La femme d'en haut, Claire Messud (2013)

"Nora ressemble à votre voisine du dessus, celle qui vous sourit chaleureusement dans l'escalier mais dont vous ignorez tout, car elle ne laisse paraître aucun désir, de peur de vous contrarier. Lorsque la belle Sirena, accompagnée de son mari et de son fils, fait irruption dans son existence d'institutrice dévouée, elle réveille un flot de sentiments longtemps réprimés. Au fil des mois, Nora réinvente sa vie et se réinvente elle-même, projetant sur chacun des membres de cette famille ses désirs inavoués : maternité, création artistique, sensualité. Mais échappe-t-on réellement au statut de femme de second plan ?"

Je suis tombé sur ce livre alors que je recherchais dans un moteur de recherche des roman ayant pour sujet des femmes en colère. Comme un avis sur un site parlait de femme en colère à propos de ce livre, j'ai eu connaissance de ce titre.

Nora est une institutrice au début de la quarantaine. Elle est célibataire, sans enfants, s'occupe de son père malade, a une amie proche, s'entend bien avec tout le monde, etc. Bref, une femme sans problème mais sans éclat. Un jour arrive dans sa classe un nouvel élève, Reza Shahid, dont la famille vient d'arriver de France. Le père, Shankar, d'origine libanaise, est professeur à l'École Normale Supérieure, fait des conférence, participe à des débats et écrit des livres sur l'éthique en Histoire. La mère, Sirena, est une artiste d'origine italienne qui commence à se faire connaître en France pour ses installations artistiques. A leur côté, Nora va se sentir vivre grâce à la relation privilégiée qu'elle entretient avec chacun. Elle va se remettre plus sérieusement à l'art, carrière à laquelle elle avait renoncée pour faire des études permettant d'avoir un "vrai" métier.

Pas vraiment de femme en colère dans ce livre, sauf à la fin. En fait, il s'agit plutôt de frustration, d'envie, de fascination, de regrets et de trahison. Nora dit à plusieurs reprises qu'elle est affamée de vie, qu'il lui manque quelque chose car sa vie avant l'arrivée de la famille Shahid, bien que pas malheureuse n'était pas non plus accomplie. Elle regrette notamment de ne pas avoir pu se consacrer à l'art et la présence de Sirena va la stimuler, bien que la réussite de cette dernière soit aussi une frustration. Au final, je n'ai que moyennement apprécié ce roman bien qu'il soit intéressant de décortiquer ce que ressent Nova vis-à-vis des Shahid. Mais en même temps, elle apparaît aussi un peu comme tordue et compliquée, avide de la vie de chacun des membres de cette famille. Nora n'est pas une déséquilibrée, mais il y a quand même quelque chose d'un petit malsain dans son attitude.

Les amants du Spoutnik, Haruki Murakami (1999)

"À vingt-deux ans, Sumire abandonne ses études pour se consacrer à l'écriture. Fumant cigarette sur cigarette, se nourissant à peine, elle tente en vain d'achever un roman qui fait resurgir ses doutes existentiels. Toutes ses questions, elle les confie lors d'interminables conversations téléphoniques à son meilleur ami, le narrateur, un jeune instituteur rencontré à l'université qui est secrètement fou amoureux d'elle. Et puis, un jour, lors du mariage d'une cousine, Sumire rencontre une ancienne pianiste, Miu, mariée et de dix-sept ans son aînée. Les deux femmes se découvrent des passions communes, dont la musique à laquelle Miu a renoncé après un événement dramatique. Alors que Sumire tombe passionnément amoureuse, Miu, par amitié, lui propose de travailler pour la société d'importation dont elle a hérité. Dès lors, Sumire change, elle arrête de fumer, s'habille avec élégance et apprend l'italien, mais elle n'écrit plus une seule ligne, se consumant d'un amour sans espoir pour Miu."

J'ai eu connaissance de ce roman par le biais d'une liste de lecture pour l'été, mais je n'ai mis la main dessus qu'après l'été puisqu'il était emprunté.

Le narrateur est un jeune homme, instituteur, que nous connaissons sous le nom de K. Il nous raconte l'histoire de Sumire, une jeune femme dont il est amoureux et pour qui il est le confident. S'il parle de Sumire c'est pour raconter sa disparition, et tout ce qui a précédé, comment elle a changé à partir du moment où elle a rencontré Miu. Alors que Sumire était une aspirante écrivain qui ne faisait pas grand chose de ses journées, Miu la recrute en tant qu'assistante. Sumire va alors se métamorphoser, devenir plus élégante, plus occupée, plus professionnelle, et elle va désormais avoir moins de temps à consacrer à l'écriture et à K qui se languit d'elle. Mais K va quand même se retrouver réintégré à la vie de Sumire lorsque celle-ci disparaît lors d'un voyage en Grèce et que Miu l'appelle pour l'aider puisqu'il la connaissait bien.

J'ai bien aimé ce roman, bien qu'il ne soit pas inoubliable et que seuls quelques passages me restent en mémoire (la scène de la grande roue notamment), ainsi qu'une impression d'étrangeté. De la torpeur et du mystère se mêlent dans ce roman, la chaleur de l'été au Japon et en Grèce, et l'incompréhension face aux évènements. La fin peut dérouter puisqu'au final on ne sait pas grand chose, mais ce genre de fin ouverte ne me dérange pas forcément et ici, c'est en accord avec l'ambiance qu'il y a pendant tout le récit, donc c'est cohérent, bien que déconcertant.

Le grand cahier, Agota Kristof (1986)

"Dans un pays ravagé par la guerre, deux enfants (des jumeaux) abandonnés à eux-mêmes font seuls l'apprentissage de la vie, de l'écriture et de la cruauté."

J'avais entendu parler de ce livre après un article dans Télérama il y a quelques années (je ne sais plus de quoi traitait l'article) et je l'avais mis de côté sur une liste, sans jamais aller plus loin. Mais il y a quelques temps j'ai été faire un tour dans une petite librairie de ma ville où j'ai vu un exemplaire, donc je me suis dit que c'était l'occasion de le lire enfin.

Les narrateurs sont deux enfants, des jumeaux, ils savent lire et écrire, mais sont encore loin de l'adolescence. Un jour, à cause de la guerre, leur mère les dépose chez leur grand-mère qu'ils n'ont jamais connue. Elle vit seule dans un village près d'une frontière et les gens l'appellent "la sorcière". La vie est rude et les garçons doivent travailler. Leur grand-mère vit sa vie et ne s'occupe pas vraiment d'eux. C'est le quotidien difficile de ces deux enfants qui est racontés par ces jumeaux : leurs exercices de résistance aux conditions diverses (froid, chaleur, faim, etc), leur éducation, leurs magouilles, etc. Ils vivent dans leur monde, mais aussi dans un mode plus large et cruel auquel ils tentent de s'adapter, face auquel ils essaient d'anticiper, de dépasser ce qui pourrait leur arriver.

J'ai bien aimé ce roman même s'il est très perturbant et malsain : les jumeaux sont très silencieux et préméditent ce qu'ils font, ils semblent imperméables à ce qu'il se passe autour mais pourtant observent et s'adaptent, ils sont froids et ne montrent pas d'émotions ce qui est angoissant pour des enfants, surtout des jumeaux (ça donne un côté Shining). J'ai bien aimé le fait qu'il y a peu d'informations sur les lieux et les dates où se déroule l'action, ce qui rend le contexte plus général et permet de se concentrer sur les jumeaux, il y a un côté intemporel qui accentue l'impression de malaise puisqu'il n'y a rien à quoi se raccrocher, rien pour s'ancrer. En tout cas, cette lecture m'a plu et je pense lire la suite dès que j'en aurais l'occasion.

Terminus Belz, Emmanuel Grand (2014)

"Un jour de janvier, Marko Voronine et trois autres Ukrainiens quittent leur pays pour la France, cachés à l'arrière d'un camion. Le voyage pourrait se faire en quelques heures, mais les passeurs roumains sont des tordus décidés à se payer du bon temps avec la jeune fille montée à bord. Les clandestins parviennent à les maîtriser, à s'emparer du camion et à récupérer leur argent. Mais ils savent que la mafia roumaine voudra se venger : se séparer est le seul moyen de la semer. Marko prend le chemin de la Bretagne. Grâce à une petite annonce, il trouve rapidement un emploi auprès d'un patron de pêche sur l'île de Belz, une île coupée de tout. À l'arrivée, l'endroit n'est pas aussi paisible que prévu. Le métier du grand large en a pris un coup, l'embauche est rare sur les chalutiers et les marins rechignent à céder la place à un étranger. Des histoires bizarres agitent aussi la petite communauté. Vieilles légendes, superstitions ou surnaturel ? Sur « l'île des fous », comme on la surnomme dans la région, les hommes redoutent par-dessus tout les signes de l'Ankou, l'Ange de la mort. Lorsqu'un crime atroce est commis, les îliens soupçonnent Marko de l'avoir réveillé. Sans papiers, plongé dans un univers hostile, le jeune fugitif aura beaucoup de mal à se disculper, à esquiver les tueurs roumains comme la police française, à démêler le vrai du faux et à conjurer ses propres démons."

C'est une collègue qui m'a conseillé ce livre alors qu'elle mettait des nouveautés en présentation. Quand j'ai lu la quatrième de couverture je n'ai pas été particulièrement convaincue, notamment à cause de côté mafia, mais la collègue en question m'a dit que elle aussi craignait cet aspect, mais qu'au final ça ne l'avait pas gênée. Du coup, j'ai emprunté ce livre en prévision d'un dimanche après-midi maussade (et il y en a en novembre).

Le roman commence dans un camion qui fait la route entre l'Ukraine et la France, un camion qui transporte quatre clandestins, donc Marko. Les autres personnes sont deux hommes et une jeune fille qui est chaperonnée par un des hommes le temps du trajet. Sauf que malgré la surveillance de la jeune fille, les passeurs qui conduisent le camion ont des projets pour elle et tentent de les mettre en application. Mais la tentative de viol tourne mal et les clandestins se retrouvent à devoir fuir vers la France seuls, poursuivis par la mafia ukrainienne qui souhaite les punir pour leur attitude. Arrivés en France, les quatre fuyards décident de se séparer et de faire profil bas pendant un moment. Marko part vers l'ouest et finit par se retrouver sur une petite île bretonne où il es recruté pour un travail sur un bateau de pêche. Marko est alors hébergé chez son patron, Joël, un homme bienveillant, d'autant qu'il a perdu son fils qui avait à peu près l'âge de Marko. Mais non seulement Marko n'est pas bien accueilli par la communauté des îliens, notamment les pêcheurs, mais cela empire quand un meurtre étrange est commis.

Disons-le tout de suite, ce roman n'est pas hyper-passionnant ni original. C'est bien pour l'usage que j'en avais prévu, à savoir pour lire pendant un dimanche après-midi paresseux. Mais autrement, c'est une lecture qui n'a rien d'exceptionnel : l'histoire est assez prévisible, les personnages sont caricaturaux (surtout l'institutrice), le récit est parsemé de poncifs, etc. Néanmoins, ça se lit vite et bien, et c'est adapté si on veut passer le temps sans se prendre la tête, mais il ne faut pas en attendre grand chose...

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