Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, Lola Lafon (2011)

"Le coeur d'Emilienne, surnommée Emile, s'est arrêté de battre trop longtemps. Maintenue en vie par une machine, elle semble ne jamais devoir se réveiller. A ses côtés, la narratrice puise courage et patience dans l'évocation de leur amitié et des souvenirs partagés les engagements enflammés de l'une, la pratique passionnée de la danse pour l'autre. En l'absence de celle qui s'attarde au Bois Dormant, la narratrice fait la connaissance d'une étrange jeune femme qu'elle surnomme la Petite Fille au Bout du Chemin ; celle-ci la projette dans une vie palpitante qui jusqu'ici l'effrayait. Une vie où l'on tourne le dos aux silences et à la prudence, où l'on se révolte et l'on se bat, une vie qui aurait un sens, enfin. A travers trois portraits bouleversants, ce roman irrigué d'un feu poétique dévastateur proclame l'insurrection nécessaire des jeunes femmes aspirant à la liberté."

Plus tôt cette année, j'ai lu La petite Communiste qui ne souriait jamais que j'avais énormément apprécié (j'en parle par là). Du coup, j'ai eu envie de lire autre chose de Lola Lafon afin de mieux appréhender ce qu'elle écrit et savoir si c'était juste un livre d'elle qui m'a plus ou si c'est l'auteur qui me plait. Donc quand je me suis retrouvée avec Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce entre les mains, je n'ai pas hésité une seconde avec de me lancer dans cette lecture.

Dans ce roman, trois personnages, tous féminins. Le récit s'ouvre sur Émilie dans le coma alors que la narratrice se précipite à l'hôpital pour être à ses côté. Et pendant que personne ne sait ce qu'il va se passer pour Émilie, la narratrice se souvient de leur amitié, de leur rencontre à cause d'une blessure commune, de la caravane, de la danse, de toutes les petites choses qui ont rempli leur relation. Puis vient la Petite fille du bout du chemin, celle qu'elles voyaient au cinéma et avec qui la narratrice se lie pendant qu'Émilie est à l'hôpital. Un lien se créé, toutes les deux s'opposent et disent non à leur façon, elles se rebellent face aux hommes, face à la société, face au pays d'après l'Élection.

Ce roman est comme une claque : une fois terminé, il m'a laissée sans souffle, un peu ébahie et, d'une certaine façon, en colère, comme les jeunes femmes qui habitent ce texte. J'ai adoré ce livre, bien que je ne sais pas si "adoré" approprié parce que ce terme me semble frivole par rapport au contenu de cet ouvrage. Mais c'est néanmoins ce qui décrit le mieux ce que j'ai ressenti, avec marquant aussi. Les filles du livre sont paumées, blessées, entières, silencieuses, rebelles, victimes, mais elles n'oublient pas, elles se soutiennent et se soulèvent. Je pense qu'il s'agit d'un livre qui plaît ou qui ne plaît pas, il est difficile d'avoir un avis nuancé, mais pour ma part, il m'a beaucoup plu.

Carnation, Xavier Mussat (2014)

"Au tournant du millénaire. Il est animateur pour le dessin animé Kirikou et la sorcière. Au sein d’un groupe d’amis, il recherche une alternative au contexte morose de ces années 90. Elle débarque à Angoulême, en quête d’un destin artistique. Ils se rencontrent, elle l’attire, elle le repousse, il la protège. Et progressivement, une relation amoureuse s’instaure, intense et exclusive, faite d’attraction-répulsion et de dépendance mutuelle. Cette relation dévorante va les couper du monde, et un processus destructeur transformera le face à face en un combat aussi bestial que nécessaire. Le couple finira par se déliter, ils se perdront sans s’être jamais appartenu, mais cette rupture annoncera une renaissance."

J'avais vue cette bande-dessinée dans la vitrine d'une librairie et la très jolie couverture avait attiré mon regard, puis le titre m'avait intrigué. Dès que j'ai pu j'ai été voir sur Internet de quoi il s'agissait, mais malheureusement le synopsie ne me tentait pas beaucoup... Du coup, j'ai attendu que le livre soit présent à la bibliothèque pour éventuellement me faire une idée.

L'auteur nous raconte sa relation avec une femme, mais il remonte bien avant afin de mieux décrire le contexte et son état d'esprit. A savoir qu'il avait suivi ses études à Angoulême dans le domaine de l'illustration et que cela ne plaisait pas forcément à sa famille parce que bon, la culture et ce qui s'y rattache ça ne débouche sur rien etc. Il parvient à trouver un travail qui rapporte mais cela ne dure pas, surtout qu'il dépense beaucoup, à cause d'une fille en particulier. Il intègre ensuite l'équipe qui travaille sur le dessin animé Kirikou, ce qui est une période très stimulante. S'ensuivent une vie plus calme avec des rencontre, et notamment celle de Sylvia, la femme toxique, qui le manipule et l'isole, ce dont il est conscient. Mais il ne dit trop rien malgré la frustration, jusqu'au jour où l'affrontement qui était latent fini par exploser à partir du moment où l'insatisfaction du narrateur finit par éclater.

Mon avis est mitigé sur cet ouvrage... J'ai aimé les dessins, notamment les digressions illustratives, j'ai aimé l'aspect introspection, le récit est riche ce qui le rend intéressant à lire. Mais à côté de ça, je me suis un peu ennuyée et le coeur du récit, à savoir la relation, m'a agacée plus qu'autre chose. Peut-être parce que je suis plutôt rationnelle et apathique donc les histoires de passion et je t'aime moi non plus me laissent perplexe. Et puis il y a plusieurs personnages dont je n'ai pas compris le rôle, donc comme je m'emmêle quand il y a beaucoup de personnages, ça m'a un peu perdue. Du coup, mon impression globale de cette lecture est plutôt la déception, malgré les aspects que j'ai trouvés positifs.

Quinze minutes, Charles Dickinson (2003)

"Josh Winkler est peintre et vit dans l'Illinois avec sa famille. Lors d'une de ses promenades, il rencontre une mystérieuse jeune fille vêtue d'une longue robe qui l'observe puis disparaît mystérieusement. Il constate à ce moment-là que sa montre retarde d'un quart d'heure. Convaincu d'avoir effectué un voyage dans le temps, Josh se lance dans une enquête et une poursuite haletantes à la recherche de cette jeune fille, persuadé que sa vie, son avenir et ceux de sa femme et de sa fille se jouent dans ces quinze minutes qui lui font défaut."

J'avais lu un avis favorable à ce livre sur un blog, du coup, j'ai ajouté le titre à ma liste, et quand j'ai eu envie d'un peu de SF, je m'y suis plongée.

Le narrateur est Josh Winkler, un peintre sans succès, marié à Flora, pédiatre. Quand ils était enfants, leurs frères respectifs ont fait l'objet d'une mauvaise blague qui a mal tourné : le frère de Flora est mort tandis que celui de Josh a eu des dommages cérébraux qui font de lui un idiot du village. Mais désormais, Josh et Flora sont en couple et ont une fille, Penny. Un jour, alors qu'il doit aller chercher sa fille à cause d'un gros orage, il réalise qu'il a remonté de 15 minutes dans le temps. Il va en parler à sa famille, mais la nouvelle va se répandre dans le quartier, le faisant passer pour un doux-dingue voire un fou, mais mettant en péril son mariage. Pourtant, Josh voit sa théorie confirmée quand il croise un jour une jeune fille qui viendrait de 1908.

J'ai bien aimé ce livre qui traite du voyage dans le temps mais pas de façon fantastique, plutôt réaliste d'une certaine manière car les personnages sont des monsieurs et madames tout le monde, avec les réactions qu'on peut attendre d'eux. Il y a aussi de la cohérence dans le récit (ce qui n'est pas toujours évident avec les voyages dans le temps), et aucune explication ne nous est donnée, ce qui réduit les risques de n'importe quoi, et qui correspond au reste du récit où ce sont des gens "normaux" qui ne comprennent pas le pourquoi du comment. Malgré tout, j'ai trouvé que ce livre manquait un peu de rebondissement, il n'est pas assez relevé d'une certaine façon, donc parfois je me suis ennuyée pendant ma lecture. Mais globalement, ce livre se lit bien et est agréable à lire.

Le nuage radioactif, Benjamin Berton (2014)

"La probabilité d'un accident nucléaire majeur en France dans les trente prochaines années est de 72%. Que resterait-il de nous si tout se terminait, maintenant, devant nos yeux ? Isolé, séparé de sa femme, Denis est persuadé qu'un accident nucléaire va frapper la France. Paranoïaque, l'homme vide les caisses de son employeur, son compte en banque et kidnappe son jeune fils de six ans. Ensemble, ils vont remonter la Loire en direction de la centrale où, selon lui, tout va commencer. Mais la radioactivité est déjà à l'œuvre au cœur même des choses et bouleverse la vie des hommes."

De Benjamin Berton, j'avais déjà lu La chambre à remonter le temps il y a quelques mois de cela (avis ici), et sans que ce livre soit très marquant, je m'étais dit qu'à l'occasion je lirai bien autre chose de lui. Et voici donc l'autre chose ne question : Le nuage radioactif, paru cette année et dont le synopsis aussi bien que les critiques m'ont donné envie de lire.

Denis Caplan est un trentenaire qui quelques années auparavant et pour diverses raisons a abandonné sa femme, Camille, et son fils, Ian. Pressentant un changement, voire une catastrophe liée à la centrale nucléaire de Chinon, il décide de s'y rendre. Mais il n'y va pas seul puisqu'il emmène son fils avec lui, après l'avoir plus ou moins kidnappé auprès de Camille. Ce voyage sert donc à surveiller la centrale, et notamment un nuage bleu inhabituel et aux reflets étranges qui a été expiré par la centrale. Mais leur excursion est aussi l'occasion de se promener le long de la Loire et de créer un lien père-fils, avec un père parfois dépassé par son fils, un fils qui ne saisie pas vraiment la notion de père, et une volonté paternelle de transmission qui passe au-dessus d'un enfant de 6 ans presqu'inconnu.

J'ai bien apprécié ce texte qui est bien plus dense que ce à quoi je m'attendais. On y trouve le récit pré-apocalyptique un peu paranoïaque de Denis Caplan, mais aussi de réflexion sur la paternité, la société actuelle, ainsi que des traits d'humour qui passent souvent par des scènes absurdes (la meute de chienchiens) ou des détails décalés (l'obsession de Ian pour les dinosaures en plastique). Tout comme dans La chambre à remonter le temps, le texte est extrêmement réaliste mais des éléments fantastique, extra-ordinaire s'y mêlent. Par certains aspect (périple d'un père et son fils, menaces imprécises, monde pré/post-apocalyptique), ce texte m'a fait penser à La route de Cormac McCarthy (j'en avais parlé ici, il y a quatre ans à quelques jours près !), mais sans l'obscurité et l'oppression de ce dernier.

Par ailleurs, la musique est très présente puisque le récit principal est entrecoupé de textes racontant la vie d'Aaron Copland, un compositeur américain, donc les oeuvres accompagnent Denis et Ian dans leur périple. Le livre s'accompagne d'une bande-son disponible sur Internet, et je dois dire, pour être en train de l'écouter actuellement, que ces chansons me plaisent beaucoup alors que leurs descriptions dans le livre ne m'avaient pas vraiment séduite. A noter également que le livre se conclut par une petite bande-dessinée relatant le conte que Denis commence à raconter à Ian un soir, mais qui reste inachevé dans le texte puisque l'enfant s'endort.

Rue des boutiques obscures, Patrick Modiano (1978)

"Qui pousse un certain Guy Roland, employé d'une agence de police privée que dirige un baron balte, à partir à la recherche d'un inconnu, disparu depuis longtemps ? Le besoin de se retrouver lui-même après des années d'amnésie ?
Au cours de sa recherche, il recueille des bribes de la vie de cet homme qui était peut-être lui et à qui, de toute façon, il finit par s'identifier. Comme dans un dernier tour de manège, passent les témoins de la jeunesse de ce Pedro Mc Evoy, les seuls qui pourraient le reconnaître : Hélène Coudreuse, Fredy Howard de Luz, Gay Orlow, Dédé Wildmer, Scouffi, Rubirosa, Sonachitzé, d'autres encore, aux noms et aux passeports compliqués, qui font que ce livre pourrait être l'intrusion des âmes errantes dans le roman policier.
"

De cet auteur, j'avais déjà lu L'Horizon (lecture que j'avais complètement oubliée et qui ne m'a laissé aucun souvenir, j'en parle ici) et Villa triste (dont j'avais gardé une impression d'ennui et d'atmosphère suranée au bord d'un lac, j'en parle là). Rien de bien palpitant donc, mais hier, Patrick Modiano a reçu le Prix Nobel de Littérature, du coup, j'ai eu envie de lire un autre de ces livres, histoire de voir si je me faisais une autre idée de ses textes.

Le narrateur est Guy Rolland, un homme qui travail à Paris chez un détective privé, Hutte. Au début du texte ce-dernier part à la retraite à Nice et laisse les locaux tels quels, ainsi qu'un double des clés à Guy Rolland puisque celui-ci a exprimé le projet de faire une recherche sur son passé, donc Hutte met les ressources du bureau à disposition. Guy Rolland n'est en fait pas Guy Rolland, ce nom lui a été donné par Hutte qui lui a fourni des papiers correspondants à cette identité, mais celui qui se fait appeler Guy Rolland ne sais pas qui il est. Il part donc à la recherche de celui qu'il pourrait être à partir de bribes de souvenirs, de photos, etc. Il s'imagine tour à tour étant différentes personnes qui pourraient correspondre au fil de ses recherches. Et au passage, nous rencontrons alors des groupes d'amis et des arbres généalogiques, avec des détails qui ressurgissent, et des personnes secondaires qui gravitent autour des pistes principales.

L'impression que j'avais de cet auteur se trouve ici maintenue : le style est sobre, pas un mot de trop, l'atmosphère est posée, avec un petit quelque chose de vieillot (peut-être lié à l'époque du récit, mais pas que), le narrateur est peu loquace, voire taciturne, etc. L'histoire est plutôt bien même si j'aurais aimé en avoir plus et en savoir plus, mais elle se suffit néanmoins à elle-même en l'état. Pour le coup, je ne pense pas relire de textes de Patrick Modiano, aucun des trois livres déjà lus ne m'ayant particulièrement "emballée".

Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey (2013)

"Madame Rebernak ne veut pas recevoir son cousin Freddy à sa sortie de prison. Elle craint qu'il ne s'en prenne à sa fille Clémence. C'est pourquoi elle décide d'en parler à Maître Montussaint, le notaire qui lui a déjà rendu bien des services."

Je ne sais plus comment j'ai été amenée à lire ce livre, mais il doit bien y avoir une raison en particulier puisque je l'avais réservé.

En tout cas, le récit est fait par le fils de madame Rabernak. Un soir, alors qu'ils sont en train de boire une infusion, le cousin de madame Rabernak sonne à la porte. Il vient de sortir de prison, après avoir purgé sa peine pour le viol d'une fillette qui était dans la classe de Clémence, la soeur du narrateur, la fille de madame Rabernak. Cette dernière craint pour sa fille et ne veut pas voir son cousin dans les parages. Mais peut-être que le danger ne vient pas de ce côté et qu'il ne faut pas se fier aux apparences...

J'ai bien aimé ce bref roman qui traite des ambitions et des peurs d'une mère, ainsi que des préjugés, même s'il est assez prévisible. Mais bon, il est bien écrit, et  le fait que l'auteur ne s'attarde pas trop est plutôt bien, vu que le scénario ne présente pas de surprises. Une lecture agréable donc, mais pas exceptionnelle ni inoubliable.

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