Petite soeur, mon amour, Joyce Carol Oates (2008)

"S'emparant d'un fait-divers, un mystère jamais résolu, qui bouleversa l'Amérique - l'assassinat le soir de Noël 1996 de la petite JonBenet Ramsey, six ans et demi, célèbre mini-Miss vedette de concours de beauté -, Joyce Carol Oates reconstruit l'affaire qu'elle n'hésite pas, elle, à dénouer. Une histoire effarante racontée dix ans après par le frère de la victime. La petite fille s'appelle maintenant Bliss, c'est une championne de patinage sur glace, l'enfant adoré de ses parents, la coqueluche d'un pays, la soeur aimée et jalousée par son frère, son aîné de trois ans, Skyler. Skyler qui, depuis le meurtre, a vécu dans un univers de drogues, de psys et d'établissements médicalisés. Agé aujourd'hui de dix-neuf ans, il fait de son récit une sorte de thérapie. Ses souvenirs sont à la fois vivaces et disloqués. Peu à peu émerge le nom du coupable : est-ce le père - homme d'affaires ambitieux, la mère - arriviste forcenée, un étranger cinglé ou bien... le narrateur lui-même ?"

Sans le nom de l'auteur, je ne pense pas que j'aurais lu ce livre parce que ni le titre -trop mièvre-, ni l'image de couverture -un peu cucul- ne m'auraient attirés. Mais le livre est de Joyce Carol Oates, une de mes auteurs favorites, donc j'ai pris la peine de lire la quatrième de couverture et ça pouvait éventuellement me plaire, donc il a rejoint ma pile de livres à lire.

L'intrigue est donc le décès mystérieux d'une patineuse artistique de 6 ans, Bliss Rampike, mais cela nous est raconté par son grand frère, de trois ans son aîné, et  10 ans après les faits. Ce grand frère, Skyler, revient sur son enfance avant la naissance de sa soeur, Edna Louise/Bliss, puis après, quand elle n'est qu'un bébé, et enfin, quand elle commence à briller dans le patinage alors que lui désintéresse ses parents parce que pas assez viril pour son père et pas assez brillant pour sa mère. Nous suivons donc la vie d'une famille bourgeoise américaine, son avidité de success story, sa superficialité, ses déprimes, mais aussi l'émergence de Bliss, la star de la famille, la vie boiteuse et dans l'ombre de Skyler, et la vie de cette famille dysfonctionnelle.

Finalement, j'ai été beaucoup plus satisfaite par cette lecture que je ne m'y attendais au vue du sujet (de la couverture, du titre, etc), et cela grâce au point de vue adopté : celui du grand frère qu'on ne voit pas mais qui lui voit ce qu'il se passe et nous le raconte avec ses souvenirs d'enfance et le recul de l'ex-junkie qu'il est devenu. Le début est un peu déstabilisant parce qu'on a l'impression que ça part dans tous les sens, ce n'est pas clair, mais très vite je me suis prise à cette lecture et moins que le fait divers lui-même, c'est la vie de la famille Rampike qui m'a intéressée. Une fois de plus, je suis séduite par l'écriture de Joyce Carol Oates !

2666, Roberto Bolaño (2004)

"Soit la ville fictive de Santa Teresa, alias Ciudad Juarez, ville de l’État du Chihuahua située à la frontière du Mexique et du Texas, hantée par des meurtres en série énigmatiques - trois cents femmes, ouvrières pour la plupart d’entre elles, ont été retrouvées violées et mutilées -, dont les assassins sont toujours en liberté. Autour de cette ville damnée par ce fait divers gravitent quatre universitaires européens en quête d’un écrivain allemand, Benno von Archimboldi, et l’écrivain lui-même. Tous vont y jouer leur propre salut."

Voici un livre dont je n'avais jamais entendu parler, écrit par un auteur m'étant inconnu. C'est son volume qui a attiré mon regard car ce livre n'est pas un pavé, c'est un parpaing (1015 p. bien denses) puis le titre a achevé de sortir ma curiosité du sommeil. J'ai donc lu la quatrième de couverture qui sans m’enthousiasmer ne m'a pas non plus découragée donc c'était décidé : j'allais lire ce livre.

Le récit se découpe en cinq parties d'inégal volume : la première (178 p.) nous présente quatre universitaires européen spécialiste d'un auteur allemand quasi inconnu, Benno von Archimboldi, la deuxième (76 p.) est racontée par un professeur universitaire mexicain qui vit avec sa fille, la troisième (136 p.) suit un journaliste qui se retrouve à devoir aller assister puis chroniquer un match de boxe dans la ville mexicaine frontalière de Santa Teresa, la quatrième (318 p.) relate les meurtres de femmes qui ont lieu à Santa Teresa et la cinquième (292 p.) nous parle de la vie de Hans Reiter en Allemagne au milieu du XXe siècle.

Je ne sais pas comment parler de ce livre : il est déroutant, étrange, génial, elliptique, dense et vide. Chaque histoire en contient plein d'autre, chaque personnage nous parle de gens qu'il a rencontré et de la vie, des rencontres de ces derniers : il y a des histoires-gigognes, chaque récit en enfante d'autres, c'est foisonnant. Pendant l'essentiel de ma lecture, je me demandais où l'auteur voulait mener le lecteur, à quoi le récit allait aboutir, comme les cinq parties de ce livre allaient s'emboîter et au bout d'un moment j'ai arrêté de me focaliser sur la recherche d'une structure cohérente classique et je me suis laissé porter par ce livre dépaysant et dense avec des liens, des histoires, des voyages, des époques différentes, des guerres, des meurtres, etc. C'est un roman fleuve aussi déstabilisant que prenant, un patchwork avec des motifs récurrents, des liens, des croisements, mais aussi des trous et des fils qui pendent, comme dans la réalité en fait, on ne sait jamais tout.

Bref, c'est un livre original et atypique qui n'est pas forcément très accessible, ni facile à suivre, mais au final, je ne regrette pas cette lecture !

Classé X

Mes DVD adorééés !
Je dois vous avouez quelque chose, non seulement il s'agit d'une infidélité (c'est maaaal) et en plus, c'est aussi une addiction (idem).

Depuis mes 9 ans (en 1996), je suis... fan d'X-Files. Ce qui fait que je possède quelques livres, figurines, CD, VHS (désormais obsolètes), articles de presse et surtout le coffret intégral collector de la série pour lequel j'avais cassé ma tirelire en 2005.

Or, il se trouve qu'en traînant sur Internet ce week-end, je suis tombé sur des gifs, images et dialogues extraits de la série, ce qui m'a rappelé à quel point j'adore X-Files.

Par conséquent, j'éprouve désormais irrépressible besoin de re(re-re-[...]-re-re-re)voir* l'intégralité de cette série. Soit 201 épisodes, ce qui signifie plus de 140 heures de visionnage.

Pendant ce temps, je ne pourrais évidemment pas lire, par conséquent, l'activité de ce blog risque de ralentir quelque peu, même si je vais essayer de continuer à lire un peu tous les jours.

Mais bon, c'est X-Files quand même, vous pouvez comprendre !

*Je ne sais même pas combien de fois j'ai pu voir chaque épisode, que ce soit à la télé en première diffusion, en rediffusion ou en DVD, mais ça doit faire un total d'à peu près beaucoup (plus de 10 fois pour la plupart je pense).

Rumeurs, Anna Godbersen (Rebelles, tome 2) (2008)

"Depuis la mort tragique de la belle Elizabeth Holland, tous les regards sont tournés vers ses proches : sa sœur, la turbulente Diana, qui représente le seul espoir de fortune pour la famille Holland ; son fiancé, Henry Schoonmaker, le plus séduisant mauvais garçon de New York ; sa meilleure ennemie, Penelope Hayes, décidée à enfin obtenir ce qu’elle désire ; et même son ancienne femme de chambre, l’intrigante Lina Broud."

Voici la suite de Rebelles, un roman dont j'ai parlé ici et que j'avais trouvé divertissant bien qu'assez superficiel et prévisible. Quoiqu'il en soit, il me restait encore quelques jours de congés après avoir lu Rebelles, donc c'était l'occasion de continuer cette série avec le second tome, à savoir Rumeurs.

Dans le tome précédent, Elizabeth était déclarée décédée mais était en réalité parti à la recherche de son amour de toujours, Will (l'ex-cocher de sa famille), laissant le champ libre à la perfide Pénélope et à sa soeur Diana pour séduire Henry (le fiancé d'Elizabeth), Lina (l'ex-domestique d'Elizabeth) se retrouvait libre à poursuivre ses rêves de luxe et la famille Holland sombrait dans le malheur et la pauvreté. Ce tome s'ouvre sur un mariage, celui d'Henry et de... quelqu'un dont nous ne découvrons le nom qu'au fil du récit qui narre les semaines précédent ce mariage (bien que vu l'élégance du mariage, nous devinons qui est la mariée). Il y a donc des intrigues pour mettre le grappin sur Henry qui lui est amoureux d'une autre, des rumeurs donnent Elizabeth vivante, celle-ci revient/réussite même pendant quelques jours, Lina trouve un partenaire d'arnaque en la personne de Tristan et tout deux s'arrangent pour élever Lina dans la société.

Ce livre reprend les ficelles classique du précédent, tout en amours frustrés et cachés, en mariages arrangés, en secrets et mensonges et en révélation et rebondissements. Bref, c'est très dense, pas de temps mort. C'est toujours aussi divertissant bien qu'également toujours aussi prévisible et mièvre... Mais bon, je le savais déjà en me lançant dans le premier tome, et puis comme déjà dit, ça permet de faire passer le temps sans se donner de migraine.

Bou et les 3 zours, Elsa Valentin & Ilya Green (2008)

"Tout le monde connaît le conte de Boucle d'or et les trois ours. Mais connaissez-vous celui de Bou, petite fille aux cheveux noirs de jais, qui vit entourée de son paië et de sa maïe et qui, se perdant au milieu des bois pour « groupir des flores » et ne parvenant pas à retrouver son chemin, entre dans la « casa pikinote » de 3 « zours » ?"

J'avais déjà aperçue la couverture de ce livre à plusieurs reprises et les couleurs aussi bien que le graphisme avaient attirés mon attention, mais cela ne m'avait pas pour autant poussée à l'ouvrir. Et puis une collègue m'a fait l'éloge de ce livre, donc comme c'était calme à la bibliothèque à ce moment-là, j'ai été le lire.

L'histoire, c'est celle de Boucle d'Or et les trois ours mais revue, corrigée et surtout, dynamisée. Le dessins sont très beaux mais ce qui fait la particularité de ce livre, ce sont les textes. Ceux-ci sont un mélange de français, d'argot, d'italien, d'anglais, etc mais même si on ne connait pas ses langues (notamment les tous petits), l'histoire est tout à fait compréhensible à cause du langage très imagé, de la sonorité des mots et du ton que l'on y met si on lit ce conte.

Bref, ce livre m'a enthousiasmée par son originalité, notamment celle des textes qui sont géniaux, surtout quand ils sont lus d'après ma collègue (et j'imagine que ça doit vraiment être le cas en effet), et les dessins sont très jolis, frais et colorés, ce qui ne gâche rien, loin de là. Un livre que je conseille vivement donc.

Le ravissement de Britney Spears, Jean Rolin (2011)

"Faut-il prendre au sérieux les menaces d'enlèvement qu'un groupuscule islamiste fait peser sur Britney Spears ? Les services français (les meilleurs du monde) pensent que oui. Certes, l'agent qu'ils enverront à Los Angeles pour suivre cette affaire présente quelques handicaps - il ne sait pas conduire, fume dans les lieux publics, ignore presque tout du show-business et manifeste une tendance à la mélancolie -, mais il fera de son mieux pour les surmonter, consultant sans se lasser les sites spécialisés, s'accointant avec des paparazzis, fréquentant les boutiques de Rodeo Drive ou les bars de Sunset Boulevard, jusqu'à devenir à son tour un spécialiste incontesté tant de Britney elle-même que des transports en commun de Los Angeles. II n'en échouera pas moins dans sa mission, et c'est de son exil au Tadjikistan, près de la frontière chinoise, qu'il nous adresse ce récit désabusé de ses mésaventures en Californie."

J'ai voulu lire ce livre parce que j'en avais pas mal entendu parler -en bien- et que le titre m'intriguait également, donc quand un lecteur l'a rendu il y a quelques jours, je l'ai gardé pour me faire une opinion.

Le narrateur de ce livre est agent secret français infiltré à Los Angeles dans le cadre d'une mission visant à surveiller ce qu'il se passe autour de Britney Spears car elle serait menacée d'assassinat ou d'enlèvement. L'agent doit juste surveiller de loin et n’intervenir que si attentat il y a. Nous suivons donc le quotidien de cet agent (je ne crois pas qu'un nom lui soit donné) qui n'a pas son permis dans cette ville routière qu'est Los Angeles. Il suit les déplacements de Britney Spears grâce aux sites people et la suit également dans ses déplacements, accompagnant un paparazzi nommé Fuck (il s'agit de l'acronyme de ses initiales). Nous découvrons ainsi la vie de quelques célébrités, leurs aléas avec la justice, l'exposition de leur vie dans les média, l'effervescence des paparazzi et la vacuité de tout cet univers. Ce quotidien est entrecoupé d'épisode se passant en Asie centrale, alors que le même agent est en mission pour compter des plaques d'immatriculation, et cela après sa mission aux États-Unis.

J'ai bien aimé ce livre bien que je ne sois absolument pas au courant ni intéressée par tous les ragots et les (pseudo-)célébrités. Il faut dire que nous ne sommes pas complètement immergé dans ce milieu puisque nous suivons le quotidien de l'agent secret et que nous avons un aperçu de ce qui suit cette mission, à savoir la mission suivante dans un coin paumé d'Asie. Le ton est désenchanté, distant et un peu ennuyé (mais pas ennuyeux !), mais en même temps le narrateur ne se plaint pas et suit activement, via Internet, le quotidien de Britney Spears puis celui de Lindsay Lohan, autrement plus animé. Le récit est prétexte à nous montrer tout le battage que l'on peut faire autour du rien, comment les choses se passent dans le milieu people. C'est donc agréable à lire et assez original dans le sujet un peu étrange, absurde.

Les corrections, Jonathan Franzen (2001)

"La famille Lambert est une famille comme les autres, c'est-à-dire unique. Contradictoire, en guerre perpétuelle, dévorée par sa propre histoire, par ses conflits passés et à venir, ses silences. Derrière les visages, les cerveaux abritent des choses que, désespérément, on tente de cacher : Alfred, le père, derrière un caractère de fer dissimule l'impossibilité d'exprimer ses sentiments, tout comme ses désirs les plus profonds. Enid, sa femme, derrière sa soif inextinguible de moralité, tente d'affirmer sa personnalité… et sa libération. Gary, le banquier, le fils modèle est dévoré par la certitude paranoïaque du mensonge et de la trahison, du besoin de richesse. Chip, l'intellectuel, à la poursuite d'une gloire littéraire et de ses contradictions politiques, et Denise, en quête d'un amour véritable et de cette liberté qui la révélera à elle-même, complètent le tableau. Au travers d'une histoire aux multiples rebondissements, haletante, tout ce petit monde va s'aimer, se déchirer et tenter d'approcher de la vérité : quel visage pour l'Amérique ? Et quelle place pour les vivants en quête de bonheur, parmi les multiples névroses que ce monde s'efforce d'engendrer ?"

Après avoir lu Freedom (article ici) et avoir beaucoup aimé, j'ai eu envie de lire le précédent ouvrage de Jonathan Franzen, c'est-à-dire Les corrections.

Là encore, il s'agit d'une famille américaine : les parents sont à la retraire, lui commence un peu à perdre la tête, elle tente de s'affirmer. Les trois enfants sont un peu paumés : l'aîné ne supporte plus sa femme qui tente de le faire passer pour dépressif, le cadet cherche à se faire publier et dissimule qu'il ne vit pas de grand-chose et la benjamine est une grande cuisinière dont le pseudo-célibat lamente sa mère. Bref, des histoires de famille où l'on se cache des choses, où l'on ne dit pas tout, où l'on fait des erreurs que l'on regrette, où l'on s'énerve à propos des fêtes de Noël, où l'on fait des alliances les uns contres les autres, etc/

J'ai bien aimé lire ce livre, il faut dire que j'apprécie les récit qui se passent sur une longue période, notamment quand c'est au sein d'une même famille, comme c'est le cas ici. Contrairement à Freedom, les contextes social, politique et économique sont un peu moins présent : dans Les corrections, ce ne sont que des évènements en toile de fond des vies de personnages, ils les subissent, tandis que dans Freedom, les personnages sont plus impliqués (notamment avec la question de l'écologie) et ce sont des questions omniprésentes. Par ailleurs, j'ai trouvé que Les corrections avait un agréable second degré qui allège un peu l'histoire, second degré que l'on ne retrouve pas dans Freedom (faut-il y voir l'impact du 11 septembre 2001 ?). Bref, ce livre confirme le fait que Jonathan Franzen est un auteur dont j'apprécie les textes.

Tchernobyl, la zone, Natacha Bustos, Francisco Sanchez & Martine Desoille (2011)

"Derrière chaque catastrophe se cache un drame humain. Comment réagirions-nous si, du jour au lendemain, nous étions obligés de laisser derrière nous tout ce que nous possédons ? Ce livre raconte les tribulations d'une famille au lendemain de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Comme de nombreux autres, ces gens furent contraints de quitter leur foyer, persuadés qu'ils seraient de retour au bout de quelques jours. Mais il était déjà trop tard. Un ennemi invisible s'était approprié durablement toutes leurs possessions, leurs maisons, leurs terres. Un quart de siècle s'est écoulé depuis le 26 avril 1986, une goutte d'eau comparée à la durée de vie des résidus radioactifs qui se compte en dizaines de milliers d'années. Ceci est un hommage à toutes les victimes de l'énergie nucléaire hors de contrôle. Pour que nous n'oublions pas ce qui s'est passé."

Voici un ouvrage que j'ai découvert lorsque j'ai été ranger la pile des nouveautés BD et sa couleur rouge, ainsi que son titre en cyrillique n'ont pas manqué d'attirer mon regard. En examinant un petit plus l'ouvrage, j'ai vu que le sujet était Tchernobyl, un sujet dont je ne sais finalement pas grand chose mais qui pourtant m'intéresse, donc je me suis empressée d'emprunter l'ouvrage.

L'histoire, c'est donc Tchernobyl, pas l'évènement en lui-même mais les conséquences, la vie autour, les gens, le quotidien. L'accident nucléaire nous est raconté à travers la vie d'une famille vivant à proximité de la centrale et dans laquelle travaille le père et dont l'épouse est enceinte de leur second enfant. Quand a lieu la catastrophe, les autorités ne réagissent pas, disent que tout va bien, chacun reste chez soi. Les habitants n'apprennent la dangerosité de l'accident que par des proches qui vivent ailleurs et qui ont, eux, accès aux informations. Puis après quelques jours passés à être irradiés, les habitants sont sommés de quitter immédiatement la ville et sont emmenés au loin dans des cars, obligés de tout abandonner du jour au lendemain : leur logement, leurs souvenirs, leurs animaux, leurs champs, etc.

J'ai beaucoup aimé cette bande-dessinée qui montre ce que les habitants des environs de la centrale ont vécu, le manque d'information, la peur, les maladies, la douleur, les conséquences à court terme, mais aussi maintenant, 26 ans après. Au-delà de l'évènement, c'est la vie autour qui est montrée et à travers elle, l'impact concret de l'explosion. La bande-dessinée est suivie de quelques photos prises récemment dans la zone proche de la centrale et aujourd'hui interdite ce qui rend plus réel le récit dessiné, renforce l'aspect reportage. Bref, une bande-dessinée très instructive et troublante qui m'a donné envie d'en savoir plus.

Rebelles, Anna Godbersen (Rebelle, tome 1) (2007)

"Elizabeth s'apprête à y épouser Henry, le plus beau parti de la ville pour sauver sa famille de la ruine mais tout les deux se préparent à un mariage sans amour. Dans l'ombre, la rivale d'Elizabeth, Pénélope, la maîtresse éconduite d'Henry prépare sa revanche. Car derrière les sourires trompeurs, dans des décors sublimes, parmi le luxe, rien n'est plus précieux qu'un secret et chacun redoute le scandale. Et des secrets, la trop sage Elizabeth en cache plus d’un..."

Voici le premier livre d'une série découverte par hasard après qu'il ait été rendu à la bibliothèque et que dans un moment creux je me sois retrouvée à lire la quatrième de couverture. Celle-ci annonce qu'il s'agit de chick-lit (c'est-à-dire de la littérature de fille mais un peu plus pêchu que la littérature romantique classique du genre Harlequin), mais ce qui fait la différence c'est que l'intrigue se déroule en 1899, et c'est cela qui m'a attirée à cette lecture puisque la fin du XIXe siècle est une période que j'aime bien.

Bref, venons-en au contenu du livre. Celui-ci s'ouvre sur un enterrement, celui d'Elizabeth, jeune fille de l'élite qui s'est noyée mais dont le corps n'a pas été retrouvé, et cet enterrement a lieu le jour où elle aurait dû se marier avec Henry, jeune homme riche et convoité. Puis le récit revient en arrière pour nous raconter les dernières semaines d'Elizabeth (amoureuse de Will, le cocher), de sa soeur Diana (amoureuse d'Henry), de son promis Henry (amoureux de Diana, ex-amant de Pénélope), de son amie Pénélope (arriviste orgueilleuse prête à tout pour récupérer Henry), de sa domestique Lina (amoureuse de Will aussi), le tout avec des secrets, des jalousies, des révélations, des potins, des rivalités, etc.

J'ai bien aimé ce livre : certes, c'est assez superficiel et prévisible, tout en intrigues amoureuses, faux-semblants, etc, mais c'est prenant et facile à lire, ce qui en fait une lecture idéale pour passer le temps, surtout les looongs après-midis de congés coincés chez soi à cause de la neige. A vrai dire, il s'agit d'un ersatz de la série de livres Gossip Girl puisque le thème se trouve être les frasques, les manigances et les liaisons de la jeunesse dorée new-yorkaise, et même si Rebelles se passe à la fin du XIXe, cela ne change pas grand chose. C'est donc du pur divertissement assez convenu, mais ça se lit quand même et ça me change un peu aussi de mes lectures habituelles.

Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (1963)

"« Seul ce qui est personnel est éternellement irréfutable », disait Nietzsche. Cet ouvrage s'efforce de présenter non pas le système, mais l'expérience personnelle de Plotin, en donnant le plus possible la parole au maître spirituel et au directeur de conscience. Il y est évidemment question de l'union mystique, événement indicible, surgissant en des moments privilégiés, qui bouleverse toute la conscience du moi, en lui faisant éprouver un sentiment de présence inexprimable. Plotin la décrit en des pages lyriques et frémissantes qui comptent parmi les plus belles de la littérature mystique universelle. Mais il y est aussi question de la douceur sereine d'un philosophe qui, tout en vivant de la vie de l'esprit, peut être « tout à la fois présent à lui-même et aux autres », et assumer les soucis et les responsabilités de la vie quotidienne."

Voici le deuxième livre que je lis dans le cadre de la démarche que j'avais annoncée . A priori, je ne pense pas que je l'aurais choisi, ni même que j'aurais connue son existence, mais dans le livre L'épreuve de soi (article ici) il y avait une citation du philosophe antique Plotin qui m'avait interpellée, la voici :
Puis, il faut voir l’âme de ceux qui accomplissent de belles œuvres. Comment peut-on voir cette beauté de l’âme bonne ? Reviens en toi-même et regarde : si tu ne vois pas encore la beauté en toi, fais comme le sculpteur d’une statue qui doit devenir belle ; il enlève le superflu, redresse ce qui est oblique, nettoie ce qui est sombre pour le rendre brillant, et ne cesse pas de sculpter sa propre statue, jusqu’à ce que l’éclat divin de la vertu se manifeste, jusqu’à ce que tu vois la tempérance siégeant sur un trône sacré. Es-tu devenu cela ? Est-ce que tu vois cela ? Est-ce que tu as avec toi-même un comportement pur, sans aucun obstacle à ton unification, sans que rien d’autre ne soit mélangé intérieurement avec toi-même ? Es-tu tout entier une lumière véritable, non pas une lumière de dimension ou de forme mesurable qui peut diminuer ou augmenter indéfiniment de grandeur, mais une lumière absolument sans mesure, parce qu’elle est supérieure à toute mesure et à toute quantité ? Te vois-tu dans cet état ? Tu es alors devenu une vision, aie confiance en toi ; même en restant ici tu as monté ; et tu n’as plus besoin de guide ; fixe ton regard et vois. Car c’est le seul œil qui voit la grande beauté.(Les Énneades)
Cette citation m'ayant interpellée, j'ai eu envie d'en savoir plus sur ce qu'avait pu produire Plotin. J'ai jeté un coup d'oeil à ses propres textes, mais j'avoue que ça ne m'a pas du tout attiré, par contre, lors de ma recherche, je suis tombé sur cet ouvrage de Pierre Hadot dont je parle aujourd'hui et qui lui me semblait beaucoup plus accessible.

L'ouvrage est donc divisé en sept chapitres intitulées : Portrait, Niveaux du moi, Présence, Amour, Vertus, Douceur et Solitude. Chacun d'entre eux aborde la vie et la philosophie de Plotin via le thème indiqué. On y apprend donc que Plotin ne parlait jamais de ses origines terrestres (date de naissance, parents, milieu d'origine, etc) parce qu'il estimait que nous étions tous d'origine divine et que le reste ne comptait pas. Pour lui, nous sommes donc d'une origine autre qu'humaine, supérieure et cela reste en nous, nous pouvons accéder à cette partie de soi, mais sans pouvoir contrôler.

Notre esprit n'est donc pas humain, mais il est dans un corps -nécessaire- qui l'est, ce qui fait de nous des hybrides est peut être difficile à vivre puisque l'Esprit aimerait ne pas avoir à s'encombrer du corps avec les pulsions et besoins qui vont avec et le dérange, et que le corps aimerait lui, justement, céder à ses penchants charnels. De même, notre identité, qui nous distingue, nous éloigne du principe suprême qui elle est transcendante et passe donc outre les particularités.

La philosophie de Plotin est aussi d'aller vers le bien qui est la valeur suprême. Le bien amène l'apaisement, l'amour, etc. Il prône également la méditation, en théorie, il ne faudrait faire que cela, mais il faut aussi s'ouvrir aux autres, enseigner, etc, et de toute façon, la solitude qu'exige la méditation est difficilement tenable. Le bien, et ainsi, le bonheur son donc accessible par la réflexion, l'introspection et la raison.

J'ai appréciée cette lecture, mais sans plus. Il y a des moments où j'ai un peu décroché parce que je me perdais dans les explications ou dans les abstractions, et puis je n'ai pas non plus tout compris, il y a des subtilités qui m'ont échappées, ou même des concepts entiers. En tout cas, il s'agit moins ici d'un thème sur l'identité que sur une philosophie de vie. Je pense en tout cas avoir saisies les grandes lignes de la philosophie de Plotin, et ce que j'en ai apprécié c'est l'aspect rationnel, logique et "sain" (j'entends par là que c'est posé, que ça ne prône pas la violence ni ne vise la conversion, elle laisse la place aux croyances de chacun) de sa philosophie.

Les trois saisons de la rage, Victor Cohen Hadria (2010)

"En 1859, le médecin-major Rochambaud, qui suit les armées de Napoléon III dans leurs campagnes d'Italie, écrit au médecin de campagne d'un village normand, le docteur Le Coeur. A travers eux, le soldat Délicieux, ordonnance du premier, et sa famille peuvent communiquer. Ce sont de pauvres paysans illettrés, qui n'ont eu pour seul recours contre la misère, que de « vendre » leur fils, enrôlé à la place de celui de paysans prospères. Mais Délicieux se révèle, à la déception de son mentor, plus retors qu il n y paraît...
Suit le journal du médecin Jean-Baptiste Le Coeur, un veuf, père de trois enfants adultes. Ce praticien que l'on croit humaniste et vertueux y avoue ses troubles sexuels, des relations érotiques nombreuses et un tempérament de feu. Et il en faut pour accomplir ses tâches quotidiennes ! Plus de trente patients par jour dont il connaît secrets de famille, adultères, misères sociales et maladies et qu'avec le curé et le sorcier, il tente de soigner
."

Il y a quelques temps, j'ai eu envie de lire quelque chose de nouveau, non pas au sens de récemment publié, mais au sens de quelque chose dont je n'aurais pas entendu parler ou d'un auteur dont je n'ai encore rien lu. J'ai donc été lire quelques quatrièmes de couvertures à la recherche de quelque chose attirant mon attention et je suis tombé sur Les trois saisons de la rage.

Il s'agit d'un récit qui se déroule au XIXe siècle et qui se fait par l'intermédiaire de lettres et d'un journal intime et qui commence lorsqu'un soldat normand illettré, Brutus Délicieux, demande au médecin de l'armée, Rochambaud, de lui servir d'intermédiaire pour écrire des lettres à sa famille et lui lire les réponses de celle-ci. Rochambaud accepte, et comme la famille Délicieux est également illettrée, les lettres sont envoyées au médecin du secteur, le docteur Le Coeur. A travers les lettres et journaux de ces trois personnages nous découvrons (un peu) une campagne militaire vue par un soldat et par un colonel ainsi que (beaucoup) la vie rurale avec les questions pratiques sur la gestion des territoires et des ressources, les croyances de chacun, la religion, les relations entre les personnages, la santé et l'hygiène des paysans, etc.

Ce roman a été une très bonne surprise ! Je n'avais jamais entendu parler du livre, ni de l'auteur et finalement je ne suis pas du tout déçue (je dis ça parce qu'en général je ne choisis pas mes lectures au hasard de manière à ne pas l'être). J'ai beaucoup aimé le ton utilisé, les personnages et l'histoire en général : il s'agit d'une anecdote (un soldat qui demande à un médecin d'écrire à sa famille), mais à travers cela nous découvrons énormément de choses sur les gens et la vie à la campagne en 1859, c'est dense mais fluide, instructif mais drôle aussi. Il s'agit là du premier roman de Victor Cohen Hadria, et j'espère que ce ne sera pas le dernier !

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