Le prédicateur, Camilla Läckberg (Erica Falck et Patrik Hedström, tome 2) (2004)

"Dans les rochers proches de Fjàllbacka, le petit port touristique suédois dont il était question dans La Princesse des glaces, on découvre le cadavre d'une femme. L'affaire se complique quand apparaissent, plus profond au même endroit, deux squelettes de femmes... L'inspecteur Patrik Hedstrôm est chargé de l'enquête en cette période estivale où l'incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficiles les dernières semaines de grossesse d'Erica Falck, sa compagne. Lentement, le tableau se précise : les squelettes sont certainement ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche, Ephraïm, magnétisait les foules accompagné de ses deux petits garçons, Gabriel et Johannes, dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la famille est divisée en deux branches qui se haïssent. Alors que Patrik assemble les morceaux du puzzle, on apprend que Jenny, une adolescente en vacances dans un camping, a disparu."

Ayant déjà lu La princesses des glaces de Camilla Läckberg (l'article ici), et ayant apprécié, je me suis lancée dans la suite avec Le prédicateur.

On retrouve donc ici Erica Falck et Patrik Hedström, désormais en couple et attendant un enfant. Mais pas question pour les futurs parents de préparer l'arrivée de leur enfant puisque deux cadavres sont découverts, l'un tout récent et l'autre plus ancien, mais ayant chacun les mêmes traces de blessures. Erica se retrouve donc bloquée chez elle à devoir gérer la fin de sa grossesse, les "amis" qui arrivent à l'improviste pour profiter de sa maison située dans une station balnéaire et les problèmes avec sa soeur, pendant que Patrik et les autres policiers de Fjàllbacka enquêtent sur les meurtres puis les disparitions de jeunes filles qui convergent toujours vers la même famille.

J'ai bien aimé ce roman policier pour les mêmes raisons que le précédent que j'ai lu de cette auteure : l'intrigue principale tient bien la route et en même temps les personnages ne sont pas négligés puisque l'on suit également leur quotidien et leurs préoccupations. La seule petite chose qui m'a dérangée, c'est le nombre de personnages : dès qu'il y en a plus d'une poignée, je m'y perds et je ne sais plus qui est qui, mais j'ai quand même rapidement repris pied et je n'ai donc pas été gênée pendant ma lecture. Je lirais sûrement la suite, Le tailleur de pierre, quand j'en aurais l'occasion !

Freedom, Jonathan Franzen (2010)

"Patty a décidé une fois pour toutes d’être la femme idéale. Mère parfaite, épouse aimante et dévouée, cette ex-basketteuse ayant un faible pour les bad boys a fait, en l’épousant, le bonheur de Walter Berglund, de St. Paul (Minnesota). A eux deux, ils forment le couple « bobo » par excellence. En devenant madame Berglund, Patty a renoncé à bien des choses, et d’abord à son amour de jeunesse, Richard Katz, un rocker dylanien qui se trouve être aussi le meilleur ami de Walter. Freedom raconte l’histoire de ce trio, et capture le climat émotionnel, politique et moral des Etats-Unis de ces 30 dernières années, dans une tragi-comédie d’une incroyable virtuosité. Comment vivre ? Comment s’orienter dans une époque qui semble devenue folle ?"

J'ai énormément entendu parler de ce livre, avant même sa sortie en France, il faut dire que l'auteur, Jonathan Franzen, a fait la couverture de la revue Time en étant qualifié de plus grand romancier américain (la photo ici), le président des Etats-Unis, Barack Obama, a été vu avec ce livre à main, etc, etc, bref un livre encensé et qui a fait beaucoup de bruit. Inutile de dire qu'avec un tel passif, je ne pouvais que me jeter sur ce livre quand je l'ai croisé !

L'histoire est celle de la famille Berglund, mais aussi des États-Unis. On y suit en effet la vie de Patty et de Walter, mariés, deux enfants, avec leur éducation, leurs études, leurs préoccupations, leurs amis, leur rencontre, leur mariage bancal, leurs hésitations, leurs erreurs, etc. Patty était la sportive de famille, brillante mais ignorée au profit de ses soeurs aux compétences plus artistiques. Elle a eu une amie manipulatrice et menteuse pendant ses années de fac, une blessure lui a fait abandonner le basket où elle excellait, elle a finit par épouser Walter alors qu'elle était attirée par l'ami rocker de celui-ci, Richard. Walter est un étudiant intelligent et engagé mais qui vit dans l'ombre de Richard. Très préoccupé par l'écologie et la démographie, il s'engage dans la protection d'un oiseau et défend la dépopulation. Et les deux voient leur mariage se déliter, ont des problèmes avec leurs enfants, surtout leur fils Joey qui a 16 ans avait choisi d'aller vivre chez les parents de sa petite amie, qui étaient aussi les voisins de ses parents.

Bref, c'est un roman très dense : il s'agit de l'histoire d'un couple et à travers eux, de leur famille et plus largement de leur pays des années 1970 aux 2010 avec préoccupations des différentes époques : les guerres, les scandales, l'économie, l'écologie, le niveau de vie,... J'ai beaucoup aimé ce roman ; le rythme n'est pas particulièrement saisissant et dynamique, on peut même dire qu'il y a quelques longueurs, mais il est régulier et très bien écrit, c'est très fluide, tout en étant exact et nuancé. Les personnages sont très bien construits et leur existence se mêle subtilement aux contextes sociaux, politiques, historiques, sans que ceux-ci ne paraissent déplacés ou scolaires. Certes, ce n'est pas forcément très joyeux, mais c'est réaliste, c'est la vie avec ses promesses, ses mensonges, ses compromis, ses déceptions et ses bonnes surprises. C'est tout à fait le genre de livre qui peut occuper les dimanches après-midi d'automne et d'hiver !

Une femme sans histoire, Christopher Priest (1990)

"Alice Stockton est, a priori, une femme sans histoires. Pourtant, son dernier livre, Six femmes combatives, a été saisi par le ministère de l'Intérieur avant même sa publication. Alors qu'elle tente de comprendre les raisons de cette censure, elle rencontre l'inquiétant Gordon Sinclair, le fils d'Eleanor Traynor. Cette dernière, la seule amie qu'Alice s'était faite dans le petit village du sud de l'Angleterre où elle s'est retirée après son divorce, vient d'être assassinée. Une relation étrange s'instaure entre Gordon et Alice, tandis qu'un nouveau projet prend forme dans l'esprit de celle-ci : une enquête sur le passé obscur d'Eleanor, une autre femme apparemment sans histoires..."

Je ne sais plus où, mais j'avais lu quelque part une mention élogieuse de Christopher Priest, auteur qui m'était jusque là inconnu. Donc je m'étais dit qu'à l'occasion je lirais au moins un de ses livres pour voir, et comme quelques semaines plus tard je suis tombé sur un de ses ouvrages, je l'ai emprunté.

Le personnage principal de cette histoire est Alice Stockton, une auteur peu connue plutôt spécialisée dans les biographies. Elle vient de divorcer et a quitté Londres pour aller s'installer dans la campagne anglaise contaminée par une explosion nucléaire, et son dernier livre a été saisi avant publication et mis sous séquestre. Un jour, elle apprend qu'une de ses voisine, une femme âgée à laquelle elle s'était attachée, a été assassinée. Le fils de celle-ci, Gordon Sinclair, apparaît et rencontre Alice, mais on découvre dans les parties narrées par Gordon que celui-ci a l'air d'avoir des activités suspectes et sensibles dans le renseignement.

Je suis dubitative face à ce livre. Dès le début, j'ai apprécié cette lecture et cela n'a fait que s'accentuer au fil des pages. Il y a énormément de pistes : l'aspect policier avec le meurtre d'Eleanor Traynor, le corps trouvé pendant une soirée et les cinq meurtres évoqués vers le milieu du livre, la science-fiction avec les cylindres noirs qui apparaissent dans les champs, le roman d'anticipation avec l'explosion nucléaire et les cachotteries d'organisations (para-)gouvernementales et le roman avec l'auteur qui vient s'installer et refaire sa vie après son divorce. Bref, c'est très dense et plus j'avais d'élément, plus j'étais impatiente d'arriver à la fin pour voir comment cela allait s'agencer. Et là, déception : je n'ai pas compris. On beaucoup de pistes restent inachevées, on dirait qu'il y a plusieurs fins, ce qui avec le recul laisse penser qu'il y avait peut-être plusieurs intrigues mêlées mais que je ne m'en étais pas rendue compte à cause des différents noms utilisés par les personnages.

Donc j'ai apprécié ce roman, sauf la fin qui m'a déroutée et laissée sur ma faim, donc globalement, c'est quand même la déception qui reste, malgré tout le potentiel du récit. Apparemment, ce livre n'est pas le meilleur de cet auteur, donc je vais essayer d'en trouvé un ayant de bonnes critiques afin de ne pas rester sur une mauvaise opinion, surtout que le style et l'essentiel de l'histoire d'Une femme sans histoire m'ont plus.

Plus jamais d'invités !, Vita Sackville-West (1953)

"A l'instigation de Rose, sa femme, Walter Mortibois invite son frère, sa belle-soeur, son beau-frère et leur fils, ainsi qu'une excentrique lady, à passer le week-end dans leur splendide demeure d'Anstey. Toutefois, il leur préfère la compagnie de Svend, son berger allemand adoré... Rien d'étonnant chez cet esthète d'une froideur de glace, qui depuis des décennies ignore jusqu'à sa propre femme, malgré les efforts désespérés de Rose, obstinément amoureuse. Ce n'est pas l'irruption d'invités engoncés dans leurs petits égoïsmes qui risque d'y changer grand-chose ! Jusqu'à ce que, brusquement, un double drame ne vienne brouiller les cartes et (enfin) réchauffer les cœurs."

Après avoir lu par hasard et apprécié un texte de Vita Sackville-West (Toute passion abolie, l'article ici), j'ai saisi l'occasion qui s'est présentée d'en lire un second : en effet, un(e) lecteur(trice) de la bibliothèque venait de rendre cet ouvrage, ce qui m'a fait découvrir son existence, et tant qu'à ce qu'il soit sous mes yeux, autant l'emprunter et le lire.

L'histoire est celle d'un week-end organisé à l'occasion du repas de Pâques par Rose dans la résidence de campagne que son époux, Walter, possède à Anstey. Elle y invite sa soeur, son beau-frère, son neveu, le frère de son mari et un amie un célèbre à la réputation sulfureuse. Ce séjour à la campagne va être l'occasion de discuter et de mettre à jour non pas de lourd secrets, mais d'avouer à demi-mots les sentiments que chacun ressent sans forcément oser en parler à quiconque. 

J'ai bien aimé ce bref roman. Je m'attendais certes à plus d'humour et de cynisme, mais je n'ai pas été déçue pour autant. C'est bien écrit, les personnages bien dépeints : on sent leur amertume, leurs espoirs, leurs personnalités à travers leurs pensées et préoccupations. Il y a peut-être des choses que j'aurais aimées voir approfondies, mais cela aurait tout de suite considérablement augmenté le volume du texte, or sa forme de bref roman est suffisante. Bref, un bon petit roman agréable à lire, mais rien d'inoubliable.

Will & Will, John Green & David Levithan (2010)

"Adolescent de Chicago, Will Grayson a pour meilleur ami Tiny Cooper, un type immense, exubérant et homosexuel, qui accumule les chagrins d'amour. Soucieux du bonheur de son ami, Tiny fait tout pour que Will tombe dans les bras de Jane, leur complice pleine de charme qui n'attend que ça. Agacé par ces manigances, Will répète qu'il n'est pas amoureux jusqu'au jour où, refoulé à un concert, il se réfugie dans un sex shop en attendant Jane et Tiny. Il y fait la connaissance d'un garçon de son âge qui habite l'autre bout de la ville et porte le même nom que lui : Will Grayson. Ce Will Grayson 2 est un ado dépressif qui vit seul avec sa mère et n'assume pas encore son homosexualité. Sa rencontre avec Tiny le bouleverse. Il le présente à sa mère. Tiny est accaparé par la comédie musicale qu'il met en scène où il évoque sa propre vie. Will Grayson avoue enfin son amour à Jane et, fâché avec Tiny, se réconcilie avec lui juste avant la représentation où tous les amis de Tiny sont présents, y compris Will Grayson 2 qui lui fait la surprise d'être là."

Voici un livre que j'ai lu à cause... d'une photo ! En effet, en me baladant sur la toile à la recherche de photos d'étagères remplies de livres (oui, j'adore regarder des étagères remplies de livres !), je suis tombé sur cette photo :


Cette citation m'ayant interpellée, je me suis empressée d'en rechercher l'origine, et c'est ainsi que j'ai découvert que ce passage provenait d'un livre titre Will & Will, livre non seulement traduit en français, mais qui en plus se trouvait à la bibliothèque où je travaille. Inutile de dire que je me suis empressée d'aller l'emprunter !

Dans ce récit, nous avons deux narrateurs : l'un s'exprimant dans les chapitres impairs qui se nomme Will Grayson, fils de médecins, ami de l'exubérant et gay Tiny, un géant obèse qui souhaite monter sa comédie musicale, attiré et non-attiré par leur ami Jane ; et l'autre s'exprimant dans les chapitres pairs, qui se nomme... Will Grayson aussi, fils d'une mère seule, travaillant pour pouvoir s'acheter une voiture, pas vraiment d'ami, mais une fille -Maura- qui le colle de près. Ces deux adolescents de Chicago vont se rencontrer par hasard alors que le premier se retrouve refoulé à l'entré d'un concert et que l'autre vient retrouver un garçon rencontré sur le Net et dont il est tombé amoureux.

J'ai beaucoup aimé ce livre. Je n'en attendais pourtant pas beaucoup puisque c'est juste à cause d'une citation que j'avais eu envie de le lire et je m'attendais à ce que ce soit un peu mièvre, mais non c'est drôle ! Je n'ai d'ailleurs pas arrêté d'en lire des passages à mon significant other. Il y a certes un peu de caricatures, des choses prévisibles et un peu mièvres, mais il y a du recul et de l'humour alors au final ça passe. Il n'y a que la toute fin, la comédie musicale, que j'ai trouvé trop cucul à mon goût, un peu trop happy end avec des licornes à paillettes et tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, mais outre cela, ce livre est vraiment bien !

Le livre de l'air & des ombres, Michael Gruber (2007)

"Jake Mishkin, avocat new-yorkais spécialisé dans la propriété intellectuelle, attend, cloîtré, des tueurs qui veulent l'assassiner. Il se souvient des dernières semaines, de l'incroyable conspiration qui l'a mené là. Tout a commencé lorsqu'un distingué professeur lui a apporté des lettres anciennes miraculeusement retrouvées après avoir été dissimulées durant plus de quatre cents ans dans la reliure d'un livre ancien. Elles sont l'œuvre d'un maître espion anglais du XVe siècle, spécialiste en cryptologie. Ce qui semble au départ n'être qu'un puzzle intrigant, en attente d'être résolu par des universitaires et autres experts en manuscrits, devient un jeu mortel lorsque le professeur est retrouvé torturé et assassiné. Se met alors en place une véritable partie d'échecs entre les États-Unis et l'Europe, où, face à de mystérieux adversaires qui semblent toujours anticiper ses coups, Mishkin devra, le premier, identifier le message secret contenu dans les lettres."

Une fois de plus, voici un livre découvert par hasard après qu'un lecteur l'air rendu à la bibliothèque. Une telle couverture -avec un manuscrit dessus-, et la mention du mot "livre" dans le titre font que mon attention ne pouvait qu'être attirée. Après une lecture de la quatrième de couverture, afin de vérifier qu'il n'y avait pas tromperie sur la marchandise, je me suis laissée tenter par cette lecture.

L'histoire a plusieurs narrateurs qui s'expriment par alternance : Albert Crosetti et Jake Mishkin, l'un étant employé dans une librairie spécialisée dans les livres anciens et l'autre étant avocat spécialisé dans la propriété intellectuelle, les deux travaillent à New-York. Le premier découvre par hasard, avec sa collègue, des manuscrits dissimulés dans la reliure de livres anciens. Le second s'y trouve ensuite mêlé par l'intermédiaire d'un personnage qui finit torturé puis assassiné. Bref, il semblerait que le manuscrit intéresse beaucoup de monde, il faut dire qu'il fait allusion à une pièce de William Shakespeare qui serait cachée quelque part.

J'avoue que ce livre étant un thriller historique, je craignais quelque chose de mystique, peu crédible, bancal, etc, un récit réutilisant et réinterprétant des évènements existants pour en faire une lecture improbable à base de sciences occultes, mais non. Ce livre est bien écrit, tient tout à faire la route, en plus ça parle de livres et de littérature, donc évidemment, ça ne peut que l'attirer, ce qui fait qu'au final, ce livre m'a beaucoup plu.

L'art de la faim, Paul Auster (1992)

"On connaissait Paul Auster romancier et poète. On découvrira l’essayiste avec l’Art de la faim, un recueil qui nous donne, au fil de réflexions et d’essais sur l’œuvre des autres, les clefs pour mieux entrer dans son œuvre à lui. Car, quand il parle de Hamsun, de Kafka ou de Beckett, de Jabès ou de Perec, de Celan ou d’Ungaretti, de Dupin ou du Bouchet, Paul Auster ne nous fait pas seulement revisiter des domaines qui nous sont plus ou moins familiers, il nous fait d’abord entrevoir comment aller vers les choses par l’écriture, et du même coup nous éclaire sur sa sensibilité de créateur. La démarche vaut aussi pour des textes consacrés à des écrivains moins connus de ce côté de l’Atlantique. De telle sorte qu’au désir de découvrir ces œuvres nouvelles pour nous s’ajoute le plaisir d’une reconnaissance complémentaire dans l’univers austérien.
On notera encore que des interviews particulièrement étoffées, auxquelles s’est prêté Paul Auster, apportent un témoignage révélateur sur les démarches romanesques d’un écrivain aujourd’hui universellement reconnu. Et notamment sur la genèse de ses derniers romans,
Moon Palace et la Musique du hasard, qui ont soulevé, en France comme aux Etats-Unis, l’intérêt que l’on sait."

Voici un essai que j'ai voulu lire pour plusieurs raisons : non seulement l'auteur est Paul Auster, un auteur dont j'apprécie les romans, en plus de cela, les noms de Franz Kafka et de Knut Hamsum apparaissent sur la couverture or ce sont des auteurs que j'apprécie également (que j'adore pour le premier), il est aussi fait allusion à la poésie française du XXe siècle et de Dada, or ce sont des choses que j'ai étudiées en cours et sur lesquelles il peut être intéressant de revenir, et pour finir, le titre me laissait penser que cet ouvrage traiterait de la faim en tant que manque psychologique, d'aspiration à autre chose, donc cela m'attirait également.

Bref, nombreuses étaient les raisons de lire ce recueil d'articles et d'interviews (datés de 1970 à 1990). Et au final, j'avoue que j'ai été un déçue.

Certes, les passages à propos des auteurs et courant qui m'avaient originellement attirée m'ont plutôt plus, mais beaucoup d'autres articles m'ont terriblement ennuyée voire perdue : probablement parce qu'il s'agit de poésie américaine et que je n'ai aucune connaissance en la matière, sans compter mon manque d'intérêt pour la poésie. Mon impression est donc mitigée et varie en fonction du sujet.

Par contre, j'ai trouvé intéressants les entretiens avec Paul Auster. On y apprend notamment qu'avant d'écrire des romans, il a écrit et traduit de la poésie, ce qui explique la très forte présence du thème de la poésie dans ce recueil d'article. Et un lien qui m'a interpellée : dans un des entretiens, Paul Auster parle de Philippe Petit, un funambule français qui a notamment marché sur un fil tendu entre les Twin Towers, or j'ai récemment acheté un roman que je vais lire dans les semaines à venir, Et que le vaste monde poursuive sa course folle de Colum McCann, qui a pour point de départ cet évènement.

Travailler en bibliothèque c'est...


Image : une photo prise par moi-même sur mon lieu de travail.

Travailler en bibliothèque c'est la garantie de faire ensuite des rêves palpitants, comme rêver que l'on fait du catalogage (oh, joie... !), et ensuite se réveiller avec pour première pensée : "Argh, j'ai oublié de mettre Texte imprimé dans le champ 200$b des notices que j'ai faites hier !"

Travailler en bibliothèque, c'est aussi découvrir l'existence de livres aux sous-titres improbables, comme par exemple :
- Charles Messier : le furet des comètes* (Jean-Paul Philbert, Pierron, 2000),
- Réaumur : le savant qui osa croiser une poule avec un lapin (Gilles Bresson, d'Orbestier, 2001),
- Saab : les voitures du pays des trolls (Xavier Chauvin, ETAI, 2001).

Travailler en bibliothèque c'est également devoir faire face à des questions ou remarques étranges, déroutantes :
- "Vous voulez des bonbons ?" => C'est un retraité qui vient régulièrement et qui pose cette question, et avons-le, c'est un peu flippant,
- "Euh, madame, je crois qu'il y a quelqu'un qui dors dans la deuxième cabine des toilettes pour hommes" => -_-',
- "Est-ce que vous avez de l'eau ?" => La banque de prêt ressemble-t-elle a un bar ?,
- "Où sont les toilettes (s'il vous plaît) ?" => LA question classique par excellence !,
- "Est-ce que vous pouvez me dire de qui était le livre que j'ai emprunté il y a quelques mois ?" => Argh, non, nous n'avons pas accès à l'historique des emprunts, cela est interdit en France par la CNIL !,
- "Ah, vous avez de la chance, vous pouvez lire toute la journée !" => Oui, et c'est d'ailleurs à force de lire que j'ai pris 3kg de muscles depuis que j'ai commencé ce travail !

Mais travailler en bibliothèque c'est aussi découvrir au hasard des livres que rendent les gens ou qu'on se retrouve à ranger plein de choses intéressantes, cocasses, etc, et avoir à disposition une foultitude de livres tentants, et ça c'est génial ! (Ou pas, puisque c'est ainsi que je me retrouve avec plus de 25 livres sur ma carte et un temps limité pour les lire...)

Jours sans faim, Delphine de Vigan (2001)

"Laure a 19 ans, elle est anorexique. Hospitalisée au dernier stade de la maladie, elle comprend peu à peu pourquoi elle en est arrivée là. Jours sans faim raconte trois mois d'hôpital, trois mois pour rendre à la vie ce corps vidé, trois mois pour capituler, pour guérir. La guérison de Laure, c'est aussi l'histoire de sa rencontre avec le médecin qui la prend en charge, peut-être le seul qui soit capable d'entendre sa souffrance, cette part d'enfance à laquelle elle n'arrive pas à renoncer."

On parle beaucoup de Delphine de Vigan en ce moment, il faut dire que son dernier livre, Rien ne s'oppose à la nuit, est dans les meilleures ventes des librairies (numéro un d'après le classement DataLib du 26 septembre au 2 octobre). J'avais déjà entendu parler d'elle avec No et moi qui a bien marché il me semble, en tout cas d'après ce que j'ai pu en voir puisque plusieurs de mes collègues l'ont lu. Donc l'autre jour, alors que je traînais dans une librairie, j'ai vu ce livre, et comme l'illustration de la couverture m'a plue et que c'est le premier roman de Delphine de Vigan, je me suis laissé tenter.

L'histoire est celle de Laure, 19 ans, qui accepte de se faire hospitaliser parce qu'elle est anorexique et qu'elle en est rendu à un point où elle ne peut plus s'en sortir seule, où elle tombe dans la rue et où elle est glacée malgré trois pulls et la chaleur du radiateur contre lequel elle se recroqueville. Elle est donc hospitalisée pendant trois mois, accepte de faire un contrat avec les médecins, un contrat dans lequel elle s'engage à manger et dans lequel les médecins promettent de la laisser sortir lorsqu'elle aura un poids viable par rapport à sa taille. Ce texte est donc un journal de ces trois mois à l'hôpital, trois mois à parler des plateaux-repas qu'elle avale consciencieusement, des suppléments alimentaires, mais aussi de ce qui l'a mise dans cet état, la recherche du pourquoi, sa famille bancale, et également la vie à l'hôpital, les voisins de chambre, les ragots, les éclats de vie, le rythme inlassablement régulier et prévisible. Et le docteur Brunel qui la suit, l'écoute, la comprend, mais qui ne la prend pas dans ses bras même si c'est ce qu'elle aimerait.

Il faut savoir que lors de sa publication, c'est sous le nom de Lou Delvig que ce texte a été publié, ce qui induit une distance entre le texte et l'auteur, distance accentuée par le fait que l'héroïne porte le nom de Louise, pas de Delphine, même si apparemment ce roman est d'inspiration autobiographique. Cette distance doit avoir pour but de ne pas en faire un n-ième témoignage sur l'anorexie. Et c'est justement ce que j'ai apprécié dans ce bref roman : ce n'est pas racoleur, il ne s'agit pas de montrer l'horreur, les os saillants, la jeune fille comme bête de foire à blâmer, non, ici c'est la rémission, la lutte contre soi, la réouverture au monde après l'enfermement dans la maladie, le retour sur les causes possibles. C'est un regard lucide où les souvenirs, ressentis et vie quotidienne sont dits simplement, clairement et justement.

HHhH, Laurent Binet (2010)

"A Prague, en 1942, deux hommes doivent en tuer un troisième. C’est l’opération « Anthropoïde » : deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres sont chargés d’assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la solution finale, « le bourreau », « la bête blonde », « l’homme le plus dangereux du IIIe Reich ». Heydrich était le chef d’Eichmann et le bras droit d’Himmler, mais chez les SS, on disait : « HHhH ». Himmlers Hirn heiβt Heydrich – le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich. Tous les personnages de ce livre ont existé ou existent encore. Tous les faits relatés ont été vérifiés. Mais derrière les préparatifs de l’attentat, une autre guerre se fait jour, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L’auteur, emporté par son sujet, doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, pourtant, mener l’histoire à son terme."

J'avais noté ce titre dans ma liste de livres à lire dès que j'en avais entendu parler parce que c'est en rapport avec la Seconde Guerre Mondiale, et sans être une fanatique ni une spécialiste, j'avoue que c'est une période qui m'intéresse. Donc l'occasion s'étant récemment présentée de lire ce texte, j'en ai profité.

Le récit est donc celui de l'assassinat d'Heydrich lors d'un attentat en 1942 par Josef Valčik et Jozef Gabčik, deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres. Le parcours de chacun est donc décrit, de même que la préparation, la progression du IIIe Reich, les contextes politiques, religieux et sociaux, les alliances entre les pays, l'élaboration de la Solution Finale, etc. C'est donc un texte qui parle de l'histoire de personnages (ou plutôt de personnes, puisqu'ils ont existé) et de l'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale.

Il s'agit donc d'un roman reconstituant un épisode historique, mais ce texte tient aussi du journal puisque l'auteur nous parle de ses doutes, de ses travaux de recherches, des remarques dont peuvent lui faire part des proches, etc. Mais le propos du texte est de chercher à comprendre l'assassinat d'Heydrich. L'auteur s'appuie donc autant qu'il peut sur des documents historiques, des témoignages, des objets, des photos, etc, et essaie d'en faire une histoire cohérente, d'imaginer comment les choses ont pu se passer, les pensées et les paroles que les personnage ont pu avoir. C'est c'est forme entre l'essai d'histoire, le roman et le journal que j'ai beaucoup appréciée. De même que j'ai aimé la fluidité du texte. Certes, parfois je me suis un peu perdue dans les passages traitant de politique, diplomatie et opérations militaires (il faut dire que ce sont des sujets qui m'échappent), surtout quand il y avait plein de gens concernés, mais cela n'a représenté que quelques paragraphes, donc peu de volume. Mais globalement, c'est un livre qui m'a plu.

Mise à jour : Je viens à l'instant de voir que ce livre a reçu hier le prix des lecteur du Livre de Poche ! (Décidément, je suis dans l'actualité !) Par ailleurs, le prix des libraires du Livre de Poche a également été décerné à un livre dont j'avais parlé ici : Le goût des pépins de pomme de Katharina Hagena (l'article en question ici).

L'espace du dedans, Henri Michaux (1944)

Une fois n'est pas coutume, il s'agit là d'un recueil de poésie et de textes poétiques écrits par Henri Michaux tout au long de sa vie. On y trouve des rêves, des histoires et des peuples inventé, des fourmis, un homme-plancton, une main-mitrailleuse de gifles, etc.

C'est difficile de parler de poésie, de savoir si on aime ou pas, surtout ici où l'univers est très personnel. Il y a quelques textes de ce recueil que j'ai beaucoup aimé, non pas parce qu'ils étaient beaux ou agréables en eux-mêmes, mais parce que ces mots faisaient écho à mes propres pensées et expériences ; indépendamment de ce que l'auteur a pu vouloir dire, j'y voyais un sens qui m'est personnel. C'est pour cela que la poésie est difficile : c'est une manière codée, cryptée, elliptique d'écrire ses obsessions, ses fantasmes, ses craintes, ses rêves, ses préoccupations, des instants du quotidien, mais un lecteur ne saura pas forcément l'interpréter mais peut parfois y trouver un sens en y projetant ses propres obsessions, fantasmes, etc.

Globalement, je n'ai pas accroché et j'ai même été un peu déçue : je m'attendais en effet à quelque chose entre essai et poésie qui aurait notamment abordé le thème de l'identité, de la vie intérieure, etc, or ce n'est pas vraiment le cas.Malgré tout, il y a quelques textes ou plutôt des passages de texte qui m'ont interpellée, et je vais les citer ici :

"Autrefois quand la Terre était solide, je dansais, j'avais confiance. A présent, comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et tout la plage s'effondre, tu le sais bien." (La ralentie)

"[...]
a cause d'une extrême minceur je passe
a cause d'une minceur
qui dans la nature n'a pas d'égale
le courant léger omnipotent m'a dépouillé
mes déchets ne collent plus à moi

purifié des masses
purifié des densité
tous rapports purifiés dans le miroir des miroirs
éclairé par ce qui m'éteint
porté par ce qui me noie
je suis le fleuve dans le fleuve qui passe

que la tentation ne me vienne plus m'arrêter
de me fixer de me situer
que la tentation ne me vienne plus d'interférer
bienheureuses ondes d'égalisation
qui d'une arche solennelle surmontent chaque instant
ondes qui donnent diadème et plaie

une souffrance presque exquise
traverse mon coeur dans ma poitrine
liée au ciment aimant qui tient le monde fraternel
indivisé et proche jusqu'en son lointain
et tout enclos dans la sanctuaire

cependant qu'un froid extrême
saisit les membres de mon corps déserté
mon âme déchargée de la charge de moi
suit un infini qui l'anime et ne se précise pas
la pente vers le haut
vers le haut
vers toujours plus haut
la pente
comment ne l'avais-je pas encore rencontrée ?
la pente qui aspire
la merveilleusement simple inarrêtable ascension.
"

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