gardé au fond de lui l'ado qu'il était et n'hésite pas à tuer.

Finalement, j'ai bien aimé ce livre, surtout l'histoire en fait, parce que j'ai eu un peu de mal avec le dessin que je n'ai pas trouvé agréable à regarder, ni forcément très clair. C'est un thriller sombre, pessimiste et violent -comme le titre l'annonce d'ailleurs-, je n'avais pas un tel souvenir du film, mais cela fait déjà quelques années que je l'ai vu. En tout cas, j'ai trouvée cette lecture intéressante, même si ce n'est pas non plus le genre de livre que je lis d'habitude.

Mainstream, Frédéric Martel (2010)

"Comment fabrique-t-on un best-seller, un hit ou un blockbuster ? Pourquoi le pop-corn et le Coca-Cola jouent-ils un rôle majeur dans l'industrie du cinéma ? Après avoir échoué en Chine, Disney et Murdoch réussiront-ils à exporter leur production en Inde ? Comment Bollywood séduit-il les Africains et les telenovelas brésiliennes, les Russes ? Pourquoi les Wallons réclament-ils des films doublés alors que les Flamands préfèrent les versions sous-titrées ? Pourquoi ce triomphe du modèle américain de l'entertainment et ce déclin de l'Europe ? Et pourquoi, finalement, les valeurs défendues par la propagande chinoise et les médias musulmans ressemblent-elles si étrangement à celles des studios Disney ?
Pour répondre à ces questions, le journaliste et chercheur Frédéric Martel a mené une longue enquête de Hollywood à Bollywood, du Japon à l'Afrique subsaharienne, du quartier général d'Al Jazeera au Qatar jusqu'au siège du géant Televisa au Mexique. Ce qu'il nous rapporte est à la fois inédit, fascinant et inquiétant : la nouvelle guerre mondiale pour les contenus a commencé.
Au coeur de cette guerre : la culture «
mainstream ». De nouveaux pays émergent avec leurs médias et leur divertissement de masse. Internet décuple leur puissance. Tout s'accélère. En Inde, au Brésil, au Arabie saoudite, on se bat pour dominer le Web et pour gagner la bataille du « soft power ». On veut contrôler les mots, les images et les rêves.Mainstream raconte cette guerre globale des médias et de la culture. Et explique comment il faut faire pour plaire à tout le monde, partout dans le monde."

Voici un livre dont j'ai entendu parler par un professeur il y a plus d'un an. Il l'avait évoqué en début de cours parce que le livre était dans sa sacoche et en avait dit quelques mots avant de commencer le cours. Le peu qu'il avait dit de ce livre m'avait paru intéressant, donc je l'avais noté sur ma liste de livres que je souhaite lire, et il y a peu de temps l'occasion de le lire s'est présentée, donc j'en ai profité.

Le sujet de ce livre est donc la culture mainstream, c'est-à-dire la culture grand public, le divertissement et les médias formatés pour plaire au plus grand nombre; il s'agit moins d'art que d'industrie culturelle. Cette culture est devenu une arme dans la mesure où les émissions, les films, la musiques, etc, transmettent des valeurs et des idées, c'est donc un moyen de diffuser subtilement sa culture (au sens de civilisation). Et c'est parce que les médias n'emploient pas la violence ou la force qu'ils ont le nom de "soft power" : il s'agit d'armes psychologiques, de moyens détournés d'imposer sa vision du monde.

Frédéric Martel a donc enquêté dans les entreprises de divertissements à travers le monde pour étudier les stratégies, les réussites, les échecs, les échanges et les influences, mais aussi les liens avec la politique et l'économie et l'impact d'Internet sur les médias traditionnels. Sont mis en avant les enjeux et luttes de pouvoir et d'influence aussi bien locaux (entre pays voisins : Asie du Sud-Est, Amérique du Sud, ...) qu'internationaux (les Etats-Unis en Chine, en Inde, etc).

Mais partout dans le monde, ce sont les États-Unis qui dominent : non seulement leurs productions sont celles qui s'exportent le plus, mais leur système de fonctionnement est devenu un modèle. Il faut dire que ce pays a été le premier à faire de la culture une industrie, ce qui en fait forcément un référence et à formaté les autres pays qui se sont lancés dans les industries culturelles par la suite. Mais Maintream nous montre aussi que les États-Unis, même s'ils sont dominants, n'ont pas le monopole : localement, il existe des cultures fortes qui résistent, que ce soit parce qu'elles plaisent ou parce que les lois les favorise (il y a par exemple en Chine un système de quotas et de censure qui favorise évidemment les productions nationales).

J'ai trouvé ce livre très intéressant et bien écrit, ce qui rend la lecture fluide. Les idées et l'enchaînement des idées dans la démonstration sont clairs et même quand il est question de politique ou d'économie, le raisonnement reste compréhensible. En tout cas, la conclusion est pessimiste pour l'Europe : nous avons un marché dominé par les États-Unis (aussi bien par les produits que par les modèles et idées), une tradition de la culture plus artistique qu'économique et une population vieillissante, ce qui fait que globalement, l'Europe est peu dynamique et est en train de se laisser submerger par la culture étasunienne dans pas mal de domaines (certains résistent mieux nationalement, notamment la littérature).

Lo, Lucie Durbiano (2010)

"Lo, jeune nymphe orpheline, vit sous la férule de Diane, déesse intransigeante et névrosée. Lorsqu’elle sauve la vie d’un jeune pâtre, Daphnis, c’est le coup de foudre, hélas non réciproque… Car Daphnis est amoureux de Chloé, une jolie bergère avec laquelle il rêve de découvrir les plaisirs charnels. Inconsolable, Lo passe son temps à caresser le petit chien nommé Chagrin. Mais une vieille sorcière va lui venir en aide… au-delà de ses espérances !"

Encore un livre lu par hasard ! Je l'ai eu par hasard entre les mains et je savais que c'était un livre relativement récent (il a été publié en 2010), donc comme j'avais vu qu'il avait été pas mal chroniqué dans les revues et sites culturels et littéraires, je me suis lancée. Pourtant, je ne savais pas du tout de quoi cela parlait puisque je n'avais pas lus les avis à son sujet et que je n'avais pas non plus pris la peine de lire la quatrième de couverture.

Le récit se déroule dans l'Antiquité avec des personnages de la mythologie. L'héroïne est Lo, jeune nymphe vivant parmi d'autre nymphe, sous la surveillance de Diane, déesse de la chasse. Lo est amoureuse d'un jeune chevrier, Daphnis, mais lui n'a d'yeux que pour Chloé, une jeune bergère. Elle va donc tout faire pour séduire Daphnis, mais en vain. Une de ses amies la voyant triste va lui proposer une solution : aller voir sa tante qui est sorcière. Celle-ci, plutôt excentrique, va lui préparer un philtre d'amour que Lo va utiliser le soir même. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu...

Pour commencer, je dois dire que j'ai été assez déroutée, le contenu de ce livre m'a paru inattendu et original. Non seulement c'est inspiré de la mythologie (on croise des Apollon, Zeus, Héra, etc), mais c'est aussi drôle et presque trivial ! Les personnages ont des préoccupations très terre-à-terre, loin de ce que l'on pourrait imaginer de la part de dieux, le langage est celui que l'on utilise tous, les jours, etc. Bref, c'est un mélange surprenant mais plutôt réussi, encore que j'ai eu l'impression qu'il manquait un petit quelque chose, mais je ne saurais pas dire quoi.

Hiver, Mons Kallentoft (2009)

"Mardi 31 janvier, 7 h 22. Il fait encore nuit à Ôstergôtland. Cet hiver est l'un des plus froids que l'on ait connus en Suède. Ce matin-là, Malin Fors et ses collègues de la criminelle découvrent un cadavre, nu et gelé, pendu à une branche d'arbre. Mais comment diable cet homme a-t-il atterri ici ? Meurtre ? Suicide ? Et d'où viennent ces étranges blessures qui recouvrent son corps ? D'indice en indice, de nouveaux personnages apparaissent : les trois frères d'une certaine Maria, suspectés de viol ; Joakim et Markus, deux adolescents pas très nets ; Valkyria et Rickard Skoglôf, deux marginaux adeptes de cultes vikings. Les policiers sont perplexes."

Voici un polar suédois (c'est à la mode !) que j'ai lu par hasard : il m'est passé entre les mains, j'ai lu la quatrième de couverture, ça n'avait pas l'air mauvais, donc je l'ai emprunté puis lu.

L'enquête débute lorsque le cadavre d'un homme obèse est retrouvé pendu à un arbre dans la campagne glacée de Suède. Une enquête est donc ouverte pour savoir qui est cet homme et ce qui lui est arrivé. Toute une équipe est chargée de l'enquête, mais le personnage principal de ce livre est Malin Fors, que nous suivons sur le terrain, mais aussi dans sa vie privée (sa fille, ses parents, son amant, etc). Et particularité de ce livre, le défunt s'exprime aussi : les chapitres où il suit et commente l'enquête sont insérés dans la narration "traditionnelle".

J'ai bien aimée la lecture de ce livre : ce n'est pas extrêmement palpitant mais ce n'est pas non plus décevant ; c'est un roman bien ficelé et bien écrit, ce qui est déjà pas mal. En plus, la personnalité des personnages est correctement construite, l'enquête est minutieuse et s'appuie sur la psychologie plutôt que sur les hasards, bref, je ne sais pas si c'est exact ou non, mais en tout cas, c'est crédible.

Apparemment, cet ouvrage fait partie d'une série dont chaque livre porte le titre d'une saison, donc comme j'ai bien aimé Hiver, je vais probablement continuer cette série.

Jorge Semprun

Jorge Semprun est décédé cette semaine. Je n'ai lu qu'un seul livre de lui, celui qui est probablement le plus connu : L'écriture ou la vie, dans lequel il raconte son expérience des camps de concentration allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale, la manière dont il a vécu cela, mais aussi la façon de s'en remettre, d'en parler. C'est un livre que j'avais beaucoup apprécié, il faut dire que la Seconde Guerre Mondiale est une période qui m'intéresse beaucoup, mais même sans être passionné, c'est un texte intéressant à lire, non seulement pour l'aspect de témoignage sur les camps, mais aussi sur la difficulté d'écrire les horreurs vécues là-bas.

Voici quelques citations que j'avais relevées dans cet ouvrage et qui parlent de la vie, de la mort et de l'écriture, les trois thèmes principaux du livre :

"Ce sentiment ne s'est pas évanoui dans les rites et les routines du retour à la vie, lors de l'été de ce retour. Je n'étais pas seulement sûr d'être vivant, j'étais convaincu d'être immortel. Hors d'atteinte, en tout cas. Tout m'étais arrivé, rien ne pouvait plus me survenir. Rien d'autre que la vie, pour y mordre à pleines dents."

"J'avais déjà payé le prix, dépensé la part mortelle que je portais en moi. J'étais invulnérable, provisoirement immortel."

"Je n'ai pas voulu dire autre chose que ceci : c'est que la littérature est possible seulement au terme d'une première ascèse et comme résultat de cet exercice par quoi l'individu transforme et assimile ses souvenir douloureux, en même temps qu'il se construit sa personnalité..."

Peste, Chuck Palahniuk (2007)

"Mais qui est donc Buster Casey, alias Rant ? Dans un futur où une partie de la population est "diurne et l'autre - nocturne" selon un couvre-feu très strict, Peste prend la forme d'une biographie orale faite de rapports contradictoires émanant de témoins qui ont connu le mystérieux Buster de près ou de loin. Garçon aux mœurs étranges, friand de morsures animales en tous genres pour certains, génial tueur en série ou répugnant individu pour d'autres, le véritable Buster Casey semble, au fil des récits, de plus en plus insaisissable et protéiforme. De quoi alimenter le mythe... Dans ce roman, sorte d'éloge funèbre chanté par un chœur constitué d'amis, de voisins, de policiers, de médecins, de détracteurs et d'admirateurs, Chuck Palahniuk explore les tréfonds de la vie moderne et dresse le portrait en creux d'une Amérique en mal de repères. Evangile subversif et grotesque ou le rire donne la réplique à l'horreur, Peste décrit un monde qui marche sur la tête, où la vie est à mourir d'ennui et la mort positive et créatrice."

J'ai lu ce livre parce que j'étais partie dans une période de relecture de textes de Chuck Palahniuk et qu'il s'agissait là d'un livre de cet auteur que je n'avais pas encore lu (les autres à propos desquels j'ai écrit étant des relectures).

Le personnage principal de Peste est Rant et le récit se déroule dans le futur, dans une société divisée entre les Nocturnes et les Diurnes, mais nous n'avons pas de renseignements quant aux lieux ou les années où se déroulent les évènements. Tout est décrit par le biais de témoignages, ceux de plusieurs dizaines de personnages, plus ou moins proches de Rant et plus ou moins écoeuré ou admiratif du personnage. Rant est en effet un héros morbide et dérangeant, drogué aux venins et poisons de bestioles diverses (araignées, serpents, scorpions,...) et à l'esprit tordu. Mais au final, ce qu'est Rant reste très flou : une sorte de légende, un tueur en série, un malade mental, une divinité, un homme aux dons étranges, un marginal, etc. Quand à l'histoire elle-même, le fil rouge, difficile de le formuler : nous n'avons que des témoignages à propos de Rant, allant de son enfance à sa mort, et même avant et après. Et puis j'avoue que vers la fin, j'ai été un peu perdue, à partir du moment où apparait le voyage dans le temps...

Donc finalement, j'ai trouvé ce livre différent de ce que Chuck Palahniuk écrit d'habitude. Certes, il y a une écriture assez hachée que l'on retrouve dans tous ses livres, ici ce sont les différents témoignages qui font ce découpage, mais j'ai trouvé qu'il y avait moins d'humour, que c'était moins déjanté, moins fou. Enfin si, c'est fou d'une certaine manière, mais pas la même folie que celle à laquelle ses romans m'avaient habituée. Et puis Peste est aussi de la science-fiction puisqu'il est question de voyage dans le temps, d'une société futuriste, etc, ce genre est une nouveauté pour cet auteur.

C'est tordu et dérangeant, mais différent de ce qu'il a pu écrire auparavant. Personnellement, j'ai moins aimé que ses autres ouvrages que j'ai lu, surtout vers la fin où j'ai commencé à ne pas tout comprendre, pourtant Churck Palahniuk est un auteur que j'apprécie en général. En tout cas, ses textes ont d'avance un style assez particulier, peu susceptible de plaire au grand nombre, et ce roman étant encore plus barré et malsain que ce qu'il fait d'habitude, je pense que beaucoup de gens risquent de ne pas accrocher, et encore moins d'apprécier.

Prix du livre Inter 2011

Le prix du livre Inter 2011 vient tout juste d'être dévoilé par le président du jury, Amin Maalouf, et l'ouvrage primé est : Que font les rennes après Noël ? d'Olivia Rosenthal, un livre que j'avais lu et dont j'avais parlé en février dernier. Vous pouvez donc retrouver l'article que j'en avais fait ici !

Les variations Bradshaw, Rachel Cusk (2009)

"Chez les Bradshaw, depuis peu, les rôles sont inversés. Thomas a abandonné un métier lucratif pour rester à la maison. Il joue du piano, lit, prend (enfin) son temps. Tonie, sa femme, vient d'accepter un poste à l'université. Elle est ambitieuse, passionnée et... insatisfaite. Les Variations Bradshaw raconte une année de leur vie. Une année de crise, et de révélations. Rachel Cusk dissèque les ambitions déçues, les tragédies en mode mineur, cette cruauté du quotidien qui était au centre de son roman précédent, Arlington Park. Les Variations Bradshaw est un livre musical, d'une justesse absolue, sur la vie conjugale, ses délices et ses pièges." 

J'ai lu ce livre parce qu'il a été écrit par Rachel Cusk, or j'avais déjà lu un livre d'elle auparavant, Arlington Park, et que j'avais plutôt bien aimé. Donc je me suis dit que je pouvais tenter la lecture d'un autre ouvrage de cette auteure sans trop de risques.

Les personnages principaux de ce livre sont Antonia et Thomas, couple autour de la quarantaine. Elle vient de reprendre le travail, dans une université, et lui vient d'arrêter le sien et est donc devenu père au foyer, occupant ses journées à apprendre le piano et à prendre soin de leur fille, Alexa. Tout au long du roman, qui s'étale sur un an, nous suivons cette famille dans son nouvel équilibre, mais aussi les frères et les parents de Thomas, leur vie, leurs personnalités, leurs couples, et surtout leurs épouses.

J'ai assez apprécié ce roman, mais je lui préfère tout de même Arlington Park. Je trouve que Les Variations Bradshaw est un peu fade, manque de rythme et d'approfondissement. Il n'est pas mauvais pour autant, mais il n'était pas assez relevé à mon goût ; pendant la lecture j'ai eu à plusieurs reprises l'impression de frôler quelque chose mais que cela n'était pas plus amplement développé et que ça s'échappait au final. Disons que c'est pas mal, mais que je m'attendais à mieux.

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