La ligne droite, Hubert & Marie Caillou (2013)

"Hadrien vit dans un petit village au fin fond de la Bretagne. Etouffé par sa mère castratrice et l’éducation stricte de son école religieuse, il se réfugie dans les livres. Ce tempérament solitaire allié à la petitesse d’esprit de son village empêche Hadrien de s’épanouir et de profiter de sa jeunesse. Il ne se sent pas à sa place. Malgré tout, il va commencer à fréquenter Jérémie, le bellâtre du lycée, avec lequel il partage finalement beaucoup de points communs. Cette complicité entre eux va progressivement donner naissance à des sentiments de plus en plus forts."

J'avais repérée cette bande-dessinée dans la librairie spécialisée BD de ma ville et c'est le graphisme qui a attiré mon regard.

Le personnage principal est Hadrien, un lycéen qui vit seul avec sa mère à la campagne et qui fréquente un lycée privé religieux. Sa mère étant plutôt sur-protectrice, exigeante et psychorigide et Hadrien n'étant pas très rebelle ni extraverti, il mène donc une vie plutôt austère et solitaire et est un premier de la classe à lunettes qui a bien peu d'amis. Hadrien est d'autant plus renfermé sur lui-même qu'il se découvre une attirance pour un de ses camarades de classe, Jérémie. Sauf que la rigueur de son éducation et de son environnement fait de cette attirance un sujet délicat.

J'ai bien aimé cette bande-dessinée qui traite d'un sujet qui a été très présent dans l'actualité au cours de l'année passée et qui l'est encore. Ce qui m'a plu c'est l'adéquation du dessin et du récit : minimaliste mais exact et nuancé, même si certains aspects m'ont parus un peu caricaturaux (notamment le personnage de la mère d'Hadrien). En tout cas cet ouvrage me conforte dans mon appréciation des travaux d'Hubert et de Marie Caillou.

Le peigne de Cléopâtre, Maria Esnertam (2007)

"Mari, Anna et Fredrik, trois amis de longue date, ont monté une société au doux nom du Peigne de Cléopâtre. Leur créneau : résoudre les problèmes des gens. Chacun apporte ses compétences, qui en jardinage, qui en déco d'intérieur ou en comptabilité... et la PME se développe avec succès.
Chacun patauge quelque peu dans sa propre existence, en quête d'identité ou d'âme soeur, et trouve un réconfort non négligeable dans l'idée de venir en aide à autrui.
Jusqu'au jour où une vieille dame se présente avec une étrange requête : elle souhaite que Le peigne de Cléopâtre élimine son mari.
Difficile de résister à un filon qui promet d'être lucratif, et les candidats se bousculent bientôt au portillon.
"

Je suis tomé sur ce livre par hasard et c'est son titre qui m'a interpellé. J'ai donc lu la quatrième de couverture et bien que celle-ci laissait présager un texte un peu mièvre, j'ai emprunté le livre, histoire de sortir un peu de ma zone de confort de lecture, à savoir les livres dont je sais d'avance qu'ils vont me plaire.

L'histoire est celle d'Anna, Fredrik et Mari, amis trentenaires seuls pour diverses raisons (séparation, veuvage, personnalité solitaire). Au début du récit, Mari vient de perdre son travail alors qu'elle et son associé -qui lui annonce la nouvelle- avaient créé l'entreprise dans laquelle elle travaillait. Elle va alors chercher le réconfort auprès de ses amis, et au fil de la discussion, il décident de créer leur propre entreprise, avec pour but d'aider les gens, de rendre service. Mais un jour une demande inattendue arrive : Elsa, une voisine d'Anna, leur demande de tuer son mari qui l'a oppressée et brimée pendant toute leur vie commune. Cette demande d'assistance va troubler Anna, Fredrik et Mari car ils n'avaient pas imaginer se voit solliciter pour résoudre ce genre de problème. Et les questions auxquelles ils se retrouvent confrontés dans le cadre de leur entreprise les ramène à leur propre histoire.

J'ai été surprise par ce livre : déjà, le résumer me faisait présager quelque chose d'un peu cucul du genre "nous allons faire le bien autour de nous" qui amènerait à des situations un peu cocasses mais qui se termineraient toujours bien. Ensuite, je me suis ennuyée parce que le début du texte est très superficiel, notamment les dialogues qui sont très artificiels et plats. Mais la deuxième moitié du livre a rehaussé mon opinion : les personnages sont bien plus complexes qu'ils ne semblaient l'être, et cela amène beaucoup d'éléments troubles et ambigus. Au final, je n'irai pas jusqu'à dire que ce livre est une bonne surprise, mais il n'était pas ce à quoi je m'attendais et la seconde moitié du livre m'a beaucoup plus intéressée que le début.

Le chagrin et la grâce, Wally Lamb (2008)

"Caelum Quirk, professeur, et sa femme Maureen, infirmière, pensaient prendre un nouveau départ en s'installant dans le Colorado. Mais le fragile équilibre du couple se voit bientôt tragiquement mis en péril. En avril 1999, Maureen échappe de justesse au massacre perpétré par deux adolescents du lycée de Columbine où elle travaille. Les séquelles du chaos s'avèrent difficiles à surmonter et le couple cherche refuge dans la ferme familiale de Caelum à Three Rivers, Connecticut.
Tandis que Maureen lutte pour reprendre pied, Caelum découvre une série de vieux papiers retraçant l'histoire de sa famille sur cinq générations, de l'activisme de ses ancêtres pendant la guerre de Sécession à sa propre enfance tourmentée dans l'Amérique des années 60. Mais, au milieu des lettres de son aïeule Lizzie, militante féministe et abolitionniste, de son arrière grand-mère Lydia, fondatrice de la prison pour femmes du comté, et des coupures de presse sur une mystérieuse Mary-Agnes qu'a connue son père, ce ne sont pas seulement les parcours des siens qui vont ressurgir, mais le secret des origines de Caelum lui-même...
"

Je ne me rappelle plus pourquoi j'ai emprunté ce livre, mais vu que la couverture n'est pas folichonne, je suppose que c'est le titre poétique qui m'a attiré, et que le synopsis en quatrième de couverture m'a paru un minimum intéressant.

Le personnage principal de cette histoire est Caelum Quirk, un professeur d'Anglais marié à Maureen, infirmière dans le même établissement que lui. Le premier a deux divorces a son actif et la seconde un, et les deux passent près d'un divorce supplémentaire quand Caelum apprend que Maureen l'a trompé. C'est alors que leur couple n'est pas au mieux qu'a lieu une fusillade dans l'établissement scolaire où Caelum et Maureen travaillent, cette dernière va s'en sortir en s'enfermant dans une armoire mais psychologiquement, elle va souffrir de stress post-traumatique assez gravement, ce qui est difficile à vivre pour son mari. Lorsque la dernière parente de Caelum décède, le couple décide d'aller s'installer chez elle pour au moins s'occuper de la maison et des papiers. Là-bas, dans la paperasse accumulée au fil des décennies, et grâce a une locataire, Caelum découvrira l'histoire de sa famille.

Au final, difficile de dire de quoi parle ce livre tant il y a de sujets abordés : un couple qui bat de l'aile, les grands bouleversements et leurs conséquences au niveau individuel (Colombine, Katrina, le 11 septembre), la condition des femmes dans le prisons, les ados perturbés (avec le personnage de Velvet), les secrets de famille, etc. Bref, c'est foisonnant, mais au final j'ai eu l'impression qu'il y avait trop de choses, que vouloir parler de l'impact de grands évènements dans le quotidien des gens, et en même temps aborder l'histoire d'une famille, c'est mettre ensemble deux grosses intrigues qui ne sont pas liées et du coup, le livre manque de cohérence. C'est dommage parce qu'il y a des choses intéressantes, notamment en ce qui concerne le choc post-traumatique et les conséquences dans la vie d'un couple et même dans la vie quotidienne, mais sinon, le récit manque de consistance : j'aurais aimé en savoir plus sur Velvet, Moses et Janis -les locataires de la ferme- manquent de consistance, on dirait qu'ils ne sont là que pour aborder le thème de l'ouragan Katrina et pour servir de prétexte à la découvertes de documents familiaux entassés dans la maison. Bref, j'ai été déçue par ce livre dont la lecture s'est avérée laborieuse.

Fun Home : une tragicomédie familiale, Alison Bechdel (2006)

"Secrets de famille, déchirures cachées, enfance gothique, anxiétés sexuelles et grande littérature. Une autobiographie familiale à l'humour sombre et à la lucidité éblouissante... Bruce Bechdel enseigne l'anglais dans une petite ville de Pennsylvanie tout en dirigeant le "Fun Home", le salon funéraire familial. Sa sensibilité, sa passion des livres, son raffinement s'expriment tant dans l'embaumement des corps que dans la restauration obsessionnelle de sa maison et la dictature esthétique à laquelle il soumet sa femme et ses trois enfants. La jeunesse d'Alison, sa fille, est envahie par l'ombre de ce père aux secrets brûlants, ogre des sentiments à la fois distant et infiniment proche. Elle découvre en même temps sa propre homosexualité et celle, soigneusement cachée, de ce tyran charmant, inconséquent et tourmenté, dont la mort brutale à 44 ans a tout d'un suicide."

J'ai découvert ce livre lors d'une virée en librairie spécialisée bandes-dessinées et je suis retourné l'acheter peu après. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre, par contre je me suis aperçu que l'auteur ne m'était pas inconnue puisqu'Alison Bechdel a créé un test qui permet de mesurer la présence des femmes dans les films et l'importance de leur rôle. Mais il n'est pas question de cela ici.

Dans cette autobiographie illustrée, il est question de l'enfance de l'auteur, de la vie de sa famille, de la découverte de son homosexualité et, surtout, de son père. Celui-ci est un homme maniaque, soigné, amateur de brocante et de décoration d'intérieur, il est également professeur d'Anglais et féru de littérature, sans compter qu'il travaille également dans l'entreprise de pompes funèbres de la petite ville que possède la famille (funeral home, douteusement diminué en fun home). Il meurt soudainement, renversé par un camion, et cela peu de temps après qu'Alison ait découvert et annoncé à ses parents qu'elle était lesbienne. Tout cela s'imbrique et se lie dans son esprit parce qu'elle s'interroge sur un éventuel lien de cause à effet, elle s'interroge aussi sur la nature de la mort de son père : accident ou suicide ? Surtout que son coming-out fait ressortir des éléments de l'histoire paternelle puisque son père lui-même était homosexuel, mais pas vraiment assumé.

Ce livre m'a bien plus non seulement par sa forme, puisqu'il s'agit d'un roman graphique et que j'aime bien ça, mais aussi par son contenu. Il s'agit d'une sorte de réflexion, d'analyse sur l'enfance, la découverte de soi, les secrets qu'il peut y avoir dans une famille, le tout dans un univers très intellectuel puisque les parents d'Alison, et surtout son père, sont des gens très cultivés, de même qu'Alison, ce qui fait que ce livre est truffé de références et de citations d'Albert Camus, de Colette, de James Joyce, de Marcel Proust, etc. Bref, un ouvrage riche et intéressant qui me donne envie de lire celui qui a suivi : C'est toi ma maman ?.

La petite Communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon (2014)

"Retraçant le parcours d’une fée gymnaste, qui, dans la Roumanie des années 1980 et sous les yeux émerveillés de la planète entière, vint, en son temps, mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records, ce roman est le portrait d’une enfant, puis d’une femme, évadée de la pesanteur, sacralisée par la pureté de ses gestes et une existence intégralement dévolue à la recherche de la perfection. En mettant en exergue les dévoiements du communisme tout autant que la falsification, par les Occidentaux, de ce que fut la vie dans le bloc de l’Est, ce récit, lui-même subtilement acrobate, est aussi une passionnante méditation sur l’invention et l’impitoyable évaluation du corps féminin."

J'ai pas mal entendu parler de ce livre depuis sa sortie en janvier dernier (et du coup, pléthore d'avis et commentaires ont déjà été publiés...), et il a doublement attiré mon attention : non seulement les critiques étaient (très) bonnes, mais en plus ce livre combine deux sujets qui m'intéressent, à savoir le rapport et l'image du corps (féminin en particulier), et l'histoire européenne du XXème siècle (avec ici la Guerre Froide). Il était donc inévitable que je lise ce livre un jour, et je me suis d'autant plus pressée quand j'ai appris que l'auteure venait pour une rencontre dans ma ville et que j'avais la possibilité de m'y rendre.

En 1976, aux JO de Montréal, une fillette frêle mais musclée sidère le monde en effectuant un enchaînement parfait en gymnastique, atteignant la note maximale de 10, note jamais atteinte, a tel point que cela fait planter le système d'affichage des notes. Cette fillette, c'est Nadia Comăneci, une jeune Roumaine de 12 ans. Elle devient alors un phénomène qui se trouve décliné en cartes postales que l'on trouve dans toutes les chambres de filles, mais aussi une figure pour promouvoir la politique de Nicolae Ceaușescu, la Roumanie et le Communisme et, tout simplement une créature fascinante par son excellence. Sauf que cette excellence demande du travail, des privations et de la discipline, et que Nadia Comăneci n'est pas un petit robot-lutin, elle est une jeune fille et elle grandit, avec tout ce que cela implique de croissance, de changements corporels et de choix. Ce qui fait que la petite fée devient la "grosse", la vendue au régime, puis la traître, la fille de l'Est, la briseuse de ménage.

Ce livre m'a énormément plu pour plusieurs raisons. Déjà, il y a les sujets abordés : le corps féminin sublimé, un corps de pré-ado souple et agile qui hypnotise tout le monde, dont chaque mouvement est exact et indépassable, mais cela au prix d'un entraînement très stricte, quasi-incompréhensible pour qui n'est pas dans ce milieu, donc la question est de savoir où est la limite entre ce qu'impose son entraîneur, Bela Karolyi, et que Nadia s'impose elle-même (car il y a une certaine ivresse dans le contrôle et le dépassement de soi). Le regard des gens sur le corps : celui parfait d'une ado pré-pubère qui devient un corps de femme, avec les formes et la mollesse que cela implique mais que les gens ont l'air de découvrir. 

J'ai également beaucoup apprécié la forme : il s'agit bien d'un roman (et l'auteur a insisté sur ce point lors de la rencontre à laquelle j'ai assisté), mais qui se base sur des faits réelle, et qui croise description biographique et discussion avec une Nadia Comăneci fictive d'aujourd'hui, comme si l'auteur faisait son livre en collaboration avec le personnage. Cela permet à Lola Lafon d'exprimer le point de vue de l'époque vu depuis la Roumanie, et le point de vue d'aujourd'hui, avec le recul temporel et géographique que cela apporte. Par ailleurs, autre chose que j'ai apprécié dans ce livre, c'est de découvrir cette gymnaste qui a marqué son époque, mais dont je n'avais jamais entendu parler avant la sortie de ce roman, elle cristallise pourtant énormément de choses de l'époque, beaucoup probablement pour une jeune athlète, aussi excellente soit-elle. Bref, j'ai adoré ce livre, non seulement je pense que je le relirais, mais il m'a aussi incité à découvrir les autres textes de Lola Lafon.

La liste, Siobhan Vivian (2012)

"Une tradition odieuse sévit au lycée de Mount Washington : tous les ans, une semaine avant le bal de début d'année, une liste est placardée dans les couloirs. Personne ne sait qui établit cette liste. Et personne n'a jamais réussi à empêcher qu'elle soit publiée. Invariablement, chaque année, la plus belle et la plus laide des troisièmes, des secondes, des premières et des terminales sont désignées. 8 filles en tout. 8 filles qui se retrouvent sous les projecteurs impitoyables du lycée. 8 filles qui vont voir leur vie brusquement changer... pour le meilleur ou pour le pire ?"

J'avais lu un avis plutôt pas mal sur un blog américain, donc tout en sachant que ce livre ressemblait un peu à de la chick-lit pour ado, j'ai quand même été un peu intriguée parce que ça avait assez bien. Sauf qu'à ce moment-là le livre n'avait pas été traduit en France, donc il n'était pas à la bibliothèque, du coup, je l'avais oublié, jusqu'à ce qu'une lectrice de la bibliothèque l'emprunte sous mes yeux, du coup, je l'ai récupéré quand elle l'a rendu.

L'histoire se déroule sur 6 jours, du lundi au samedi. Ce lundi est celui qui précède le bal de rentrée du lycée, or c'est toujours ce lundi qu'est affiché une liste contenant 8 noms : celui des 4 filles les plus moches et des 4 plus belles du lycée (une de chaque par niveau scolaire). Personne n'a jamais su qui faisait cette liste, mais elle est authentifiée par un sceau officiel volé de nombreuses années auparavant. Certaines découvrent cette tradition, d'autres la subissent une fois de plus, d'autres sont consacrées ou se voient confirmées dans ce qu'elle font/sont, d'autres se rebellent, et d'autres encore l'attendent avec impatience, en tout cas difficile de rester indifférente, surtout quand une partie du reste du lycée agit en fonction de cette fameuse liste.

J'avoue que j'ai été déçue par ce livre qui a tout de même à son avantage de ne pas être trop compliqué ce qui m'a ainsi permis de le lire en étant malade (autrement, je me serais ennuyée). Sinon, les personnages qui sont pas mal caricaturaux (même si ça aurait pu être pire), le principe de base du livre (la liste) ne débouche sur pas grand chose puisqu'au final pas grand chose ne change, la liste reviendra probablement l'année suivante. Et surtout : la liste est toujours affichée en plusieurs dizaines d'exemplaire dans le lycée, le lundi qui précède le bal de rentrée. Sachant cela, pourquoi personne n'essaie d'intervenir ? Le gardien ramasse les listes après que la directrice le lui ai demandé, mais pourquoi ne pas avoir mieux surveillé le bâtiment pour éviter ou interrompre l'affichage des listes ? Pourquoi aucun lycéen n'essaie aussi de surprendre l'affichage le lundi matin ? En fait on dirait que chaque année tout le monde découvre la liste pour la première fois. Bref, ce livre peut plaire, mais pas à moi en tout cas, je m'attendais à ce que le livre débouche sur quelque chose de plus, pas une morale, mais au moins une mise à plat, ou quelque chose de plus élaboré.

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