Les éclaireurs, Antoine Bello (2009)

"C'est l'histoire de Sliv, agent spécial du CFR (Consortium de Falsification du Réel), qui veut comprendre pour quoi et pour qui il travaille. C'est l'histoire d'une organisation secrète internationale, qui tente d'influer sur l'histoire des hommes, et dont l'existence est brutalement remise en cause un certain 11 septembre 2001. C'est l'histoire de Youssef, tiraillé entre sa foi et son amitié ; de Maga, jeune femme moderne que son mariage précipite dans une famille d'intégristes ; de Lena, dont la rivalité professionnelle avec Sliv cache peut-être des sentiments d'une autre nature. C'est l'histoire d'une grande nation, l'Amérique, qui trahit ses valeurs quand le monde a le plus besoin d'elle. C'est, d'une certaine façon, l'histoire du siècle qui vient."

Voici donc la suite des Falsificateurs, livre relu récemment et qui m'a énormément plu (article ici).

Dans ce second tome, nous retrouvons Sliv qui s'apprête à se rendre au mariage de deux de ses amis, Maga et Youssef. Nous sommes alors le 11 septembre 2001, avec les évènements que nous connaissons tous. Cela choque et amène beaucoup de questions sur ce qu'il se passe, mais également sur le rôle qu'à pu éventuellement avoir le CFR dans les évènements. En parallèle de ces évènements, Sliv se retrouve à nouveau à travailler avec Lena sur un dossier d'indépendance d'un pays, le Timor Oriental, ce qui demande énormément de travail mais permet à Sliv de s'en donner à coeur joie dans l'élaboration de scénario afin de convaincre les représentants de l'ONU qui évaluent ce dossier. Et tout en faisant son travail, Sliv pose des questions pour tenter de trouver des réponses à ses interrogations sur le CFR, ses membres, son but, afin de savoir si cela vaut la peine de travailler pour le CFR, s'il ne va pas à l'encontre de ses intérêt.

Ce second tome m'a beaucoup puisqu'il continue sur le thème de la falsification du réel, mais je lui préfère tout de même le premier tome. Ici, il est beaucoup question de géopolitique et en particulier le 11 septembre 2001 et tout ce qui s'en est suivi que ce soit au niveau de la politique des États-Unis et de la guerre en Irak. Sauf que comme la géopolitique et toutes les questions de diplomatie & co ne me passionnent que peu, cela a un peu amoindri mon intérêt. Mais j'ai quand même trouvé ce livre extrêmement intéressant, surtout qu'il est question d'évènements pour lesquels j'étais assez âgée pour être à même de suivre et de comprendre, c'est de l'histoire récente, ce qui rend les propos du texte concret.

Les falsificateurs, Antoine Bello (2007)

"C'est l'histoire d'une organisation secrète internationale, le CFR (Consortium de Falsification du Réel), qui falsifie la réalité mais dont personne ne connaît les motivations. C'est l'histoire de quelques-unes des plus grandes supercheries de notre époque : de Laïka, la première chienne dans l'espace, qui n'a jamais existé ; de Christophe Colomb qui n'a pas découvert l'Amérique, des fausses archives de la Stasi. C'est l'histoire d'un jeune homme, embauché par le CFR, qui veut comprendre pourquoi et pour qui il travaille. C'est l'histoire d'une bande d'amis qui veulent réussir leur vie, sans trop savoir ce que cela veut dire. C'est, d'une certaine façon, l'histoire de notre siècle. Roman vertigineux et paranoïaque, qui convoque les obsessions de Borges, Dick et Le Carré, ce thriller mêle la réflexion sur l'information, et la représentation du monde, à celle sur le fantasme de l'écrivain démiurge transformant le monde par la magie des mots et de la littérature."

J'ai déjà lu ce livre il y a quelques années, après l'avoir vu au hasard de mes pérégrinations dans les rayons romans de la bibliothèque universitaires. Je garde un bon souvenir de ce livre, mais ce qui m'a poussé à le relire c'est moins le fait qu'il m'ait plu, que celui d'une suite annoncée mais pas encore parue lors de cette première lecture. Désormais, le second tome est sorti -depuis quelques années déjà-, mais avant de me lancer dans le tome deux, j'ai eu envie de me remettre en tête le premier.

Le personnage principal de ce livre est Sliv, un jeune homme islandais qui vient d'être diplômé en géographie et qui cherche un emploi. Alors qu'il s'apprête à accepter un poste dans une conserverie, il tombe sur une offre d'emploi nettement plus intéressante dans une entreprise de conseils environnementaux. Il se présente au rendez-vous et finit par obtenir le poste. Mais après avoir bouclé son premier dossier, son supérieur, Gunnar, lui explique que l'entreprise dans laquelle il se trouve est une couverture à une organisation de falsification du réel, le CFR, organisation qu'on lui propose d'intégrer. Le but et la forme de cette organisation est très flou, mais elle intéresse Sliv qui y voit une manière de jouer : il peut proposer un dossier dans lequel il imagine un scénario autour d'un évènement, d'un peuple, etc, et ensuite il explique comment il va mettre en application son idée à travers la falsification de documents.

J'ai adoré ce livre, notamment grâce à l’idée de falsifier le réel à travers la modification de sources et une communication bien menée. C'est une idée fascinante, vertigineuse, et un peu effrayante aussi. Les modifications peuvent être mineure, ou ne concerner qu'un groupe de spécialistes, mais elles peuvent également être de grande envergure et changer la marche du monde, ou accélérer des processus en cours. En plus de la géniale idée de départ, le scénario derrière tient la route, en particulier le fonctionnement du CFR et la manière de travailler des agents. Sans compter que j'ai trouvé le livre bien écrit, c'est très fluide et très clair malgré certains thème qui peuvent être un peu opaques (la géopolitique, la finance). Bref, je suis impatiente de me lancer dans la lecture de la suite !

Nous étions les Mulvaney, Joyce Carol Oates (1996)

"À Mont-Ephraim, une petite ville des États-Unis située dans l'Etat de New York, vit une famille pas comme les autres : les Mulvaney. Au milieu des animaux et du désordre ambiant, ils cohabitent dans une ferme qui respire le bonheur, où les corvées elles-mêmes sont vécues de manière cocasse, offrant ainsi aux autres l'image d'une famille parfaite, comme chacun rêverait d'en avoir. Jusqu'à cette nuit de 1976 où le rêve vire au cauchemar... Une soirée de Saint-Valentin arrosée. Un cavalier douteux. Des souvenirs flous et contradictoires. Le regard des autres qui change. La honte et le rejet. Un drame personnel qui devient un drame familial. Joyce Carol Oates épingle l'hypocrisie d'une société où le paraître règne en maître ; où un sourire chaleureux cache souvent un secret malheureux ; où il faut se taire, au risque de briser l'éclat du rêve américain."

Joyce Carol Oates est une auteur dont j'ai toujours appréciés les textes que j'ai déjà lus d'elle ; bien peu d'ailleurs au vu de sa bibliographie. Donc récemment je me suis dit que cela faisait un moment que je n'avais rien lu d'elle et j'ai donc été voir ce que la bibliothèque avait en rayon, puis j'ai choisi ce livre après lecture de la quatrième de couverture.

Il s'agit ici de l'histoire de la famille Mulvaney : Michael et Corinne, les parents, et Michael, Patrick, Marianne et Judd, leurs quatre enfants. L'histoire nous est racontée par Judd, dernier enfant de la famille journaliste au moment où il revient sur la désintégration de sa famille et du rayonnement de celle-ci. Il raconte son enfance dans une grande maison à la campagne, au milieu des animaux et de l'agitation de ses aînées, de ses souvenirs construits sur ceux des autres, de l'époque heureuse qu'il n'a que peu connue, puis de l'évènement qui a bouleversé leur vie : le viol de Marianne lors d'un bal de Saint Valentin. Personne ne prononce se mot, mais ses conséquences sont incontournables : le père ne supporte plus de voir sa fille, la mère accepte de l'éloigner bien qu'il s'agisse de sa seule fille, les fils s'éloignent d'une ambiance délétère, la famille sombre, les amis et voisins se détournent, l'entreprise du père fait faillite, etc. Chacun réagit différemment : soit en acceptant, soit en oubliant, soit en niant, soit en cherchant la vengeance.

Le sujet de ce livre est donc, comme souvent chez Joyce Carol Oates,une déchirure, une rupture, une faille intime, ici dans une famille qui voit sa vie se désintégrer doucement mais sûrement, et cela à cause d'un évènement sur lequel aucun d'eux n'a prise, c'est parole contre parole, honte contre pouvoir. J'ai donc bien aimé ce livre, la manière dont le naufrage de cette famille est racontée, sans grandeur, mais progressivement et misérablement. L'atmosphère et les sentiments sont très bien décrits, tout en nuances. Pour ceux qui aiment l'action, ce livre ne plaira pas, mais pour ceux qui apprécient les descriptions et les histoires familiales sur plusieurs décennies, alors ce livre peut être plaisant.

Dieu en personne, Marc-Antoine Mathieu (2009)

"Dans une file d'attente, un petit bonhomme attend patiemment son tour. Au moment de décliner son identité, il se présente sous le nom de "Dieu". Il n'a pas de domicile, pas de papiers, ni de numéro de sécurité sociale. L'irruption de cette énigme métaphysique "en personne" déclenche un phénomène médiatique majeur... Un procès géant est bientôt organisé contre ce "Coupable Universel"."

C'est un peu par hasard que j'ai eu envie de lire ce livre : déjà parce que je le range assez régulièrement à la bibliothèque, ce qui signifie qu'il est tout de même souvent emprunté, et aussi parce que l'auteur de cette bande-dessinée est Marc-Antoine Mathieu, auteur dont j'ai déjà lu 3" (article ici) que j'avais trouvé innovant et original.

L'intrigue commence lors d'une recensement auquel se présente Dieu. Au début, les gens sont sceptiques, pensent qu'il s'agit d'un illuminé, mais rapidement des éléments prouvent que même s'il ne s'agit pas de Dieu, il s'agit tout de même d'une personne exceptionnelle, capable de répondre aux questions les plus difficiles sans hésitation et qui utilise quasiment toutes ses capacités cérébrales. Quand il semble avéré que cette personne est bel et bien Dieu, une vague de stupeur et de sidération anéantit l'humanité, puis des célébrations ont lieu, cela bouleverse le monde. Mais rapidement, les gens commencent à lui faire des reproches et le tienne responsable de tous leurs échecs, et au final, Dieu se voit intenter un procès pour tout ce qu'il a fait ou pas fait.

Tout comme dans 3", nous retrouvons un dessin essentiellement gros et noir, assez oppressant, mais à la ligne claire et aérée en même temps. Mais le contenu est complètement différent, il s'agit ici de théologie, de foi, de droit, le tout avec un côté absurde : que se passerait-il si le procès de Dieu avait lieu à notre époque ? Ce n'est pas un ouvrage qui se lit pour se vider la tête et décompresser, cette lecture demande pas mal de concentration et un peu de réflexion (évitez donc de faire comme moi et de lire ce livre au premier matin de votre week-end, alors que vous avez une migraine lancinante et que vous êtes épuisés), mais c'est au final intéressant et l'idée de départ est originale.

Mes idées folles, Axl Cendres (2009)

"Au pavillon 43, il y a un Napoléon, un Jésus et une Théière Humaine. Et, à la barre, Abel Francis Sandro, jeune psychiatre à l'alcoolémie savamment contrô [0,8 g dans le sang, jamais plus, jamais moins). Quand il ne rattrape pas les gaffes de son ami Johnny " Rotten Watker ", Abel est obsédé par une idée folle : comprendre comment les gens marchent. Depuis son enfance à l'orphelinat, il cherche à croire en l'humanité - c'est même pour cela qu'il est devenu médecin. Mais il se rend vite à l'évidence : sa méthode ne fonctionne pas. Ce qu'il comprend des gens, c'est leurs maladies, pas eux. Alors, le désespoir te gagne. Il mettrait volontiers fin à ses jours, si l'instinct de survie, " cette saloperie ", voulait bien le lâcher..."

J'ai déjà parlé de ce livre à l'occasion de son achat (article ici), et du coup, j'avais déjà écrit que j'avais eu envie de lire ce livre après en avoir croisé des avis plutôt positifs et aussi parce que -tout simplement- son contenu semblait attrayant.

Le personnage principal de ce livre est Abel, né sous X, ayant grandit en orphelinat et autres structures d'accueil et avide comprendre comment les gens fonctionnent. Abel s'oriente donc vers la médecine, bien que cette discipline cherche plus à réparer les gens qu'à expliquer leur fonctionnement, mais c'est encore ce qui se rapproche le plus de l'objectif d'Abel. Abel se spécialise ensuite en psychiatrie, et décroche un jour un poste dans le pavillon 43, le pavillon des Chroniques, patients irréversiblement atteint de folie douce. Abel ne supporte la réalité qu'en maintenant méthodiquement le taux d'alcool dans son sang à un certain niveau. Parfois, ce taux est dépassé lors qu'Abel passe du temps avec son ami d'enfance, Johnny, SDF aux idées farfelus et qui cherche celle qui fera de lui un milliardaire.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui est complètement barré, mais avec une sorte de logique, celle des personnages qui sont tous très... spéciaux. Le texte se lit bien et est drôle, déjanté, au même titre que les personnages d'ailleurs. Bref, une lecture très agréable et qui ne se destine pas seulement aux adolescents.

Le crépuscule des père, Andrew O'Hagan (1999)

"Coincé entre l'alcoolique violent qui lui fait si peu office de père et une mère tendre mais par trop résignée, Jamie vit sous un ciel noir. L'Écosse et sa misère quotidienne, la promesse de longues soirées au pub, les éclats de voix, le froid. Jamie a 10 ans, ne peut rien pour ses parents mais refuse d'être lui aussi, comme ses pères Écossais, "né pour l'affliction". Il se tourne alors vers ses grands-parents paternels et grandit aux côtés de Hugh l'idéaliste, bâtisseur des cités de demain et progressiste forcené. Raser les taudis, construire plus haut pour voir plus loin. Jamie adhère au combat, contre la déchéance programmée des pères du pays, contre celle de son propre père - que Hugh n'a jamais su aimer... À travers les vitres du train qui ramènent Jamie vers son enfance des années plus tard, les souvenirs défilent en surimpression. Champs détrempés, maisons de brique rouge, l'âge d'homme au prix de la mélancolie."

Il y a quelques années, j'avais lu Personnalité d'Andrew O'Hagan, un livre que j'avais beaucoup aimé (je pense d'ailleurs que je vais le relire un de ces jours), notamment par son atmosphère. Ayant repensé récemment à cet ouvrage, j'ai eu la curiosité de regarder si cet auteur avait écrit d'autres textes, et oui, c'est le cas. J'ai donc été emprunter deux de ces livres : Le crépuscule des pères donc je vais parler ici, et Sois près de moi que je lirai plus tard.

Ce livre tourne autour de Jamie, homme adulte au moment où il s'exprime, mais enfant au début du livre. Alors que son grand-père est en train de mourir, il revient au chevet de celui-ci et renvient également sur son passé. Il raconte son enfance comme fils d'un père alcoolique concierge d'une maison de redressement. Enfant intelligent et curieux, il parvient à s'en sortir en allant vivre avec les parents de son père, son grand-père étant une personnalité, un constructeur idéaliste qui cherche à pourvoir en logements salubre la population écossaise. Une fois adulte, Jamie lui-même travaille dans le secteur du bâtiment, mais les temps ont changé et les tours qui apparaissaient comme une solution miracle à l'époque ne sont plus maintenant que des bâtiments très critiqués et insalubres.

Dans ce livre, c'est moins la vie de Jamie que celle de sa famille et de la société écossaise que nous découvrons, notamment à travers la révolte de son arrière-grand-mère, l'utopie de son grand-père et la déchéance de son père. Tout comme Personnalité, c'est l'atmosphère du livre que j'ai surtout appréciée : l’Écosse est le personnage central du livre, l'identité écossaise, les paysages écossais. J'ai également aimé la "saga" familiale, j'aime bien suivre l'histoire d'une famille, ce qui se transmet entre les générations, les changements qui se manifestent. Bref, un livre qui peut être ennuyeux si on s'attend à une intrigue linéaire uniquement autour de personnages, mais qui est plutôt pas mal si on apprécie les récits au long traitant autant des personnages que du monde qui les entoure.

Persuasion, Jane Austen (1818)

"Anne est la seconde fille de l'honorable Sir Elliot de Kellynch. Persuadée par son amie Lady Russel, elle a dû rompre ses fiançailles avec le jeune Frederick Wentworth, un officier de marine pauvre, car il ne présentait pas les assurances d'un bon parti. Huit ans plus tard, sa famille connaît des revers de fortune. Son père décide alors de louer le château familial à l'amiral Croft, qui se trouve être le beau-frère de Frederick. Anne appréhende de revoir celui qui est resté son grand amour. Alors que s'achève la guerre avec la France, le capitaine Wentworth, fortune faite, revient avec le désir de se marier pour fonder un foyer. Il a conservé du refus d'Anne la conviction que la jeune fille manquait de caractère et se laissait trop aisément persuader..."

Jane Austen fait partie des auteurs incontournables anglais, donc quand ce livre dont elle est l'auteur s'est présenté à moi, je me suis dit que c'était toujours intéressant de lire des romans classiques.

L'histoire tourne autour de la famille de Elliot, dont la mère est décédée, le père endettée, les deux premières filles, Elizabeth et Anne, célibataires (et l'aînée probablement destinée à le rester puisqu'elle s'occupe de son père), et la dernière, Marie, est mariée et a deux enfants. A cause des dettes paternelles, la famille décide d'aller s'installer quelques temps à Bath afin de mener un train de vie réduit et de pouvoir profiter de leur absence pour louer la demeure familiale. Les nouveaux locataires sont les Croft, soeur et beau-frère d'un homme qu'Anne a connu quelques années plus tôt mais qu'elle a éconduit. Les personnages vont donc se retrouver, certains vont se rapprocher, des couples vont s'esquisser, se défaire puis se former pour de bon.

J'ai bien aimé, mais sans plus : les livres de Jane Austen sont toujours des histoires assez prévisibles d'amour, de fratrie, de refus puis de retrouvailles, donc sans être identiques, tous les textes d'elle que j'ai lus ont quand même énormément de points communs. En plus, et ça c'est quelque chose qui m'embrouille, beaucoup de personnages arrivent en peu de temps, du coup il me faut un certain moment avant de savoir qui est qui, mais pendant ce temps-là l'intrigue continue du coup je suis parfois un peu perdue. Mais bon, globalement c'est une lecture plaisante et puis c'est très bien écrit, le style est fluide, ce qui ne gâche rien.

La maison où je suis mort autrefois, Keigo Higashino (1994)

"Sayaka Kurahashi va mal. Mariée à un homme d'affaires absent, mère d'une fillette de trois ans qu'elle maltraite, elle a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Et puis il y a cette étonnante amnésie : elle n'a aucun souvenir avant l'âge de cinq ans. Plus étrange encore, les albums de famille ne renferment aucune photo d'elle au berceau, faisant ses premiers pas... Quand, à la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une énigmatique clef à tête de lion et un plan sommaire conduisant à une bâtisse isolée dans les montagnes, elle se dit que la maison recèle peut-être le secret de son mal-être. Elle demande à son ancien petit ami de l'y accompagner. Ils découvrent une construction apparemment abandonnée. L'entrée a été condamnée. Toutes les horloges sont arrêtées à la même heure. Dans une chambre d'enfant, ils trouvent le journal intime d'un petit garçon et comprennent peu à peu que cette inquiétante demeure a été le théâtre d'événements tragiques..."

Encore une fois, c'est en regardant les livres venant d'être rendus par les lecteurs de la bibliothèque que j'ai trouvé celui-ci.

Le narrateur est une homme, professeur de physique, qui revient sur des évènements arrivés deux ans auparavant : suite à une rencontre d'anciens élèves, il est contacté par Sayaka, une de ses condisciples qui a été sa petite amie pendant plusieurs années alors qu'ils étaient au lycée. Sayaka lui demande de l'accompagner à la recherche d'un héritage. En effet, après le décès de son père elle a retrouvé dans les affaires de celui-ci une clé et un plan mystérieux et elle aimerait se rendre à l'endroit indiqué sur ce plan. Mais cela est manifestement lié à quelque chose d'étrange, des mensonges, des secrets, et peut-être aussi au passé de Sayaka, passé oublié en partie et qui lui manque. Les deux personnages vont alors partir et trouver une étrange maison figée plus de vingt ans auparavant et dans laquelle a vécu une famille avec un enfant, Yusuke, dont le journal révèle des choses étranges à propos de sa famille.

J'ai bien aimé ce livre qui est moins un livre policier qu'un thriller, un retour sur un passé oublié suite à des évènements dramatiques. L'histoire est très bien racontée et tient la route, le tout se passe en peu de temps et est en fait une sorte de jeu de piste : les deux personnages sont dans une maison et cherchent le secret qu'elle peut receler, aidés de ce qu'ils trouvent dans la maisons et des souvenirs et impressions de Sayaka. C'est bien écrit et intéressant à lire, on a envie de savoir ce qu'il a bien pu se passer dans cette maison, entre les membres de la famille Mikuriya et le lien que Sayaka et son père ont avec tout ça. Bref, un bon petit thriller !

Solaire, Ian McEwan (2010)

"Michael Beard a atteint une cinquantaine plus que mûre. Il est chauve, rondouillard, dénué de toute séduction et, au moral, il ne vaut guère mieux. Mais il a dans le temps obtenu le prix Nobel de physique ; depuis lors il se repose sur ses lauriers et recycle indéfiniment la même conférence, se faisant payer des honoraires exorbitants. En même temps, il soutient sans trop y croire un projet gouvernemental à propos du réchauffement climatique. Quant à sa vie privée, elle aussi laisse à désirer. En coureur de jupons invétéré, Beard voit sa cinquième femme lui échapper. Alors qu'il ne croyait plus se soucier d'elle, le voilà dévoré de jalousie. Bientôt, à la faveur d'un accident, il pense trouver le moyen de surmonter ses ennuis, relancer sa carrière, tout en sauvant la planète d'un désastre climatique. Il va repartir de par le monde, à commencer par le pôle Nord..."

Encore un livre que j'ai découvert sur le chariot des livres venant d'être rendus par les lecteurs de la bibliothèque et que la lecture de la quatrième de couverture m'a donné envie de lire.

Dans ce livre, nous suivons Michael Beard, un physicien qui a un jour reçu un prix Nobel et qui depuis n'a pas avancé beaucoup dans ses recherches, son temps étant surtout occupé par des conférences, des postes honorifiques, etc. En plus de cela, lorsque le livre débute, le cinquième mariage de Michael est en train de battre de l'aile et comme il ne va pas en rajeunissant, il prend du ventre et devient de moins en moins séduisant. Comme sa vie est un peu en fouillis, il décide d'accepter un séjour de quelques jours près du pôle nord, mais à son retour, les choses ne s'arrangent pas, loin de là même, puisqu'il se retrouve avec un cadavre sur les bras, puis, suite à des propos dans une conférence de presse, il doit faire face à des accusations de misogynie et d'eugénisme.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui est plutôt drôle, bien que le personnage de Michael ne soit pas très attachant : d'un côté, ses faiblesses, la décrépitude de son corps, ses problèmes de couple, etc, en font quelqu'un d'humain, d'accessible, mais il n'en reste pas moins égocentrique, un peu profiteur et très opportuniste. Mais les péripéties de sa vie n'en sont pas moins drôle, voire ironique, et lui qui pensait pouvoir tirer parti du destin voit à la fin du livre les diverses éléments de sa vie se retourner contre lui, le tout sur fond de recherche d'une énergie alternative afin de sauver la planète. Bref, ce livre est agréable à lire, plein de péripéties et écrit sur un ton plutôt sarcastique.

Les lieux sombres, Gillian Flynn (2009)

"Début des années 1980. Libby Day a sept ans lorsque sa mère et ses deux soeurs sont assassinées dans la ferme familiale. La petite fille, qui a échappé au massacre, désigne le meurtrier à la police, son frère Ben, âgé de quinze ans. Vingt-cinq ans plus tard, alors que son frère est toujours derrière les barreaux, Libby souffre de dépression chronique. Encouragée par une association, elle accepte de retourner pour la première fois sur les lieux du drame. Et c'est là, dans un Middle West dévasté par la crise économique, qu'une vérité inimaginable commence à émerger... Après Sur ma peau, Gillian Flynn confirme avec ce livre, au style intense et viscéral, son immense talent."

De Gillian Flynn, j'avais déjà lu Sur ma peau, dont j'avais parlé ici, et qui m'avait plutôt plu. Du coup, j'avais regardé si cette auteur avait écrit d'autres livres, ce qui est le cas, puis si la bibliothèque les possédait, et donc oui, puisque j'y ai trouvé Les lieux sombres.

L'histoire est celle de Libby Day qui a été rendu célèbre à 7 ans lors des meurtres de ses deux soeurs et de sa mère et de la condamnation de son frère qui s'en est suivie, sur le témoignage de Libby. Plus de vingt ans après, Libby Day n'a pas d'amis, plus de contacts avec sa famille, presque plus d'argent, pas de travail, pas de motivation pour en trouver. Un jour, elle est contactée par un Kill Club, un groupe de gens passionnés par les meurtres et disparitions et qui tentent de les élucider, même si les affaires ont déjà été jugées. Si Libby est contactée, c'est pour être l'invité d'honneur d'une réunion de ce club et répondre aux question des enquêteurs amateurs. Au début, elle ne le fait que pour l'argent qu'on lui propose, mais elle va finalement se replonger d'elle-même dans son passé afin de savoir ce qu'il s'est passé la nuit dest meurtres et si son frère est vraiment coupable.

J'ai eu un peu de mal à débuter ma lecture puisque le personnage de Libby Day est peu aimable, elle ne fait de toute façon aucun effort pour l'être. En plus de cela, son parcours après les meurtres et son adolescence sont plutôt prévisibles et peu intéressant. Mais finalement, je me suis retrouvée captivée par l'enquête : les récits de différents personnages avant la nuit sanglante, les différentes pistes possibles et toutes valables et la tension qui grimpe au fur et à mesure que les meurtres approchent. Même si les personnages ne sont pas vraiment attachants, l'intrigue est très bien ficelée et plus la résolution approche, plus on se demande ce qu'il s'est passé. Bref, une enquête palpitante, je pense que je vais surveiller les publications de cette auteur parce que j'ai très envie de lire d'autres de ses livres.

Super triste histoire d'amour, Gary Shteyngart (2010)

"Le monde tourne (mal). Lenny Abramov vit dans un New York futuriste, image exagérée de notre époque mais qui lui ressemble étrangement : le monde entier est arrimé à son téléphone ultra-perfectionné, la publicité triomphe et la littérature est un art préhistorique que quelques inadaptés tentent de sauvegarder sans succès. Lenny fait partie de ceux-là. Il lit des " livres papier ", croit encore aux relations humaines et commet la folie de tomber amoureux d'Eunice Park, jeune américaine d'origine coréenne. Cette Super Triste Histoire d'amour est une comédie romantique qui finit mal (Lenny et Eunice ne vieilliront pas ensemble) et qui dresse un portrait accablant de la " modernité ". L'Amérique, au bord de l'effondrement économique, est menacée par ses créanciers chinois et une ambiance très Big Brother s'installe au quotidien."

J'avais lu des articles sur ce livre à plusieurs reprises, notamment sur le site des Inrockuptibles () et sur un des blogs de Rue89 (ici), et ces chroniques m'avaient donné envie de lire ce livre qui avait potentiellement de quoi me plaire.

Le personnage principal est Lenny Abramov, un vieil Américain (c'est-à-dire presque 40 ans) qui revient d'Italie où il était allé pour le travail pour trouver des clients potentiels à l'immortalité, le service que propose l'entreprise où travaille Lenny. En Italie, il a rencontré Eunice, une jeune Coréenne donc il est tombé amoureux bien que leurs âges, leurs manières de vivre et de penser, leurs personnalités, etc, soient très différents. Après le départ de Lenny, les deux se retrouvent alors chacun sur son continent, mais à cause de la guerre entre les États-Unis et le Venezuela, Eunice veut retourner aux États-Unis pour retrouver sa famille qui y vit. Par opportunisme, elle va demander à Lenny de l'héberger, et lui, amoureux va s'empresser de l'accueillir chez lui. Un couple bancal va alors se former, ils vont connaître les moments classiques des couples mais aussi la fin de l'équilibre mondial et de l'hégémonie des États-Unis.

J'ai beaucoup aimé ce livre ! Non seulement pour l'histoire d'amour racontée : elle, hyperconnectée, opportuniste mais aussi tendre et honnête vis-à-vis de Lenny, et lui, lié à l'ancien monde, aveuglé par l'amour revigorant qu'il ressent pour Eunice. J'ai aussi apprécié le monde futuriste mais pas tant que ça qui y est décrit, aussi angoissant qu'il soit : les gens y vivent avec äppärat, sorte de mini-tablette qui les connecte à un réseau où il peuvent envoyer des mails, verbaler (=discuter en instantané), prendre des informations sur les gens qui les entoure, s'informer de tout et de rien, acheter, etc. Cet äppärat mesure et diffuse également leurs propres données personnels : cholestérol, adrénaline, stress, poids, état financier, taux de personnalité, baisabilité, masculinité, etc. Et la forme aussi de ce livre m'a plu : les chapitres longs et introspectives de Lenny alternent avec les mails et discussions instantanées d'Eunice avec ses proches ; c'est le contenu de ce que chacun raconte qui fait le livre, l'intrigue, mais la manière dont ils s'expriment montrent aussi qu'ils appartiennent à des mondes différents. Bref, un livre que je conseille !

Un employé modèle, Paul Cleave (2006)

"Christchurch, Nouvelle-Zélande. Joe Middleton contrôle les moindres aspects de son existence. Célibataire, aux petits soins pour sa mère, il travaille comme homme de ménage au commissariat central de la ville. Ce qui lui permet d'être au fait des enquêtes criminelles en cours. En particulier celle relative au Boucher de Christchurch, un serial killer sanguinaire accusé d'avoir tué sept femmes dans des conditions atroces. Même si les modes opératoires sont semblables, Joe sait qu'une de ces femmes n'a pas été tuée par le Boucher de Christchurch. Il en est même certain, pour la simple raison qu'il est le Boucher de Christchurch. Contrarié par ce coup du sort, Joe décide de mener sa propre enquête afin de démasquer lui-même le plagiaire. Et, pourquoi pas, de lui faire endosser la responsabilité des autres meurtres. Variation sublime sur le thème du tueur en série, ce roman d'une originalité confondante transfigure tous les clichés du genre et révèle un nouvel auteur, dont on n'a pas fini d'entendre parler."

Après avoir lu Un père idéal (article par ici) que j'avais eu du mal à lâcher tant ce livre était prenant, j'ai voulu lire autre chose du même auteur et j'ai donc opté pour le seul autre titre traduit en France de Paul Cleave, Un employé modèle.

Le personnage principal est Joe, officiellement homme de ménage au commissariat de Christchurch, handicapé mental, dont le père s'est suicidé et dont la mère est un peu casse-pieds, mais il est aussi le tueur en série qui agit dans la ville depuis quelques semaines et qui joue à être simplet alors qu'il est très intelligent. Le fait de travailler au commissariat lui donne en plus accès à des éléments de l'enquête, ce qui est tout à son avantage. C'est ainsi qu'il peut voir qu'on lui attribue un meurtre semblables aux siens mais sont il n'est pas responsable. Joe décide alors de trouver le coupable de ce meurtre qu'il n'a pas commis mais qu'on essaie de lui mettre sur le dos. Dans certains chapitres, nous avons aussi le point de vue d'une de ses collègues, qui elle, a réellement un handicap mental, et qui éprouve de l'affection pour Joe, affection qui va l'amener à se poser des questions sur lui.

Cette fois-ci encore j'ai beaucoup aimé ce texte de Paul Cleave : c'est captivant, on sait qui est le coupable dès le début, mais il y a un autre coupable, et d'autres éléments qui interviennent tout au long du roman (Sally, Mélissa, Calhoun) et font qu'on ne sait pas comment cela va finir et comment tout cela va se démêler. Bref, une lecture qui absorbe l'attention et que j'ai eu du mal à lâcher (malgré la fatigue provoquée par un rhume) !

70% acrylique 30% laine, Viola Di Grado (2012)

"C’est l'histoire de Camelia, 20 ans, et de sa mère, dans la froide ville de Leeds en Angleterre. Là, le temps s'est arrêté depuis que leur père et mari a été retrouvé mort, suite à un accident de voiture, en compagnie de sa maîtresse. Enfermées dans un mutisme absolu, les deux femmes ne communiquent qu’avec un alphabet composé de regards ; Camelia traduit des modes d’emploi de lave-linge et sa mère photographie des trous en tout genre. Camelia cultive en outre un délire de violence, psychologique envers elle-même et physique envers les objets. Elle renie son corps, ses attentes de jeune fille, s’acharnant contre elle-même et ses vêtements. Un jour elle rencontre Wen, un jeune Chinois vendeur de vêtements, qui va lui apprendre sa langue. Les idéogrammes qu’elle dessine parviendront alors miraculeusement à insuffler un peu de beauté et de mystère dans sa vie, donnant un sens nouveau aux choses et lui permettant de retrouver l’usage des mots."

J'avais un peu entendu parler de ce livre qui avait l'air tentant, donc dès que j'ai pu mettre la main dessus, j'ai saisi l'occasion, sans finalement vraiment savoir à quoi m'attendre.

Le personnage principal de ce livre est Camélia, une jeune femme qui vit chez sa mère depuis la mort du père et époux de ces femmes, monsieur étant décédé dans un accident de voiture avec sa maitresse. Depuis ce décès, les deux femmes vivent dans un monde clos où il est toujours décembre et ne voient plus personne : Camélia a arrêté ses études et sa mère a arrêté d'exercer son métier de flûtiste. Et elle a aussi, et surtout, arrêté de parler. Un jour, Camélia trouve dans une poubelle des vêtements bizarrement cousu et décide de les récupérer. Ces vêtements vont la faire être repérée par Wen, le jeune homme chinois qui tient le magasin de vêtements d'où proviennent ceux que porte Camélia. Les deux vont alors nouer une relation ambiguë faite de désir, d'amour, de refus et d'apprentissage de la langue chinoise que Camélia avait commencé avant la mort de son père.

J'ai été déçue par ce livre : les personnages sont tous un peu fêlés mais je trouve que cela est mal exploité, que quelque chose est bancal au niveau de l'action, que tout est bien compliqué pour finalement pas grand chose. Et puis je ne sais pas si c'est dû au style d'écriture de l'auteur ou si cela est dû à la traduction, mais j'ai trouvé que le texte manquait de fluidité, qu'il n'était pas facile à lire parce que j'accrochais sur les mots et devais parfois revenir un peu en arrière pour comprendre la phrase. Bref, un lecture décevante tant par la forme que par le fond, et pourtant il y avait les ingrédients pour que ce livre me plaise...

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