Mari et femme, William Wilkie Collins (1870)

"Séduite par un bel athlète arrogant qui lui a promis le mariage. Anne Silvester va vite voir ses illusions déçues. De mensonges en tromperies. c'est bien vers le désespoir que s'achemine la jeune femme. rivale d'une veuve fortunée elle aussi sous l'emprise de la dictature frivole des hommes. Rien pourtant n'est jamais acquis et. de rebondissements en révélations. William Wilkie Collins dresse le tableau féroce d'un monde où les femmes, heureusement possèdent une inépuisable endurance face à l'obscurantisme des lois..."

J'ai découvert ce livre parmi des dizaines d'autres alors qu'ils étaient à disposition du personnel de la bibliothèque, avant d'être envoyés au pilon (=détruits). La plupart des livres proposés étaient des romances sur fond historique, rien de bien à mon goût donc, mais ce livre avait l'air un peu différent, j'ai lu la quatrième de couverture et je me suis dit que je pouvais toujours tenter cette lecture. 

Les personnages au coeur de l'intrigue sont Blanche et Anne, deux jeunes femmes amies dont les mères étaient elles-mêmes amies, Arnold Brinkworth, dans la marine de commerce, et Geoffrey Delamayn, sportif d'envergure nationale. Anne s'est mise dans l'embarras (galipettes suivies de grossesse) avec Geoffrey, celui-ci lui a promis de se marier, mais il cherche plutôt à éviter ce mariage. Anne insiste et il lui promet de le faire : ils doivent alors se retrouver dans une auberge. Sauf que Geoffrey doit retourner à Londres où son père est mourant et il n'a aucun moyen de prévenir Anne qui est en train de l'attendre à l'auberge. Il envoie alors son ami Arnold -qui lui doit un service- porter un message à Anne pour la prévenir. Sauf que d'après le droit écossais, Arnold se retrouve marié à Anne, alors qu'il est fiancé à Blanche, ce que fait valoir Geoffrey pour se débarrasser d'Anne, quitte à perdre son meilleur ami.

J'ai plutôt bien aimée cette lecture même s'il c'est assez classique, qu'il y a quand même beaucoup de coïncidence et qu'on en vient à les pressentir assez vite, ce qui rend pas mal de passages prévisibles, mais globalement ce livre m'a paru intéressant notamment pour l'aspect tordu du droit du mariage en Écosse -qui sert de base à l'histoire- et pour la manière dont l'intrigue est construite. Au tout début, je craignais m'emmêler parmi les personnages parce que beaucoup apparaissent en peu de temps et on passe très vite d'une génération à la suivante, mais en fait, une fois les choses en place rien n'est ajouté donc on peu se lancer dans la lecture de l'intrigue sans craindre de se perdre. Au final toute l'histoire se tient parfaitement et tous les éléments, que ce soit l'intrigue à propos du mariage ou les critiques du sport, sont réutilisés et recoupés avec le reste. Bref, une lecture très agréable quand on apprécie les pavés littéraires du XIXe siècle (et j'apprécie de temps en temps).

Jusqu'à ce que la mort nous sépare, Hubert & Kerascoët (Miss pas touche, tome 4) (2009)

"Blanche revient au Pompadour après avoir été droguée. Sa situation devient de plus en plus compliquée d'autant qu'elle n'a aucune nouvelle du bel Antoine. Déterminée, elle part à sa recherche... Conclusion de ce second cycle d'une série plébiscitée par les médias et les lecteurs."

Nous retrouvons donc Blanche après la disparition de son fiancé, Antoine, et après la soirée d'inauguration du Pompadour où elle a été droguée par une des autres filles de la maison close. Blanche ne se rappelle pas ce qu'il s'est passé, c'est Miss Jo qui l'informe qu'elle est devenu complètement hystérique allant jusqu'à blesser gravement le propriétaire du Pompadour. Celui-ci la recherche d'ailleurs pour la corriger, Blanche doit donc se cacher pour ne pas subir de représailles, et ce alors qu'elle souhaite retrouver Antoine. Elle parvient à le localiser, mais elle découvre du même coup qu'il n'est pas celui qu'elle pensait qu'il était...

Encore un tome de Miss Pas Touche qui m'a plu : les querelles entre les filles du Pompadour se règlent, Blanche retrouve son fiancé et découvre ce qu'il est et la mère de  Blanche fait encore des siennes... La fin reste cependant ouverte, or ce tome est le dernier paru et je ne sais pas s'il y en aura un cinquième donc je m'interroge un peu sur le devenir de Blanche puisque la fin n'est pas particulièrement optimiste ni heureuse...

Monsieur de Phocas, Jean Lorrain (1901)

"Publié en 1901, Monsieur de Phocas, sans conteste l'une des oeuvres majeures de la littérature décadente, décrit les affres dans lesquelles se débat le duc de Fréneuse à la recherche d'une « certaine transparence glauque » qu'il guette dans les pierres précieuses, les portraits, les statues,les yeux de jeunes prostituées..."

J'ai découvert ce livre il y a deux ou trois ans, après un cours de littérature dans lequel il avait été question du décadentisme et de la production littéraire de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Depuis, je l'ai lu au moins deux fois, si ce n'est trois, donc c'est un livre que je connais déjà que lie.

Le personnage central de ce livre est le duc de la Fréneuse, alias, Monsieur de Phocas. Nous découvrons sa vie à travers un manuscrit qu'il confie à un proche, le narrateur, manuscrit dans lequel il confie sa maladie, ses vices, ses pensées et ses rencontres. "voilà des années que je souffre d'une chose bleue et verte" : voilà son problème, sa maladie, son obsession. Il cherche un éclat, une lueur, un reflet précis dans les regards des gens et des statues ainsi que dans les portraits et les pierres précieuses qu'il collectionne. Le duc de la Fréneuse est un homme riche entouré de mystère et sur lequel court de nombreuses rumeurs et légendes d'une vie scandaleuse. Et son entourage est à son image, comme par exemple son ami Claudius Ethal, peintre réputé pour empoisonner ses modèles et collectionneurs de masques.

Le décadentisme et le symbolisme, qui sont les courants artistiques de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, regroupent beaucoup d'auteurs et de peintres qui sont parmi mes favoris, donc inutile de dire que j'adore Monsieur de Phocas. Ce que j'apprécie, c'est l'ambiance étouffante et luxueuse qui s'en dégage, le goût pour les mystères de l'Orient, la préciosité du langage et l'aspect ornemental que l'on trouve aussi bien dans le fond (univers fastueux, œuvres d'art, descriptions d'objets précieux) que dans la forme (vers, mots rares). Tout cela est aussi ce qu'on peut reprocher à cet ouvrage -et à ceux du même courant- à savoir la lourdeur, peu d'intrigue et beaucoup de description, une atmosphère étouffante et délétère. Mais personnellement j'aime tout cela et ce livre me plaît donc énormément.

La maison du sommeil, Jonathan Coe (1997)

"De bien curieux événements se déroulent à Ashdown, inquiétante demeure perchée sur une falaise des côtes anglaises. Naguère, c'était une résidence universitaire, où se sont croisés Sarah la narcoleptique, Gregory le manipulateur, Veronica la passionnée, Robert l'amoureux transi, Terry le cinéphile fou. Leurs destins ont divergé, mais les spectres du passé continuent de hanter Ashdown, devenue une clinique où le sinistre docteur Dudden se livre à de monstrueuses expériences sur les troubles du sommeil. Par quelles mystérieuses coïncidences tous les personnages vont-ils s'y retrouver ? Et quelles transformations vont-ils y subir ?Une fresque foisonnante et rigoureuse, où l'illusion amoureuse va jusqu'à l'extrême limite de sa réalisation, et où la vérité sort toujours des rêves."

Ce livre se trouvait sur le chariot des livres retournés par la lecteurs et c'est son titre qui m'a interpellée (peut-être que c'était la fin de la journée et que j'étais fatiguée, du coup le mot sommeil a dû attirer mon attention) et la quatrième de couverture m'a convaincue de l'emprunter.

Le récit se passe pendant deux périodes différentes : 1983-84 et 1996, les deux époques alternants dans les chapitres. Aux deux époques, nous retrouvons les mêmes personnages et la même maison en bord de mer, Ashdown. Dans les années 1980, cette maison est aménagée comme résidence pour les étudiants. Y vivent notamment Sarah et Gregory, couple qui se sépare au début du livre, ainsi que Véronica, passionnée de théâtre qui suit des études d'économie, et Robert, qui vient d'arriver dans la maison. Dans les années 1990, Ashdown est devenu une clinique spécialisée dans le traitement des troubles du sommeil et est dirigée par Gregory, et les gens qui étaient liés à cette bâtisse vont se retrouver les uns les autres par les liens surprenants.

J'ai adoré ce livre que j'ai trouvé mieux que ce que ce à quoi je m'attendais. C'est à la fois triste et dramatique à cause des déceptions que connaissent certaines personnages, mais c'est aussi très drôle (la conversation à propos de Muriel, la lecture de l'article entre les médecins lors de la formation, les notes de bas de pages décalées). Et les liens entre les personnages sont fascinants à découvrir, au fur et à mesure de la lecture on attend de voir quelle pièce du puzzle va arriver et comment elle va s'insérer dans le récit, comment les éléments vont se recouper. Ce livre m'a donc beaucoup plu et me donne envie de découvrir d'autres livres de Jonathan Coe.

Le prince charmant, Hubert & Kerascoët (Miss pas touche, tome 3) (2008)

"Grande nouvelle : Blanche, personnage central de Miss pas touche, revient dans ce second diptyque plus touchant que jamais. Autre grande nouvelle : Blanche a, cette fois, rencontré l'homme de sa vie, le grand amour ! Enfin c'est ce qu'elle croit, les histoires d'amour ne se finissant pas toujours bien..."

Toujours dans la série de Miss Pas Touche, voici le troisième tome.

Blanche a donc réussi à faire élucider l'affaire du Boucher, ce tueur en série qui a notamment assassiné sa soeur. Elle travaille toujours au Pompadour où elle est réputé pour son rôle. Un jour, sa mère débarque à Paris, sans être au courant de la mort d'Agathe, son autre fille. Blanche lui apprend la nouvelle puis les deux se voient régulièrement puisque la mère s'installe à Paris. A côté de cela, Blanche attire l'attention d'un riche jeune homme, Antoine, qui la couvre de cadeaux et fini par la demander au mariage, au grand dam de sa famille. Mais ce jeune homme disparaît peu avant le mariage annoncé, laissant Blanche seule le soir de l'inauguration du Pompadour nouvellement décoré. Cette soirée va d'ailleurs bien mal se passer pour Blanche puisque les filles de la maison close qui ne la supportent pas trouvent un moyen de lui nuire.

J'ai bien aimé ce livre : je ne savais pas ce qu'il allait se passer après le deuxième tome qui résout l'enquête sur les meurtres, mais l'histoire continue avec l'arrivé du jeune riche et séduisant jeune homme qui souhaite épouser Blanche. Comme pour les tomes précédents, j'ai aussi bien aimé l'histoire que le dessin, les deux se lisant aisément.

Solitudes, Anne Bragance (2012)

"Une femme regarde un homme qui regarde la télévision. Il s'appelle Grégoire et passe ses journées, de l'autre côté de la rue, à s'empiffrer, assis dans un fauteuil face à ses écrans. Elle s'appelle Pénèle et, parce qu'elle est seule, parce qu'elle s'ennuie, elle observe son étrange voisin avec une curiosité qui bientôt devient intérêt obsédant.
Dès lors qu'elle fait de Grégoire le centre de sa vie, Pénèle l'espionne du matin au soir et se donne pour mission d'assurer le salut de cet homme prisonnier de sa geôle d'images et enkysté dans ses rituels solitaires. Emportée par sa passion naïve, elle va concevoir un projet merveilleux afin d'atteindre son objectif.
Mais chacun sait que le Mal s'amuse parfois à travailler dans le camp du Bien.
"

C'est parce que ce roman faisait partie d'une sélection de nouveautés réalisée par des collègues que j'en ai eu connaissance.

La narratrice est Pénèle Itakis, la soixantaine, ancienne documentaliste, sans mari, sans enfants, sans parents depuis qu'elle a six ans (ceux-ci étaient trapézistes et ont eu un accident du travail). Elle vit désormais dans une petite ville dans le sud de la France, au sixième étage d'un immeuble qu'il faut considérer comme sans ascenseur. Un jour, alors qu'elle s'occupe de ses capucines sur son balcon, elle voit arriver un camion de déménagement duquel sont sortis cinq téléviseurs, très peu de meubles et beaucoup de cartons. Intriguée, elle va observer cette installation, cela étant facilité par le fait que le nouvel arrivant, Grégoire Hamelin, habite dans l'immeuble d'en face, au sixième étage aussi, donc juste en face des fenêtres de Pénèle. Elle découvre ainsi que Grégoire passe ses journées devant la télévision à regarder des séries du type Dallas et Melrose Place, ce qui la chagrine un peu. Elle se fixe alors comme objectif de sortir Grégoire de cette vie qui n'en est pas une.

Quand j'ai commencé ce livre, j'ai trouvé que c'était plutôt bien, et j'étais curieuse de voir comment il évoluerait. Plus le livre avançait et plus je m'ennuyais : je trouvais que Pénèle se mêlait de ce qui ne la regardait pas et que ses actes perdaient en crédibilité, sans compter que les autres personnages et situations (Roseline, le mariage de Gabrielle) sont assez superficiels. Mais la fin, très surprenante, inattendue et soudaine, a répondu aux attentes que j'avais quand j'ai commencé cette lecture. Une fois le livre terminé, j'ai trouvé que Pénèle Itakis était un peu comme une Amélie Poulain, pleine de bonnes intentions, qui se trouve confronté à un monde pas idéalisé, d'où la mauvaise surprise à la fin. Bref, finalement, ce livre est plutôt bien puisque la fin rattrape ce qui précède.

Mauvais genre, Naomi Alderman (2010)

"James Stieff est admis dans la prestigieuse université d'Oxford. Il y rencontre Franny, Simon, Jessica, tout un groupe d'amis qui s'installe dans la maison du séduisant (et manipulateur) Mark Winters. Mauvais genre raconte les premières amours, les soirées inoubliables, mais aussi le désenchantement et les bouleversements intimes de cet âge de déraison qu'est la jeunesse. Avec un talent hors du commun, Naomi Alderman révèle la perversité cachée derrière les façades impeccables d'Oxford, ce monde faussement exemplaire qui prépare à tout sauf à la réalité."

J'ai découvert l'existence de ce livre dans une liste de conseils de lectures réalisée par des collègues. Ce livre a fait partie de ceux susceptibles de m'intéresser, donc j'ai été le récupérer.

Le narrateur et personnage principal de ce roman est James Stieff, brillant étudiant venant d'arriver à Oxford avec toutes ces espérances et également plein d'illusions quant à cette prestigieuse université. Sauf qu'il réalise assez rapidement que maintenir l'excellent niveau qu'il avait au lycée va lui demander de fournir beaucoup d'efforts, efforts qu'il ne sera que difficilement à même de fournir puisque non seulement il va se casser une jambe lors d'un footing mais en plus il va rencontrer un groupe d'amis qui va lui détourner l'attention. Au centre de ce groupe, Mark, riche étudiant désinvolte qui a le privilège de vivre dans une grande maison près du campus, personnage troublant et manifestement un peu dérangé, mais aussi Jess qui va devenir la copine de James.

J'ai bien aimé ce livre pour plusieurs raisons. Déjà, ça se passe à Oxford, or j'ai un faible pour non seulement la Grande Bretagne, mais aussi pour l'atmosphère de ces vieilles universités corporatistes (même si là, cet univers prestigieux en prend pour son grade), mais aussi parce que nous suivons les personnages sur une longue période. Il ne s'agit pas que de leurs études, ou plutôt de ce qu'il se passe à-côté de leurs études : nous les retrouvons ensuite dans leur vie d'adulte avec l'entrée dans le monde professionnel et la vie en couple. J'ai trouvé les personnages et les relations entre eux très bien construits d'ailleurs, il faut dire qu'il s'agit du principal sujet du livre aussi. Bref, un thriller psychologique plaisant à lire.

Du sang sur les mains, Hubert & Kerascoët (Miss pas touche, tome 2) (2007)

"Après la mort de sa soeur, Blanche continue de mener son enquête dans une maison close, «le Pompadour», qui semble avoir un lien avec cette disparition.
Blanche y fait la connaissance de personnages souvent hauts en couleur et, parfois, particulièrement inquiétants, comme celui que l'on appelle «Monsieur ». Blanche pense avoir affaire à l'assassin de sa soeur, mais rien n'est vraiment sûr. Et que penser de « Joli Coeur », autre personnage dangereux, tout comme « Le Rouquin » qui s'avère tout aussi tordu ? Et que dire de Judith qui semble tenir les filles d'une main de fer sans publier l'énigmatique Miss Jo dont le rôle sera ici déterminant ? D'abord apparue comme une oie innocente, Blanche basculera elle-même dans une violence irréversible, prête à tout pour découvrir enfin la vérité...
"

Dans ce deuxième tome de la série Miss Pas Touche, nous retrouvons Blanche dans la maison close du Pompadour. Elle mène toujours son enquête pour savoir qui a assassinée sa soeur, le tout sur fond de rivalités avec les autres filles. Blanche parvient d'ailleurs à faire expulser une des filles qui s'en prenait à Annette, dont elle partage la chambre. En plus de cela, le climat politique n'est pas favorable aux maisons closes puisque le tueur s'en prenant aux prostitués, les parties conservateurs souhaitent un retour à la morale et donc une fermeture de ce type d'établissement. Mais aussi discrètement que possible Blanche fait ses recherches. Et un jour, lors d'une permission qu'elle met à profit pour enquêter, elle s'aperçoit qu'elle est suivie par le rouquin, un des deux meurtriers. Et cela dégénère. Mlle Jo, une autre fille de la maison qui protège Blanche s'aperçoit que quelque chose ne va pas et va alors aider Blanche dans son enquête.

J'ai appréciée cette lecture autant que la précédente de cette série. Encore une fois l'intrigue n'a rien d'exceptionnel, mais elle est cohérente et bien écrite, et puis le dessin me plaît toujours autant. Je suis donc impatiente de lire le tome trois, et curieuse aussi de voir ce qu'il va se passer puisque le tome deux boucle l'enquête.

Une chambre à soi, Virginia Woolf (1929)

"« Je sais vous m'avez demandé de parler des femmes et du roman. Quel rapport, allez-vous me dire, existe-t-il entre ce sujet et une "chambre à soi" ? », interroge Virginia Woolf en ouverture d'une conférence sur le féminisme qu'elle dispensa aux étudiantes de l'université de Cambridge. Avec une irritation voilée d'ironie, Virginia Woolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu'à une époque toute récente, les femmes ont été savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, par voie de conséquence, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi."

Ce livre est un classique de la production littéraire de la Grande Bretagne et Virginia Woolf une auteur connue et reconnue, donc j'avais déjà à maintes reprises entendu parler aussi bien de la femme que du livre. Donc quand ce-dernier m'est passé entre les mains, je n'ai pas hésité une seconde : je me devais de lire ce livre incontournable.

Ce texte, entre essai et autobiographie, a été rédigé alors que Virginia Woolf devait travailler sur une conférence sur les femmes et le roman. Elle commence par s'interroger sur le sujet même de la conférence qu'elle doit réaliser puisque c'est très vaste. Et ensuite elle nous fait part de ses interrogations et constatations aux fil de ses pensées, réflexions et travaux de recherches. Elle voit que jusqu'au XVIIIe siècle, les femmes n'écrivaient pas puisqu'elle se trouvaient cantonnées à des tâches subalternes et dépendantes des hommes, et que même si elle écrivaient, elles n'étaient pas prises au sérieux et leurs aspirations étaient rabaissées, considérées comme une marotte voire de la folie quand elles s'obstinaient. Elle met donc en avant le fait que pour qu'une femme puisse écrire, il faut qu'elle puisse être indépendante sur le plan matériel, or, cela est une possibilité récente au moment où ce livre a été écrit.

J'ai beaucoup aimé ce livre, adoré même. Il ne s'agit pas d'un essai, mais il s'agit tout de même de réflexion et d'analyse. Nous n'avons pas de réponses dans de ce livre, pas d'historiques justifié par de nombreuses notes et références, mais beaucoup de pistes et quelques citations. Ce livre soulève de très intéressantes questions et amène à réfléchir sur le fait que ce n'est que très récemment que les femmes ont pu endosser le rôle d'écrivain. Ce bref livre est donc une lecture que je conseille vivement car très intéressante !

Sois près de moi, Andrew O'Hagan (2006)

"Le père David Anderton, 57 ans, s'ins­talle dans la petite ville ouvrière de Dalgarnock, en Ecosse, pour prendre en charge la paroisse. Arrivant d'An­gleterre, il se heurte à l'hostilité de ses concitoyens et peine à trouver sa place dans cet univers si éloigné du sien. Il se lie néanmoins avec Mark et Lisa, deux adolescents rebelles, ainsi qu'avec son étonnante gouvernante, Mrs Poole. Mais son amitié avec le jeune homme éveille une certaine suspicion. Le père David devient alors la cible de l'hystérie collective...
Dans ses moments de solitude, il est submergé par les réminiscences de son enfance et de ses études à Oxford dans les années 1960, en plein coeur des révoltes estudiantines. Il porte un regard amer sur ses amours et ses idéaux perdus
."

Encore un livre d'Andrew O'Hagan, auteur dont j'ai déjà lu et apprécié deux livres et dont j'ai envie de découvrir un peu plus la bibliographie.

Le personnage principal est le père David, Anglais qui s'installe en Écosse. Son arrivée n'est pas très bien acceptée parce qu'il ne ressemble pas aux gens de sa paroisse : il vient d'Angleterre, il a des goûts pointus qui le font passer pour snob, etc. Il parvient malgré tout à se lier un peu, notamment à sa gouvernante, Mrs Poole, dont la vie ne lui a pas offert le raffinement auquel elle aspirait, et à deux adolescents, Mark et Lisa, que David rencontre dans une école où il intervient. Mais la relation qu'il a avec ces deux derniers va bien plus loin que ce à quoi on peut s'attendre, notamment avec Mark. Et un matin, alors que Mrs Poole arrive chez le père David, elle le trouve sur le canapé, endormi avec Mark, ce qui déclenche alors des accusations de la part de toute la population qui attendait de toute façon le moindre faux pas pour exclure de leur communauté cet homme si différent d'eux.

J'ai trouvé les thèmes abordés dans ce livre intéressant : la pédophilie, l'amitié adulte-adolescent, l'intolérance aux différences au sein d'une communauté, etc. Par contre, j'ai trouvé le livre un peu confus, notamment au début où j'ai eu du mal à comprendre de quoi et qui il s'agissait, c'était un peu embrouillé. Et par la suite, une fois les lieux et les personnages bien identifiés, je n'ai pas réussi à m'attacher à eux à me plonger dans l'histoire. Andrew O'Hagan, dans tous les livres que j'ai lu de lui, nous parle surtout de l’Écosse, et il le fait très bien d'ailleurs, mais ici, c'est au détriment de l'histoire qui paraît artificielle, sans vie. Donc autant les autres livres que j'ai lu de lui m'ont plus, autant celui-ci me déçoit par son manque d'ardeur et de vivacité.

La vierge du bordel, Hubert & Kerascoët (Miss pas touche, tome 1) (2006)

"Quand deux jeunes filles de province débarquent dans le Paris des années 30 pour chercher du travail, elles n'ont pas l'embarras du choix : elles deviennent bonnes à tout faire dans la haute société. C'est le lot d'Agathe et de Blanche, deux soeurs qui astiquent, lavent et récurent chez une patronne très comme il faut.
Autant Agathe est légère et insouciante, autant Blanche est prude et timide. Et quand sa soeur va guincher sur les bords de Marne à la recherche du prince charmant, Blanche l'attend dans leur chambre nichée sous les toits.
Une nuit, Blanche entend des bruits bizarres dans une pièce de l'immeuble mitoyen – chose étrange, le dit immeuble étant muré pour insalubrité. Curieuse comme pas deux, elle creuse un trou pour en savoir plus. Et découvre une scène horrible : une fille mutilée réduite à l'état de macchabée. Et si c'était un nouveau crime du sinistre « Boucher des guinguettes » ? A son retour, elle en parle à sa soeur. Mais Agathe a tout juste le temps de glisser un oeil à son tour avant de recevoir une balle... « Suicide », dit la police. Puisque c'est comme ça, Blanche mènera l'enquête toute seule.
"

J'ai déjà lus plusieurs ouvrages de Kerascoët et Hubert, et à chaque fois j'ai beaucoup aimé, aussi bien les scénarios et que le dessin. Donc quand j'ai vu que nous avions quatre tomes d'une série réalisée par ces auteurs, je n'ai pas résisté à la tentation de les lire !

Agathe et Blanche sont deux soeurs qui travaillent comme bonnes à Paris dans les années 1930. Agathe aime sortir avec son amie Eugénie, et ce malgré la présence dans les parages d'un tueur en série, le Boucher, qui assassine et découpe des jeunes femmes. Une nuit, alors qu'Agathe et Eugénie sont partis à la guinguette, Agathe est témoin d'un des meurtres du Boucher dans le bâtiment d'à-côté, elle s'enfuit alors pour attendre le retour de sa soeur et la prévenir. Cette dernière ne tient pas compte de la panique de Blanche, monte dans la chambre et se fait tuer. Blanche se retrouve donc seul, elle perd son emploi parce que sa situation est trop scandaleuse pour son employeuse. Elle finit par se retrouver embauchée dans une maison close, la Pompadour, bien qu'elle soit vierge, pour jouer le rôle de la bonne anglaise dominatrice. Naïve et fuyant les contacts physiques, elle est surnommée Miss Pas Touche par les autres filles. Cherchant à trouver les coupables du meurtre de sa soeur et des autres prostituée, dont peut-être une du Pompadour.

J'ai beaucoup aimé cette bande-dessinée : le dessin est clair et fluide, il s'agit de meurtre, mais c'est coloré, et puis il y a deux intrigues : celles des meurtres et celle de la vie dans une maison close. Bref, une lecture agréable qui m'incite à lire le tome 2 de cette série.

Les coulisses de la grande distribution, Christian Jacquiau (2000)

"La France est le pays d'Europe qui compte le plus grand nombre d'hyper et de supermarchés par habitant. Les richissimes groupes qui contrôlent la grande distribution ont prospéré dans un cadre législatif bâti sur mesure, qui les a protégés de la concurrence internationale et qu'ils se sont néanmoins permis de violer lorsque leurs intérêts se trouvaient menacés, avec la complicité d'élus trop souvent corrompus.
Au nom du mythe des "prix bas ", les pousseurs de chariots à roulettes ont laissé se mettre en place une machine infernale, largement responsable du règne de la "mal bouffe", de la standardisation de la consommation et de l'appauvrissement économique. Or, voici que la grande distribution s'attaque à présent à de nouveaux secteurs comme le voyage, l'informatique, la téléphonie et automobile, mais surtout la banque et les assurances, menaçant de détruire à nouveau des milliers d'emplois.
"

C'est par hasard que j'ai découvert ce livre, alors qu'il faisait partie d'une pile d'ouvrages venants d'être rendus par un lecteur de la bibliothèque.

Ce livre a pour but de mettre à jour les pratiques des grandes surfaces en ce qui concerne les négociations de prix auprès des fournisseurs, de la pression qui est mise sur chaque maillon pour augmenter leur marge et diminuer les autres coûts, les chantages et techniques de manipulation pour obtenir les meilleures conditions de vente -pour eux évidemment-, la corruption et le déni des lois quand il s'agit de s'installer quelque part ou de se limiter à une surface donnée, etc, et tout cela au détriment de l'économie nationale, de la qualité de l'emploi, de la pérennité du pouvoir d'achat des consommateurs, de la concurrence et de la diversité de l'offre.

Le livre est plutôt intéressant, mais j'ai tout de même eu deux principales déceptions. La première m'est apparu lorsque j'ai constaté que les sommes étaient exprimées en francs, j'ai donc regardé la date de première publication et j'ai vu que ce livre a été publié en 2000, c'est-à-dire il y a douze ans, ce qui commence peut-être à faire beaucoup puisque pas mal de choses ont changé dans l'économie et dans le domaine du commerce (développement du discount, services par Internet,...). La seconde, et ça ce n'est pas la faute du livre, c'est qu'il s'agit d'un livre qui traite d'économie. J'aurais dû être plus attentive avant d'emprunter le livre puisque je n'ai pas vraiment fait attention et j'ai pensé que ça parlerait pas mal de sociologie, des astuces des grandes surfaces pour nous faire suivre un chemin particulier dans le magasin, de l'organisation des rayons, des sons et des odeurs, etc, qui nous poussent à acheter. Or, que nenni de tout ceci, il s'agit d'économie, de droit et de politique pour l'essentiel, et avouons-le, je suis plutôt hermétiques à ces sujets... Ce texte m'a cependant intéressée à plusieurs reprises, j'ai appris des choses, mais quelques passages m'ont plutôt ennuyée puisque traitant de sujets que je ne comprends pas ou qui ne m'intéressent pas.

La chair de l'araignée, Hubert & Marie Caillou (2010)

"En passant d’un désintérêt bénin à un dégoût violent de leur corps, une jeune femme et un jeune homme sont tombés malades : ils ne s’alimentent pas suffisamment et mettent leur santé en danger. Sur le palier du psy, ces deux-là finissent par se croiser, et se comprennent, forcément.L’amitié va-t-elle leur permettre de sortir de cette spirale morbide ?"

Voici un livre que j'ai découvert par hasard, comme son titre et sa couverture étaient intriguant, j'ai regardé de plus près de quoi il s'agissait, et comme ça avait l'air pas mal, je l'ai lu.

L'intrigue est autour de deux personnages, deux jeunes adultes, un homme et une femme, souffrant tous les deux de troubles du comportement alimentaire, à savoir anorexie et boulimie. Ils vivent chacun au milieu de leurs rituels et de leurs manies, sont très seuls et la situation est tendue avec leur famille, mais ont aussi des différences, notamment dans les raisons de leur maladie. Ils se croisent par hasard chez leur psychiatre alors que le rendez-vous de l'une avait été déplacé et se retrouve juste avant le rendez-vous de l'autre.

J'ai plutôt bien apprécié cette bande-dessinée, pourtant, je ne suis pas parvenu à m'investir vraiment dans la lecture : il y a une impression de froideur et de distance qui, certes, correspond au propos et aux personnages, mais du coup, on ne s'attache pas à ces derniers ni au livre globalement. Il faut dire que le dessin a un aspect rigoureux et artificiel, les couleurs sont froides et/ou légèrement passées et la fin déstabilisante. Du coup, j'ai un avis mitigé sur ce livre : il se lit bien, mais je n'ai pas accroché.

Expiation, Ian McEwan (2001)

"Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Finis les contes de fées et les mélodrames de l'enfance. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour ne se recroiser que cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. La brutalité du réel va faire mûrir Briony. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance ?"

Il y a peu de temps, j'ai lu un roman de Ian Mc Ewan, Solaire (article ici), roman qui m'a plu. En regardant sa bibliographie, j'ai noté qu'un de ses romans, Expiation, avait été adapté au cinéma il y a quelques années. Je n'ai pas vu le film en question, mais j'avais eu connaissance de son existence lors de sa sortie. En tout cas, je me suis dit que lire le livre pouvait peut-être en valoir la peine. Donc je l'ai emprunté puis lu.

L'histoire commence pendant l'été 1935, en Angleterre et a pour personnage central Briony, une préadolescente, benjamine de la famille qui compte déjà un garçon, Léon, et une fille, Cecilia. Cet été-là, leurs cousins, Lola, Jackson et Pierrot, doivent venir passer quelques temps dans le manoir familial. En prévision de cette réunion de famille, Briony, qui veut devenir écrivain, écrit une pièce de théâtre. Mais tout cela tombe à l'eau malgré ses préparatifs, alors qu'elle surprend sa soeur, Cecilia, et le fils d'une domestique, Robbie, lors d'une scène étrange et incompréhensible, puis lorsqu'elle lit un mot qu'elle était censé porter, et encore plus tard dans la même journée, alors qu'elle les surprend tous les deux dans la bibliothèque dans une situation qu'elle interprète mal. Ayant mal compris ce qu'il se passait, elle accusera alors Robbie d'être le coupable du drame qui se déroule dans la nuit.

J'ai trouvé le sujet de ce roman très intéressant, l'histoire elle-même a un très bon potentiel, mais c'est la manière dont c'est écrit qui ne m'a pas du tout plu : j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de longueur, que le rythme était trop lent, trop mou, que les évènements sont mal répartis en terme de pages qui leur sont consacrés (trop peu sur l'accusation de Briony, ce qu'elle ressent, ce qu'elle pense de ses actes avec le recul, etc). J'ai donc eu du mal à m'immerger dans cette lecture, et une fois dedans j'ai trouvé cette lecture laborieuse, et ce alors qu'il y avait de quoi m’intéresser au niveau de l'intrigue et des sujets abordés. Bref, une déception.

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