Lanark, Alasdair Gray (1981)

"Lanark, un jeune peintre des années 60-70, est amnésique et erre dans un monde en pleine décomposition. Désespéré, il se suicide et reprend pied dans un univers de science-fiction où il devient thérapeute de dragons et découvre sa véritable identité."

C'est en cherchant des auteurs écossais que j'ai découvert Alasdair Gray et c'est par hasard que mon choix s'est porté sur Lanark : c'est l'un des deux seuls ouvrages qu'il y a de lui à la bibliothèque.

L'histoire commence alors qu'un personnage qui ne connait rien de son passé ni de lui s'installe dans une ville, Unthank, dont il ne sait même pas comment il est arrivé là. Dans un bar où il a l'habitude de s'installer pour écrire il rencontre un groupe de gens avec qui il noue des liens. Dans cette ville, des gens ont des maladies étrange et le narrateur lui-même commence à développer de la "peau de dragon" sur un bras. Alors que la maladie empire, il se retrouve un soir sur une colline, face à un trou dans lequel il doit plonger nu, ce qu'il fait, puis il se réveille dans un étrange hôpital.

Par où commencer ? J'ai trouvé ce livre extrêmement déroutant et je ne sais pas trop quoi en penser... Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, mais je ne peux pas non plus dire que c'était une agréable lecture... Le livre commence avec une impression d'être dans un texte de Franz Kakfa, puis, et là j'ai commencé à m'interroger, j'ai eu l'impression de glisser vers de la science-fiction, ce dont je ne m'attendais pas puisque ce livre est classé parmi les romans. Et pour ne rien arranger, ce livre se compose de 4 parties qui se déroulent dans l'ordre 3, 1, 2 et 4. Les parties 1 et 2 sont plus conventionnelles : nous y suivons l'histoire d'un garçon nommé Duncan pendant la Seconde Guerre mondiale et après. En grandissant, il veut devenir artiste peintre, mais il ne se soumet pas aux règles de son école d'art et se lance dans la réalisation d'une gigantesque fresque dans une église. Puis dans la partie 4 nous retrouvons le monde étrange de la partie 1, là où les couloirs n'ont qu'un sens et où il existe des zones sans temps. Bref, un très étrange roman.

An abundance of Katherine, John Green (2006)

"When it comes to relationships, Colin Singleton’s type is girls named Katherine. And when it comes to girls named Katherine, Colin is always getting dumped. Nineteen times, to be exact. On a road trip miles from home, this anagram-happy, washed-up child prodigy has ten thousand dollars in his pocket, a bloodthirsty feral hog on his trail, and an overweight, Judge Judy–loving best friend riding shotgun—but no Katherines. Colin is on a mission to prove The Theorem of Underlying Katherine Predictability, which he hopes will predict the future of any relationship, avenge Dumpees everywhere, and finally win him the girl. Love, friendship, and a dead Austro-Hungarian archduke add up to surprising and heart-changing conclusions in this ingeniously layered comic novel about reinventing oneself."

J'ai déjà lus plusieurs livres de John Green (articles ici) et j'apprécie globalement ce qu'il écrit. Du coup, forte de cette expérience et influencée par le succès qu'il a actuellement, j'ai voulu découvrir un nouveau texte de lui. Sauf que justement, comme ça marche bien en ce moment, tous les livres de lui sont empruntés à la bibliothèque et ont des listes d'attente derrière. Excepté les livres en VO. Donc comme il s'agit d'un auteur au style accessible, je me suis lancé dans cette lecture en anglais.

Colin est un prodige mais pas un surdoué, c'est-à-dire qu'il apprend vite, mais qu'il n'invente rien, ce qui fait de lui un enfant, puis un ado un peu à part et un peu seul puisqu'il n'a qu'un seul ami, Hassan. Néanmoins, cela ne l'empêche pas d'avoir des petites amis : il en a eu 19 et toutes s'appelaient Katherine et toutes l'ont largué, la 19ème venant juste de le faire. Du coup, en ce début d'été Colin déprime, jusqu'à ce que lui et Hassan décident de partir en voiture de Chicago où ils vivent. Le hasard les arrête dans une petite ville du Tennessee où ils rencontre Lindsey et la tombe de l'archiduc Franz-Ferdinand. Ils décident de rester là puisque la mère de Lindsey leur propose du travail et l'hébergement. Pendant cet été, Colin va tenter de créer une formule scientifique permettant de prévoir la durée d'une relation amoureuse, cela à partir de ses expériences.

J'ai été déçue par ce livre qui m'a ennuyée et par le personnage principal qui m'a agacée. L'histoire n'est pas palpitante, les relations entre les personnages m'ont paru artificielles voire prévisibles et il faut attendre la toute fin pour en savoir plus sur toutes les Katherine, et cela en quelques phrases chacune. Quant à Colin, c'est le côté prodige qui m'a agacé, sans que je puisse définir cela plus précisément... Je n'ai pas eu d'empathie pour lui, c'est tout. Par contre le fait de lire ce livre en anglais ne m'a pas gênée, comme je m'y attendais la lecture est plutôt fluide, je n'ai pas rencontré beaucoup de mots inconnus. Seuls quelques dialogues en argot peuvent éventuellement gêner, mais ça a été. (Par contre, comme Colin fait sans cesse des anagrammes, je serais curieuse de voir comment le traducteur s'en est sorti dans le livre en français.) Donc une lecture dont j'aurais pu me passer...

La mort dans les bois, Tana French (2007)

"Un soir d'été, alors que tous leurs camarades ont déjà regagné leurs maisons pour le dîner, trois enfants ne ressortent pas des bois sombres et silencieux où ils ont passé l'après-midi. La police finit par retrouver un seul garçon, indemne mais terrorisé, agrippé à un tronc d'arbre, les chaussures emplies de sang. Il ne se rappelle rien. On ne retrouvera jamais ses deux amis. Vingt ans plus tard, Rob, l'unique rescapé devenu inspecteur de police, se garde bien de dévoiler son passé, même à son entourage le plus proche. Mais une fillette est assassinée, comme offerte en sacrifice sur un autel celtique, dans ces bois de la banlieue de Dublin qu'il traversait après l'école. Tandis qu'il se précipite sur les lieux pour essayer de résoudre ce crime atroce, il est assailli par des lambeaux de souvenirs qui le hantent encore. Un thriller psychologique remarquablement abouti, qui explore la noirceur tapie sous les vies ordinaires."

C'est en flânant du côté des romans policier à la bibliothèque que je suis tombé sur ce livre. Au début, j'ai pensé que ça n'allait pas m'intéresser, mais j'avais en fait confondu l'auteur avec une autre dont le nom ressemble et dont je n'avais pas du tout aimé le livre que j'avais lu. Du coup, quand j'ai réalisé que non, je ne connaissais pas Tana French, et qu'en plus la quatrième de couverture donnait envie, le livre a fini dans mes mains.

Le narrateur est Rob Ryan, policier dans le coin d'Irlande dont il est originaire. Enfant, il a été au coeur d'une affaire non-résolue, sous le nom d'Adam Ryan : alors que lui et deux amis, Jamie et Peter, jouaient dans les bois près de leur lotissement, ils ont disparus et seul Rob a été retrouvé, mais il était incapable de se souvenir de quoi que ce soit. Quant à ses amis, le mystère demeure. Or cette histoire ressort vingt ans plus tard lorsque le cadavre d'une fillette est retrouvé près de ce même lotissement, sur un chantier de fouille archéologiques préventives en vu de la construction d'une autoroute. Mais comme Adam Ryan est devenu Rob Ryan, personne n'est au courant, à part sa coéquipière et amie, Cassie Maddox.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour tout un tas de raisons. Déjà, l'intrigue, qui est prenante et fait que je n'ai pas lâché le livre, je voulais en savoir plus, toujours plus. En plus de cela, les personnages sont bien construits, de même que leurs relations, c'est réaliste, il y a de la profondeur et les clichés sont évités (même si la relation entre Rob et Cassie peut être un peu caricatural, mais ça s'intègre dans le reste, qui est très bien). Dernier point qui m'a plu mais qui peu décevoir ou frustrer : c'est le côté inachevé. Disons-le tout de suite, tout n'est pas résolu à la fin du livre, tous les coupables ne sont pas arrêtés, ni même connus. Et même si c'est en effet insatisfaisant, c'est réaliste dans le sens où on ne trouve pas toujours les coupables, où tout ne s'agence pas parfaitement pour aboutir à une affaire résolue sans zone d'ombre. Donc j'ai passé un bon moment avec ce livre, mais le fait qu'il reste plein de points d'interrogation à la fin peut en frustrer plus d'un(e) !

Georges Clooney, t. 1 et 2, Philippe Valette (2014)

(Tome 1) "Griffonnée au feutre et truffée de fautes d orthographe volontaires, Georges Clooney, une histoire vrai, le phénomène
web tout droit sorti de l imaginaire de Philippe Valette, débarque chez votre libraire ! À ne pas manqué !
[sic]"

(Tome 2) "Georges Clooney et Michel, le flic transformé en saucisse apéro, reviennent des Enfers. Au programme de ce second tome : des combats à la Dragon Ball, des références délirantes, de la couleur, du rythme et surtout une improbable faille spatio-temporelle qui retourne l'univers et provoque un arrêt brutal des fautes dorthographe ! What else ?"

Hum, comment parler de ces BD... ? La première fois que je les ai vues, ma collègue chargée de l'achat des bandes-dessinées était en train de le mettre sur la table des nouveautés, et nous avons toutes les deux constaté que le dessin était d'un style très scolaire et pas très attractif. Puis, quelques jours plus tard, en rangeant les livres rendus la veille, je vois le tome 2 de Georges Clooney me passer entre les mains et j'ai lu le sous-titre : Mi-homme Michel. Et là c'était foutu, il fallait que je lise ces deux livres, tout ça à cause de ce jeu de mot pourri qui m'a fait rire pendant deux jours et qui me fait toujours rire quand j'y repense. Donc dès que j'ai pu mettre la main sur le tome 1, Une histoire vrai [sic], j'ai lu avec avidité la série sur ma pause déjeuner.

L'histoire c'est un super héros qui se fait appeler Georges Clooney et qui apparemment aide la police. Je dis apparemment puisqu'on ne l'y voit pas beaucoup, le tome 1 commence d'ailleurs avec le super-héros qui oublie d'aller aider la police parce qu'il est diverti par un étron dans son séjour... (ça donne une idée du genre d'humour...). Bref, comme il est trop tard, il se retrouve à aller manger chez "DoMac" avec les policiers, il tente de draguer l'hôtesse du MacDo, Christine, mais ça dégénère, surtout quand le petit ami de celle-ci arrive un peu plus tard. Au fil de leurs aventures il va y avoir un frère débile qui se balade toujours plus ou moins nu, un accident de voiture, des morts, des doigts d'honneur, l'Enfer où les gens sont transformé en saucisses cocktail, un combat pour ressusciter, Michel le policier qui revient sous forme de saucisse cocktail au lieu de retrouver sa forme humaine, des voyages dans le temps, des fautes d'orthographe, etc. Bref, un gros n'importe quoi avec un humour peu élevé, mais qui m'a fait rire malgré tout.

J'ai même honte de reconnaître que oui, ça m'a fait rire, parce que c'est un humour crade, vulgaire et scolaire. C'est d'ailleurs ce côté cours de récréation qui évite que ce ne soit trop trash. Globalement c'est assez foutraque et le niveau n'est pas très élevé, donc c'est parfait si le but est de lire un truc pour se vider le crâne et qu'on n'a pas un humour exigeant, mais il ne faut pas avoir peur du niveau. Je dirais donc que j'ai aimé, parce que dans son genre c'est bien, après, c'est le genre en question qu'on aime ou pas !

Et pour info, ces BD sont tirées d'un blog (que je n'ai pas lu), du coup, je n'avais aucune idée du contenu de ces livres (si ce n'est ce que laisse présager le titre du tome 2 qui m'a attiré) et quand j'ai commencé à les lire j'étais un peu en train de penser "Da f*ck am I reading?"... Mais ça m'a fait rire, c'est ce qui compte !

Mars, Fritz Zorn (1977)

"Fils d'une famille patricienne de Zurich, celui qui a écrit ce livre sous un pseudonyme fut ce qu'on appelle un enfant bien élevé. Dans la somptueuse villa, au bord du lac, régnait l'entente parfaite. Un certain ennui aussi, qui tient à la bienséance. Non sans humour, Zorn nous décrit les petits travers de ses parents. Humour ? Le mot est faible. Disons plutôt une noire ironie, celle du jeune homme qui, découvrant qu'il est atteint du cancer, pense aussitôt : naturellement. Jamais les contraintes et les tabous qui pèsent, aujourd'hui encore, sur les esprits soi-disant libres n'ont été analysés avec une telle pénétration ; jamais la fragilité de la personne, le rapport, toujours précaire et menacé, entre le corps et l'âme, qu'escamote souvent l'usage commode du terme " psychosomatique ", n'a été décrite avec une telle lucidité, dans une écriture volontairement neutre, par celui qui constate ici, très simplement, qu'il a été " éduqué à mort ". Il avait trente-deux ans."

C'est une collègue qui m'a parlé de ce livre au titre mystérieux et au sous-titre provoquant, à savoir "Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul...". Comme nous parlions d'auteurs pessimistes, nihilistes, cyniques, etc, je savais à quoi m'attendre en lisant ce livre, et du coup, vous aussi maintenant.

Cet ouvrage est un mémoire ? un pamphlet ? un journal ? difficile à dire, surtout que l'auteur se défend du premier terme, mais c'est un peu tout ça quand même. Mémoire parce que l'auteur fait le bilan de sa vie alors que la mort est proche, pamphlet à cause de la passion et de la colère qu'il met dans ses propos et journal parce que ce texte est écrit en trois parties qui se suivent chronologiquement. Sur le fond, l'auteur nous raconte son cancer qui est ici à la fois physiologique et psychologique. Un cancer lui a en effet été diagnostiqué et il écrit que ce cancer est la manifestation psychosomatique de son éducation et de la vie de frustration qu'il a eu.

En effet, Fritz Zorn est issu d'une famille bourgeoise riche vivant sur la Rive Dorée de Zurich. Toute sa vie on lui a appris et on lui a fait comprendre qu'il faut être "comme il faut". La bienséance et la politesse sont tellement poussés à l'extrême qu'il ne s'agit plus que de vacuité et que cela est ridicule (une partie du texte est consacrée à cette notion de ridicule). Il a vécu sans faire de vague et finalement réalise qu'il a dû aller à l'encontre de sa nature, refouler ce qu'il était, lisser sa vie pour être comme il faut, et qu'en fait pendant longtemps il n'a même pas pris de recul pour réfléchir à ce qu'il aimait et était vraiment. Il a vécu dans une vie d'apparence et de politesse parce qu'il a été élevé comme cela et au final, pour lui, tout ce qu'il a refoulé, abandonné, etc, est ressorti sous forme de cancer. Il écrit que le cancer représente les larmes qu'il a refoulées.

Ce texte est donc à charge contre son éducation, son milieu et, surtout, ses parents qui cristallisent toutes les caractéristiques de cet environnement idéal, bourgeois et sans vagues. J'ai apprécié le pessimisme et le cynisme de cet ouvrage, la critique d'un environnement trop lisse et trop protégé qui finalement "désindividualise" les gens, mais la colère et le ressentiment qu'il exprime peuvent mettre mal à l'aise. De plus la troisième partie de l'ouvrage m'a paru un peu plus "théorique" dans le sens où Fritz Zorn parle plutôt de concept de religion, d'histoire ou de sociologie ce qui non seulement est moins facile à suivre et qui est en plus moins personnel.

Il est donc difficile de dire que c'est un livre que j'ai beaucoup aimé compte-tenu du sujet traité et de la mort imminente de son auteur, et cela malgré quelques pointes d'humour. Il serait plus juste de dire que c'est un livre marquant, mais délicat à conseiller et à lire au vu de son contenu. A lire si on apprécie le nihilisme et le cynisme donc, ainsi que les textes à charge.

La pluie, avant qu'elle tombe, Jonathan Coe (2007)

"Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d'inscrire l'intime dans l'Histoire, l'obsession des coïncidences qui font osciller nos vies entre hasard et destin."

J'ai déjà lus plusieurs romans de Jonathan Coe et il s'agit d'un auteur que j'apprécie plutôt bien (autres avis ici). Donc quand j'ai vu ce livre que de lui que je n'ai pas encore lu, je me suis dit que pourquoi pas, il y a peu de risque que ça ne me plaise pas.

L'histoire débute alors que Gill apprend le décès de sa tante, Rosamond. S'ensuivent alors les obsèques et le rangement de la maison de la défunte. Dans cette maison justement ont été laissées quatre cassettes audio enregistrées par Rosamund, la dernière ayant été réalisée alors qu'elle mourait. Ces cassettes sont destinées à Imogen, sa petite-cousine (je crois), et à Gill au cas où Imogen ne serait pas retrouvée, ce qui est le cas, donc Gill va écouter les cassettes avec ses filles. Les propos qu'elles contiennent sont des descriptions de vingt photographies retraçant la vie de Rosamond et des gens qu'elle a côtoyés : Imogen, Théa, Beatrix, Rebecca, etc.

Ce roman est agréable à lire et plutôt intéressant, mais il a quand même quelques défaut qui font qu'il m'a déçue. Pour commencer, je trouve que l'aspect contemporain, avec Gill et ses filles, est un peu trop artificiel, il sert trop visiblement de prétexte pour introduire l'histoire de Rosamond via les photos. Certes un texte avec juste les propos de Rosamond sur les photos aurait été un peu limité, il aurait manqué de contexte justement, mais là, le contexte créé est inconsistant et du coup plus encombrant qu'autre chose. Et la seconde chose qui m'a un peu déçue c'est que j'ai trouvé que les personnages manquaient un peu d'épaisseur, mais cela est peut-être lié au premier point, à savoir le côté artificiel de l'époque contemporaine, avec Gill. Ou alors ça peut-être le côté récit autour de photographies : on passe d'une époque à l'autre au fil des photos, on ne voit pas les mêmes personnages, du coup il y a des ellipses, tout n'est pas détaillé, surtout qu'ici il s'agit de propos tenu comme une discussion, donc c'est plus elliptique par nature aussi. Bref, une lecture AGREABLE, mais légèrement décevante.

La sauvage, Jenni Fagan (2013)

"Anais s'est violemment débattue pour échapper à la police. Sa jupe est tachée de sang, mais tout ce dont elle se souvient c'est d'un écureuil. Elle est conduite au Panopticon, un centre pour adolescents difficiles, où elle rencontre d'autres gamins. Isla l'anorexique, séropositive et mère de jumeaux, qui pratique l'automutilation et Tash qui l'aime, et se prostitue pour gagner l'argent de l'appartement où elles vivront ensemble. Les garçons sont tout aussi perdus et perturbés, le quotidien oscille entre fugue et défonce. Tous sont des enfants abandonnés, ou pire, par tous les adultes qu'ils ont rencontrés. Les travailleurs sociaux qui les surveillent sont dépassés ou indifférents. Trimbalée de foyers en familles d'accueil depuis sa naissance, Anais a l'impression d'être un sujet de laboratoire prisonnier d'une expérimentation. Elle décide de mettre fin à l'expérience et de reprendre sa liberté. Elle a quinze ans, elle est intelligente, belle et insoumise. Dans un style rapide, brillant, plein de l'énergie de ses personnages, Jenni Fagan nous communique sa tendresse pour cette héroïne touchante et vitale autour de laquelle elle construit son roman.Trimbalée de foyers en familles d'accueil depuis sa naissance, Anais a l'impression d'être un sujet de laboratoire prisonnier d'une expérimentation. Elle décide de mettre fin à l'expérience et de reprendre sa liberté. Elle a quinze ans, elle est intelligente, belle et insoumise."

J'ai découvert l'existence de ce livre en cherchant des auteurs écossais (puisque je vais en Écosse cette année :D). Bon, le livre n'est pas très joyeux ni optimiste pas contre.

Nous y suivons Anaïs, une adolescente placée qui a fait un certain nombre de foyers et de familles d'accueil, et qui est également délinquante. Il faut dire qu'elle n'a pas commencé sa vie facilement puisque sa mère a accouché puis a disparu, et elle a été élevée par Teresa qui a été assassinée par un client (puisqu'elle se prostituait). Anaïs a l'impression d'être le sujet d'une expérience, d'être observée et décortiquée sans cesse, et, puisqu'elle ne connait personne de sa famille, de ne pas en avoir et d'avoir été créée dans un laboratoire.

Lorsque le roman commence, Anaïs est admise au Panopticon, un centre fermé pour jeunes en difficultés. Dans son cas, elle a été retrouvée avec des vêtements tâchés de sang alors qu'une policière avec qui elle avait eu des démêlés a été agressée et est dans le coma, et Anaïs ne se souvient de rien parce qu'elle était droguée. Du coup, en attendant que l'enquête avance, elle est enfermée dans ce centre. Là, elle rencontre d'autre jeunes, chacun ayant son parcours déglingué. Des liens vont se créer, mais elle n'en reste pas moins indépendante, et surtout, en colère, malgré un éducateur pas trop mal.

Le récit principal est linéaire, mais d'autres éléments apparaissent dans les flash-backs, rêves et souvenirs d'Anaïs. L'histoire ne lésine pas sur les drogues, les violences et les insultes, mais cela reste crédible. J'ai beaucoup aimé ce livre coup de point avec une héroïne forte, rebelle mais dans une situation -une vie même- qu'elle ne maîtrise pas.

Pas d'enfants, ça se défend !, Nathalie Six (2011)

"«Les enfants, c'est formidable. C'est une expérience unique que tout le monde devrait connaître.» Sauf qu'aujourd'hui, 1 Français sur 20 refuse d'enfanter. Quelles sont les motivations de cette «infertilité volontaire» ?Au fond, sait-on vraiment pourquoi on fait des enfants ? N'est-ce pas un obstacle à l'épanouissement personnel et professionnel ? Dans un monde surpeuplé et pollué, n'est-il pas égoïste de prendre trop de place en fondant une famille ? Les enfants ne coûtent-ils pas trop cher aux individus et à la société ? L'auteure a enquêté auprès de dizaines de femmes et d'hommes pour qui le «devoir de procréer» sonne creux. Parmi ces «non-parents», il y a des amoureux exclusifs, des artistes, des carriéristes, des religieux, des traumatisés de l'enfance, des éternels adolescents, des écologistes, des malthusiens convaincus, ainsi que des militantes féministes qui ont fait de leur refus d'enfanter un étendard, pour s'affirmer dans une société qui porte aux nues toutes les mères et les valeurs familiales."

Un soir, en m'endormant, j'avais mis la radio, France Info en l’occurrence, et à un moment il y a eu une émission avec une interview sur le mouvement No Kids. Cela m'a bien intéressé, mais comme j'étais en train de m'endormir, je n'ai pas retenues les références données. Du coup, quand j'en ai eu l'occasion, j'ai été voir ce qu'il y avait à la bibliothèque à propos du fait de ne pas vouloir d'enfants, et j'ai notamment trouvé Pas d'enfants, ça se défend !, de Nathalie Six.

Ce livre commence par quelques statistiques et généralités sociologiques avant d'explorer les différentes raisons qui font que des gens ne veulent pas d'enfants (infécondité volontaire, il ne s'agit pas de stérilité ou d'infécondité involontaire). Pour cela, l'auteur s'est appuyée sur des entretiens réalisés auprès d'un panel de gens, hommes et femmes, d'à peu près toutes les tranches d'âges.

Du coup, les raisons évoquées sont variées : il y a l'idée que l'enfant est un frein à l'épanouissement personnel, du couple, d'une carrière, la grossesse qui rebute, le lien à un être que l'on a créé, les raisons malthusienne et écologiques, le prix, les motivations philosophiques, laisser une trace par une oeuvre plutôt qu'un être, le parcours familial de chacun.

Bref, c'est très complet et c'est quelque chose que j'ai apprécié, sans compter que les témoignages rendent les exemples plus concret, permettent de mieux cerner l'argument, de montrer qu'il est valable pour certains. Néanmoins, il y a une petite chose que j'ai regretté, c'est l'absence de l'argument de la pudeur et de l'appropriation du corps enceint par la société : le ventre d'une femme enceinte est en général visible et attire les remarques, questions et compliments de parfaits inconnus, voire le contact physique (gens qui veulent toucher le ventre), sans compter la litanie d'examens médicaux qui exigent de ne pas être pudique.

Mais outre cela c'est un livre que je conseille vivement, que l'on veuille ou pas des enfants. Ce texte permet de réfléchir à pourquoi des gens ne veulent pas d'enfants et du coup, pourquoi des gens en veulent, et ainsi de se questionner soi-même sur une question que beaucoup de gens ne se posent pas ou peu parce qu'avoir un enfant est "naturel", "normal".

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