Un vautour, c'est déjà presque un aigle ..., David Vandermeulen (L'esprit du temps, tome 3) (2010)

"1915 fut pour Fritz Haber une année fatidique, lorsque le 22 avril il lança son ordre de lâcher la première attaque aux gaz sur le front belge. 1915 fut aussi pour ses amis et "coreligionnaires" comme Enstein, Walter Rathenau ou encore Haim Weizmann, l'année de toutes les contradictions. Empêtrée dans le plus terrible des conflits internationaux, embrumée dans les miasmes d'une idéologie nationaliste ainsi que par une antisémitisme nouvellement exacerbé, la diaspora juive occidentale se vit contrainte de se remettre en question face à une Allemagne et uen Europe mues par un romantisme frelaté. Malgré leur profond sentiment d'appartenance à la nation allemande, Haber ainsi que les grandes figures intellectuelles juives qu'il fréquentait furent lors des premiers signes d'enlisement du conflit, assimilés à une ploutocratie cosmopolite antinationale en songeant qu'au profit. Ce troisième tome s'attarde sur cette funeste année 1915, où un certain esprit allemand voyait l'héroïsme de ses aigles corrompu par des vautours entraînant la patrie vers sa perte."

Suite du tome 1 L'esprit du temps (article ici) et du tome 2 Les héros (article là), le tome 3 reprend la vie de Fritz Haber en 1914, alors que la Première Guerre Mondiale vient de débuter et que l'occasion de tester un gaz toxique de son invention sur les champs de bataille. Bien que l'utilisation d'une telle arme pourrait s'avérer décisive (grâce au gaz en lui-même et grâce à l'effet de surprise), Haber ne bénéficie que de peu de soutien. En effet, une telle arme est considérée comme une arme de lâche car elle permet d'éviter le combat. Haber a du mal à prouver son efficacité car les conditions météorologique du premier test sur le terrain ne sont pas favorables, ce qui le discrédite, et le climat est toujours aussi antisémite, ce qui le dessert également.

J'ai apprécié ce troisième tome même si je l'ai trouvé un peu long (l'attente d'un météo favorable dans les tranchées) et répétitif (Haber déconsidéré malgré ses compétences). Par contre, j'ai été surprise par la fin : d'après ce que j'ai compris, il s'agit là du troisième tome d'une trilogie, le dernier volet donc, or l'intrigue de ce tome s'achève en 1915 alors que la guerre n'est pas terminée, qu'il reste encore à Haber beaucoup à faire, etc. Donc j'avoue que là, je reste sur ma faim, surtout que je ne sais pas si l'histoire est terminée ou non.

La physique des catastrophes, Marisha Pessl (2006)

"Bleue Van Meer serait une adolescente américaine tout à fait ordinaire. Sauf que, à cinq ans, elle perd sa mère dans un accident de voiture et que son père, un intellectuel exubérant et excentrique, la ballotte désormais d'une ville universitaire à l'autre, vers de nouvelles aventures, toujours sur la route. Ils vivent une relation fusionnelle, multiplient les joutes oratoires, se lancent dans des citations savantes, refont l'histoire de la littérature et de la physique quantique. Mais un jour, elle découvre le cadavre pendu d'Hannah Schneider, son professeur préféré. Que peut-elle bien faire ? Suivre les conseils paternels et reconstituer l'histoire, avec rigueur, un zeste de comique, si possible, et moult anecdotes. Cela suffira-t-il à élucider le drame et à percer les secrets d'un entourage plus mystérieux qu'il n'y paraît ?"

Quand ce livre était sorti, j'avais eu très envie de le lire et pendant un long moment, j'étais resté cette idée, ce qui fait que dans mon esprit, ce livre était resté associé au fait que je devais le lire. Et donc l'autre jour, je tombe dessus, et naturellement je me dis que je dois le lire, je commence ma lecture et... je réalise que je l'ai déjà lu. J'avais tellement associé ce livre à l'idée que je devais le lire dès que possible que j'en avais oublié que je l'avais déjà lu. Du coup, cela m'a aussi fait réalisé que si je ne me souvenais pas l'avoir lu auparavant, c'est qu'il ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable...

Le personnage principal de ce livre est Bleue Van Meer, une adolescente dont le père, Gareth, est professeur d'université (conférencier itinérant) et dont la mère est décédée. Bleue et son père sont à peu près constamment sur la route, Gareth change régulièrement d'université au fil de ses interventions, ce qui fait que Bleue passe dans deux ou trois établissements scolaires chaque année. Mais pour la dernière année de lycée de sa fille, Gareth décide de passer toute l'année au même endroit. Bleue va donc découvrir une nouvelle université et de nouvelles personnes, en particulier le groupe des Sang Bleu et Hannah, professeur de cinéma. Cette femme invite tous les week-ends les ados du Sang Bleu chez elle pour discuter et manger, et Bleue est conviée à ce rituel. Elle constate alors que Hannah fascine les autres car elle garde une grande part de mystère et se montre peu prolixe sur elle-même et son passé.

Cet ouvrage est une lecture agréable, mais il y a tout de même des longueurs, je comprends pourquoi j'avais oublié la première lecture que j'en avais faite. L'histoire est prenante, on a envie d'en savoir plus sur Hannah, de suivre la vie de Bleue et des autres ados, j'ai aussi beaucoup apprécié le fait que les titres des chapitres soient des titres d'ouvrages que Bleue considère comme incontournables, et puis j'aime beaucoup les histoires qui se passent dans les universités états-uniennes, ce qui est un peu le cas ici. Néanmoins, je reste un peu sur ma faim : certes la fin est ouverte (ou plutôt à choix multiples), mais c'est tout au long de ma lecture que j'ai ressenti ce manque, j'aurais aimé en savoir plus, avoir plus de densité. Donc bien, mais comme je m'en étais déjà aperçue, pas inoubliable !

Les héros, David Vandermeulen (L'esprit du temps, tome 2) (2007)

"Ce deuxième volume poursuit la biographie du chimiste juif allemand Fritz Haber, de 1908 à décembre 1914, période durant laquelle peu devinèrent ce qu'allait inaugurer et coûter ce qui s'appellera la "Grande Guerre". Placer la science au service de l'industrie, l'éthique scientifique au service de l'Armée, tel fut pour certains savants et hommes politiques le devoir national envers "l'esprit allemand". Fritz Haber en réalisa parfaitement le programme : inventeur du gaz moutarde, il fut n nationaliste radical et belliciste. C'est dans ce contexte trouble et fascinant que Haber se lia d'amitié avec le jeune Albert Einstein, futur grand héros du XXe siècle."

Dans cette suite de L'esprit du temps, le tome 1 (article ici) de cette trilogie consacrée à Fritz Haber, nous retrouvons ce dernier dont les recherches sur l'ammoniac progressent. Si son travail venait à aboutir, cela permettrait de produire des engrais azotés synthétiques qui remplaceraient les nitrates importés du Chili et qui feraient de l'Allemagne un pays indépendant pour sa production alimentaire. Le travail de Fritz Haber attire donc les investisseurs, mais ceux-ci n'osent toujours pas prendre de risques en finançant un Juif. Cependant Fritz connait tout de même une grande réussite : il devient directeur de l'institut de chimie, ce qui lui permet de développer ses idées, à savoir le renforcement du lien entre la chimie et l'industrie, l'application pratique des découvertes réalisées, et tout cela au profit de la grandeur de l'Allemagne. Sur le plan politique, des tensions apparaissent avec les colonies, avec le sémitisme et l'antisémitisme, et surtout avec le début de la Première Guerre Mondiale en 1914. Cette dernière est pour Haber, et d'autres, l'occasion d'utiliser les découvertes techniques, industrielles et chimique en vue de gagner la guerre et de faire étalage de la puissance de l'Allemagne.

Ce deuxième tome de cette série sur Fritz Haber m'a autant plu que le premier : on retrouve Haber qui malgré ses compétences et ses idées doit se battre pour réussir à cause de l'antisémitisme qui règne. Dans ce tome, il est un peu plus question de politique dans la mesure où Fritz Haber a plus de responsabilités, ce qui l'amène à fréquenter des gens importants et influents. Il est également question des colonies et des théories raciales (pureté des Allemands, infériorité des Juifs et des autochtone des colonies), et, toujours, de cette courses à la puissance et au progrès. Ce tome se termine donc au début de la Première Guerre Mondiale, alors qu'aucune expérimentation chimique n'a encore été tentée sur le terrain mais que cela est envisagé, ce qui mettrait Fritz Haber au centre de l'attention.

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