Réparer les vivant, Maylis de Kerangal (2014)

"Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour."

J'ai énormément entendu parler de ce livre début 2014, lors de sa sortie, et il faut croire que beaucoup de gens aussi puisque j'ai réservé ce livre dès que j'ai pu et je ne l'ai eu que 9 mois plus tard (et il y avait encore des gens qui l'attendaient après moi)... J'avais déjà lu La naissance d'un pont de la même auteur (j'en ai parlé ici) et j'avais apprécié ce livre, donc j'avais bien envie de lire autre chose de Maylis de Kerangal afin de compléter mon opinion.

Ici, nous suivons l'histoire d'une greffe du coeur, en commençant avec Simon, ado surfeur qui a un accident sur la route, avec deux amis. Sauf que les amis sont blessés tandis que dans son cas, il s'agit de coma, et de mort cérébrale. Thomas Rémige, coordinateur, doit alors parler aux parents, dans ces terribles conditions, du don d'organe puisque leur fils répond aux critères physiologiques pour faire don de ses organes. Et nous suivons ainsi les différents personnages impliqués dans la greffes, les médecins, les malades, etc. Avec leurs vies, leurs savoirs, leurs parcours et leurs aspirations, voire espoirs.

J'ai bien aimé ce livre aussi bien pour le fond que pour la forme. Le sujet est extrêmement intéressant, le don d'organes est quelque chose sur quoi chacun devrait être sensibilisé et avoir reçu des explications pour avoir un avis sur son propre cas. Ici le sujet est traité juste comme il faut je trouve : on a la sensibilité et l'émotion via les différents personnages, mais aussi le côté médical, clinique qui explique les étapes. Il y a un bon équilibre entre ces deux aspects, on ne vire pas dans le pathos ni dans la description purement scientifique : c'est clair, sobre mais humain aussi. Le style correspond à tout cela : pas un mot de trop, des phrases simples mais qui disent tout ce qu'il faut de façon fluide.

Par contre, la lecture peut être un peu difficile par moment quand on a été confronté à une situation similaire. Ce n'est pas le récit lui-même qui est difficile, mais l'évocation de souvenir que sa lecture amène. Néanmoins, j'ai trouvé que c'était un bon livre et je lirai d'autres textes de l'auteur.

Carte de fidélité, Sylvain Rossignol (2010)

"Dans un supermarché, les vies se croisent, s'effleurent mais se rencontrent rarement. Les caissières sont aux caisses, les vigiles à leur poste, les clients à leurs listes de courses. C'est un monde codifié pour que les clients consomment et pour que les caissières s'accommodent de leur travail fragmenté. Cet univers se fissure quand une caissière, Noémie, offre un article à un client, autrement dit le vole ; quand ce client, Julien, tombe sous le charme de Noémie ; et surtout quand un directeur de supermarché, Monsieur Némane, décide d'ouvrir le magasin un dimanche veille de Noël. La grève menace. Avec elle survient le chaos et les vies s'interrompent, se télescopent, s'empoignent. L'enjeu est important : il s'agit de retrouver les rêves d'une vie meilleure, de regagner sa fierté.
Le supermarché est le décor dans lequel ils évoluent, mais il est plus que cela : il est leur métier, il les façonne autant qu'ils le façonnent. Ainsi, quand les personnages parlent, ils parlent d'eux-mêmes mais disent aussi le travail.
Une histoire de sentiments ou une histoire de travail ? Les deux, intimement liés
."

Je suis tombé sur ce livre un peu par hasard et comme la quatrième de couverture laissait présager un texte intéressant, je l'ai lu. Il faut dit que ça parle d'une grande surface, or ce genre de lieu me fascine, pas de façon positive, c'est plutôt que ça m'intrigue, m'interroge et me révulse aussi.

L'histoire se déroule donc dans une grande surface de la région de Tours, en décembre, alors que la saison des fêtes approche et que le gérant du magasin souhaite ouvrir le dimanche avant Noël. Une salariée, la responsable du rayon poissonnerie, Viviane décide de s'y opposer, et prend alors contact avec un syndicat et avec ses collègues afin de faire part de leur refus de travailler ce jour-là. En parallèle, nous suivons Noémie, une hôtesse de caisse diplômée, peu appréciée, plutôt renfermée sur elle-même avec une tendance à l'ironie. Elle fait ce métier par contrainte car elle a une fille à élever, mais elle n'accepte pas le système et elle s'emploie à le saboter de l'intérieur, en offrant un article par jour à un client. Or, un jour, ce client c'est Julien, qui est intrigué par Noémie, après qu'un jour elle ait scanné des produits afin que leurs bips fassent un S.O.S. en morse.

J'ai bien aimé ce livre qui mêle sujets sérieux et humour, le tout dans des parties brèves qui nous font passer d'un personnage à l'autre et nous font appréhender la situation de façon relativement globale. Certains personnages sont un peu caricaturaux, mais cela reste raisonnable, surtout que le livre n'est pas long et ils ne sont pas exactement le sujet, donc ce n'est pas nécessaire de trop approfondir. Au final j'ai appréciée cette lecture et je recommande donc ce livre qui est à la fois divertissant et qui fait aussi réfléchir.

Green, glam et gourmande, Rebecca Leffler (2014)

"Être green et glamour en même temps c'est possible... Même pour les gourmandes ! Le green à la New-Yorkaise, c'est chic et fun ! Fini de choisir entre l'art de cuisiner et la santé. Bye-bye aux salades boring et hello aux recettes gourmet-girly de Rebecca ! Avec son humour à la sauce New-yorkaise, Rebecca Leffler partage avec vous les secrets du healthy lifestyle à l'Américaine : yoga, pratiques naturelles, astuces beauté s'associent aux recettes en un joyeux festival."

Pour commencer, il faut savoir que je m'intéresse pas mal aux recettes végétariennes et vegan vu que je n'aime pas vraiment la viande ni le poisson. Or, la plupart des sites, blogs, recettes, etc, végétarien et vegan proviennent des États-Unis. Donc j'ai été plutôt intéressée quand j'ai vu qu'il existait enfin un livre en français sur le sujet, et plus globalement sur les recettes santé et le bien-être (via le yoga et la méditation notamment), à savoir Green, glam et gourmande de Rebecca Leffler.

Le livre s'organise en six parties : les infos essentielles avec des recettes de base, des listes de courses types et des recettes de smoothies et de petits-déjeuners, une deuxième petite partie avec des jus, puis quatre parties liées aux saisons avec des recettes liées aux fruits et légumes du moment. On trouve aussi des séances de yoga, des playlists et des conseils de beauté (recettes pour faire des masques maison par exemple).

J'ai attentivement lu le livre, mais pour autant je n'ai pas testé de recettes, donc mon avis ne portera pas dessus. J'ai apprécié le côté complet de l'ouvrage, à savoir qu'il ne nous est pas seulement proposé des recettes de cuisine, mais plutôt un mode de vie englobant l'alimentation et le bien-être au sens plus global, ainsi qu'une démarche écologique puisque les recettes prennent en compte les produits de saison, ce qui correspond énormément à mes modes de vie et de pensée. La plupart des recettes sont accessibles et réalisables facilement ce qui rend le livre facile d'accès. Et ce qui est intéressant c'est que les recettes proposées ne sont pas de simples version végétarienne ou vegan de plats avec de la viande, des oeufs ou du poisson, mais de vraies recettes originales qui sortent du cadre viande/poisson + accompagnement.

Par contre, plusieurs choses m'ont déplu. Déjà le ton et l'ambiance globale du livre qui est très bobo et twee, ce qui m'horripile un peu (genre, ☼♥ tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, on mange du kale et on aime la nature ♥☼). Et parlant de chou kale : le kale est le légume à la mode depuis environ deux ans au moins dans la sphère vegan&co US et il arrive en France depuis environ un an. Sauf qu'en fait, on ne le trouve grosso modo qu'à Paris et quelques grandes villes, donc moi, dans ma ville moyenne, je n'en trouve pas. Non pas que je veuille à tout prix du kale, mais j'aimerai bien goûter au moins une fois, et aussi qu'on me propose une alternative au kale pour quand même faire les recettes qui en contiennent. Et d'ailleurs, beaucoup de recettes contiennent des ingrédients difficile à trouver et/ou chers : poudre de caroube du Pérou, du gomasio, de la poudre d'arrowroot, etc, bref des ingrédients que je n'ai pas forcément dans mes placards.

Au final, ce livre a du bon comme du mauvais, ce qui fait que mon avis est partagé, et que je le juge pas mal, mais sans plus. Disons que si on se contente du fond et qu'on adapte un tout petit peu les recettes, le livre est bien et accessible, voire salutaire dans sa démarche de bien-être. Par contre, le ton un peu niais et maniéré peu déplaire, ainsi que le côté "parisien" (à cause des ingrédients qu'on trouve facilement à Paris, mais pas ailleurs). Donc je le refeuilleterais à la bibliothèque, mais je ne l'achèterai pas.

Test : quelle lecture pour moi ?

Allez hop, un petit test de bon matin. Le test en question est à retrouver ici (il date de 2008). Je suis...

La lectrice avertie

Votre personnalité
Curieuse, ouverte d'esprit et indépendante,
Oui. vous aimez l'action, les films d'auteurs et les soirées conviviales entres amies. Ça dépend. Votre job est très important pour vous et vous raffolez des heures sup' ! Oui. Le week-end, vous aimez retrouver vos proches, pour une soirée tranquille avec votre amoureux ou pour papoter autour d'un brunch avec vos amis. Bof, si je peux être toute seule avec mes bouquins, c'est mieux.

La lecture et vous
La lecture, vous êtes tombée dedans quand vous étiez petite.
Oui. A l'école, vous dévoriez des bouquins à longueur de journée, Oui. vous pensiez même à devenir écrivain ! Non. Malheureusement, votre vie de citadine overbookée a pris le dessus. Non. Aujourd'hui, vous n'avez plus le temps de consacrer vos soirées à lire des romans de Proust, Maupassant ou autres classiques envoutants. Non, je viens d'ailleurs de commencer Le côté de Germantes (3ème titre de La recherche du temps perdu de Marcel Proust)

Nos suggestions
Tentez les auteurs de nouvelles comme Anna Gavalda avec
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part Lol ! NOPE. Trop insipide. C'est une référence de ce que je ne veux pas lire. ou les romans courts, comme Oscar et la dame rose d'Eric-Emmanuel Schmitt, par exemple. Déjà lu, bof. Vous aimez les sagas ? Osez les 3 tomes Millenium : quand on commence on ne s'arrête plus ! Ah, là je plussois largement, j'adore Millenium ! Côté thriller, on vous recommandera le tout dernier de Patricia Cornwell, Registre des morts. Palpitant ! Idem, j'adore Patricia Cornwell, même si je n'ai pas lus ces textes des dernières années puisque le côté sentimental prenait trop de place pour moi dans les romans.

Bref, le résultat de ce test commence bien et se termine de justesse correctement, mais au milieu ça ne va pas vraiment...

Cornes, Joe Hill (2010)

"USA, état du New Hampshire. Ignatius Perrish avait tout pour être heureux : une famille riche et heureuse, un avenir tout tracé. Mais il y a un an, sa fiancée, Merrin Williams, est retrouvée morte. Depuis, Ignatius sombre dans le désespoir, noie son chagrin dans l'alcool, accumule les aventures sans lendemain. Jusqu'au jour où des cornes lui poussent sur la tête. La surprise passée, il découvre que ces deux appendices lui donnent le pouvoir de faire avouer l'inavouable aux gens qu'il croise. Don macabre ou coup de pouce du diable ? L'assassin de Merrin n'a plus qu'à prier pour ne pas croiser son chemin !"

J'ai entendu parler de ce livre lors de la sortie de l'adaptation cinématographique par Alexandre Aja et comme ça avait l'air bien, je me suis empressée d'aller le lire.

Ignatus est un jeune homme dont la fiancée a été tuée un an auparavant, et comme l'affaire n'est pas bouclée, tout le monde le considère plus ou mois avec suspicion, le tenant pour l'assassin, y compris sa propre famille. Tout cela, il le soupçonne, mais tout à coup, les gens se mettent à le lui dire, ça et tout ce qu'ils pensent, leurs trahisons, leurs coups bas, etc. Et cela correspond avec l'apparition de cornes sur sa tête, cornes que lui vois, sens et peut toucher, mais que personne d'autre ne semble voir. Doué de ce pouvoir aussi nuisible qu'utile il parvient à mettre à jour des révélations qui lui permettent de connaître vraiment les gens qu'il croise, mais aussi de remonter la piste de l'assassin de sa fiancée.

J'ai beaucoup appréciée cette lecture : l'idée de départ est originale et donne envie d'en savoir plus, car qui n'a jamais rêvé de pouvoir savoir ce que pensent les gens ?, et en plus elle est bien traitée, il n'y a pas d'abus ou d'incohérence. Et puis l'histoire est bien narrée et le suspense très bien maîtrisé ce qui fait qu'il est difficile de lâcher ce livre ! Pour autant, les moments avec les serpents m'ont paru un peu hors de propos, peut-être aussi un peu clichés, même si cela reste cohérent avec le reste de l'histoire. Du coup, après cette lecture, je me dis que je pourrais bien lire d'autres textes de cet auteur parce que c'est plutôt pas mal.

Le lecteur de cadavres, Antonie Garrido (2011)

"Inspiré d’un personnage réel, Le lecteur de cadavres nous plonge dans la Chine Impériale du XIIIe siècle et nous relate l’extraordinaire histoire de Ci Song, un jeune garçon d’origine modeste sur lequel le destin semble s’acharner. Après la mort de ses parents, l’incendie de sa maison et l’arrestation de son frère, il est contraint de fuir son village avec sa petite sœur malade.
Ci se retrouve dans les quartiers populaires de Lin’an, la capitale de l’Empire. où la vie ne vaut pas grand-chose. Il devient un des meilleurs fossoyeurs des « champs de la mort », puis, grâce à son formidable talent pour expliquer les causes d’un décès, il est accepté à la prestigieuse Académie Ming.
L’écho de ses exploits parvient aux oreilles de l’Empereur. Celui-ci le convoque pour enquêter sur une série d’assassinats qui menacent la paix impériale. S’il réussit, il entrera au sein du Conseil du Châtiment, s’il échoue : c’est la mort.
"

Je ne sais plus comment j'ai entendu parler de ce livre, mais j'ai dû en lire une bonne critique quelque part puisque j'avais mis une réservation sur l'exemplaire de la bibliothèque, c'est donc que je voulais vraiment le lire.

Le personnage principal est Ci. Un jeune homme dont la famille est contrainte de retourner vivre à la campagne à cause du décès d'un des grands-pères de Ci et du deuil que ça implique. Ci aimerait à tout pris retourner à la ville, Lin'an, afin de continuer ses études et pouvoir travailler pour Feng, un procureur ami de son père et que Ci admire énormément. La famille retourne donc vivre chez le grand frère de Ci, mais rapidement celui-ci est accusé de meurtre, et pire, c'est Feng, de passage dans le village, qui résout cette affaire. La famille est donc déshonorée, mais ce n'est que le début des problèmes car une nuit la maison de la famille de Ci est détruite à cause de l'orage et ses parents périssent. Il se retrouve donc seul, sans ressources, sans personne pour l'aider (car déshonoré) et avec en plus sa petite soeur malade à charge. Ci décide donc de partir vers la ville afin de prendre contact avec les gens qu'il a connu là-bas et d'essayer de retrouver des ressources, de l'aide et une situation.

Mon avis est partagé mais globalement positif sur ce livre. Pour commencer par le négatif : je n'ai pas vraiment aimé le premier quart/tiers du livre où les problèmes arrivent trop systématiquement, et du coup de façon prévisible, à Ci. Du coup, le début est un peu lourd voire ennuyeux parce qu'on sait que quoiqu'il fasse, Ci va être trahi et/ou jouer de malchance. Mais une fois cela passé, la suite du texte est plus intéressante et en particulier l'aspect qui concerne l'histoire et la vie quotidienne en Chine au XIIème siècle, mais aussi l'enquête et les début de la médecine légale, ainsi que tous les raisonnements de Ci. Il s'agit donc d'une bonne lecture, même si quelques lourdeurs au début peuvent décourager.

(Pour info, Joe Hill est l'un des fils de Stephen King.)

La femme d'en haut, Claire Messud (2013)

"Nora ressemble à votre voisine du dessus, celle qui vous sourit chaleureusement dans l'escalier mais dont vous ignorez tout, car elle ne laisse paraître aucun désir, de peur de vous contrarier. Lorsque la belle Sirena, accompagnée de son mari et de son fils, fait irruption dans son existence d'institutrice dévouée, elle réveille un flot de sentiments longtemps réprimés. Au fil des mois, Nora réinvente sa vie et se réinvente elle-même, projetant sur chacun des membres de cette famille ses désirs inavoués : maternité, création artistique, sensualité. Mais échappe-t-on réellement au statut de femme de second plan ?"

Je suis tombé sur ce livre alors que je recherchais dans un moteur de recherche des roman ayant pour sujet des femmes en colère. Comme un avis sur un site parlait de femme en colère à propos de ce livre, j'ai eu connaissance de ce titre.

Nora est une institutrice au début de la quarantaine. Elle est célibataire, sans enfants, s'occupe de son père malade, a une amie proche, s'entend bien avec tout le monde, etc. Bref, une femme sans problème mais sans éclat. Un jour arrive dans sa classe un nouvel élève, Reza Shahid, dont la famille vient d'arriver de France. Le père, Shankar, d'origine libanaise, est professeur à l'École Normale Supérieure, fait des conférence, participe à des débats et écrit des livres sur l'éthique en Histoire. La mère, Sirena, est une artiste d'origine italienne qui commence à se faire connaître en France pour ses installations artistiques. A leur côté, Nora va se sentir vivre grâce à la relation privilégiée qu'elle entretient avec chacun. Elle va se remettre plus sérieusement à l'art, carrière à laquelle elle avait renoncée pour faire des études permettant d'avoir un "vrai" métier.

Pas vraiment de femme en colère dans ce livre, sauf à la fin. En fait, il s'agit plutôt de frustration, d'envie, de fascination, de regrets et de trahison. Nora dit à plusieurs reprises qu'elle est affamée de vie, qu'il lui manque quelque chose car sa vie avant l'arrivée de la famille Shahid, bien que pas malheureuse n'était pas non plus accomplie. Elle regrette notamment de ne pas avoir pu se consacrer à l'art et la présence de Sirena va la stimuler, bien que la réussite de cette dernière soit aussi une frustration. Au final, je n'ai que moyennement apprécié ce roman bien qu'il soit intéressant de décortiquer ce que ressent Nova vis-à-vis des Shahid. Mais en même temps, elle apparaît aussi un peu comme tordue et compliquée, avide de la vie de chacun des membres de cette famille. Nora n'est pas une déséquilibrée, mais il y a quand même quelque chose d'un petit malsain dans son attitude.

Les amants du Spoutnik, Haruki Murakami (1999)

"À vingt-deux ans, Sumire abandonne ses études pour se consacrer à l'écriture. Fumant cigarette sur cigarette, se nourissant à peine, elle tente en vain d'achever un roman qui fait resurgir ses doutes existentiels. Toutes ses questions, elle les confie lors d'interminables conversations téléphoniques à son meilleur ami, le narrateur, un jeune instituteur rencontré à l'université qui est secrètement fou amoureux d'elle. Et puis, un jour, lors du mariage d'une cousine, Sumire rencontre une ancienne pianiste, Miu, mariée et de dix-sept ans son aînée. Les deux femmes se découvrent des passions communes, dont la musique à laquelle Miu a renoncé après un événement dramatique. Alors que Sumire tombe passionnément amoureuse, Miu, par amitié, lui propose de travailler pour la société d'importation dont elle a hérité. Dès lors, Sumire change, elle arrête de fumer, s'habille avec élégance et apprend l'italien, mais elle n'écrit plus une seule ligne, se consumant d'un amour sans espoir pour Miu."

J'ai eu connaissance de ce roman par le biais d'une liste de lecture pour l'été, mais je n'ai mis la main dessus qu'après l'été puisqu'il était emprunté.

Le narrateur est un jeune homme, instituteur, que nous connaissons sous le nom de K. Il nous raconte l'histoire de Sumire, une jeune femme dont il est amoureux et pour qui il est le confident. S'il parle de Sumire c'est pour raconter sa disparition, et tout ce qui a précédé, comment elle a changé à partir du moment où elle a rencontré Miu. Alors que Sumire était une aspirante écrivain qui ne faisait pas grand chose de ses journées, Miu la recrute en tant qu'assistante. Sumire va alors se métamorphoser, devenir plus élégante, plus occupée, plus professionnelle, et elle va désormais avoir moins de temps à consacrer à l'écriture et à K qui se languit d'elle. Mais K va quand même se retrouver réintégré à la vie de Sumire lorsque celle-ci disparaît lors d'un voyage en Grèce et que Miu l'appelle pour l'aider puisqu'il la connaissait bien.

J'ai bien aimé ce roman, bien qu'il ne soit pas inoubliable et que seuls quelques passages me restent en mémoire (la scène de la grande roue notamment), ainsi qu'une impression d'étrangeté. De la torpeur et du mystère se mêlent dans ce roman, la chaleur de l'été au Japon et en Grèce, et l'incompréhension face aux évènements. La fin peut dérouter puisqu'au final on ne sait pas grand chose, mais ce genre de fin ouverte ne me dérange pas forcément et ici, c'est en accord avec l'ambiance qu'il y a pendant tout le récit, donc c'est cohérent, bien que déconcertant.

Le grand cahier, Agota Kristof (1986)

"Dans un pays ravagé par la guerre, deux enfants (des jumeaux) abandonnés à eux-mêmes font seuls l'apprentissage de la vie, de l'écriture et de la cruauté."

J'avais entendu parler de ce livre après un article dans Télérama il y a quelques années (je ne sais plus de quoi traitait l'article) et je l'avais mis de côté sur une liste, sans jamais aller plus loin. Mais il y a quelques temps j'ai été faire un tour dans une petite librairie de ma ville où j'ai vu un exemplaire, donc je me suis dit que c'était l'occasion de le lire enfin.

Les narrateurs sont deux enfants, des jumeaux, ils savent lire et écrire, mais sont encore loin de l'adolescence. Un jour, à cause de la guerre, leur mère les dépose chez leur grand-mère qu'ils n'ont jamais connue. Elle vit seule dans un village près d'une frontière et les gens l'appellent "la sorcière". La vie est rude et les garçons doivent travailler. Leur grand-mère vit sa vie et ne s'occupe pas vraiment d'eux. C'est le quotidien difficile de ces deux enfants qui est racontés par ces jumeaux : leurs exercices de résistance aux conditions diverses (froid, chaleur, faim, etc), leur éducation, leurs magouilles, etc. Ils vivent dans leur monde, mais aussi dans un mode plus large et cruel auquel ils tentent de s'adapter, face auquel ils essaient d'anticiper, de dépasser ce qui pourrait leur arriver.

J'ai bien aimé ce roman même s'il est très perturbant et malsain : les jumeaux sont très silencieux et préméditent ce qu'ils font, ils semblent imperméables à ce qu'il se passe autour mais pourtant observent et s'adaptent, ils sont froids et ne montrent pas d'émotions ce qui est angoissant pour des enfants, surtout des jumeaux (ça donne un côté Shining). J'ai bien aimé le fait qu'il y a peu d'informations sur les lieux et les dates où se déroule l'action, ce qui rend le contexte plus général et permet de se concentrer sur les jumeaux, il y a un côté intemporel qui accentue l'impression de malaise puisqu'il n'y a rien à quoi se raccrocher, rien pour s'ancrer. En tout cas, cette lecture m'a plu et je pense lire la suite dès que j'en aurais l'occasion.

Terminus Belz, Emmanuel Grand (2014)

"Un jour de janvier, Marko Voronine et trois autres Ukrainiens quittent leur pays pour la France, cachés à l'arrière d'un camion. Le voyage pourrait se faire en quelques heures, mais les passeurs roumains sont des tordus décidés à se payer du bon temps avec la jeune fille montée à bord. Les clandestins parviennent à les maîtriser, à s'emparer du camion et à récupérer leur argent. Mais ils savent que la mafia roumaine voudra se venger : se séparer est le seul moyen de la semer. Marko prend le chemin de la Bretagne. Grâce à une petite annonce, il trouve rapidement un emploi auprès d'un patron de pêche sur l'île de Belz, une île coupée de tout. À l'arrivée, l'endroit n'est pas aussi paisible que prévu. Le métier du grand large en a pris un coup, l'embauche est rare sur les chalutiers et les marins rechignent à céder la place à un étranger. Des histoires bizarres agitent aussi la petite communauté. Vieilles légendes, superstitions ou surnaturel ? Sur « l'île des fous », comme on la surnomme dans la région, les hommes redoutent par-dessus tout les signes de l'Ankou, l'Ange de la mort. Lorsqu'un crime atroce est commis, les îliens soupçonnent Marko de l'avoir réveillé. Sans papiers, plongé dans un univers hostile, le jeune fugitif aura beaucoup de mal à se disculper, à esquiver les tueurs roumains comme la police française, à démêler le vrai du faux et à conjurer ses propres démons."

C'est une collègue qui m'a conseillé ce livre alors qu'elle mettait des nouveautés en présentation. Quand j'ai lu la quatrième de couverture je n'ai pas été particulièrement convaincue, notamment à cause de côté mafia, mais la collègue en question m'a dit que elle aussi craignait cet aspect, mais qu'au final ça ne l'avait pas gênée. Du coup, j'ai emprunté ce livre en prévision d'un dimanche après-midi maussade (et il y en a en novembre).

Le roman commence dans un camion qui fait la route entre l'Ukraine et la France, un camion qui transporte quatre clandestins, donc Marko. Les autres personnes sont deux hommes et une jeune fille qui est chaperonnée par un des hommes le temps du trajet. Sauf que malgré la surveillance de la jeune fille, les passeurs qui conduisent le camion ont des projets pour elle et tentent de les mettre en application. Mais la tentative de viol tourne mal et les clandestins se retrouvent à devoir fuir vers la France seuls, poursuivis par la mafia ukrainienne qui souhaite les punir pour leur attitude. Arrivés en France, les quatre fuyards décident de se séparer et de faire profil bas pendant un moment. Marko part vers l'ouest et finit par se retrouver sur une petite île bretonne où il es recruté pour un travail sur un bateau de pêche. Marko est alors hébergé chez son patron, Joël, un homme bienveillant, d'autant qu'il a perdu son fils qui avait à peu près l'âge de Marko. Mais non seulement Marko n'est pas bien accueilli par la communauté des îliens, notamment les pêcheurs, mais cela empire quand un meurtre étrange est commis.

Disons-le tout de suite, ce roman n'est pas hyper-passionnant ni original. C'est bien pour l'usage que j'en avais prévu, à savoir pour lire pendant un dimanche après-midi paresseux. Mais autrement, c'est une lecture qui n'a rien d'exceptionnel : l'histoire est assez prévisible, les personnages sont caricaturaux (surtout l'institutrice), le récit est parsemé de poncifs, etc. Néanmoins, ça se lit vite et bien, et c'est adapté si on veut passer le temps sans se prendre la tête, mais il ne faut pas en attendre grand chose...

Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, Lola Lafon (2011)

"Le coeur d'Emilienne, surnommée Emile, s'est arrêté de battre trop longtemps. Maintenue en vie par une machine, elle semble ne jamais devoir se réveiller. A ses côtés, la narratrice puise courage et patience dans l'évocation de leur amitié et des souvenirs partagés les engagements enflammés de l'une, la pratique passionnée de la danse pour l'autre. En l'absence de celle qui s'attarde au Bois Dormant, la narratrice fait la connaissance d'une étrange jeune femme qu'elle surnomme la Petite Fille au Bout du Chemin ; celle-ci la projette dans une vie palpitante qui jusqu'ici l'effrayait. Une vie où l'on tourne le dos aux silences et à la prudence, où l'on se révolte et l'on se bat, une vie qui aurait un sens, enfin. A travers trois portraits bouleversants, ce roman irrigué d'un feu poétique dévastateur proclame l'insurrection nécessaire des jeunes femmes aspirant à la liberté."

Plus tôt cette année, j'ai lu La petite Communiste qui ne souriait jamais que j'avais énormément apprécié (j'en parle par là). Du coup, j'ai eu envie de lire autre chose de Lola Lafon afin de mieux appréhender ce qu'elle écrit et savoir si c'était juste un livre d'elle qui m'a plus ou si c'est l'auteur qui me plait. Donc quand je me suis retrouvée avec Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce entre les mains, je n'ai pas hésité une seconde avec de me lancer dans cette lecture.

Dans ce roman, trois personnages, tous féminins. Le récit s'ouvre sur Émilie dans le coma alors que la narratrice se précipite à l'hôpital pour être à ses côté. Et pendant que personne ne sait ce qu'il va se passer pour Émilie, la narratrice se souvient de leur amitié, de leur rencontre à cause d'une blessure commune, de la caravane, de la danse, de toutes les petites choses qui ont rempli leur relation. Puis vient la Petite fille du bout du chemin, celle qu'elles voyaient au cinéma et avec qui la narratrice se lie pendant qu'Émilie est à l'hôpital. Un lien se créé, toutes les deux s'opposent et disent non à leur façon, elles se rebellent face aux hommes, face à la société, face au pays d'après l'Élection.

Ce roman est comme une claque : une fois terminé, il m'a laissée sans souffle, un peu ébahie et, d'une certaine façon, en colère, comme les jeunes femmes qui habitent ce texte. J'ai adoré ce livre, bien que je ne sais pas si "adoré" approprié parce que ce terme me semble frivole par rapport au contenu de cet ouvrage. Mais c'est néanmoins ce qui décrit le mieux ce que j'ai ressenti, avec marquant aussi. Les filles du livre sont paumées, blessées, entières, silencieuses, rebelles, victimes, mais elles n'oublient pas, elles se soutiennent et se soulèvent. Je pense qu'il s'agit d'un livre qui plaît ou qui ne plaît pas, il est difficile d'avoir un avis nuancé, mais pour ma part, il m'a beaucoup plu.

Carnation, Xavier Mussat (2014)

"Au tournant du millénaire. Il est animateur pour le dessin animé Kirikou et la sorcière. Au sein d’un groupe d’amis, il recherche une alternative au contexte morose de ces années 90. Elle débarque à Angoulême, en quête d’un destin artistique. Ils se rencontrent, elle l’attire, elle le repousse, il la protège. Et progressivement, une relation amoureuse s’instaure, intense et exclusive, faite d’attraction-répulsion et de dépendance mutuelle. Cette relation dévorante va les couper du monde, et un processus destructeur transformera le face à face en un combat aussi bestial que nécessaire. Le couple finira par se déliter, ils se perdront sans s’être jamais appartenu, mais cette rupture annoncera une renaissance."

J'avais vue cette bande-dessinée dans la vitrine d'une librairie et la très jolie couverture avait attiré mon regard, puis le titre m'avait intrigué. Dès que j'ai pu j'ai été voir sur Internet de quoi il s'agissait, mais malheureusement le synopsie ne me tentait pas beaucoup... Du coup, j'ai attendu que le livre soit présent à la bibliothèque pour éventuellement me faire une idée.

L'auteur nous raconte sa relation avec une femme, mais il remonte bien avant afin de mieux décrire le contexte et son état d'esprit. A savoir qu'il avait suivi ses études à Angoulême dans le domaine de l'illustration et que cela ne plaisait pas forcément à sa famille parce que bon, la culture et ce qui s'y rattache ça ne débouche sur rien etc. Il parvient à trouver un travail qui rapporte mais cela ne dure pas, surtout qu'il dépense beaucoup, à cause d'une fille en particulier. Il intègre ensuite l'équipe qui travaille sur le dessin animé Kirikou, ce qui est une période très stimulante. S'ensuivent une vie plus calme avec des rencontre, et notamment celle de Sylvia, la femme toxique, qui le manipule et l'isole, ce dont il est conscient. Mais il ne dit trop rien malgré la frustration, jusqu'au jour où l'affrontement qui était latent fini par exploser à partir du moment où l'insatisfaction du narrateur finit par éclater.

Mon avis est mitigé sur cet ouvrage... J'ai aimé les dessins, notamment les digressions illustratives, j'ai aimé l'aspect introspection, le récit est riche ce qui le rend intéressant à lire. Mais à côté de ça, je me suis un peu ennuyée et le coeur du récit, à savoir la relation, m'a agacée plus qu'autre chose. Peut-être parce que je suis plutôt rationnelle et apathique donc les histoires de passion et je t'aime moi non plus me laissent perplexe. Et puis il y a plusieurs personnages dont je n'ai pas compris le rôle, donc comme je m'emmêle quand il y a beaucoup de personnages, ça m'a un peu perdue. Du coup, mon impression globale de cette lecture est plutôt la déception, malgré les aspects que j'ai trouvés positifs.

Quinze minutes, Charles Dickinson (2003)

"Josh Winkler est peintre et vit dans l'Illinois avec sa famille. Lors d'une de ses promenades, il rencontre une mystérieuse jeune fille vêtue d'une longue robe qui l'observe puis disparaît mystérieusement. Il constate à ce moment-là que sa montre retarde d'un quart d'heure. Convaincu d'avoir effectué un voyage dans le temps, Josh se lance dans une enquête et une poursuite haletantes à la recherche de cette jeune fille, persuadé que sa vie, son avenir et ceux de sa femme et de sa fille se jouent dans ces quinze minutes qui lui font défaut."

J'avais lu un avis favorable à ce livre sur un blog, du coup, j'ai ajouté le titre à ma liste, et quand j'ai eu envie d'un peu de SF, je m'y suis plongée.

Le narrateur est Josh Winkler, un peintre sans succès, marié à Flora, pédiatre. Quand ils était enfants, leurs frères respectifs ont fait l'objet d'une mauvaise blague qui a mal tourné : le frère de Flora est mort tandis que celui de Josh a eu des dommages cérébraux qui font de lui un idiot du village. Mais désormais, Josh et Flora sont en couple et ont une fille, Penny. Un jour, alors qu'il doit aller chercher sa fille à cause d'un gros orage, il réalise qu'il a remonté de 15 minutes dans le temps. Il va en parler à sa famille, mais la nouvelle va se répandre dans le quartier, le faisant passer pour un doux-dingue voire un fou, mais mettant en péril son mariage. Pourtant, Josh voit sa théorie confirmée quand il croise un jour une jeune fille qui viendrait de 1908.

J'ai bien aimé ce livre qui traite du voyage dans le temps mais pas de façon fantastique, plutôt réaliste d'une certaine manière car les personnages sont des monsieurs et madames tout le monde, avec les réactions qu'on peut attendre d'eux. Il y a aussi de la cohérence dans le récit (ce qui n'est pas toujours évident avec les voyages dans le temps), et aucune explication ne nous est donnée, ce qui réduit les risques de n'importe quoi, et qui correspond au reste du récit où ce sont des gens "normaux" qui ne comprennent pas le pourquoi du comment. Malgré tout, j'ai trouvé que ce livre manquait un peu de rebondissement, il n'est pas assez relevé d'une certaine façon, donc parfois je me suis ennuyée pendant ma lecture. Mais globalement, ce livre se lit bien et est agréable à lire.

Le nuage radioactif, Benjamin Berton (2014)

"La probabilité d'un accident nucléaire majeur en France dans les trente prochaines années est de 72%. Que resterait-il de nous si tout se terminait, maintenant, devant nos yeux ? Isolé, séparé de sa femme, Denis est persuadé qu'un accident nucléaire va frapper la France. Paranoïaque, l'homme vide les caisses de son employeur, son compte en banque et kidnappe son jeune fils de six ans. Ensemble, ils vont remonter la Loire en direction de la centrale où, selon lui, tout va commencer. Mais la radioactivité est déjà à l'œuvre au cœur même des choses et bouleverse la vie des hommes."

De Benjamin Berton, j'avais déjà lu La chambre à remonter le temps il y a quelques mois de cela (avis ici), et sans que ce livre soit très marquant, je m'étais dit qu'à l'occasion je lirai bien autre chose de lui. Et voici donc l'autre chose ne question : Le nuage radioactif, paru cette année et dont le synopsis aussi bien que les critiques m'ont donné envie de lire.

Denis Caplan est un trentenaire qui quelques années auparavant et pour diverses raisons a abandonné sa femme, Camille, et son fils, Ian. Pressentant un changement, voire une catastrophe liée à la centrale nucléaire de Chinon, il décide de s'y rendre. Mais il n'y va pas seul puisqu'il emmène son fils avec lui, après l'avoir plus ou moins kidnappé auprès de Camille. Ce voyage sert donc à surveiller la centrale, et notamment un nuage bleu inhabituel et aux reflets étranges qui a été expiré par la centrale. Mais leur excursion est aussi l'occasion de se promener le long de la Loire et de créer un lien père-fils, avec un père parfois dépassé par son fils, un fils qui ne saisie pas vraiment la notion de père, et une volonté paternelle de transmission qui passe au-dessus d'un enfant de 6 ans presqu'inconnu.

J'ai bien apprécié ce texte qui est bien plus dense que ce à quoi je m'attendais. On y trouve le récit pré-apocalyptique un peu paranoïaque de Denis Caplan, mais aussi de réflexion sur la paternité, la société actuelle, ainsi que des traits d'humour qui passent souvent par des scènes absurdes (la meute de chienchiens) ou des détails décalés (l'obsession de Ian pour les dinosaures en plastique). Tout comme dans La chambre à remonter le temps, le texte est extrêmement réaliste mais des éléments fantastique, extra-ordinaire s'y mêlent. Par certains aspect (périple d'un père et son fils, menaces imprécises, monde pré/post-apocalyptique), ce texte m'a fait penser à La route de Cormac McCarthy (j'en avais parlé ici, il y a quatre ans à quelques jours près !), mais sans l'obscurité et l'oppression de ce dernier.

Par ailleurs, la musique est très présente puisque le récit principal est entrecoupé de textes racontant la vie d'Aaron Copland, un compositeur américain, donc les oeuvres accompagnent Denis et Ian dans leur périple. Le livre s'accompagne d'une bande-son disponible sur Internet, et je dois dire, pour être en train de l'écouter actuellement, que ces chansons me plaisent beaucoup alors que leurs descriptions dans le livre ne m'avaient pas vraiment séduite. A noter également que le livre se conclut par une petite bande-dessinée relatant le conte que Denis commence à raconter à Ian un soir, mais qui reste inachevé dans le texte puisque l'enfant s'endort.

Rue des boutiques obscures, Patrick Modiano (1978)

"Qui pousse un certain Guy Roland, employé d'une agence de police privée que dirige un baron balte, à partir à la recherche d'un inconnu, disparu depuis longtemps ? Le besoin de se retrouver lui-même après des années d'amnésie ?
Au cours de sa recherche, il recueille des bribes de la vie de cet homme qui était peut-être lui et à qui, de toute façon, il finit par s'identifier. Comme dans un dernier tour de manège, passent les témoins de la jeunesse de ce Pedro Mc Evoy, les seuls qui pourraient le reconnaître : Hélène Coudreuse, Fredy Howard de Luz, Gay Orlow, Dédé Wildmer, Scouffi, Rubirosa, Sonachitzé, d'autres encore, aux noms et aux passeports compliqués, qui font que ce livre pourrait être l'intrusion des âmes errantes dans le roman policier.
"

De cet auteur, j'avais déjà lu L'Horizon (lecture que j'avais complètement oubliée et qui ne m'a laissé aucun souvenir, j'en parle ici) et Villa triste (dont j'avais gardé une impression d'ennui et d'atmosphère suranée au bord d'un lac, j'en parle là). Rien de bien palpitant donc, mais hier, Patrick Modiano a reçu le Prix Nobel de Littérature, du coup, j'ai eu envie de lire un autre de ces livres, histoire de voir si je me faisais une autre idée de ses textes.

Le narrateur est Guy Rolland, un homme qui travail à Paris chez un détective privé, Hutte. Au début du texte ce-dernier part à la retraite à Nice et laisse les locaux tels quels, ainsi qu'un double des clés à Guy Rolland puisque celui-ci a exprimé le projet de faire une recherche sur son passé, donc Hutte met les ressources du bureau à disposition. Guy Rolland n'est en fait pas Guy Rolland, ce nom lui a été donné par Hutte qui lui a fourni des papiers correspondants à cette identité, mais celui qui se fait appeler Guy Rolland ne sais pas qui il est. Il part donc à la recherche de celui qu'il pourrait être à partir de bribes de souvenirs, de photos, etc. Il s'imagine tour à tour étant différentes personnes qui pourraient correspondre au fil de ses recherches. Et au passage, nous rencontrons alors des groupes d'amis et des arbres généalogiques, avec des détails qui ressurgissent, et des personnes secondaires qui gravitent autour des pistes principales.

L'impression que j'avais de cet auteur se trouve ici maintenue : le style est sobre, pas un mot de trop, l'atmosphère est posée, avec un petit quelque chose de vieillot (peut-être lié à l'époque du récit, mais pas que), le narrateur est peu loquace, voire taciturne, etc. L'histoire est plutôt bien même si j'aurais aimé en avoir plus et en savoir plus, mais elle se suffit néanmoins à elle-même en l'état. Pour le coup, je ne pense pas relire de textes de Patrick Modiano, aucun des trois livres déjà lus ne m'ayant particulièrement "emballée".

Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey (2013)

"Madame Rebernak ne veut pas recevoir son cousin Freddy à sa sortie de prison. Elle craint qu'il ne s'en prenne à sa fille Clémence. C'est pourquoi elle décide d'en parler à Maître Montussaint, le notaire qui lui a déjà rendu bien des services."

Je ne sais plus comment j'ai été amenée à lire ce livre, mais il doit bien y avoir une raison en particulier puisque je l'avais réservé.

En tout cas, le récit est fait par le fils de madame Rabernak. Un soir, alors qu'ils sont en train de boire une infusion, le cousin de madame Rabernak sonne à la porte. Il vient de sortir de prison, après avoir purgé sa peine pour le viol d'une fillette qui était dans la classe de Clémence, la soeur du narrateur, la fille de madame Rabernak. Cette dernière craint pour sa fille et ne veut pas voir son cousin dans les parages. Mais peut-être que le danger ne vient pas de ce côté et qu'il ne faut pas se fier aux apparences...

J'ai bien aimé ce bref roman qui traite des ambitions et des peurs d'une mère, ainsi que des préjugés, même s'il est assez prévisible. Mais bon, il est bien écrit, et  le fait que l'auteur ne s'attarde pas trop est plutôt bien, vu que le scénario ne présente pas de surprises. Une lecture agréable donc, mais pas exceptionnelle ni inoubliable.

Petits arrangements avec nos coeurs, Camille de Peretti (2014)

"À vingt-cinq ans, devenue écrivain, Camille décide de retrouver son premier amour, dont elle a fait l’un des personnages de ses romans. D’abord méfiant, celui qui est désormais le plus jeune manager de la cinquième banque de Wall Street finit par succomber. Amoureux fous, Camille et Stanislas s’installent à Londres, au coeur de la City, fréquentent les endroits branchés, dépensent sans compter… puis s’ennuient. Comme un dernier sursaut, ils entreprennent une traversée des États-Unis. Six mille kilomètres de culpabilité, de mensonges, d’alcool et de vanités. Chaque étape du voyage les éloigne davantage ; plus ils approchent du but, plus ils se perdent. Et pourtant, ils se sont tant aimés."

C'est en lisant du bien de ce roman que j'ai eu envie de le lire, surtout qu'ayant déjà lus plusieurs ouvrages de cet auteur, je savais que cela avait des chances de me plaire.

Camille et Stanislas se sont connus au lycée, elle l'a manipulé, snobé, ils ont fait leur vie et un jour ils se recroisent. Cette fois-ci Camille est amoureuse, ou en tout cas, Stanislas l'intéresse plus que son actuel mari. Du coup, elle se sépare de celui-ci pour partir dans les bras de Stanislas. Ils s'installent alors à Londres où travaille Stanislas, qui est trader (ou quelque chose comme ça) avec des journées à rallonge. Elle, l'écrivain, se retrouve alors seule dans leur maison à la déco branchée et elle commence à ressasser ce qui ne va pas et à s'ennuyer. Bien qu'aucun de deux ne l'admette vraiment, leur couple bat de l'aile, mais pour se donner l'illusion que tout va bien, ils décident de faire un voyage aux États-Unis.

Rien de bien original ici, par rapport aux précédents textes de Camille de Peretti, donc sans surprise, j'ai plutôt bien apprécié ce livre qui m'a occupée pendant quelques pauses déjeuner. Malgré cela, et comme toujours dans ses livres, je ne supporte pas la narratrice à cause de son narcissisme et de la superficialité : elle a de l'argent, de grandes études derrière elle, est écrivain, etc, et elle "chouine" sur sa vie amoureuse et fait traîner, et trompe, et ment, bref ça m'agace. Mais ce livre se lit bien quand même et je continuerais très probablement à lire de temps à autre les publications de cet auteur.

Immortelles, Laure Adler (2013)

"« Florence, Suzanne, Judith. Elles forment une sarabande dans ma tête. Leur amitié m'a construite et m'a rendue différente. Avec elles, j'ai ressenti ce à quoi nous ne pensions jamais, ce que vivre signifiait. » Une nuit d'été, la narratrice se réveille, submergée par une vague de souvenirs qu'elle croyait enfouis dans l'oubli. Sous ses yeux défilent les vies de trois amies avec qui elle a grandi, trois femmes aux destins poignants, trois parties d'elle qu'elle rassemble soudain.
Roman sur la jeunesse, ses espérances, ses illusions, ses foucades et ses coups de foudre, Immortelles est surtout un hymne à l'amitié féminine.
"

Dans ce roman, la narratrice revient sur l'histoire de trois femmes qu'elle a connu et qui ont eu une grande influence sur sa vie, qui l'ont marquée d'une façon ou d'une autre. Parmi ces femmes, on trouve Judith, qui a grandi en Amérique du Sud après que ses parents, Juifs, aient fuit la Seconde Guerre Mondiale. Il y a aussi Suzanne qui est intéressé par l'humanitaire et le médical. Puis Florence, qui vit dans le monde du spectacle et de la contestation, et qui participe à des manifestation au festival d'Avignon en 1968.

J'ai été déçue par ce livre que j'ai trouvé insipide alors que je m'attendais à quelque chose de plus dense, plus fort, et plus mémorable aussi. Je ne suis même pas capable de raconter le contenu du livre parce que je n'en ai vaguement retenu quelques caractéristiques des personnages et pas d'histoire. Sans compter que livre regorge de références à des auteurs, des idées, des philosophies, etc, qui alourdissent le propos. Bref, une lecture dont j'aurais pu me passer.

Manger, Paolo Rossi (2012)

"Il suffit de prêter attention un instant à la multiplicité des métaphores alimentaires que nous utilisons au quotidien pour nous rendre compte de la puissance anthropologique et culturelle que porte le fait de manger, et de la façon dont se vivent à travers la nourriture des désirs primaires et des émotions profondes. Notre imaginaire est habité par la figure de Chronos dévorant ses enfants, le jeûne du Vendredi Saint, les grandes famines, les tueurs en série qui enfreignent le tabou des tabous en consommant leurs victimes, le visage des enfants affamés, les vampires, l’obésité, la bouffe industrielle et l’exhibition sadique du corps anorexique.
Jouissance raffinée, nécessité dramatique, obsession pathologique : tel est l’univers complexe que Paolo Rossi nous décrit de façon magistrale en suivant les différents modes de conjugaison de ce verbe qui a marqué l’histoire de l’humanité.
"

J'ai découvert ce livre par hasard dans une librairie samedi dernier et il m'a eu l'air très intéressant non seulement par son titre, mais aussi par son sous-titre qui laisse entendre que ce texte couvre une très large définition du verbe manger.

Et en effet, de nombreuses définitions de manger sont abordées car ce verbe pourtant très courant, banal, cache de grandes disparités selon les lieux et les époques, dans l'ordinaire et l'extraordinaire, dans la maladie, la religion, la mythologie, etc. Sont ainsi abordé la différence entre naturel et culturel, le vampirisme, les pandémie d'obésité et d'anorexie, le jeûne, etc. Le livre ne fait que 162 pages, donc tout n'est pas abordé, ni approfondi, mais ce livre est tout de même une lecture très intéressante et plutôt complet à mes yeux si on cherche une présentation des définitions de manger. Le texte fait référence à de nombreux articles, livres, thèses,..., ce qui permet d’approfondir les thèmes que l'on souhaite.

Donc cet ouvrage est un panorama large et plutôt complet qui a plus vocation à présenter qu'à approfondir ce que signifie manger. Je l'ai trouvé intéressant et globalement accessible malgré deux ou trois paragraphes un peu plus ardus car faisant référence à des concepts philosophiques ou idéologiques que je ne maîtrise pas.

Locus solus, Raymond Roussel (1914)

"Martial Canterel fait visiter sa somptueuse propriété Locus Solus à quelques-uns de ses amis. Au cours d'une longue promenade, qui pourrait évoquer une sorte d'itinéraire initiatique, l'illustre savant (figure accomplie de l'écrivain, de l'artiste, ou plus exactement du génie selon Roussel ) propose en sept étapes à l'admiration de ses amis chacune des sept merveilles de ce monde qu'il a conçue, créée et enfermée dans son parc."

J'ai découvert ce roman par le biais de suggestions liées à des auteurs de l'époque, et comme le résumé avait l'air tentant, je me suis laissé tenter.

Nous suivons le narrateur et un groupe de visiteurs dans la présentation de la propriété Locus Solus. Sur le gigantesque terrain de la demeure, Martial Canterel, le propriétaire a fait construire sept machines, installations ou vitrines qu'il a lui même créé. Au fil des chapitres, nous découvrons donc une sorte d'aquarium rempli d'une substance étrange qui permet aux mammifères de respirer, une mosaïque faite de dents et élaborée en continue par une machine qui fonctionne selon l'atmosphère, des morts mis en scène pour revivre le moment le plus marquant de leur vie, etc. Chaque installation est prétexte à une histoire, celle du matériau ou de l'idée à l'origine de ce qui est présenté.

J'ai bien aimé ce roman qui est plein d'invention et d’originalité. Un récit, la présentation des installations de Locus Solus, est prétexte à plusieurs autres puisque chaque chose a une histoire bien particulière, à des époques différentes. C'est vraiment intéressant à lire, mais cela peut aussi être ennuyeux puisqu'il s'agit surtout de description. La partie qui m'a été la plus laborieuse est celle décrivant le fonctionnement de la machine qui fait la mosaïque de dents : il faudrait presque faire un schéma au fur et à mesure pour suivre (on en trouve d'ailleurs sur Internet), mais en même temps, l'histoire reste compréhensible même sans avoir compris en détail le fonctionnement de la machine en question. Un livre intéressant donc, très moderne pour son époque, ingénieux et original, mais qui ne plaira pas si on cherche une histoire une structure classique (une seule histoire plutôt linéaire avec des personnages qu'on suit du début à la fin).

La peste, Albert Camus (1947)

"- Naturellement, vous savez ce que c'est, Rieux ?
- J'attends les résultats des analyses.
- Moi, je le sais. Et je n'ai pas besoin d'analyses. J'ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j'ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d'années. Seulement, on n'a pas osé leur donner un nom, sur le moment... Et puis, comme disait un confrère : "C'est impossible, tout le monde sait qu'elle a disparu de l'Occident." Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c'est...
- Oui, Castel, dit-il, c'est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste."

Ce livre est un classique de la littérature française du XXème siècle, écrit par un grand auteur français qui plus est, mais je n'avais pourtant jamais lu ce livre. De Camus je n'ai lu que L'étranger, et c'était il n'y a pas si longtemps que ça en plus puisque je n'ai jamais étudié cet auteur pendant mes études... Donc comme je cherchais de quoi occuper mes congés, j'ai pensé que c'était l'occasion de me pencher sur cet ouvrage.

Le titre du livre annonce parfaitement le sujet : la peste. Nous sommes dans les années 1940 à Oran lorsqu'un matin le docteur Rieux trouve sur son palier un rat mort. Il pense qu'il s'agit d'une mauvaise blague sauf que très rapidement, des quantités de rats morts sont trouvées partout à travers la ville. Et tout à coup plus rien. Mais des humains commencent à mourir d'étranges symptômes qui ressemblent à quelque chose que les médecins se refusent à reconnaître comme ce que cela semble bien être. Jusqu'au moment où le diagnostic est clair : il s'agit bel et bien de la peste, et ce texte est la chronique de son déroulement. 

Comme je l'avais déjà remarqué avec L'étranger, le style d'Albert Camus est aride, sec et lumineux ce qui correspond très bien à une action qui se déroule en Afrique du Nord, dans des paysages semblables à ce style. La population ne se révolte pas, tout comme le style reste laconique. Cela étant renforcé par le désir de neutralité du narrateur : il insiste à plusieurs reprise sur l'objectivité recherchée donc même si on retrouve les mêmes quelques personnages, les émotions de chacun ne que peu exprimées, ce sont plutôt les impressions générales (la séparation, l'empêchement de sortir de la ville, etc) qui sont décrites. Chacun est dans la retenu mais pourtant prêt à aider, à participer à la nouvelle organisation de la ville, il n'y a pas de scènes de panique, ou d'égoïsme comme on pourrait s'y attendre, ce sont le calme et l'entraide qui dominent. Ce récit est comme un reportage : y est décrit ce qu'il se passe à un endroit et un moment particuliers. J'ai plutôt apprécié ce livre, notamment grâce à sa clarté, mais cette sécheresse fait qu'il manque de vie, ou d'autre chose, je ne sais pas, mais il manque quelque chose en tout cas. Et je n'ai pas réalisé tout de suite, mais ce roman est masculin, les femmes ne sont que de lointaines figurantes, ce qui accentue aussi le côté sec et retenu de ce texte. Mais cette lecture a tout de même été agréable, donc je lirai prochainement La chute, du même auteur.

A l'ombre des jeunes filles en fleurs, , Marcel Proust (A la recherche du temps perdu, tome 2) (1919)

«Tout d'un coup, dans le petit chemin creux, je m'arrêtai touché au cœur par un doux souvenir d'enfance : je venais de reconnaître, aux feuilles découpées et brillantes qui s'avançaient sur le seuil, un buisson d'aubépines défleuries, hélas, depuis la fin du printemps. Autour de moi flottait une atmosphère d'anciens mois de Marie, d'après-midi du dimanche, de croyances, d'erreurs oubliées. J'aurais voulu la saisir. Je m'arrêtai une seconde et Andrée, avec une divination charmante, me laissa causer un instant avec les feuilles de l'arbuste. Je leur demandai des nouvelles des fleurs, ces fleurs de l'aubépine pareilles à de gaies jeunes filles étourdies, coquettes et pieuses. "Ces demoiselles sont parties depuis déjà longtemps", me disaient les feuilles.»

Après avoir lu Du côté de chez Swann (article ici) sans avoir égé découragée par les phrases à rallonge de Marcel Proust, je me suis lancé dans le tome 2, à savoir A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Ce tome ce compose de deux parties. Dans la première, nous retrouvons Gilberte Swann que nous avions déjà croisée dans le tome précédent. Le narrateur la retrouve dans un jardin près des Champs Elysées. Au début il l'observe, fantasmant sur le fait d'intégrer son groupe d'amies, ce qu'il parvient à faire progressivement, au point d'être ensuite régulièrement invité chez les Swann. Mais leur amitié connait pas mal de haut et de bas. Dans la seconde partie, le narrateur part en séjour sur la côte normande à Balbec avec sa grand-mère. Il raconte la vie de l'hôtel dans lequel il réside, la vie mondaine (et des allusions aux Verdurin) mais aussi un groupe de fille qu'il croise un jour et qui le fascine, surtout une certaine Albertine dont il tombe amoureux.

J'ai bien aimé ce deuxième tome même si parfois le narrateur m'horripile dans la façon qu'il a de se compliquer la vie et de faire des sacrifices ou des privations qui ne servent à rien puisque la personne qu'il veut influencer avec n'en a pas connaissance. Clairement, le narrateur n'est pas dans l'action, mais plutôt dans la réflexion et même dans la complication. Par ailleurs, on retrouve dans ce tome la même forme qui m'avait parue lourde dans le premier tome, à savoir des phrases à rallonge avec diverses propositions qui s'enchaîne, et des propos qui passent du coq à l'âne. Mais le livre restitue bien les émotions, les ambiances, les environnement, ce qui donne une bonne impression de cette lecture qui est parfois un peu laborieuse.

Léa ne se souvient pas comment fonctionne l'aspirateur, Gwangjo et Corbeyran (2010)

"Un sac poubelle éventré, un journal intime qui dépasse, et voilà Louis sauvé de sa panne d'inspiration. L'écrivain a enfin trouvé son sujet dans les pages du cahier. Une jeune femme, Léa, raconte comment subitement elle perd la mémoire des appareils ménagers : impossible de faire fonctionner une machine à café ou un grille-pain ! Cette situation ne fera pas rire son mari qui voit s'amonceler les piles de linge sale... Devant tant d'originalité, le roman devient vite un succès. Mais Louis ne cesse de se demander qui est cette Léa et ce que cache cette "amnésie ménagère"..."
Je suis tombé sur cette bande-dessinée par hasard, je n'en avais jamais entendu parler, et comme son titre m'a intriguée et que la quatrième de couverture donnait envie de lire ce livre, j'ai obéis.
Louis Levasseur est un écrivain publié mais sans succès, dont les comptes bancaires sont dans le rouge et qui qui n'a rien produit depuis bien longtemps en dépit des promesses et des contrats pour un nouvel ouvrage. Un jour, alors qu'il se promène, il trouve un sac poubelle éventré rempli de modes d'emploi, des centaines et des centaines, ce qui le rend plutôt perplexe. Puis, intrigué, il retourne voir les sacs et trouve un journal intime. Ce journal est écrit par Léa, 26 ans, nouvellement mariée à Xavier. Elle raconte que depuis elle est incapable de faire fonctionner les appareils électroménagers, comme s'ils s'agissait d'objets étrangers qu'elle n'avait jamais vus. Louis décide de s'inspirer de ce journal pour en faire un roman, et ce roman devient rapidement et durablement un succès, traduit dans plein de langue, en projet pour être adapté en film, etc. Bref, Louis a rencontré la gloire, il n'est plus un écrivain raté. Mais il continue de s'interroger sur qui était Léa et ce qu'elle est devenu.

Ce livre est une très bonne surprise, j'ai beaucoup aimé. L'histoire est intéressante et bien construite, même si certaines cases ne sont pas nécessaires et que certains points auraient gagné à être développés. J'avais plus ou moins quand même deviné vers quoi menait l'intrigue, même si je ne savais pas comment cela s'agençait, mais ça ne gâche en rien cette lecture. Et en plus de l'histoire, les dessins aussi m'ont captivée : tout est gris et blanc, crayonné, le résultat est une impression de douceur, de fluidité, et en même temps, les dessins sont nettes et remplis de détails, de lignes de perspectives, c'est vraiment très agréable à regarder. Bref, une bande-dessinée méconnue qui a été une bonne surprise.

Les royaumes du Nord, Philip Pullman (A la croisée des mondes, tome 1) (1995)

"La jeune Lyra, élevée à Oxford au sein du prestigieux Jordan College, dans le monde austère des Érudits, mène entre ces vénérables murs une existence intrépide de sauvageonne, en compagnie de Roger, le marmiton. Depuis quelque temps, une invisible menace semble planer sur le monde connu, une mystérieuse Poussière qui tombe du ciel. Des expéditions sont organisées vers les régions lointaines et inhospitalières du Nord, d'où semble venir le fléau. Existe-t-il un lien entre la Poussière et les nombreuses disparitions d'enfants que leurs ravisseurs semblent conduire vers le Nord, pour leur faire subir, dit-on, d'atroces mutilations ? Quand Roger disparaît à son tour, Lyra n'hésite pas à se lancer sur ses traces, aidée par le peuple des gitans… Un voyage vers le Grand Nord, périlleux et exaltant, qui lui apportera la révélation de ses extraordinaires pouvoirs et la conduira à la frontière d'un autre monde."

J'ai découvert la trilogie A la croisée des mondes à l'année dernière en l'offrant à mon compagnon qui avait mis ces livres dans une liste d'idées cadeaux, mais pour autant, je ne m'y était pas attardée. Mais l'autre jour j'y ai repensé parce que j'avais envie de me lancer dans une série, quelque chose de divertissant et de pas trop sombre ou prenant pour autant. J'avais pensé à re[...]relire la série Harry Potter mais je l'ai déjà lue plusieurs fois (la dernière il y a deux ans, pendant l'été 2011) que je me suis dit que ça serait bien de varier un peu. Et m'est alors revenu à l'esprit la série A la croisée des mondes.

Le récit débute au Jordan Collège d'Oxford, mais pas vraiment le même Oxford que nous connaissons, alors que Lyra et son daemon (sorte d'animal associé à chaque personne, qui peut penser, parler et agir), préadolescente turbulente placée là par son oncle se faufile par curiosité dans le salon du Collège et s'y fait prendre au piège car des gens y entrent, et en plus, elle voit quelqu'un verser du poison dans une carafe de vin réservée à invité, cet invité étant Lord Asriel, l'oncle de Lyra. Elle décide de se manifester pour empêcher son oncle de boire le poison, mais leur échange et bref et elle doit se cacher à nouveau car il lui est impossible de partir sans se faire remarquer. Elle est alors témoin d'une réunion dans laquelle il est question de guerre avec les Tartares qui veulent envahir la Moscovie, de la disparition d'un explorateur nommé Grumann, de Poussière et du financement d'un expédition pour approfondir toutes ces questions. Après avoir été bouleversée par tout ce qu'elle a appris, Lyra doit reprendre sa vie normale faite de cavalcade dans le collège, de bagarres avec les enfants gitans, d'escapade sur les toits, etc, mais le contexte devient oppressant car des enfants disparaissent régulièrement, aussi bien dans sa ville qu'ailleurs. Mais Lyra va frayer à nouveau avec le monde des adultes lors d'un repas organisé par le Maître où elle rencontre une femme fascinante, Mrs Coulter.

J'ai beaucoup aimé ce roman : l'histoire est captivante, bien construite, les personnages sont complexes et ambigus (on n'a pas les gentils VS les méchants) et les thèmes et questions abordés ne sont pas réservés au enfants. D'ailleurs ce dernier point est ce que je craignais principalement : il s'agit là d'un livre accessible dès 10 ans d'après la quatrième de couverture et l'héroïne est une enfant, donc j'appréhendais un récit un peu simpliste mais au final ce n'est absolument pas le cas (en même temps, mon compagnon avait aimé et on a pas mal de goûts en commun, donc c'était bon signe). C'est un texte pour enfant, mais pas infantilisant, les thèmes traités et la manières dont ils sont abordés prennent les lecteurs au sérieux, c'est vraiment un bon roman riche et prenant, qui s'adresse aussi bien aux jeunes lecteurs (qui n'ont pas peur des gros livres) qu'aux plus grands. Bref, une excellente surprise qui m'a fait me précipiter sur le deuxième tome, La tour des anges.

Wintergirls, Laurie Halse Anderson (2009)

"Lia and Cassie are best friends, wintergirls frozen in fragile bodies, competitors in a deadly contest to see who can be the thinnest. But then Cassie suffers the ultimate loss-her life-and Lia is left behind, haunted by her friend's memory and racked with guilt for not being able to help save her. In her most powerfully moving novel since Speak, award-winning author Laurie Halse Anderson explores Lia's struggle, her painful path to recovery, and her desperate attempts to hold on to the most important thing of all: hope."

J'ai découvert ce livre il y a quelques années car il était souvent cité parmi les livres favoris d'adolescentes et jeunes de mon âge. Du coup cela m'a intriguée, mais je j'ai été freinée dans l'assouvissement de ma curiosité quand j'ai réalisé que ce texte n'avait pas été traduit en français. Je l'ai quand même lu -laborieusement en anglais- mais j'ai eu envie de le relire récemment parce que non seulement le livre m'avait plu, mais en plus mon niveau de lecture de l'anglais s'étant amélioré avec le temps, ma lecture n'en serait que plus agréable.

L'histoire commence lorsque Lia se fait annoncer la mort de son ancienne meilleure amie Cassie, qui a été retrouvée morte dans une chambre d'hôtel. Lia ne montre rien, expliquant qu'elle n'étaient plus amies depuis des mois, mais cela la culpabilise -Cassie a tenté de la joindre 33 fois la nuit de sa mort- et la trouble pusique Lia a des hallucinations dans lesquelles apparaissent Cassie. Les deux filles avaient en effet été très proches pendant plusieurs années, et leur brouille fait suite à un pari qu'elle avait fait : être les filles les plus minces de leur lycée. Suite à ce challenge, Cassie a sombré dans l'anorexie-boulimie, les phases de restrictions se finissant en perte de contrôle et en vomissement pour compenser, tandis que Lia est tombé dans l'anorexie mentale et l'automutilation. Ce livre suit donc Lia dans sa maladie, son autodestruction, son deuil, ses hallucinations, ses problèmes familiaux, ses mensonges, ses obsessions.

Ce livre est à la fois troublant, dérangeant et brutal, mais aussi très réaliste (l'auteur a travaillé avec des spécialistes des sujets abordés, et ça se sent), ce qui fait que même si sa lecture ne peut pas être qualifiée d'agréable, c'est un très bon livre. L'exactitude de ce qui y est décrit et raconté donne un point de vue tout à fait fidèle de ce que peuvent parfois être les difficultés de l'adolescence, l'anorexie, l'automutilation, etc. La seule chose à laquelle je n'ai pas "accroché" ce sont les hallucinations de Lis dans lesquelles apparaissent Cassie qui me semblent un peu fantaisistes, plus que si ça n'avait été que des rêves. Mais globalement Wintergirls est un livre que j'ai beaucoup apprécié. Attention cependant : son côté violent et extrême en fait un ouvrage à ne pas mettre entre toutes les mains, je pense que ça ne peut que déstabiliser un peu plus les personnes fragiles.

Le roi pâle, David Foster Wallace (2011)

"Apprenti au centre des impôts de l'Illinois, où les nouveaux arrivants doivent recevoir une formation de survie à l'ennui, David Wallace observe les personnages extraordinaires attirés par cet étrange métier.
Protagoniste de son dernier roman, il dessine sur un registre épique une parabole de la culture postindustrielle, examine avec inquiétude l'individu pris dans les mailles du système global et propose une nouvelle idée de l'héroïsme
."

J'ai emprunté ce livre un peu par hasard alors qu'un lecteur le rendait à la bibliothèque parce que le nom de l'auteur me disait quelque chose, j'avais l'impression que c'était le nom d'un grand auteur états-unien dont j'avais dû entendre parler, mais sur qui ne ne savais rien. Du coup, c'était l'occasion de découvrir cet mystérieux auteur.

Les chapitres de ce livre mêlent les époques et les personnages : on y un homme qui est capable de citer des données très précises sur des sujets qu'il ne connait pas ou des gens qui lui sont inconnus, un autre qui souffre d'un problème de transpiration, une fillette dont la mère est instable et s’accoquine avec des hommes pas toujours fréquentables, un alter-ego de l'auteur qui, après des études peu concluantes, se tourne vers la fiscalité et dont les premiers jours de travail sont marqués par un quiproquo, etc. Le point commun entre tous les personnages et les chapitres, c'est l'IRS, c'est à dire les impôts états-uniens, ce qui fait que le texte est entrelardé d'explications et de finasseries de fiscalité.

Tous les avis que j'ai pu lire à propos de ce livre sont extrêmement élogieux, les critiques criant au génie mais j'avoue que je suis resté dubitative devant ce livre. Ce n'est pas mauvais, c'est surtout que je n'ai rien compris... Ça parle de fiscalité, on change de lieu et de moment sans trop de précision, je me perdais dans les personnages surtout que parfois il n'y avait aucune informations quant aux personnages à s'exprimer, on y trouve des passage où l'auteur lui-même est un personnage, bref c'est très confus. Il faut dire que l'auteur s'est suicidé avant de terminer ce texte, c'est donc son éditeur qui s'est chargé d'ordonner les parties de ce roman inachevé. Je ne doute pas que David Foster Wallace ait du talent dans la mesure où plusieurs passages m'ont bien plu, mais j'ai trouvé cela trop confus, il m'a fallu environ 200 pages pour entrer dans le livre qui en compte un peu plus de 645. Bref, mais si je sens qu'il y a plein d'éléments intéressants dans ce livre, j'ai quand même passé l'essentiel de ma lecture en étant complètement larguée... J'attends donc avec impatience la traduction du livre qui est décrit comme étant son chef-d'oeuvre, Infinite Jest, afin de me faire une meilleure idée de son travail.

Lucille, Ludovic Debeurme (2006)

"Enfant, Lucille était une petite grosse. Une petite fille moche, délaissée par les garçons, et qui s'accrochait, fascinée, à sa poupée mannequin, Linda. Elle était si belle Linda, tellement jolie, tellement mince.
Quand Lucille a rangé sa poupée au fond d'une malle, c'est qu'elle était enfin devenue Linda, mince comme un fil. La beauté en moins.
Arthur aime son père. Petit, il restait des heures au bistrot avec lui, à l'attendre en comptant les verres vides, pour tromper l'ennui. Il est marin, son père. Pas un marin au long cours, non, un pêcheur. Pas un patron-pêcheur, un employé sur un petit chalut. Arthur supporte tout de son père, l'alcool, les bagarres, le port, l'odeur des moteurs, la mer.
Le père d'Arthur, c'est Vladimir. Il s'appelle Vladimir comme son père, comme Arthur plus tard quand lui, il aura cassé sa pipe. Les hommes, les aînés, ils s'appellent tous Vladimir, c'est la tradition. Une croix de plus à porter pour Arthur...
Et puis un hasard, une rencontre : Arthur et Lucille s'aiment au premier regard.
Alors ils s'enfuient. Ensemble, ils partent pour Paris, puis l'Italie.
Elle fuit sa mère. Lui, le fantôme de son père.
Loin du chagrin et des souffrances, c'est avec la simplicité, la naïveté et l'enthousiasme
de leur jeunesse qu'ils vivent leur amour.
"

J'avais déjà lue cette bande-dessinée il y a quelques années, pas longtemps après sa sortie je pense, et j'avais plutôt bien aimé. Cependant, depuis, un second tome est sorti, donc avant de le lire, j'ai eu envie de me remettre en tête ce premier tome.

Lucille est une jeune fille complexé et timide, elle n'a pas de petit copain au contraire de la plupart des filles de son âge, et elle vit seule avec sa mère qui n'est pas forcément toujours de bon conseil. A cause de ses complexe et de sa honte du corps, Lucille perd du poids, au point de finir à l'hôpital. Arthur est un adolescent qu look un peu skinhead et qui est une petite brute en public, mais en privé, il s'accroche à son TOC, celui de tout compter, de ses battements de coeurs à ses pas. Son père est un marin alcoolique qui peut devenir violent, ce qui est une situation qui pèse sur la famille. Ces deux ados vont se croiser une première fois à l'hôpital, puis à nouveau plus tard, alors qu'Arthur fait des livraisons de médicaments et qu'il en livre chez Lucille. Ils vont s'apprivoiser, et un jour, alors qu'Arthur décide de partir, il propose à Lucille de l'accompagner.

J'ai bien aimé cette bande-dessinée qui exprime la fragilité, aussi bien dans son dessin que ses textes. A propos du dessin, lors de cette lecture aussi bien qu'à la première, j'ai commencé par trouver le dessin un peu scolaire et ça ne m'avait pas vraiment plu -sans me déplaire pour autant. Et ensuite ça ne dérange plus parce que le dessin exprime la fragilité des deux personnages, leur simplicité. Les deux personnages principaux sont très intéressants : ils ont leurs fêlures, leur complexe, leur pudeur, leur désir d'adolescent aussi, leur passé et leur enfance. Bref, une bande-dessinée qui m'a plu et qui sera donc suivie de la lecture de la suite, Renée.

Marya, une vie, Joyce Carol Oates (1986)

"Marya Knauer a huit ans quand son père est tué dans une rixe. Un peu plus tard, sa mère la confie à une tante et un oncle avant de disparaître complètement. Cette jeune fille secrète, solitaire, apprend la peur, la cruauté. Au lycée, elle devient brillante et bien supérieure aux autres, ce qui la condamne à encore plus d’isolement. Elle entre à l’université et se plonge violemment dans l’écriture, en développe une passion proche de la folie. Il lui faut encore attendre quelques années pour connaître un amour heureux avec un journaliste, mais Marya si forte dans le désespoir saura-t-elle maintenir une vie heureuse ? On la quitte alors qu’elle entame une recherche sur son passé et surtout sur sa mère qui lui disait si souvent : «Ne commence pas à pleurer, tu ne pourras plus t’arrêter.»"

Joyce Carol Oates est une auteur que j'apprécie beaucoup, du coup quand je croise un de ses ouvrages, j'ai tendance à l'emprunter.

Ce texte raconte la vie de Marya Knauer, un personnage qui est une fillette au début du livre, dont le père vient de mourir et dont la mère décide de partir, laissant Marya à la charge de Wilma et Everard, celui-ci étant le frère du père. Marya va devoir vivre dans cette famille où elle n'a pas vraiment sa place et où elle est en "concurrence" avec les enfants du couple, Alice et Lee, avec qui elle ne se lie pas vraiment. En plus de cela, Marya doit également assumer le silence sur ce qu'il est arrivé à ses parents, ainsi que les rumeurs et les non-dits qui circulent. Malgré cela, Marya va poursuivre son chemin, faire des études, obtenir un diplôme, etc. Mais jamais elle ne brille vraiment, sa vie n'a rien d'exceptionnelle et même si elle n'a pas raté sa vie, on ne peut pas dire qu'elle soit très réussie.

J'ai bien aimé ce livre : il n'y a pas de grande histoire mais une petite, celle de la vie de Marya. Une vie un peu fade avec toutes les interrogations sur ses parents et sur son identité, le manque d'affection et d'intégration à une famille ou un groupe pendant son enfance, la méchanceté des enfants, mais aussi celle des adultes, etc. Par contre, la fin est un peu frustrante car assez abrupte mais malgré cela, ce livre m'a plu.

Mademoiselle Personne, Tomek Tryzna (1988)

"C'est bel et bien la Pologne contemporaine, qui s'incarne dans l'aventure de Marysia, cette fille si ordinaire, cette "mademoiselle Personne", naïve adolescente de la campagne qui va découvrir en ville, dans la honte et l'émerveillement, l'insaisissable chatoiement d'un monde inconnu. L'intelligence, la culture, l'art, l'argent - mais aussi les plaisirs les plus ambigus de l'amitié -, tels sont les présents insidieux que deux de ses camarades font tour à tour entrevoir à mademoiselle Personne. Et dont elle tente de jouir, aussi avide que maladroite, déchirant au-delà de ses propres forces la chrysalide de valeurs désormais désuètes... Aujourd'hui en cours de traduction dans le monde entier, ce livre illustre certes à sa façon le genre universel du Bildungs-roman. Il constitue aussi, sur l'entrée dans l'âge adulte, une fable haletante, à la langue alerte et changeante, dont l'héroïne est une nation en quête d'identité, toujours au bord de la schizophrénie."

J'ai entendu parler de ce roman sur un blog car l'auteur de ce-dernier le citait comme étant son livre préféré. Du coup, comme le blog en question me plaisait bien, je me suis dit que le livre me plairait peut-être aussi. Je ne pensais pas le trouver à la bibliothèque car il s'agit d'un roman polonais donc je n'étais même pas sûr qu'il ait été traduit. Et au final, j'ai eu la bonne surprise de constater que le roman était traduit et qu'il était à la bibliothèque.

Le personnage principal du livre est Marysia, une adolescente naïve et rêveuse qui vit dans la campagne polonaise des années 80. Grâce au travail du père, la famille reçoit un logement dans un immeuble d'une grande ville, ce qui fait que Marysia, ses parents, ses deux petits frères et ses deux soeurs, jumelles, vont s'y installer et changer leur habitudes. Marysia se retrouve à devoir aller dans une école qui n'est pas dans son quartier, au contraire de ses frères et soeurs, ce qui lui donne de l'autonomie et de l'indépendance. Dans cette nouvelle école, elle rencontre Kasia, une jeune fille fantasque qui s'habille en gitane, compose de la musique et est souvent absente des cours. Grâce à elle, Marysia va apprendre à s'affirmer, à s'amuser, à mentir, et elle va aussi découvrir que Kasia est plus que fantasque : elle a des problèmes psychologiques. Ces problèmes vont l'éloigner pendant un moment, et Marysia va alors se rapproche d'Ewa, une autre de ses camarades de classe, provocatrice, excessive et jalouse de Kasia.

J'ai beaucoup aimé ce roman ! Au début j'ai été déroutée parce qu'il commence de manière réaliste puis on glisse dans le rêve et le symbolisme, du coup, j'étais un peu perdue. Mais ça n'a duré que les premières pages et ensuite j'ai rapidement accroché à l'histoire de Marysia, la jeune fille naïve qui découvre la vie. Ce roman est clairement un roman d'initiation, mais il y a une part de fantaisie et de violence psychologique qui le rendent original. Sans compter que le roman se passe en Pologne dans les années 80, un pays et une époque je ne connais que peu, du coup, c'est dépaysant et un peu étrange, proche et lointain à la fois. Bref, ce livre est une très bonne surprise !

Un petit goût de noisette, Vanyda (2014)

"Un petit goût de noisette à savourer. Dans ce recueil d'histoires courtes, Vanyda explore l'amour, évoque le moment parfait qui nous échappe parfois, les occasions manquées aussi... Usant des dialogues avec justesse et parcimonie, offrant à chaque tranche de vie sa couleur propre, Vanyda fait se croiser ses personnages. En quelques pages, en quelques jours, Benoît, Corentin, Manon, Aymeric et les autres se rencontrent, s'enthousiasment, pleurent. Un véritable condensé d'émotions pour ce nouveau one-shot !"

J'avais repéré cette bande-dessinée dans un catalogue de nouveautés et c'est le nom de l'auteur qui a attiré mon regard parce que j'ai déjà lu des choses d'elle () et que j'avais apprécié. J'avais donc noté ce livre dans la liste des livres que j'aimerais lire, puis, le jour où j'ai eu l'exemplaire entre les mains sur mon lieu de travail, je ne l'ai pas pris, et cela pour une raison très bête -et irrationnelle-, à savoir que je n'aime pas les noisettes, du coup, je me disais que cette BD me décevrait. Et puis elle m'est repassé entre les mains une autre fois et comme je n'avais plus grand chose à lire, je me suis laissé tenter. Bref.

Dans cette bande-dessinée, nous trouvons plusieurs histoires, liée ou pas, et de plus ou moins loin. Ça parle de gens qui se croisent, de liens qui se nouent, d'opportunités saisies ou pas, de voyage à l'étranger, de moments un peu fous, de regrets, de déception, de bonheur, etc. Les personnages sont des adolescents ou de jeunes adultes et chaque nouvelles raconte un moment et les sentiments, les hésitations ou l'audace qui y sont liés. Pas d'histoire particulière donc, mais des éclats d'histoire.

Je vais commencer par ce que je n'ai pas aimé, afin de pouvoir terminer sur une note enthousiaste. Donc, ce qui ne m'a pas plus, mais ce n'est pas spécifique à ce livre, c'est que c'est sous forme de nouvelles. Je trouve cela trop souvent frustrant et ça a été le cas ici : j'aurais aimé en savoir plus sur certains personnages ou voir certaines intrigues approfondie, bien que cela contredise un peu le fait de ne proposer qu'un seul moment.. Sinon, j'ai beaucoup aimé cette bande-dessinée non seulement pour ce qui est raconté, à savoir des instants, des détails, mais aussi pour les liens entre certaines histoires, les personnages qui se croisent. Mais par-dessus tout, c'est le dessin que j'ai adoré ! Pourtant je n'avais pas été particulièrement marquée en lisant les autres livres que j'ai lus de Vanyda, mais là j'ai été très rapidement enchantée : le dessin est réaliste, mais aéré, il y a de la précision, mais sans lourdeur. Et surtout j'ai adoré les couleurs et l'usage qui en est fait : par touche, une par histoire, juste comme il faut pour illuminer et mettre en valeur ce qui reste en noir et blanc. Je vais très probablement réemprunter cette BD, voire même l'acheter pour le plaisir des yeux.

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