Esprit d'hiver, Laura Kasischke (2013)

"Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d'angoisse inexplicable. Rien n'est plus comme avant. Le blizzard s est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant..."

J'aime beaucoup les textes de Laura Kasischke, donc à chaque fois que j'ai l'occasion d'en lire un, j'en profite.

Au matin de Noël, Holly se réveille avec le sentiment que quelque chose les a suivi de Russie lorsqu'elle et son mari, Eric, ont adopté celle qui est désormais leur fille, Tatiana. Malgré ce sentiment plutôt effrayant, Holly se rendort. Quand elle se réveille à nouveau, la matinée est bien avancée et la préparation du repas de Noël est très en retard. Eric quitte alors précipitamment la maison pour aller chercher ses parents à l'aéroport et Holly se retrouve seule avec Tatiana. L'ambiance n'est déjà pas au beau fixe puisque rien n'est prêt pour l'arrivée des invités, mais elle ne s'arrange pas quand une soudaine tempête de neige s'abat sur la région, provoquant l'annulation de la venue des invités et que Tatiana semble être d'humeur très lunatique.

Comme dans tous les livres de Laura Kasischke, on retrouve une ambiance oppressante, étouffante, la sensation que quelque chose ne va pas sans qu'il ne soit possible de vraiment mettre le doigt dessus, et cela malgré un environnement neutre -encore qu'angoissant d'une certaine manière- qui en en général une banlieue résidentielle ou une petite ville des États-Unis. Cette impression de trouble est malgré tout bien écrite ce qui fait que la lecture n'est pas laborieuse ou trop oppressante, sans compter que ce qui est raconté ne se passa pas uniquement dans cette maison ; l'adoption de Tatiana en Russie nous est aussi rapportée, par le biais des souvenirs d'Holly. J'ai donc beaucoup aimé ce livre qui se lit bien, grâce à l'écriture fluide de l'auteur, et à l'intrigue bien ficelée, sans longueurs ni raccourcis, et c'est avec plaisir que je lirai d'autres livres de Laura Kasischke.

La faim, Helen Dunmore (2001)

"Mêlant fatalisme et poésie dans la droite ligne des grands romans russes, Helen Dunmore retrace le destin d'une famille confrontée à l'un des épisodes les plus dramatiques de la Seconde Guerre mondiale : le siège de Leningrad. Une bouleversante histoire d'amour, de courage et d'espoir servie par une écriture limpide et envoûtante. En septembre 1941, l'armée allemande entame le blocus de Leningrad qui durera deux ans et demi, prenant au piège des milliers d'hommes et de femmes, dont beaucoup ne survivront pas aux terribles rigueurs de l'hiver russe. Réfugiés dans la ville, la jeune Anna, son petit frère Kolia et son père Mikhaïl découvrent alors la torture quotidienne des bombardements et des terribles pénuries d'eau et de nourriture. Malgré la faim qui affaiblit leurs corps épuisés, malgré le froid intense qui règne une fois les meubles et les livres brûlés, Anna et les siens vont résister. Parce que, en dépit de l'horreur, subsiste l'espoir de vivre et d'aimer sans contraintes..."
J'ai découvert ce livre parce qu'il était en présentation sur une table de la bibliothèque alors que je jetais un coup d'oeil à la recherche d'un livre à ajouter sur ma pile de livres à lire. Celui-ci était le plus tentant de tout ceux qui étaient présentés et après lecture de la quatrième de couverture, j'ai décidé de l'emprunter.
L'histoire se passe à Leningrad en 1941, et elle commence plus précisément en juin. C'est l'été, les jours sont longs et les nuits lumineuses, les gens se promènent jusque tard le soir, les gens ramassent les fruits et les légumes dans les campagnes, à l'image d'Anna, qui habite dans la ville mais qui dispose d'une datcha (résidence secondaire rudimentaire) à la campagne, avec un potager. Les gens sont insouciants et ne se doutent pas que quelques mois plus tard ils auront à affronter l'hiver et la guerre puisque Leningrad se trouve encerclée par les Allemands. La population doit vivre avec le peu que leur carte de rationnement leur apporte, les canalisations gèlent, la faim change les gens, etc. C'est dans ce contexte de survie qu'Anna et Andreï se rencontrent, mais leur amour reste inexprimé car d'autres préoccupations sont plus importantes : s'occuper de ses proches, trouver à manger et de quoi se chauffer, etc.

Je n'ai pas trouvé ce roman particulièrement fabuleux... On va commencer par ce que j'ai apprécié, à savoir l'aspect historique : je ne connaissais pas cet épisode du siège de Leningrad (ou si je l'ai su, j'avais oublié) donc ce texte me l'a fait découvrir. Mais j'ai trouvé l'aspect historique insuffisant à mon goût, j'aurais aimé avoir plus d'éléments. En plus, on pourrait s'attendre à ce que l'aspect historique soit délaissé au profit de l'histoire des personnages, mais même là, j'ai été déçue : les personnages sont inconsistants, leur passés et leurs personnalités se sont pas assez développés, etc. Bref, un roman décevant qui m'a laissé sur ma faim.

Le bleu est une couleur chaude, Julie Maroh (2010)

"La vie de Clémentine bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune fille aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir toutes les facettes du désir. Elle lui permettra d’affronter enfin le regard des autres. Un récit tendre et sensible."

J'avais pas mal entendu parler de cette bande-dessinée lors de sa sortie et les avis étaient bon, du coup, ça m'a donné envie de la lire. Sauf que comme j'ai toujours plein de choses à lire, je n'ai pas repensé mettre la main sur ce livre, jusqu'à ce que le film La vie d'Adèle, tiré de cette BD, me le remette en tête. Et je me suis alors empressé de l'emprunter avant que le livre ne soit sans cesse emprunté et réservé du fait de son actualité cinématographique. (Et après j'ai eu la flemme d'écrire cet article, ce qui explique qu'il n'arrive que maintenant...) (Par ailleurs, je n'ai pas vu le film.)

L'histoire est celle contenue dans les lettres et le journal intime de Clémentine, une jeune fille décédée au début du livre, et qui sont laissés à l'intention d'Emma, la femme qui a changé la vie de Clémentine. Tout commence alors que, lycéenne, Clémentine croise dans la rue une fille aux cheveux bleu, et qu'elle tombe amoureuse, elle est vraiment marquée par cette inconnue. Mais pour l'instant, l'histoire s'arrête là, Clémentine retourne à sa vie avec les cours, les amies, les parents, le petit copain, etc, même si elle sent qu'il y a quelque chose qui cloche car elle se sent attirée par les filles, et notamment par cette inconnue aux cheveux bleus. Des années plus tard, lors d'une sortie dans les bars gays avec un amis gays, elle croise à nouveau cette fille aux cheveux bleus, Emma. Et dès lors, elles ne vont plus se quitter, mais leur relation est amicale : Emma est en couple et elle est plus âgée que Clémentine. Et pourtant, cette dernière est complètement amoureuse d'Emma.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui raconte la quête d'identité d'une adolescente dont les désirs ne correspondent pas à ce qu'elle pensait être et qui a dû mal à l'assumer, d'autant plus qu'elle doit également endurer le regard des autres : de sa famille et de ses amis. Elle cache son homosexualité, mais vit mal cette situation, elle aimerait pouvoir être ce qu'elle est sans crainte d'être rejetée, elle aimerait également être prise au sérieux et prouver que ce n'est pas qu'une question d'expérimentation adolescente. elle est donc tiraillée entre la honte vis-à-vis de ses proche, et la volonté de s'assumer pour elle et pour Emma. Bref, une BD très nuancée et sensible quant aux émotions et aux désirs qui chamboulent Clémentine et remettent son identité en question.

Beauté fatale, Mona Chollet (2012)

"La « tyrannie du look » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à entretenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au coeur de la sphère culturelle. Le corps féminin est sommé de devenir un produit, de se perfectionner pour mieux se vendre. Un esprit absent dans un corps-objet : tel est l’idéal féminin contemporain."

Les livres sur la situation contemporaine de la femme, les rapports entre la société et elle, la relation avec son corps, etc, sont des sujets qui m'intéressent donc quand un livre paraît sur ces sujets, j'ai en général envie de le lire, et ça a été le cas avec celui-ci qui -d'après la quatrième de couverture- traite d'aspect très contemporains, le tout d'une façon accessible.

De Gossip girl à la blogueuse mode, du it bag au podium de la fashion week, de la chirurgie esthétique à DSK, cet essai entend dévoiler l'"aliénation féminine" dans la société actuelle. Cette aliénation est d'autant plus sournoise qu'elle se fait sous couvert de complicité avec les femmes, sous forme de conseils au ton guillerets, comme si c'était une bonne copine qui s'exprimait. Et depuis quelques années, ce renvoi des femmes à des objets/consommatrice/femme au foyer s'est accentué du fait de la crise (chômage = retour à la maison) et à une société de plus en plus matérialiste et capitaliste où il faut vendre de tout et de plus en plus tout le temps. Les exemples abondent et ce ne sont pas seulement des intellectuels qui sont cités, puisque l'on trouve des extraits de témoignages de mannequins, actrices, etc, des citations provenant d'interviews, de blogs ou d'articles, etc, le tout provenant de sources que tout le monde connaît au moins de nom parce qu'il s'agit d'éléments du quotidien, prouvant ainsi que l'asservissement des femmes se fait à chaque instant et par des moyens plus ou moins flagrants.

J'ai bien aimé ce livre qui est tout à fait compréhensible même quand on ne connaît pas les féministes, philosophes et penseurs qui y sont parfois cités. Les exemples et situations choisis sont très parlant parce que concret au quotidien : les magazines féminins, les séries, la mode, etc. Les seules choses que je déplore sont le manque de nuance dans certains passages (dénonciation un peu trop systématique et en bloc), et le fait que l'ouvrage n'ouvre pas de nouveaux horizons, il ne fait pas de propositions suite à ce qu'il dénonce, ce qui est un peu dommage ; mais pour autant cela n’amoindrit pas le contenu de ce texte que je conseille à toutes et à tous.

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