Procrastination, Terry Pratchett (Les Annales du Disque-Monde, tome 27) (2001)

"Le temps est une ressource qu'il faut gérer, chacun le sait.
Sur le Disque-monde, c'est le boulot des moines de l'Histoire, qui l'emmagasinent, le prélèvent où on le gaspille (par exemple sous la mer : de combien de temps a besoin une morue ?) et le redistribuent à de gros consommateurs comme les villes où l'on en manque toujours.
Mais la fabrication de la première horloge du monde vraiment précise donne le départ d'une course contre... disons la montre pour Lou-tsé et son apprenti Lobsang. Parce qu'elle va arrêter le temps. Et ce ne sera que le début des ennuis.
Procrastination s'est assuré la participation de héros et de canailles, de yétis, d'artistes martiaux et de Ronnie, le cinquième cavalier de l'Apocalypse (qui a quitté le groupe avant qu'il devienne célèbre).
"

Jérémie Lhorloge est un horloger, probablement le plus précis de la Guilde des Horlogers, mais tellement obsédé par l'exactitude de son travail que ses collègues gardent toujours un oeil sur lui et veillent à ce qu'il prenne ses médicaments. C'est parce que Jérémie excelle dans son domaine qu'il reçoit la visite d'une très belle femme, Myria Ligion, et de ses deux gardes du corps, qui lui demande de créer une horloge la plus précise qui soit, et qui soit faite en verre. Sauf que cette horloge en verre n'est pas anodine puisqu'elle existe dans un conte. Et plus l'élaboration de cette horloge progresse, plus des problèmes de temps vont apparaître, ce que vont remarquer les Moines de l'Histoire, et en particulier Lou-Tsé et son apprenti étrangement doué, Lobsang.

Une fois de plus, je n'ai pas été déçue par la lecture d'un nouveau tome des Annales du Disque-Monde ! Dans ce tome, nous retrouvons comme thème la manière de calculer, de mesurer, de manipuler et de ressentir le temps, une réflexion sur ce qu'est un être humain et ce que c'est que d'être humain, sur les apparences qui sont trompeuses (ne jamais oublier la fameuse règle numéro 1 !) et également des conseils de bon sens qui sont des citations du livres, citations qui ne disent rien à personne. Bref, encore beaucoup d'humour et de réflexion dans cet opus !

L'esprit du temps, David Vandermeulen (L'esprit du temps, tome 1) (2005)

"Fritz Haber, juif allemand né en 1868 et mort en 1934, est un personnage de l'histoire contemporaine. Homme d'ambition avant tout, ce grand scientifique fut tour à tour le bienfaiteur de l'Humanité couronné par un prix Nobel de chimie, et l'un des pires représentants de la science en tant que père de la guerre chimique moderne. Nationaliste et patriote convaincu, sa judaïté restera pour lui une question existentielle profonde et le germe de sa destinée tragique véritablement faustienne. L'esprit du temps est le premier tome d'une trilogie."

J'ai découvert ce livre -et les deux autres de la trilogie- en faisant du rangement dans les rayonnages un matin, et comme le format (plus petit que les BD standard) et les couleurs (marron, gris) étaient inhabituels, cela a attiré mon regard, et une brève lecture du synopsie m'a convaincu de me laisser tenter.

L'histoire est une biographie partielle de Fritz Haber, il n'est question ici que de sa vie adulte, de la fin du XIXème siècle jusqu'en 1915 (où se termine le troisième tome). Fritz Haber est donc un étudiant en chimie en Allemagne et, surtout, il est Juif. Lui-même n'est pas particulièrement pratiquant et l'Allemagne passe avant tout pour lui, mais cela compte peu pour les autres, au regard desquels il demeure Juif, et cela bien qu'il se soit converti. Fritz fréquente une jeune femme, Clara, Juive et étudiant la chimie également, ils sont même fiancés, mais leurs fiançailles sont rompues lorsque qu'un investissement fait dans la chaux par Fritz Haber se retrouve inutile. Fritz retourne alors à ses études mais il peine à trouver sa place, des financements ou un emploi à cause de son judaïsme, et cela bien que ses recherches sur l’ammoniac soient prometteuses. Il parvient tout de même à trouver une situation, il se marie alors avec Clara, ils ont un fils, puis Fritz se voit proposer une mission aux États-Unis.

J'ai bien aimée cette lecture sur ce personnage qui m'est complètement inconnu. A travers lui est décrit le climat de l'Allemagne de la fin du XIXème siècle, le machinisme, la courses au progrès technique et chimique, mais aussi l'antisémitisme ambiant et un esprit belligérant qui se développe et l'émergence de groupes sionistes. J'ai aussi bien aimé le dessin qui ne consiste qu'en aquarelles dans les marrons et gris : c'est un peu austère, mais cela est très lisible et vivant, contrairement à ce que je craignais. Bref une bonne surprise qui m'a encouragée à poursuivre la lecture de cette trilogie.

Grâce, Delphine Bertholon (2012)

"1981. Dans sa maison près de Villefranche-sur-Saône, la très jolie Grâce Marie Bataille, trente-trois ans, vit au rythme des retours de son mari, représentant en électroménager, lorsqu’une jeune fille au pair d’origine polonaise vient perturber une vie qui semblait jusque-là tracée à la craie…
En 2010, Nathan, son fils, vient fêter Noël en famille. Mais cette année, tout est différent. Nathan apprend que son père, disparu sans crier gare trois décennies plus tôt, a refait surface. D’inquiétants phénomènes surviennent alors dans la maison familiale.
"

J'ai emprunté ce livre alors que ma pile de livres à lire diminuait dangereusement (c'est-à-dire moins de cinq livres), mais sans connaître cet auteur ni être spécialement tentée par la quatrième de couverture.

L'histoire mêle passé et présent, ainsi que les regards de différents personnages : le journal de la mère, Grâce, le récit au présent du fils, Nathan, et une lettre d'une jeune fille au pair, Christina, qui s'est occupé de Nathan et de sa grande soeur Lise quand ceux-ci étaient petits. Grâce était profondément jalouse de la beauté et de la jeunesse de Christina, jeune et séduisante Polonaise chargée de s'occuper des enfants, et cette jalousie se transforme en rage car Thomas, le mari de Grâce, a une relation adultère avec Christina. Trente ans après, à Noël, Grâce, ses enfants, Lise et Nathan, et ses petits-enfants, les jumeaux Colin et Soline, se retrouvent dans la maison familiale et lors de la soirée de réveillon, Grâce annonce que Thomas, son mari, leur père, est revenu après être parti au même moment que Christina, une trentaine d'années auparavant.

Je n'ai pas été particulièrement intéressée par cette lecture : le résumé au verso du livre n'était pas particulièrement aguichant, mais le texte aurait pu révéler de bonnes surprises, ce qui n'a pas été le cas. Dès le début, on présume fortement de la fin, et ce à quoi je m'étais attendue arrive de manière tout à fait prévisible, sans fausses pistes, sans zone d'ombre, sans mystère, juste des longueurs. Du coup, j'ai trouvé cette lecture ennuyeuse puisque tout se passe exactement je l'avais subodoré au départ et qu'en plus la forme et le style ne sont pas particulièrement originaux non plus...

Tigre, tigre !, Margaux Fragoso (2011)

"Par une belle journée d'été, Margaux Fragoso rencontre Peter Curran à la piscine de son quartier, et ils commencent à jouer. Elle a sept ans; il en a cinquante et un. Quand Peter l'invite chez lui avec sa mère, la petite fille découvre un paradis pour enfant composé d'animaux exotiques et de jeux. Peter endosse alors progressivement, insidieusement, le rôle d'ami, puis de père, et d'amant. Charmeur et manipulateur, Peter s'insinue dans tous les aspects de la vie de Margaux, et transforme l'enfant affectueuse et vive en une adolescente torturée."

J'avais croisés pas mal d'articles à propos de ce livres, articles le plus souvent élogieux, mais malgré cela je n'étais pas particulièrement tentée par cet ouvrage dans lequel l'auteur raconte sa relation avec un homme beaucoup plus âgée puisque lorsque leur relation a débuté, elle avait sept ans et lui cinquante et un. Bref, je n'étais pas vraiment intéressée, je craignais de trouver ce livre malsain, de ne pas être à l'aise. Mais l'autre jour, un lecteur a rendu le livre et, surprenamment, il n'était pas réservé, du coup, après avoir hésité un peu, j'ai fini par l'emprunter.

L'histoire est celle de l'auteur : quand elle avait 7 ans, lors d'un après-midi à la piscine, elle voit un homme avec deux garçons et va jouer avec eux. Margaux et sa mère sont ensuite invités à passer chez cet homme, Peter, et elle s'y rendront régulièrement car autant la fille que la mère, qui a des tendances dépressives se plaisent chez Peter, dans sa maison en chantier et pleine d'animaux. Mais Margaux ne joue que peu avec les fils de Peter, c'est avec ce dernier qu'elle passe le plus de temps. Une relation va naître entre eux, pas seulement un lien physique, sexuel, mais aussi une amitié et un lien malsain fait de chantage, d'exclusivité et de jalousie. Leur relation dure plus de dix ans et Margaux sent que moins elle est enfant, moins elle plaît à Peter.

Difficile de dire si j'ai apprécié ou non ce livre car c'est à la fois oui et non. Oui parce que l'auteur raconte son amitié particulière avec Peter sans exhibitionnisme ni vulgarité, elle ne dédramatise pas ce qu'il s'est passé mais le raconte tel qu'elle l'a vu et ressentie en tant qu'enfant puis adolescente. La franchise de l'auteur permet d'éviter tout sensationnalisme et donne un visage humain à une relation entre un adulte et un enfant, sans pour autant dédouaner Peter de ses actes. Et non, ce livre ne m'a pas plus, parce que le sujet est très délicat et malsain, j'ai été dérangée par cette lecture bien qu'il n'y ait que très peu de passages explicites, c'est la relation globalement qui m'a dérangée. Donc je pense que le livre est bien écrit, l'histoire bien racontée mais que le sujet n'est pas vraiment plaisant.

So shoking, Alan Bennett (2011)

"L'auteur de La Reine des lectrices nous offre une fantaisie hilarante sur une libération sexuelle tardive, une farce impertinente sur la petite bourgeoisie anglaise."

 D'Alan Bennett j'ai déjà lu La mise à nu des époux Ransome (article) et La reine des lectrices (article), deux textes que j'avais apprécié, donc quand je suis tombé sur un nouvel ouvrage de cet auteur, je l'ai immédiatement emprunté.

Dans So shocking ! nous avons deux textes, deux nouvelles en quelque sorte, les deux étant liée par les sujets : les préjugés, l'audace et la honte. Dans la première partie, le personnage principal est Mrs Donaldson, une femme au foyer âgée qui vit désormais seule et qui occupe son temps en jouant à être patiente pour les élèves en médecine, sous la houlette du Dr Ballantyne qui a un faible pour Mrs Donaldson. Un jour, afin de compléter ses revenus, Mrs Donaldson accepte de louer une chambre à des étudiants, mais un jour ceux-ci ne peuvent pas payer leur loyer à temps, et la solution trouvée va déstabiliser et troubler Mrs Donaldson... Dans la seconde partie, le personnage principal est Graham, qui s'apprête à épouser Betty. Sauf que Graham est gay et le cache à son entourage, ce qu'il réussi très bien, jusqu'au jour où son secret est menacé par un maître chanteur...

J'ai bien aimé cet ouvrage qui ne manque pas de piquant dans ses sujets, avec ses personnages qui ont une vie bien rangée, que ce soit parce qu'elle l'est effectivement ou parce qu'ils maintiennent cette apparence, mais qui se trouvent chahutés par quelque chose qui vient bouleverser leur routine, les amenant à réfléchir sur eux-même et le regard que les porte les autres. Cependant, j'ai trouvé que ces récits manquaient de dynamisme et sans que je ne suis en cerner la raison, j'ai ressenti une certaine frustration en terminant ma lecture.

Le premier cercle, Alexandre Soljenitsyne (1955/1968)

""Quand on décrit les prisons, on s'attache toujours à en noircir les horreurs. N'est-ce pas encore pire quand il n'y a pas d'horreurs ? Quand l'atroce naît de la grisaille méthodique des semaines ? Et du fait qu'on oublie que la seule vie dont on dispose sur terre est brisée ?" Pour les zeks, détenus politiques qui peuplent les charachkas, ce premier cercle de l'enfer pénitentiaire, la notion de temps devient abstraite ; chaque jour, chaque heure, c'est la même chose. C'est le silence, l'ennui. L'art de la lenteur aussi, qui est souvent de rigueur quand on a une longue peine à purger. Les charachkas, c'est oublier qu'on est en vie. Sous la plume humaine et délicate d'Alexandre Soljenitsyne coulent des souvenirs douloureux. Avec un cynisme brûlant et une violence voilée, il décrit le régime concentrationnaire soviétique. Le Premier Cercle est un des plus grands chefs-d'œuvre de la littérature du XXe siècle."

J'avais acheté ce livre il y a un peu plus de deux ans, motivée par le fait qu'Alexandre Soljenitsyne est un grand auteur et que ça serait bien que je lise quelque chose de lui, et le hasard a fait que le texte en question est Le premier cercle.

Le récit se passe essentiellement dans la charachka de Marfino, une prison qui "accueille" des prisonniers scientifiques. De par leurs connaissances et leur connaissances, ceux-ci bénéficient d'un traitement privilégié par rapport aux autres prisonniers puisqu'ils faut bien qu'ils soient correctement nourris et logés pour bien travailler. Les travaux dont il est question ici son liés aux écoutes téléphoniques et à la reconnaissance des voix, tout cela avec Vocoder ou des nomenclatures de voix. Nous suivons également des hommes dirigeants cette prison, avec leur vie de famille, les rivalités, les histoires de guerre, leurs pensées pas toujours en accord avec la pensée officielle, notamment avec le personnage de Volodine, diplomate de l'URSS qui passe un appel anonyme vers une ambassade de l'Ouest afin de transmettre des informations. Mais le NKVD surprend son appel et tente de le retrouver. Pour cette tâche, Roubine, de la prison de Marfino, qui travaille sur la reconnaissance vocal est réquisitionné.

J'avoue qu'au début, j'étais peu motivée à débuter ma lecture : en version poche, le livre fait pas loin de mille pages bien denses (ce qui normalement ne m'effraie pas) sur un sujet certes intéressant, mais un peu rébarbatif quand même. Malgré cela, une fois lancée, ma lecture n'a pas été particulièrement rébarbative, au contraire, j'ai trouvé que ce livre était plutôt une bonne surprise : le ton est à la fois humain et ironique, la vie des prisonniers est décrite dans les petits détails du quotidiens, les luttes de chefs mettent en avant l'hypocrisie et le ridicule de ces hommes qui agissent d'une façon et pensent d'une autre, ne croyant pas au régime auquel ils appartiennent pourtant. La seule chose que je n'ai pas appréciée dans ce livre c'est la quantité de personnages, j'ai toujours du mal à m'y retrouver quand il y a plus d'une poignée de personnages, sachant qu'en plus tous ont des noms russes ce qui ne m'aider pas à m'y retrouver ! Outre cela, j'ai apprécié ce livre qui m'a donné envie de lire d'autres ouvrages du même auteur.

Un peu de bois et d'acier, Christophe Chabouté (2012)

"L'histoire d'un banc, un simple banc public qui voit défiler les gens à travers les heures, les jours, les saisons, les années... Ceux qui passent, qui s'arrêtent, d'autres qui reviennent, certains qui attendent... Le banc devient un havre, un îlot, un refuge, une scène... Un ballet d'anonymes et d'habitués évoluant dans une chorégraphie savamment orchestrée ou les petites futilités, les situations rocambolesques et les rencontres surprenantes donnent naissance à un récit drôle et singulier."

C'est une collègue qui m'a conseillé ce livre un matin que nous rangions les bandes-dessinées : elle m'a dit que c'était âpre, mais très bien, et que c'était parfait à lire au lit le soir. Je n'ai qu'à moitié suivi son conseil puisque j'ai bien lue cette BD, mais un midi, pas un soir !

Ce livre est l'histoire muette d'un banc en bois et en acier, banc installé dans un parc à l'ombre d'un arbre. Sur ce banc et autour passent les gens qui vont et reviennent du travail, les mémés pipelettes, le SDF, un chien, un vieux couple, des enfants, etc. Le banc fait partie du décor des discussions, des trajets, des bonnes et des mauvaises nouvelles, des rapports de force ou d'amitié. Il est témoin de la vie de dizaine de gens et pourtant, on ne le voit pas tant il est banal. Et c'est justement sa banalité qui le rend aussi présent et important.

J'ai donc été de l'avis de ma collègue à propos de ce livre : c'est une bande-dessinée très agréable. Son contenu est certes sobre, surtout que pas un mot n'est prononcé, mais cette sobriété fait ressortir le propos plus clairement, on comprend quand même ce que disent les gens car le dessin des visages et des gestes est très expressif. Bref, la lecture de cette BD a été une très bonne surprise !

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...