L'adieu au corps, David Le Breton (1999)

"David Le Breton montre de manière radicale comment "l'extrême contemporain" condamne le corps, "si peu à la hauteur des avancées technologiques de ces dernières décennies", un corps qui de plus en plus est vécu comme un membre surnuméraire qu'il faudrait supprimer. Mettant le corps moderne en perspective, il montre que dans le discours scientifique contemporain, le corps est pensé comme une matière indifférente, simple support de la personne, à tel point "qu'il devient un objet à disposition sur lequel agir afin de l'améliorer, une matière première où se dilue l'identité personnelle et non plus une racine identitaire de l'homme.""

C'est en faisant une recherche par thème m'intéressant que je suis tombé sur ce livre. Comme il semblait correspondre à mes questionnements et intérêts, je l'ai emprunté pour le lire.

Dans ce livre, David Le Breton aborde la place du corps dans la société actuelle : que ce soit à travers la procréation médicalement assistée, les enfants conçus pour guérir leur frère ou soeur, les tatouages et les piercing, l'art extrême ayant le corps comme support, le cyberespace, les prothèses et extensions du corps, etc. Et dans tous ces domaines, on voit que le corps est une gêne, un poids, un support nécessaire mais dont on n'aimerait se passer car il est imparfait et mortel, bien inférieur à ce que la science et la technologie peuvent aujourd'hui nous offrir.

Au final j'ai trouvé ce livre intéressant, bien qu'inégal. En effet, certains passages m'ont parus très pertinent et clairs tandis que je me suis un peu perdus dans d'autres à cause de références à des auteurs ou des concepts qui me sont inconnus. En plus de cela, les passages concernant les nouvelles technologies et l'informatique sont quelque peu obsolètes puisque ce livre a été publié en 1999, donc les choses ont eu le temps de changer depuis.

Noir de lune, Alice Sebold (2007)

"Comment survivre au matricide ? Pendant les vingt-quatre heures qui vont suivre, Helen Knightly se réfugie dans ses souvenirs... Surgissent alors les images d'une enfance passée auprès d'une femme splendide et démente, impitoyable et fragile, qui s'enfonce volontairement dans la maladie. Même après le meurtre, l'amour-haine que Helen voue à sa mère est toujours vivace. Et l'angoisse monte, inéluctablement... "

Il y a quelques années, j'avais lu La nostalgie de l'ange d'Alice Sebold, livre qui avait connu un certain succès (et qui a été adapté au cinéma depuis il me semble). J'avais bien aimé donc quand j'ai vu un autre livre de cette même auteur me passer entre les mains, cela a attiré mon attention, et comme la quatrième de couverture avait l'air pas trop mal, sans être exceptionnellement tentante cependant, je me suis dit que je pouvais tout de même lire ce livre, ce que j'ai fait donc.

Le personnage principal  de ce livre est Helen, une femme dans la cinquantaine qui a deux filles, qui s'occupe de sa mère, et qui pose comme modèle pour des étudiants des beaux-arts. Lorsque le livre commence, Helen se trouve chez sa mère et, lassée, elle l'étouffe. Cette lassitude est l'accumulation de décennies à supporter une mère malade et recluse, situation à laquelle s'est ajoutée la vieillesse et la dépendance que cela implique. Désorientée, elle cache le cadavre dans le congélateur de la cave, sans vraiment savoir quoi faire puisque les voisins vont rapidement poser des questions sur l'absence de sa mère...

Au final, j'avoue que j'ai eu du mal à finir ce livre, et à le lire tout court d'ailleurs. Dès le début ma lecture a été laborieuse parce que le style n'était pas fluide, l'histoire un peu sordide et écœurante et même dans la narration je me perdais puisqu'il était fait allusion à des personnages que je n'arrivais pas à situer (famille ? ami ? jeune ? vieux ?), donc tout cela réuni ne fait pas un très bon mélange... Mais comme j'ai pour principe de toujours terminer un livre que je commence, j'ai continué ma lecture jusqu'à la dernière page. Et même si au fil du livre les choses deviennent un peu moins pire, j'avoue que je n'ai pas apprécié le livre puisque je ne me suis attachée à aucun personnage, j'ai trouvé que la relation mère-fille aurait pu être mieux exploitée, à deux degré en plus : Helen et sa mère, Helen et ses filles. Bref, une lecture dont j'aurais pu me passer.

Sans parler du chien, Connie Willis (1997)

"Au XXIe siècle, le professeur Dunworthy dirige une équipe d'historiens qui utilisent des transmetteurs temporels pour voyager dans le temps. Ned Henry, l'un deux, effectue ainsi d'incessantes navettes vers le passé pour récolter un maximum d'informations sur la cathédrale de Coventry, détruite par un raid aérien nazi. Or c'est à ce même Henry, épuisé par ses voyages et passablement déphasé, que Dunworthy confie la tâche de corriger un paradoxe temporel provoqué par une de ses collègues, qui a sauvé un chat de la noyade en 1888 et l'a ramené par inadvertance avec elle dans le futur. Or l'incongruité de la rencontre de ce matou voyageur avec un chien victorien pourrait bien remettre en cause... la survie de l'humanité !"

J'ai appris l'existence de ce livre sur le blog Le Rose et le Noir dans un article où il était question de livres qui avait tout pour plaire à l'auteur de ce blog et qui au final ne lui ont pas plus. Et parmi ces livres, il était question de Sans parler du chien, livre était également susceptible de me plaire, donc malgré l'avis défavorable qui lui était associé, j'ai quand même voulu le lire.

Le livre commence dans les décombres de la cathédrale de Coventry, alors que Ned Henry tente de localiser l'emplacement de la potiche, un vase moche, après des bombardements. Ned se trouve à cet endroit après un voyage dans le temps puisqu'il vient du futur (2057) et qu'il est là en mission. En effet, l'autoritaire et exigeante Lady Schrapnell souhaite recréer à l'identique la cathédrale de Coventry, et elle exige que chaque détail soit parfait, quitte à tyranniser toute personne qui croise son chemin et à faire fi des recommandations. C'est un peu à cause de tout cela que Ned se retrouve finalement envoyé à l'époque victorienne avec une mission incomprise et alors qu'il est complètement déphasé à cause de trop nombreux voyages dans le temps sur une courte période.

Dès le début j'ai eu un gros doute sur ce livre parce que je ne comprenais absolument rien à ce qu'il se passait et à qui était qui, ce qui m'a fait craindre le pire quant à la suite du livre. Au final mon avis est partagé parce qu'au niveau de l'intrigue, tout s'éclaire assez vite et on finit par s'y retrouver, mais je trouve que la narration est embrouillée, presque confuse, j'ai souvent été obligée de relire certains passage pour comprendre ce que je lisais. Pourtant, les thèmes, l'atmosphère, les époques, l'humour, etc, ont tout pour me plaire, le sujet du voyage dans le temps est traité de manière cohérente -bien qu'un peu technique parfois-, mais c'est la forme, la manière dont c'est écrit qui m'a déstabilisée et qui a rendu ma lecture laborieuse. Au final, j'ai donc été déçue par cette lecture qui avait pourtant le potentiel pour me séduire.

Les pingouins n'ont jamais froid, Andreï Kourkov (2002)

"Victor, de retour d'Antarctique, n'a qu'une idée en tête : retrouver son pingouin Micha, qui a atterri dans le zoo personnel d'un richissime Moscovite. Victor parcourt l'Ukraine et la Russie et s'aventure jusque dans les plus sombres recoins de la Tchétchénie.En funambule virtuose, Kourkov sillonne le gouffre qui sépare le rire du drame avec une aisance incomparable."

Ce livre est la suite du Pingouin (article ici), roman que j'avais beaucoup aimé lorsque je l'avais lu, donc il était à peu près inévitable que je ne lise pas la suite.

Nous retrouvons donc Victor qui revient de sa fuite dans le Pôle Sud avec une mission que lui a confiée un banquier mourant qui était également en fuite dans le pôle et la volonté de retrouver Micha, son pingouin domestique. Pour retrouver ce dernier, Victor se rend aux enterrements car avant de partir en Antarctique, Micha était demandé pour ce genre de prestation. Lors de funérailles, où il ne connaît personne puisqu'il n'est là que pour chercher son pingouin, il est attrapé par des vigiles (puisqu'il est inconnu). Il parvient à expliquer la raison de sa présence dans ce cimetière, ce qui le blanchi, mais du même coup, il est recruté par un candidat député afin de travailler dans l'équipe qui prépare sa campagne.

J'ai également apprécié ce second volet des aventures de Victor et Micha, même si je ne l'ai pas trouvé aussi bien que le premier. Ici, Micha est absent pendant presque toute l'histoire puisqu'une des intrigues est sa recherche. Par ailleurs, la politique est un peu plus présente dans ce tome-ci, ce qui le rend un chouïa plus austère. Néanmoins, j'ai beaucoup aimé les personnages, les quiproquos et les aventures rocambolesques de Victor, il y a beaucoup d'humour dans ce livre. Donc pas aussi bien que le premier livre, mais bon quand même !

Le crieur de nuit, Nelly Alard (2010)

"J'ai appris la nouvelle ce matin, en écoutant le répondeur. Isa disait : Papa est décédé. Je me suis fait couler un café et je l'ai rappelée, puis j'ai composé le numéro d'Air France. Thierry est entré en bâillant, m'a regardée et a dit : Qu'est-ce qui se passe? J'ai répondu : Papa est mort. Isa dit : décédé. Moi je dis : mort. Je ne vois pas pourquoi je prendrais des gants. Depuis le temps que l'idée de la mort m'accompagne, je ne dirais pas qu'elle m'est devenue familière, non, mais j'ai quand même le droit de l'appeler par son nom.
Tu es mort. Enfin.

J'ai emprunté ce livre après en avoir lu la quatrième de couverture -qui m'a intéressée- et parce qu'il n'est pas trop épais, ce qui n'est pas vraiment un critère pour moi, mais qui en l’occurrence, vu les piles de livre qui encombrent mon bureau, a achevé de me convaincre.

Ce roman ce déroule sur sept jours, depuis l'annonce du décès du père d'Isa jusqu'au dimanche, au départ des enfants de chez leur mère après l'enterrement. Isa est donc la narratrice, une femme qui s'est construite dans l'humiliation et la servilité face à un père au tempérament difficile, coléreux. Mais toute la famille a subi l'influence de ce tyran domestique : Isa, son frère, sa soeur, sa mère. Tous se retrouvent pour l'enterrement et pendant ce quelques jours passés ensemble à préparer l'enterrement, Isa va se remémorer certains épisodes de sa vie en rapport avec son père, cet homme sans passion, invivable et difficile à aimer.

Je savais déjà dès la lecture de la quatrième de couverture que ce livre aborde des thèmes qui me concernent ou qui font écho à ma vie, et j'ai été surprise de voir qu'il y en avait d'autres dans ce roman, mais pour autant je n'ai pas accroché au livre parce que ce que raconte la narratrice n'a aucun rapport avec ma propre expérience, c'est complètement différent. Du coup ce livre ne m'a pas autant plu que ce à quoi je m'attendais à la lecture du synopsis. Néanmoins, j'ai tout de même apprécié le côté absurde de la logistique de l'enterrement (la réorganisation du caveau, l'écriture de l'éloge funèbre) et la manière dont est racontée la vie en présence d'un être despote et lunatique. Un livre qui se lit bien donc, mais qui ne me sera pas inoubliable.

Les garde-fous, Frédéric Bézian (2007)

"A Barcelone, le corps flottait dans la piscine privée de l'immeuble. A Gibraltar, dans un bassin du port. A Naples, dans une fontaine... Notre villa est la plus isolée, par ici..."

J'ai découvert cette bande-dessinée un matin en faisant le rangement des bandes-dessinées à la bibliothèque, parce qu'elle n'était pas à sa place, du coup, en la remettant au bon endroit, j'ai pu voir la couverture qui m'a beaucoup plu. Mais comme j'ai actuellement plein de livres en attente d'être lus sur mon bureau, je me suis dit que je n'allais à y ajouter celui-ci, et puis je me suis dit que ce n'était qu'une bande-dessinée, donc je pourrais la lire pendant une pause déjeuner, ce qui ne retarderait pas les autres lectures. Et donc je l'ai empruntée.

L'intrigue se déroule chez Alice et Boris, un couple argenté travaillant dans l'édition et vivant dans une magnifique maison au bord d'un lac. Alors que le couple reçoit du beau monde pour fêter la sortie d'un livre, un inspecteur de police contacte Boris. En effet, un tueur en série, surnommé Boone, sévit en Europe et se paie le luxe de narguer les enquêteurs. Or, d'après les informations dont dispose la police, il se pourrait fort que Boone ait planifié de s'en prendre à Alice, notamment à cause de la localisation de la maison. S'ensuit alors un huis-clos pour savoir qui est Boone et comment il envisage d'accéder à la maison qui n'a que deux accès : le lac et un tunnel surveillé.

Ce livre est donc un thriller, mais cet aspect est assez classique et n'a ici rien de très original. Ce qui fait l'identité de ce livre, c'est clairement son graphisme : les dessins sont magnifiques. La maison d'Alice et Boris est omniprésente avec ses perspectives, ses lignes de fuite, ses angles et ses grands espaces vides. Il s'en dégage une sensation d'oppression, de vide, de froid, d'austérité, impression renforcée par l'environnement de la maison : la forêt noire aux arbres décharnés et l'eau partout autour. Bref, Les garde-fous est un livre qui se regarde autant qu'il se lit.

Unbearable lightness, Portia de Rossi (2010)

"In scalding prose, Portia de Rossi reveals the pain and illness that haunted her for decades. She alternately starved herself and binged, putting her life in danger and lying to herself and everyone around her about the depth of her illness. From her lowest point, Portia began the painful climb back to health and happiness, ultimately falling head over heels in love with Ellen DeGeneres. In this remarkable and landmark book, she tells a story that inspires hope and nourishes the spirit."

J'avais lu pas mal de bonnes critiques à propos de ce témoignage et, plus globalement, j'avais pas mal entendu parler de ce livre. J'étais toutefois assez sceptique quant à son contenu puisque l'auteur, Portia de Rossi, est une actrice, notamment connue pour son rôle dans la série Ally McBeal, ce qui me faisait craindre un ouvrage superficiel. Par contre, cet ouvrage n'ayant pas été traduit en français, c'est en anglais que je l'ai lu.

Ce livre est donc un témoignage sur les troubles du comportement alimentaire, mais aussi sur l'homosexualité et le fait d'assumer ce que l'on est. Portia de Rossi nous raconte donc ses débuts dans le mannequinat à 12 ans et les cycles de privations avant chaque travail et les excès le reste du temps. Malgré cela, elle parvient à faire carrière, à se marier puis à divorcer, et à s'orienter vers le cinéma, décrochant notamment un rôle dans une série connue : Ally McBeal. Une fois recrutée, la pression sur ses épaules augmente : il faut qu'elle soit mince, qu'elle rentre dans les costumes sélectionnés, et surtout, il lui faut cacher son homosexualité puisque désormais elle a une petite notoriété qui l'expose, et si cela venait à se savoir, elle est persuadée que sa carrière s'en trouverait stoppée. Elle cherche donc à être professionnelle, à ne rien faire qui puisse nuire à sa carrière ou dont elle aurait honte, elle cherche à correspondre au regard des autres plutôt qu'à être épanouie et elle-même.

J'ai bien aimé cette lecture, même si j'avoue que le contexte de la télévision et du cinéma ne m'intéressent que peu. Mais j'ai apprécié la manière qu'a Portia de Rossi de raconter ses excès alimentaires, sa vision biaisée de son corps, la peur que son attirance pour les femmes soit connue, son angoisse de perdre le contrôle, les sacrifices et les mensonges auxquels elle est amenée pour protéger sa maladie, etc. J'ai trouvé que son témoignage sur les troubles du comportement alimentaire reflétait bien la réalité de la manière de penser et d'agir sous leur influence et que la manière dont elle parle de son homosexualité et de la peur que ça se sache -ce qui l'empêche d'être elle-même- était intéressant. Bref, ce livre correspond aux critiques que j'avais lues à son propos : c'est un témoignage réaliste et touchant qui se lit aisément.

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, Stieg Larsson (Millenium, tome 2) (2006)

"Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millenium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre histoire de prostituées exportées des pays de l’Est. Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée. Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n’est pas ce qu’on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes enquêtaient pour Millenium. Pire que tout, la police et les médias traquent bientôt Lisbeth, coupable toute désignée et qu’on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé. Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d’un maniaque et qui survivait en rêvant d’un bidon d’essence et d’une allumette ? S’agissait-il d’une des filles des pays de l’Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ?"

Après l'écoute du premier tome de la série Millenium, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (article ici), c'est logiquement que je me suis lancée dans la suite de la série, toujours sous forme du livre audio.

Ce deuxième tome est beaucoup plus centré sur Lisbeth Salander, personnage que nous avions découvert dans le premier tome et qui est central dans la série, puisque nous découvrons son passé. Cela commence d'abord alors que la rédaction du journal Millénium s'apprête à publier une enquête sur le trafic de femme et la prostitution en Suède, dossier brûlant puisque des personnalité public vont voir leur nom cité dans l'article. Mais la même nuit, l'auteur de l'article, Dag, est assassiné, de même que sa compagne, Mia, dont la thèse est à l'origine de l'article. Au début, les enquêteurs pensent que le coupable est peut-être quelqu'un qui risque d'être dénoncé dans l'article de Millenium. Sauf qu'un autre cadavre est découvert : celui de Nils Bjurman, le tuteur de Lisbeth, et du coup, la police met tous ces meurtres sur le dos de Lisbeth qui a le profil idéal au vu de sa marginalité et de ses dérapages passés.

L'intrigue est encore une fois menée d'une main de maître : il y a beaucoup d'éléments épars, mais tout parvient à se mettre en place clairement et de manière cohérente à la fin pour nous dévoiler une machination tordue sur fond de guerre froide. Ce que j'ai beaucoup aimé aussi, c'est d'en savoir plus sur cette fameuse Lisbeth Salander, qui n'est pas celle que l'on imagine qu'elle est, à la fois repoussante et fascinante, simple idiote un peu violente et en marge de la société sur le papier, mais beaucoup plus complexe en réalité. La seule chose qui ne m'a -toujours- pas plu, c'est la manière peu crédible dont Lisbeth parvient à se sortir de la situation désespérée dans laquelle elle se trouve à la fin, alors qu'elle est plus morte que vivante... Déjà quand j'avais lu le livre la première fois j'avais été un peu déçue, et là, cette "relecture" confirme cette impression. Malgré cela, ce thriller reste captivant et à peu près impossible à lâcher avant d'en arriver à la fin.

Le journal secret d'Amy Wingate, Willa Marsh (1996)

"La cinquantaine plutôt revêche, Amy Wingate, ex-professeure qui vit seule dans une étroite bicoque victorienne du bord de mer, se met à tenir un journal pour chasser son vague à l'âme. Pas très drôle ? Méfions-nous des apparences. D'abord, il y a cet imbroglio sentimental à rebondissements autour de Francesca et Simon, couple de trentenaires légèrement ridicules qui se piquent d'offrir à Amy une vie sociale. Et puis, cette complicité qui lie l'ex-professeure à Gary, punk, voleur à l'étalage, mais aussi catalyseur du retour sur le passé qu'elle entreprend grâce à son journal. De lourds secrets remontent à la surface. Amy doit dompter le passé... et remettre tout le monde dans le droit chemin. Mais comment ? Il n'y a qu'à lire par-dessus son épaule pour le savoir."

Encore un livre découvert par hasard, en jetant un oeil sur le chariot des livres venant d'être rendus pas les lecteurs. Celui-ci m'a interpellée et la lecture de la quatrième de couverture m'a convaincue de l'emprunter.

Le contenu du livre est un journal, celui d'Amy Wingate, jeune retraitée de l'enseignement, la cinquantaine, installée en Grande-Bretagne, dans une maison en bord de mer héritée de son oncle. Amy commence ce journal sur le conseil de son médecin suite à des accès de colère : le journal lui servira à prendre du recul sur ce qui l'a énervée, à analyser les causes de ses sautes d'humeurs. Il lui sert également à raconter ce qu'il se passe dans sa vie, les repas chez ses amis Francesca et Simon, l'arrivée de Jenny et Rob, la rencontre pour le moins surprenante avec Gary, un jeune délinquant, etc. Au fil de ses pensées, elle revient aussi sur son passé : la séparation de ses parents, ses études, ses amours, etc. Les situations auxquelles elle est confrontée et la réflexion amenée par son journal vont provoquer l'émergence de souvenirs qu'elle s'était jusqu'alors efforcée d'oublier...

Ce livre est une très bonne surprise ! L'histoire en elle-même est agréable à suivre, non seulement ce qu'il se passe autour d'Amy mais aussi les passages concernant son passé, nous la découvrons au fil de ce qu'elle raconte, par épisodes. Mais surtout, ce que j'ai apprécié, c'est le ton : on peut reprocher à Amy d'être commère, mesquine, manipulatrice et hypocrite, mais pour ma part je la considère plutôt comme excentrique, cynique, ironique et lucide. C'est vraiment un ton drôle et acide, ce que je considère comme de l'humour anglais. Bref, ce livre m'a beaucoup plus et ma seul déception est que la bibliothèque n'ait pas d'autres ouvrages de Willa Marsh.

Le petit corps, Corinne Solliec (2006)

"« Je viens de me défoncer le ventre à mort, maman. Avec le pain tout frais que tu as rapporté de la boulangerie ce matin. Une baguette et demie dans mon ventre maman. Je me défonce à la baguette. Tu as mal quelque part ? Tu es gentille maman, tu es douce et tiède comme le pain. Et moi bouchée après bouchée je t'ai dévorée, je te dévore. Je vous mange tous, je vous emmerde tous. Et maintenant tu me laisses tranquille. Il faut que j'aille vomir. » Estelle Maréchal a vingt ans, elle mène une lutte farouche contre son petit corps au comportement alimentaire déroutant. Ce roman poignant se double d'un regard très lucide sur un des troubles les plus emblématiques du mal de vivre contemporain."

C'est en cherchant un autre livre que je suis tombé sur celui-ci alors que mon regard parcourait les rayonnages. Le titre m'a interpellé, puis en lisant la quatrième de couverture je me suis rappelée que j'en avait déjà entendu parler, et bien que le contenu de la critique me soit sorti de la tête, je l'ai quand même emprunté.

Estelle a vingt ans et elle est boulimique. Elle avale de grandes quantités de nourriture puis se fait vomir. Elle se retrouve alors hospitalisée dans un centre spécialisé, La Clairière, où elle rencontrera d'autres patients, notamment Suleyman, avant de s'enfuir et de rentrer chez ses parents. Elle ne rentre pas chez Alex, son compagnon, parce que leur relation est très compliquée, qu'elle l'aime à la folie, veut lui plaire, s'accroche à lui, sauf que ce n'est pas complètement réciproque et que lui veut avant tout qu'elle aille mieux. Estelle évoque aussi son passé et la vie familiale avec un père absent qu'elle voulait aussi retenir en lui plaisant à tout prix. Après sa sortie d'hôpital, son entourage essaie de l'aider, mais ils ne comprennent pas ou finissent par laisser faire parce qu'ils en ont marre.

Ce livre se lit bien, certains passages sont très bien écrit, mais il ne me laissera pas un souvenir impérissable. Je n'ai pas vraiment ressenti d'empathie pour Estelle, cette jeune femme qui a faim d'amour et de reconnaissance, qui veut plaire aux hommes et être aimée, peut-être pour ne pas être comme sa mère qui a subi en silence les absences de son époux.

Les désorientés, Amin Maalouf (2012)

"Dans Les désorientés, je m'inspire très largement de ma propre jeunesse. Je l'ai passée avec des amis qui croyaient en un monde meilleur. Et même si aucun des personnages de ce livre ne correspond à une personne réelle, aucun n'est entièrement imaginaire. J'ai puisé dans mes rêves, dans mes fantasmes, dans mes remords, autant que dans mes souvenirs.
Les protagonistes du roman avaient été inséparables dans leur jeunesse, puis ils s'étaient dispersés, brouillés, perdus de vue. Ils se retrouvent à l'occasion de la mort de l'un deux. Les uns n'ont jamais voulu quitter leur pays natal, d'autres ont émigré vers les Etats-Unis, le Brésil ou la France. Et les voies qu'ils ont suivies les ont menés dans les directions les plus diverses. Qu'ont encore en commun l'hôtelière libertine, l'entrepreneur qui a fait fortune, ou le moine qui s'est retiré du monde pour se consacrer à la méditation ? Quelques réminiscences partagées, et une nostalgie incurable pour le monde d'avant.
"

C'est parce qu'un lecteur a vivement conseillé ce livre en le rendant que j'ai décidé de l'emprunter, mais sans cela, je doute que j'y aurait même jeté un coup d'oeil, mais du coup, je serais passé à côté d'une bonne lecture.

Le livre débute alors qu'Adam, historien et professeur d'Histoire en France, reçoit un appel de Tania, la femme d'un "ancien ami", Mourad. Celui-ci est en train de mourir et il aimerait revoir Adam, alors qu'ils sont en froid depuis un quart de siècle. Adam part tout de même immédiatement pour le Liban (je suppose puisqu'il est question de la civilisation levantine, que l'auteur est libanais et qu'il s'est inspiré de ses souvenirs) où se trouve Mourad. Adam restera finalement plusieurs semaines, hébergé à l'auberge Sémiramis, tenue par une de ses amis. Son séjour là-bas va lui ramener à la mémoire toute l'époque avant que lui et d'autres ne quittent ce pays en guerre.

Alors que je m'attendais à ce que ce livre ne me plaise pas -j'avais longtemps hésité à l'emprunter- j'ai finalement beaucoup apprécié cette lecture. Le texte alterne narration, journal d'Adam, extrait de mails et de lettres, etc, mais de manière très fluide. On découvre l'histoire de chacun des amis, l'histoire de leur amitié, l'histoire de leur pays et celle du monde pré-11 Septembre 2001 (le récit se déroule quelques mois avant), ce qui est très intéressant puisque tout est lié, les choix d'un individu ne sont jamais complètement indépendants de ce qui l'entoure, personne ne peux vraiment couper ses racines,... Bref, j'ai passé un bon moment à lire ce livre, du coup, si l'occasion se présente, je pense que je lirais d'autres textes de cet auteur.

Les vies privées de Pippa Lee, Rebecca Miller (2009)

"A cinquante ans, Pippa Lee apparaît à tous ceux qui la connaissent comme "une des dames les plus charmantes, les plus gentilles, les plus adorables, les plus simples et les plus rassurantes qu'ils aient jamais vues". Épouse parfaite, mère dévouée, hôtesse accomplie et sereine, elle semble avoir tout pour être heureuse. Mais lorsqu'elle et Herb, son mari octogénaire, quittent New York pour s'installer dans une luxueuse banlieue pour retraités, cette belle façade se fissure. Sa sensualité mise en sommeil se réveille et remonte à la surface un passé mystérieux et trouble, fait de rébellion, de passions et de déchirements - un passé dont elle a laissé loin derrière elle les excès et les dangers pour le confort du mariage mais qui la rattrape inexorablement... Les Vies privées de Pippa Lee, " roman à énigme psychologique ", explore avec finesse le labyrinthe intime d'une femme en quête de sa véritable identité, écartelée entre son désir de sécurité affective et son aspiration à la liberté."

L'autre jour, après avoir lu un article sur Winona Ryder, j'ai voulu en savoir plus sur les films dans lesquels elle avait joué, et j'ai notamment repéré un film, Les vies privées de Pippa Lee, qui avait l'air pas mal. En allant voir si nous l'avions à la bibliothèque, j'ai vu que non seulement il y avait le film, mais aussi un livre au même titre, du coup, j'ai aussi emprunté le livre.

Herb, éditeur de 80 ans, et Pippa, sa femme de 50 ans, achètent une maison dans un quartier destiné au personnes âgées. Cela amène Pippa à voir en face le fait que son mari est vieux, et que c'est dans cette maison qu'il finira probablement ses jours. Par ricochet, cela l'amène aussi à s'interroger sur sa propre vie, ses choix et celle qu'elle est devenu par rapport à celle qu'elle était avant son mariage. Elle revient sur son passé, la relation d'amour-haine avec sa mère, la drogue, les relations étranges, etc, puis réfléchit à ce qu'elle a transmis à ses enfants et la manière dont elle s'est comportée avec eux comparé à ce que sa propre mère lui a transmis.

Ce livre est une lecture agréable, mais pas exceptionnelle ou inoubliable. Je trouve pourtant qu'il y a un bon potentiel pour faire un bon gros roman sur la vie de Pippa, ses interrogations, son époque, etc, mais il manque quelque chose pour rendre l'histoire un peu plus vivante, mieux exploitée. Donc bien mais sans plus, je regarderais quand même le film puisque je n'ai pas été découragée ou déçue par le livre, mais je pense qu'il me fera la même impression.

Tokyo, Mo Hayder (2004)

"Quand Grey débarque à Tokyo sans attaches, argent ni bagages, elle a beaucoup à prouver et encore plus à cacher. Sa rencontre avec Jason, pour lequel elle éprouve une fascination immédiate, est déterminante : il lui trouve un toit, une maison délabrée vouée à la démolition, et un emploi dans un club à hôtesses très privé. Ses clients ? Des yakuzas et un étrange infirme accompagné d'une nurse à la silhouette monstrueuse... Mœurs inavouables, violence, écrasant secret... Ce nouvel univers est pourtant familier à Grey. Le but de son voyage ? Retrouver un mystérieux film à l'existence contestée datant de l'invasion de la Chine par les Japonais. Un seul homme pourrait l'aider. Un survivant du massacre qui refuse de répondre à ses questions..."

Ce livre était nommé comme point de comparaison dans une critique sur un livre, or comme ce livre ne me disait rien et qu'il était présenté comme étant très bon, j'ai voulu le lire.

Grey est une jeune femme anglaise qui arrive à Tokyo avec un objectif qu'elle poursuit depuis des années : rencontrer Shi Chongming. Celui-ci est un professeur chinois en poste au Japon, et, surtout, il serait le possesseur d'une des deux bobines de film ayant filmé des images du massacre de Nankin. Grey est fascinée par ce sujet et en particulier par le contenu de ses images qu'elle veut voir parce que cela fait écho à sa propre histoire et qu'elle veut (se) prouver qu'elle n'a rien inventé contrairement à ce qu'on a pu lui dire. Sauf que Shi Chongming refuse d'abord de reconnaître qu'il a ce film, et une fois qu'il le fait, il refuse de le lui donner. Mais il s'aperçoit que Grey peut l'aider dans dans sa propre quête : découvrir quel est le remède secret d'un des grands yakuzas, Fuyuki. Chacun détient donc la réponse que l'autre cherche depuis des années.

J'ai beaucoup aimé ce thriller qui est très bien construit et haletant, mais je dois avouer mon avis est nuancé par la violence que j'ai eu du mal à supporter, il faut dire qu'il est question d'un massacre, mais du coup c'est parfois assez difficile à lire et oppressant. Outre cela, ce roman est difficile à lâcher, mais il est également très intéressant puisqu'il est question de la guerre entre la Chine et le Japon dans les années 1930. Il s'agit d'évènements qu'on connaît peu, pour ma part, je ne me rappelle pas en avoir entendu parler au cours de ma scolarité, peut-être juste de manière brève. En tout cas, cet aspect est très intéressant, et comme l'intrigue du livre est également très bien, cela donne un livre captivant à lire.

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